Tome I
premier, (jui conduit aux plus grandes charges de l'état. Le nombre de ces fonctionnaires , ou mandarins, est de quatorze à quinze mille pour le civil, et d'autant pour le militaire. Ils ont en main les fonctions de toutes sortes , administration , justice , perception des impôts, etc. Ces fonctions sont partagées entre plui^îeurs conseils, qui tous se recrutent parmi les lettrés. C'est d'abord le conseil suprême, présidé par l'empereur, composé de quatre membres, auxquels on adjoint , suivant l'occasion , un certain nombre de fonctionnaires inférieurs. Six conseils supérieurs viennent immédiatement après : le conseil des emplois , chargé du choix et de la désignation des personnes qui doivent occuper les fonctions civiles et militaires; le conseil des revenus , qui a l'administration des finances de l'empire; lé conseil des rites, qui a l'kir spection sur tout ce qui concerne les rites, le culte des ancêtres de la dynastie régnante , etc. ; le conscâ des peines , auquel ressortissent toutes les affaires judiciaires, supplices, amnisties, bannissements, etc.; le conseil des travaux publics, chargé de la direction des travaux relatifs à l'entretien des routes et des canaux, des digues du fleuve Jaune ^ des bâtiments publics , etc. ; le conseil militaire, qui a la haute main sur les affaires de l'armée , la levée des troupes , les places fortes, etc.
D'autres conseils, ou bureaux , ont dans leurs attributions les affaires étrangères , les traductions , la rédaction du calendrier , etc. , etc. , etc. Une grande académie réunit les lettrés les plus célèbres, auxquels sont dévolues certaines fonctions spéciales» B
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y a enifin un bureau de censeurs , œmposé de cinquante membres , qui se répandent dans toutes les provinces pour surveiller les fonctionnaires publics, et qui ont le droit d'adresser des remontrances même à l'empereur. L'administration des provinces est partagée entre un grand nombre de fonctionnaires; cha- (pie province , chaque département, chaque arron- Âssement ^ chaque district, a des magistrats dont les fonctions sont diverses et compliquées. L'empereur nomme à tous les emplois , mais d'après une présentation triple du conseil du personnel. L'administration embrasse , enveloppe la Chine entière dans un réseau dont les mailles innombrables viennent aboutir à la main de Tempereur ; pas un coin de territoire qui y échappe, pas un individu qui puisse s'y dérober. Cest cette hiérarchie aux nombreux degrés qui depuis l'origine a maintenu indestructible l'unitéj de Fempire. Comme nous l'avons dît, la science seule y donne entrée , y fixé les rangs, dételle sorte que science et pouvoir, dans l'ensemble de l'institution, se trouvent en corrélation constante ; à toute capacité scientifique appartient, de plein droit, une certaine jpart proportionnelle du pouvoir politique. Or ces examens qui sont la base de tout le système, ces concours qui le mettent en jeu , portent exclusivement sur les livres sacrés et leurs commentaires. tTest donc la même pensée qui, depuis l'origine, a continué de gouverner la Chine. Toute cette immense hiérarchie que nous venons de décrire n'est que l'organe par lequel elle se manifeste, après s'être personnifiée dans l'empereur.
S^ PUILOSOPmE PE l'histoire.
