‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 86 sur 139 · LIVRE IV. — L? MONDE ORIENTAL · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — L? MONDE ORIENTAL

monde sur la Vraie forme de la terre, sur la situation respective de ses parties diverses. Faisant d^unemontagne merveilleuse, qu'elle appelle le mont Mérou, la base et le soutien du monde, elle divise îfe monde en plusieurs zones ou étages , qu'elle suppose habités par des ôtres de différentes natures. L'homme occupe le sommet du mont; au dessous se trouvent des créatures inférieures à lui dans Téchelle de la création; au dessus, des créatures supérieures , des dieux et des demi-dieux. Autour du mont Mérou sont d'autres montagnes, habitées aussi par des héros ou demidieux, et toutes surchargées de palais où éclatent à profusion l'or, les perles, les pierres précieuses. De côté et d'autre , des îles, des mers, des continents, sont jetés dans l'espace d'une façon tout arbitraire, toute fantastique, par rapport à leurs positions réciproques, mais qui, toujours habités par de saints brahmes, par des guerriers tout-puissants, n'en réfléchissent pas moins avec la dernière exactitude la civilisation indoue, ou du moins l'idéal de cette civilisation : naïve démonstration que l'expérience et les voyages n'entrent pour rien dans ce bizarre échafaudage du monde ; qu'il était et ne pouvait être qu'une sorte de symbolisme, encore inexplicable pour nous, et qui peut-être le sera toujours.

Les deux termes de la pensée humaine sont sans cesse en présence dans la conception de l'Indou ; le génie de ce peuple semble osciller perpétuellement entre tous deux , ne sacrifiant jamais l'un à l'autre , ne tenant jamais entre eux la balance parfaitement égale. On dirait que^ dans l'imagination de llndou ,

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le ciel et la terre ne cessent jamais de se troaver en présence, ou, pour mieux dire, en contact. Les dieux descendit incessamment de TEmpyrée pour se mêler aux hommes ; les hommes , par la force de la volonté et le mérite de la pénitence , ébranlent le monde, montent au ciel, se soumettent les dieux euxmêmes. L'Inde semble également attirée par ces pôles opposés, par ces idées contraires , la matérialisation de l'esprit , la spiritualisation de la matière; elle va de Tun à l'autre au gré de son caprice. Aucune règle , d'ailleurs , aucune subordination entre les termes intermédiaires qui rattachent l'un à l'autre ces deux termes extrêmes. Dieu ne se manifeste plus seulement dans sa personnalité, sous forme déterminée ; il se montre en tous lieux , en tous temps , sous toutes les apparences. La grande idée de l'incarnation perd ainsi toute signification précise; l'unité, l'infinité , la sublimité de l'essence divine, demeurent cachées sous un voile difficile à écarter. Les traditions mythologiques et cosmogoniques présentent, dans leur ensemble, les contrastes les plus marqua, les plus inattendus ; les lois générales du mendie n'y sont jamais subordonnées les unes aux autres , dans un enchaînement régulier de causes et d'e£fets; les êtres et les choses ne se tiennent plus que par les rapports les plus fantasques , les plus arbitraires. C'est une sorte de chaos où Tordre ne s'est pas encore fait, où se trouvent pêle-mêle les objets les plus divers de la pensée ; où les intuitions les plus splendides éblouissent l'esprit, où les idées les plus profondes captivent l'admiration, mais où se rencontrent les inventions

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