LITRE IT. — LE MONDE ORIENTAL
mière dans le soleil et dans la lune , Tinvôcation dans les livres saints y lé son dans Tair, Tesprit dans l'homtne , le doux parfum dans la terre , la glpire dans la source de la lumière. Je suis la vie en toutes choses , la ferveur dans le fervent; jesuislademeure. étemelle ^e toute la nature ; je suis Tent^idement du sage , la gloire du superbe, la force du puissant. » Illumitiant les yeux d'AwJjoun d'un, rayon, de Ja lumière céleste , Chrisna lui p^met de le considérer dans son essence divine ; i\ se montre tour à tour et tout à la fois tantôt dans l'unité de sa nature y. tantôt sous les formes, les couleurs, les figures, les apparences les phis variées. Ardjoun voit l'ensemble des choses créées, c^est-à-dire notre univers visible, sortant incessamment des profondeurs de l'essence divine, où oUes s'abîment pour s'en élancer de nouveau. Il comprend alors que ce sont ces choses matérielles,, visibles , qui n'ont ni consistance , ni réalité ; qu'il n'y a t^onsistance et réalité que dans ce qui persiste au milieu d'elles , c^est-à-dire dans la pensée. Mais la pensée , ou le devoir d'un Ghactryas, ce doit être de comr battre , sans se préoccuper .des résultats du combat : « car celui par qui tout existe ne saurait être lui-même anéanti, et rien n'est capable d'anéantir ce qui est immortel. » Ardjoun prêtera donc l'oreille aux paroles de Chriisna quand il lui dira : ce Pour toi, qui appartiens à la caste des guerriers, le premier ' devoir est de combattre. La porte du cid est ouverte devant toi, suivant ton désir; mais si tu ne remplis pas ton devoir de guerrier en combattant, si tu aban-
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donnes ton devoir et ton honneur , tu es coupable d'uncrime(i)».
La tradition religieuse, politique, poétique, dâ Tlnde, bien qu'elle n'ait pas été fixée comme celle de la Chine par un enseignement officiel, conserve donc une grande identité dans toutes ses parties. Il en devait être ainsi , puisque dans llnde tout développement intellectuel est sorti d'un même germe , et qu'il s'est effectué sans se mélanger d'aucun élément étranger. La philosophie elle-même, ainsi que nous venons de le voir, prit son point de départ dans le premier enseignement coi^^nu dans les Vedas ; elle naquit d'une exégèse sur le texte sacré , bien qu'elle allât plus tard, dans sa hardiesse et son indépendance, jusqu'à la négation de cet enseignement primitif. Mais alors elle continua pourtant de se nourrir des mêmes idées que la tradition religieuse, elle tourna dans un cercle analogue f elle mit en jeu les mêmes procédés intellectuels. C'était encore, jusqu'à un certain point, cette tradition elle-même , mais considérée sous un un autre point de vue. D'ailleurs la race indoue s'est développée , dans toutes les branches de la culture humaine, avec plus de richesse et de vigueur qu'aucune autre ; elle a manifesté dans ses conceptions poétiques une profondeur de sentiments et d'idées que nous ne retrouvons nulle part au même degré , et qui s'allie à une mollesse , à une grâce exquise ; elle
(1) Scblegel , Essai sur la langue et la philosophie des Indiem. — Bhagava-Gita , traduction de Tanglais de Parraud.