L'empereur est le chef da culte, le grand pontife de l'empire; c'est peu dire ; il est l'objet aussi bien que le ministre du cuUe. Il adore le ciel (mot qu'|| faut d'ailleurs plutôt prendre dans le sens de nature que dans l'acception que nous lui donnons d'ordinaire) , mais le peuple , lui , adore l'empereur. Il peut être conâdéré, jusqu'à un certain point, comme le maître du ciel aussi bien que de la terre; le ciel lui est soumis en ce sen^ que par ses vertus , sa bonne conduite, il peut le contraindre à accorder des saisons favorables et d'abondantes moissons. Bien plus : il ne règne pas seulement sur la terre , il commande égalen^ent à une multitude d'esprits ou de génies qui président au gouvernement et à la garde de l'univers , qui constituent , pour ainsi dire , dans l'empire lui-môme, un autre empire, et comme un monde invisible qui ne manque^ pas d'analogip avec cette foule de divinités d'ordre inférieur de ta mythologie grecque, faunes, fleuves,, nymphes, dryades, hamadryades, etc. ; coname ces dernières, vagues , arbitraire^ personnifications des fprçes de la nature , mais qui en différent par des formes grossières, bizarres, étrangères au si^ntiment de fart et du beau. Or l'emipereur maintient , détermine , fixe à son gré les rappprts des habitants de ces deux inondes. Les provinces, le$ associations , les métiers, les familles, se mettent sous la protection de quelqu'un de ces génies. L'almanach impérial, qui se publie tous les ans, embrasse à la fois deux hiérarchies : les fonctions d'ordre céleste et d'ordre terrestre s'y trouvent en regard les unes des autres ;
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elles subissent des mutations analogues. Telle province , telle corporation a-t-elle éprouvé quelque inalheur, souffert de quelque événement inattendu , le génie sous le patronage duquel elle se trouvé est impitoyablement destitiié, comme le serait un mandarin en position semblable. Pour suffire à leurs fonctions diverses, les génies doivent être fort nombreux; ils le sont effectivement. La seule ville de Pékin leur Consacre plus de dix mille temples. C'est donc avec justesse que l'empereur est appelé , en style de cbancellerîe chinoise , maître du ciel et de la terre , et qoe la toute-puissance lui est attribuée, en raison de cette double qualité , aussi bien sur les génies que sur les fiommès.
" L'empereur, nous venons de le dire ,est la source de tôufe'cmyance, commede tout pouvoir. Nous transiît^îvons une anefeddtè empruntée au récent voyage de deux intrépides missionnaires. Un mandarin chargé de lés escorter dôLla-Sa , d'où les avait chassés la défiance impériale ; jusqu^en Chine, se convertit à leurs exhortations ; ilb le crûrent du moins. 11 mourut en route, et , dans les derniers jours de sa maladie, les missiônnait^es ne cessaient déle pousser à faire le dertïier pas \ à se déclarer cTirétien. Nous leur cédons la parole. « Les conversations que nous avions eues en route Tavaient d^à suffisamment éclairé sur les principales vérités du christianisme ; il ne s'agissait plus que de lui'faire voir bien clairement sa position et de le convaincre de la nécessité d'entrer franchement et définitivement dans la voie du salut. Ly-Kouo-Nyang fut tout-à-fait de notre avis ; îl trouva que nos obser-
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vatioim surabondaient en raison. Unoua parla luiTmèf me fortfSloquemmentdô lafragilitéetdelabrièvetéde la vie, des vanités du monde , de, l'impénétrabilité^ea décrets du monde ; de l'importance du ^alut , de la yér rite de la reUgioa chrétienne , et de l'obligation pour tout homme de l'embrasser. Il noua dit sur cela dea choses très senséea et très touchantes. Mais quand il fallait conclure , m venir à la pratk[ue , en un mot se déclarer Chrétien , tout se détraquait* U voulait abs^ iument attendre qu'il fût arrivé dans sa famille et qu^il eât abdiqué son mandarinat* Nous eûmes beau lui représenter le danger auqudl il s'exposait en sgour^ nant cette grande affaire ; tout fut inutile.— «Tantque 9() je suis mandarin de l'empereur , disaitril , je ne puia » me mettre au service du del. » — ^11 faut, on en conviendra , un singulier effort à l'esprit européen ponr seulement concevoir cette façon d'entendre une doc* trine religieuse (1) ».
Les Chinois possèdent plusieurs livres sacrési d'où est sorti tout leur développement scientifique et moral : le Chou-King , rY-King, le Shi-King. Le Chou- King est le recueil des plus anciennes traditions historiques delà Chine. L'Y-King rœferme tout un vaste système cowiogonique, dont un dualisme com]^que forme la base. La grande unité dont traite ca livre est nommée Tao^ ou raison; d'elle découlaat deux principes opposés : l'un actif , l'autre passif ; la premier représenté par une ligne continue, — , le
(1) Souvenirs d'un voyage en Tartane, au Tbibetelea Chine 9 par MM. Hue et Gabet.