‹ Essai d'une philosophie de l'histoire, Volume 1Chapitre 95 sur 139 · LIVRE ▼. •— LE HONBB PERSAN. 3i · texte numérisé non relu

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elle a revêtu sa conception religieuse d'une forme originale. L'Egypte, à ses origines, comme toutes le» nations primitives , est toute remplie de merveilles. Au temps où nous font remonter les anciennes traditions , le ciel et la terre , l'élément divin et l'élément humain, ne se sont pas encore nettement séparés : là, conune ailleurs , aux premières lueurs de l'histoire, le mythe, le symbole et la réalité se coudoient à chaque pas. Elle eut d'abord pour souverains des dieux , puis des demi-dieux , puis des hommes. Le premier dieu terrestre fut Hélios , suivant d'autres Vulcain ; puis Saturne , qui , ayant épousé Rhéa , en eut Jupiter Âmmon et Junon , d'où naquirent Osiris et Isis , Apollon , Vénus et Typhon , du moins suivant Diodore de Sicile. A la vérité, on sait le penchant des Grecs à transporter les noms de leurs propres divinités dans les mythologies étrangères. Quoi qu'il en soit , le mythe d'Osiris et d'Isis est la notion la plus élevée à laquelle soit parvenue l'Egypte ; c'est aussi celle qui lui appartient le plus en propre. La grande loi du dualisme, cette loi universelle du monde , s'y montre plus fortement accusée que dans l'Inde. Osiris , à peine né , est mis à mort par Typhon ; Isis parcourt la terre , à la recherche de ses ossements dispersés , et , chemin faisant , enseigne aux hommes les lois, l'agriculture, les arts sociaux. Osiris et Isis peuvent être pris , suivant la hauteur d'où on les considère, comme un symbole de la terre et du soleil , ou bien du Nil et de la terre d'Egypte. Le Nil , dont dépend toute la subsistance du peuple, accomplit une révolution qui ne manque pas d'analogie

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avec celle da soleil. Le soleil , après avoir versé^ sur la terre des torrents de lumière , disparait pour repa« rattre de nouveau. Ainsi le Nil s'absorbe an sein da l'ioondatidn qu'il a produite pour en sortir en quelque sorte peu après. Le même mythe noQ& enseigne encore que toutes choses tournent dans un cercle fatal. L'Egypte, outre ses divinités principales, en adorait d'autres, divisées par Hérodote en trois classes : la première en contenait dix, la seconde douze, la troisième un nombre infini. Cette dernière figurait une sorte de dispersion , de fragmentation de la personnalité d'Osiris. Parmi ces dieux, Hermès, ou Anid)is, compagnon d'Osiris, représentait le développement de l'intelligence divine et humaine ; on lui attribuait toutes les inventions scientifiques et industrielles, récriture, l'astronomie, la grammaire , la musique , la médecine, ete., eto. Suivant la tradition^ il avait aisaigné les lois sociales et le culte des choses sacrées. La. rdigion de l'Egypte fut peut-être plus prcrfimdément intuitive à son point de départ qu'elle ne le parait dans les tanps postérieurs. Peut-être hii-est-il arrivé.de se matérialiser , de s'absorber de plus en plus dans le symbole extérieur , tandisque certaines doctnnas secrètes, la reproduisant dans son poremier esprit, étaient enseignées, par voie d'inUiations successives dans l'intérieur des temples. Dès Tanticpiîté on a en effet beaucoup discuté sur la question de sa^ voir si la religion égyptienne avait une tendance spiritualiste ou matérialiste; la même question poisrraît encore être discutée de notre temps sans faiïe un pas depluaverssa solution, ce qui proîvifflitde ce^qua

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l'esprit et la matière s'y trouvant m^és j confondiHi , peuvent se montrer exolusivement tour à tour aux yeux de Tobs^rvataur. La lufioôère fut adorée chez les Perses comme Iq^ manifestation la plus éclatante de rétre .absolu^ du Dieu suprême ; l'idée fcnnlamentale dç ce culte se développa plus tard de diverses façons : à Babylon^y en s'alliant avec le culte de la matière, elle donna naissance au culte des astres; en Phénieie, à l'antique opposition du jour et de la nuit elle sub* stitua les deux grandes oppositionsde la vie humaine, la mort et la résurrection. L'Egypte s'est aussi proposé dç réunir deux éléments opposés dans une nouvelle unité d'un ordre plus élevé , dans une créature, nouvelle. Anubis ^ ou Hermès , l'inventeur des arts , le personnification de l'intelligence égyptienne, est représente avec une tête de chien. Le sphinx, cet être énigmatique , mmtié homme , moitié animal , peut être considéré comme une figure de la nature humaine dans son effort pour se séparer de la nature matérielle, de. l'esprit humain qui tente de briser les liens qui l'ont jusque là retenu , mais qui ne peut y arriver. Dès lors le sfdiinx était aussi une expression symbo- ; lique du géme même de . l'Egypte. Par la pensée l'Egypte ne cessait de tendre à s'emparer de l'espace , à s'élancer dans l'infini; mais elle ne parvint pourtant jamais, à aucune époque, à quitter tout à fait la terre , à s'élever jusqu'au ipode idéal.

De ÇQ caractère du génie des Égyptiens est né. letculte des animaux, quii tient une di grande place daj^ son système religieux» Nous venons de dire: comment J'Ègypte aspirait à concevoir la notion da^

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l'esprit dans sa pureté et sa généralité , comment elle prétendait le contempler dans son essence. L'animal manifeste une force cachée , invisible, distincte de son organisme y mais qui le régit, le domine dans certaines limites; partout cela il fournissait nn symbole à l'idée que nous indiquons. Le culte rendu à l'animalité nous est antipathique , il nous est odieux ; nous comprenons davantage celui des astres , et ce dernier nous parait même plus noble , plus rationnel; nous sommes portés à croire qu'il se rattache à desno^ tiens d'ordre plus élevées. Cette impressionn'est pourtant nullement fondée. Les peuples qui ont donné pour forme extérieure à leur culte l'adoration de l'animal , c'est-à-dire de la nature vivante, se sont,, par cela même, placés plus haut dans l'échelle de Tintelligence que ceux qui ont adressé leurs hommages à des ^jets inanimés , si éclatants qu'ils aient pu les choisir. Les premiers s'élevaient, par le seul choix de l'objet de leur culte,à la pensée d'un ordre de choses supér&ur à l'ordre de choses purement matériel ; ils ont adoré dans l'animal la vie cachée qui anime le monde visible, sous la forme la plus admirable qu'elle puisse revêtir après l'homme. La toute-puissance de la nature n'éclate-t-elle pas dans l'être animé , même au degré d'organisation le plus inférieur , d'une façon plus étrange , plus merveilleuse que partout ailleurs ? La vue d'un animal , dès que nous nous laissons aller à certaines considérations philosophiques , ne nous rempUt-eUe pas d'un indicible étonnement, d'une sorte de vague terreur que la réflexion ne fait qu'augmenter ? Nous nous trouvons en face d'un monde plan

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