‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 83 sur 139 · LIVRE IV. — LB MOMDB ORIENTAL · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — LB MOMDB ORIENTAL

ToccasloQ des plaintes qui s'élevèrent devant Brahma sur les méfaits du géant Revana, roi de Louka^ qui avait vaincu le dieu Indra lui-même. C'est pour le dompter que Wichnou se décide à prendre la forme humaine. Le poème terminé , le soin de le répandre parmi les hommes est confié par le poète à deux jeunes fils de Rama lui-même, qui un jour chantent devant leur père ses propres exploits. « Ces deux jeunes gens célébrant ainsi la gloire de leur père en sa présence , ces tendres et pieux rapsodes , font un touchant contraste avec le mendiant aveugle dé Chios (1). » Le Mahabarata contient le récit des dissensions qui s'élevèrent entre les princes et les héros de la tige des enfants de la lune ; il chante la guerre que se firent les deux partis dans lesquels se divisèrent ces princes , les Kourous et les Pandous; un des chefs de ces derniers , Ardjoun , est protégé et défendu par Chris- Ba, le héros du poème , et qui n'est autre que le dieu Wichnou dans sa huitième incarnation. C'est dans ce poème que se trouve ce magnifique épisode, le Bhagava-Gita, qui contient les doctrines les plus élevées de la philosophie indoue et dont nous aurons occasîoil de reparler : la doctrine de runîté immuable , éternelle , et du néant de toutes les choses visibles. Les Pouranas sont destinés à reproduire les autres événements cosmologiques, historiques,[ou les idées philosophiques et religieuses de l'Inde. L'univers se trouve dans cps poèmes sous toutes les^ormes où il

(1) M. Ampère, Revue des deux mondes^ année

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apparat à rimagination indoue , comme Tunivers de la Grèce dans Téclatante poésie d'Homère.

Le développement de Tesprit indou ne fiit pas moins complet dans la spéculation pure , ou la philosophie, que dans la poésie. Il produisit trois grandes écoles, dont chacune , avec un point de départ commun , se subdivise en deux écoles secondaires et , pour ainsi dire, opposées.La première de ces trois grandes écoles , appelée Vedanta , prit pour objet Tinterprétation des Yedas et des poésies sacrées qui en sont découlées. Elle enseigna deux systèmes : l'un, et c'est celui qui prétend au plus haut degré d'orthodoxie, se contente d'appliquer l'art de raisonner à l'explication, à l'interprétation des livres sacrés; l'autre, de ces mêmes livres « a tiré une psychologie raffinée, qui va jusqu'à nier l'existence de la matière » (1 ). La seconde école , ou la Sankya, se préoccupe surtout de la nature extérieure, de l'enchaînement de ses phénomènes, des lois qui la régissent, etc. Tantôt elle conclut à l'exaltation de la toute-puissance de la nature, tantôt à l'absorption de l'àme humaine en Dieu, à son affranchissement absolu de tout acte, de toute pensée terrestre, lorsqu'elle sera parvenue au dernier terme de son activité. De là le nom de Yoga donné à ce second enseignement, par allusion à l'état du yogi ou pénitent, qu'il présente, en dernière analyse , comme le but le plus élevé de nos efforts terrestres. Enfin ^ la troisième de ces écoles , ou la Nyaya , prend pour pre-

(1) Remusat.

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mier objet de ses spéculations le moi ou l'acte primordial de la pensée; tantôt elle suit le développement dialectique de l'activité intellectuelle considérée en elle-même , elle s'attache à trouver les lois de ce développement; tantôt elle étend ses lois aux objets sensibles, elle les étudie dans leurs propriétés visisibles, leurs rapports mutuels, etc. Ce second enseignement passe pour contenir la métaphysique de la secte Djaïna, et jouit, sous ce rapport, d'une grande influence. La philosophie indoue a donc suivi trois voies différentes , revêtu trois formes diverses dans le cours de son développement ; elle a pris tour à tour comme matière principale de ses spéculations la tradition sacrée, la nature extérieure, l'intelligence humaine. Toutefois, l'Inde étant demeurée, en raison de ses institutions et de son état social , essentiellement religieuse, la philosophie vedanta, qui n'est, ainsi que nous venons de le dire , que la tradition développée par Texégèse, est demeurée, entre toutes, la plus importante.

La philosophie vedanta a été expliquée, dans ses points de vue les plus élevés, dans le Baghava-Gita, dont nous avons parlé; elle Ta été sous des formes poétiques, grandioses, et qu'on peut dire éminemment indoues. Les deux armées des Kourous et des Pandous sont en présence; Chrisna et son disciple Ardjoun parcourent la champ de bataille sur un char élevé , au moment même où les conques retentissent, où le combat va s'engager. Mais alors Ardjoun , voyant tous ses parents et tous ses amis sur le point d'en venir aux mains, est saisi d'une grande tris-

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tesse : « Vois , ô Chrisna , comme ils sont impatiente de commencer cette lutte impie ! A cet aspect mes membres fléchissent sous moi^ mon front pâlit, des frissons sillonnent mon corps, ma peau se dessèche, mes cheveux se dressent d'horreur, mon arc Gandiva lui-même échappe de ma main; je ne puis plus me soutenir ; mon esprit troublé flotte dans Fincertitude , je ne vois plus que des présages funestes. » Mais Chrisna lui reproche ce découragement : « Au milieu des champs de bataille, d'où t^ vient, Ardjoun, cette faiblesse insensée, qui n'est digne ni de ta gloire, ni des dieux dont tu es descendu ? Ne te Uvre pas, ô prince, à la faiblesse du cœur; laisse là cette indigne passion, ô prince, et relève-toi» » Développant sa pensée , il lui enseigne la doctrine de l'unité , immuable sous ses formes variées , éternelle sous ses formes passagères , et du néant de toutes les choses visibles, « Toi" et moi , Ardjoun , nous avons eu plusieurs naissances; les miennes ne sont connues que de moi; tu ne connais pas même les tiennes. Par ma nature, je ne suis point sujet à naitre et à mourir ; je suis le maître de tout ce qui existe , et cependant , comme je commande à mon propre être , je me rends visible par la force qui est en moi. » — La naissance et la mort ne sont, en efifet, au point de vue de cette doctrine, que de simples apparences, de simples illusions ; il n'y a de vérité, de réalité, que l'unité suprême, dont Chrisna, qui la personnifie, peut dire : a II n'y a aucune chose plus grande que moi, et toutes dépendent de moi ; je suis les perles du cordon qui les retient.[Je suis l'humidité dans l'eau, la lu-

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