LIVRE V. — LE MONDE PERSAN
placée par une nouvelle dynastie, les Kaianides, fruit d'une alliance entre les deux familles qui venaient de se combattre , sous laquelle naquit Zoroastre , et qui étendit la puissance de l'Iran sur toute TAsie occidentale.
Une autre domination politique avait précédé, dans ces régions, celle de la Perse. L'Asie occidentale, dans les années qui suivirent la dispersion du genre humain , demeura lé séjour de nombreuses peuplades. Dès les temps les plus reculés, un vaste empire , suivant ce que nous apprend l'histoire sacrée, fut fondé dans ces contrées par Nemrod : ce fut le premier empire d'Assyrie. Dix générations de rois s'y étaientdéjà succédé, lorsque, suivant la tradition, arriva le déluge. Le siège de cet état primitif s'étendait entre le Tigre et l'Euphrate. Belus, Ninus, Semiramis, occupèrent tour à tour le trône. On sait toutes les conquêtes attribuées à cette dernière. Mais Ninias lui succède, et commence une série de rois dont la vie et les exploits ne dépassent pas les murs du sérail. Leur liste s'arrête à Sardanapale , précipité du trône par une révolte générale des princes tributaires. Le premier empire d'Assyrie s'écroule , et sur ses débris s'en constituent trois autres : le second empire d'Assyrie, l'empire médique , l'empire babylonien ; Ninive, Ecbatane, Babylone, dont après tant de siècles les ruines revoient le jour, en sont les capitales. En dépit des siècles écoulés, l'imagination s'étonne et s'enchante de cette multitude de temples , de palais, de jardins suspendus, dont elles étaient remplies.
et dont tour à tour les historiens grecs et les historiens sacrés nous ont laissé la description. Mais les vastes créations sociales au milieu desquelles s'élevaient ces merveilles de marbre et de pierre n'étaient pas elles-mêmes de moindres merveilles. L'hunianité se laissait alors tailler et façonner , sous la main du législateur, en œuvres aux proportions gigantes* ques et colossales, aussi bien que la pierre et le marbre sous celle de l'artiste. L'humanité, sur ce vaste théâtre de l'Asie occidentale , débute dans l'histoire avec une grandeur, un mouvement , on peut dire un fracas , qui depuis lors n'a jamais été surpassé. L'instabilité de ces vastes dominations politiques pendant long-temps est égale, en efTet, à leur immensité; les peuples sur qui ellea s'étendent cédrat à une force d'expansion , à un besoin de mouvement, à une ardeur de conquête qui ne leur donne ni paix , ni trêve. L'adoration de la lumière, sous des formes diverses , avait primitivement constitué leur croyance, et peulrêtre cédaient-ils à ce besoin d'activité que nous avons signalé comme découlant de ce culte. Quoi qu'il en soit , ces nouveaux états , à peine constitués, ne cessent de s'attaquer, de se conû)attre, de s'entrechoquer, pour ainsi dire , jusqu'à ce qu'ils se soientbrisés, et que sur les ruines de deux d'entre eux s'en soit élevé un troisième qui succède au premier empire d'Assyrie, qu'il devait continuer et agrandir , et qui eut pour fondateurs les Mèdes ou Perses. Alors commence cette monarchie persane dont le règne de Gyrus marque l'apogée, et qui, obéissant jusqu'à la
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fin à l'impulsion religieuse qui la poussait aux conquêtes y s'étendit sur la plus grande partie du monde connu.
L'arrivée du peuple Zend à Tempire était accompagnée d'une puissante réforme dans les dogmes religieux de la haute Asie, en quelque sorte d'une révélation nouvelle. Nous venons de dire que l'adoration de la lumière se trouvait au fond des divers systèmes religieux des peuples dont nous venons de parler. Il semble que, dès l'origine des âges, les hommes, frappés des propriétés merveilleuses de la lumière, aient tout d'abord voulu en faire le symbole le plus éclatant de la notion la plus haute à laquelle ils pussent s'élever, celle de Dieu. Dès Torigine des âges historiques cette disposition prit à Babylone pour forme extérieure l'adoration des astres. On avait bien commencé par reconnaître au sein de la hiérarchie céleste un Dieu suprême, un esprit pur, nommé Or ; puis vevait Bel , le soleil , le dieu du firmament ; puis les dieux inférieurs , rangés dans une certaine hiérarchie , parmi lesquels se remarquait Mylitta (devenue Vénus chez les Grecs). Les dieux inférieurs étaient représentés par trois classes : les ministres ou agents directs de la volonté du grand Dieu ; les interprètes ou les cinq planètes ; les conseillers , représentés par trente étoiles subalternes. Au dessous venaient des esprits, des démons, des héros. L'ensemble de ces conceptions présentait, à l'origine , un système vaste, complet , bien lié dans toutes ses parties, élaboré qu'il avait été par une caste sacerdotale. Mais peu à peu le symbole prit la place de l'idée , l'adoration des
étoiles remplaça celle de la kumère pnre ; le soleil et les corps célestes devinrent les objets d'une véritable idolâtrie. C'est alors que parut Zoroastre, qui se proposa de ramener le culte à sa pureté primitive, réforme qui coïncida , comme nous l'avons dit, avec la domination du peuple Zend , et dont il se constitua le représentant , le missionnaire armé.
Le roi de Perse , descendant et représentant de Djemschid, demeura le centre, la base, la clé de voûte de l'édifice social. Chef imposé aux Perses par Ormuzd lui-même, il était considéré comme un dieu, adoré comme tel. Les chefs des sept plus grandes fa* milles du royaume entouraient son trône , en l'honneur des sept Âmpschapands qui entourent celui d'Ormuzd. Par une raison analogue, quand le trône était vacant , celui qui devait l'occuper était choisi dans ces mêmes familles. Dépouillés d'abord , à ce qu'il semble , d'ambition personnelle , voyant dans le roi le chef nécessaire de l'armée qui combattait pour Ormuzd , les grands , pendant long-temps, ne cherchèrent point à ébranler le trône. Nous les voyons, pour désigner le successeur de Darius , s'en remettre au hennissement d'un cheval au lever du soleil. Une cour innombrable, un sérail immense, prodiguaient au monarque plaisirs et hommages; une armée entière formait sa garde personnelle ; des palais magnifiques le recevaient à chaque saison nouvelle ; les momdres mots sortis de sa bouche étaient soigneusement recueillis ; des historiographes étaientattachés à sa personne. Toutefois , en dépit de la magnificence dont elle s'entourait, et de la divinité de son origine ,