‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 73 sur 139 · LIVRB IV. -—LE MONDE ORIENTAL · texte numérisé non relu

LIVRB IV. -—LE MONDE ORIENTAL

Fohi présente le type du vrai chef de peuple, Tidéai du monarque tel que se le représentait Timagination chinoise. Héritiers de son pouvoir, participant à tout le prestige dont il Ta entouré , ses successeurs continuent son œuvre de civilisation. C'est ce qu'on ne saurait méconnaître au milieu de toutes les traditions fabuleuses qui se mêlent, à leur sujet, à la réalité de l'histoire. Il en est ainsi jusqu'à Yao , où cette histoire, se dégageant des symboles, des traditions miraculeuses, achève de prendre forme humaine. D'ailleurs , un grand cataclysme semble séparer le règne de ce souverain de celui de ses prédécesseurs. La tradition historique nous le représente « occupé à faire écouler les eaux qui , s'étant d'abord élevées jusqu'au ciel , baignaient encore le pied des hautes montagnes , couvraient les collines moins élevées , et rendaient les plaines impraticables» (1), événement qui, suivant la même tradition, se passait environ quatre mille cinq cents ans avant l'époque actuelle. A ce moment le mythe a achevé de se transformer en histoire. Or, de cette occupation principale de Yao , l'écoulement des eaux , il faut conjecturer que , si l'époque du déluge fut celle de la dispersion du plus grand nombre des peuples , cette dispersion avait déjà commencé précédemment pour plusieurs. On peut en inférer encore que le peuple du milieu était déjà fixé depuis un temps plus ou moins long sur le sol qu'il occupe aujourd'hui; il avait déjà complété le corps de traditions et de doctrines qu'il n'a fait que

(1) Chou-King , p. 9^.

21B PHILOSOPHIE DR L'hiSTOIRE.

continuer. Depuis lors c'est en vain que le génie chinois prendra possession de l'espace , s'étendra dans la durée ; il ne cessera , et c'est ce qui fait son originalité, de protester en quelque sorte contre cette nécessité des choses. On croirait qu'il se détache à regret de son germe primitif, et qu'il fait de constants efforts pour y rentrer.

L'histoire de la Chine , la plus ancienne du monde, au moins comme histoire authentique, remonte avec certitude à l'année 2637 avant l'ère chrétienne. Vingt-deux dynasties ont occupé le trône pendant ce laps de temps. Yao , dont nous venons de parler , fut le fondateur de la plus ancienne , et dans son fils Yu conunence la ligne de succession. Mais ces dynasties , parmi lesquelles nous comptons celles étrangères , ne possédèrent pas toujours , à beaucoup près, le territoire de la Chine tel qu'il existe aujourd'hui. Les plus anciens souverains paraissent n'avoir régné que dans les provinces du centre et du nord-ouest, où, suivant toute apparence, la civilisation chinoise prit naissance. Les trois premières, de toutes les plus célèbres, furent celle des Hia, celle des Chang, puis celle des Tcheou, sous laquelle l'empire se partagea en une multitude de principautés séparées , presque toujours gouvernées par des princes de la famille impériale, mais cependant indépendantes les unes des autres. La plus grande anarchie régnait; elle provoquait une réforme qui fut , en grande partie , le but que se propqsèrent les réformateurs qui parurent alors , Confucius et Lao-Tseu. Après les Tcheou vinrent les Tsin , qui ramenèrent à l'obéis-

Page 1