LIVRE IV. — LE MONDE ORIENTAL
grande extension. Mythra fut d'abord uniquement l'organe, Tinstrument d'Ormuzd dans Tunivers matériel, l'intermédiaire , le médiateur entre l'ordre réel et Tordre idéal. Nous ne prétendons point nous occuper en ce moment de cette dernière doctrine. Notons seulement que dans cette conception la Perse s'est approchée de ce qui nous a semblé la vérité. Elle prit pour point de départ l'unité ; pour loi de développement des choses , l'opposition , l' antagonisme ; pour terme définitif de l'évolution cosmique, le retour à l'unité; pour loi générale et nécessaire, le mouvement , la vie , l'action.
L'activité sociale, chez les Perses, comme chez les autres peuples primitifs, devait avoir exclusivement sa source dans leur conception religieuse ; elle ne pouvait donc manquer de différer essentiellement, soit dans ses manifestations extérieures, soit dans le but vers lequel elle tendait, de ce que nous avons vu en Chine et dans l'Inde. L'adorateur de Brahma se trouvait garrotté dans les hens d'une immobilité séculaire, qui le privait tout à la fois d'action et dans le milieu social où il était né, et au dehors de ce milieu. Cet autre culte livrait ses sectateurs à la vie extérieure. L'activité, le mouvement, étant, comme nous venons de le dire , inhérent à la lumière , en constituant pour ainsi dire l'essence, le dogme fondé sur l'adoration de la lumière fit d'une activité semblable la loi morale , la loi suprême de l'humanité. Au bas comme au haut de l'échelle sociale , l'homme se vit appelé à participer, dans la mesure de ses forces, aux œuvres d'Ormuzd, à s'associer à ses
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combats contre le génie du maL II devait se maintenir dans un état de pureté physique et jQorale^ accomplir les ablutions voulues, exterminer de la surface de la terre les créatures supposées impures , disputer la terre elle-même à Tempire du mauvais esprit, c'est-à-dire de la stérilité, en Tembel lissant, Fassainissant , la fertilisant. Il devait ne pas cesser un seul jour, une seule heure, de participer à la lutte des deux principes qui se disputaient le monde , se rangeant, bien entendu, du côté de celui dont la lumière était Tenveloppe et le symbole. La guerre , le combat, dans tous les ordres de choses et d'idées, c'était le culte , disons mieux , la vie même de Tadorateur de la lumière.
De ces mômes principes découlaient les rapports où les Perses se plaçaient vis-à-vis de l'étranger. Parmi tous les peuples , eux seuls descendaient d'Ormuzd; les autres n'étaient que la postérité d'Arihman. Par le fait même de leur naissance, ils appartenaient à la nombreuse armée de créatures de toutes sortes à la tête de laquelle , depuis le commencement du monde, le dieu de la lumière et du bien combattait celui des ténèbres et du mal. Leur devoir, leur mission terrestre, en tant que corps de nation , c'était de combattre ces peuples étrangers , de les arracher à l'empire du mal , de faire briller à leurs yeux la lumière. Sous l'influence de cette doctrine , ils s'élancent de leurs montagnes de la Bactryane , se précipitent sur l'empire deBabylone et celui d'Assyrie, dont les souverains , Uvrés au luxe et aux voluptés , leur rendent la conquête facile- Ils étendent leur domina-
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tîOn de rtndus à THalys , plus tard s'empârènt db nSgypte, débordent sur rEuropè, et vont atteindre , par ùù mouvement qui long-temps, ne trouve pas d'obstacles, jusc^^aux extrémités diii inonde, trop étroit àù gré dé leur prosélytisme ambitieux. Le privaége glorieux dés Perses, c^était lié combattre ^ preniièr rang dans ta graiide lutté , d'être le prînf mpal instrument du triomphe du bon principe ; leur T^éeoiiq^énsè , de voir un jour tous les peuples , réiï*tâÀ à éta, reconnaître la loi dont ils avaient été les missionnaii^es armés ; car tous les peuples étaient a^ppelés à participer aux l^énédictions du règne an* nonce d'Ormuzd, tous étaient appelés à prendre rang dans les rangs de la milice sacrée qui avait combattu pour lui, aux mêmes conditions que ses plus anciens et ses plus fidèles serviteurs. A la différence de Brahma, dont nous avons vu les autels inaccessibles à l'étranger, le dieu de la lumière , de l'ennemi qu'il venait de combattre sur le champ de bataille ne demandait qu'à se faire un adorateur. Le moment devait venir où tous les peuples de la terre, formant un chœur immense conduit parle peuple Zend, entonneraient une hymne universelle en l'honneur d'Ormuzd. Alors, le mal céderait à tout jamais la place au bien, Terreur à la vérité, les ténèbres à la lumière éternelle ; alors le monde moral présenterait un spectacle analogue à celui que nous offre la terre au moment où le soleil , ayant dissipé les dernières ombres delà nuit, épanche sur la nature entière sa splendide clarté.
Dans ce qui précède, nous n'avons exposé de la doctrine deZoroastreetde son influence sociale que la
partie seulement qui regarde les peuples étrangers, que cette portion par laquelle elle sert, pour ainsi dire , d'intermédiaire entre TOrient primitif et la période de rhistoire du monde qui doit lui succéder. Nous avons voulu montrer comment TOrient, par cette porte, échappait à son immobilité , à son isolement, pour entrer dans le monde de la vie, du mouvement, pour se mêler activement aux autres peuples. Nous examinerons maintenant , c'està-dire dans les pages qui vont suivre , le même principe dans le grand empire qu'il a créé , au milieu des circonstances historiques où il s'est manifesté. •