LITRE T. — LE MONDE PERSAN
En possession de cette idée nouvelle j nous voulons dire de cette notion de l'esprit séparé de la matière , le génie hébreu la considère surtout dans ce qu'elle a d'essentiel, de caractéristique. Il semble craindre que Dieu ne soit jamais assez complètement séparé de la nature, de la matière. C'est surtout de l'opposition des deux principes que le génie hébreu se montre frappé. Il renonce à les rapprocher jamais, sous aucune forme , par aucun moyen ; entre Dieu et le monde , entre Dieu et l'homme , il ne connaît , ne suppose que des rapports purement extérieurs, qui ne sauraient avoir rien d'intime. D'ailleurs, si la personnalité de Dieu devient, chez les Hébreux, une idée plus claire , plus distincte qu'elle ne l'avait encore été, il faut ajouter que cette idée gagne plus en netteté qu'en étendue. Le dieu d'Israël est le dieu fort, le dieu jaloux, le dieu ennemi de tous les autres dieux; il est le dieu d'Abraham, de Jacob, d'Isaac et de leur postérité , il n'est pas encore le dieu de l'humanité. Il s'enferme dans les limites de la Judée , il demeure étranger au reste du monde. Dieu n'entreprend pas encore de se révéler à la multitude des hommes, de leur enseigner les mystères de leur nature et de leur destinée; il ne parle qu'à un petit nombre d'entre eux , qu'il lui a plu d'élever à cet enseignement. Jéhova ne cesse de parler de dieux étrangers, de dieux ennemis, de dieux des autres peuples ; entre ces dieux et leurs adorateurs il admet l'existence de rapports analogues à ceux qu'il a établis entre lui-même et le peuple de son choix.
Le p^plë de Moïse commence à la porte du para-
334 l»HIL080PHIE BB L'hISTOIRE.
dis terrestre une histoire qui doit se terminer au règne temporel du Messie. Sans doute , on ose à peine tou« cher à des sujets consacrés par la majestueuse simpUcité des livres saints. Nous devons tenter cependant de nous assimiler les précieux enseignements qu'ils renferment sur Thistoire de l'humanité. Or donc Dieu plaça Adam dans le jardin d'Ëden. Toutes les productions de ce jardin furent mises à sa disposition ; mais les fruits de Tarbre de la science, c'est-à-dire de la connaissance du bien et du mal, lui furent interdits , Dieu lui ayant dit : « Le jour ou vous mangerez du fruit de l'arbre du bien et du mal , vous mourrez de mort. » En vertu de sa prescience , pour parler le langage vulgaire , Dieu avait sans doute prévu cette désobéissance d'Adam et ses résultats. Il se contente de dire : ce Voilà qu'Adam est devenu semblable à l'un de nous, connaissant le bien et le mal. » Le bien et le mal embrassant l'universalité des choses, la connaissance du bien et du mal renfermait implicitement toutes les autres; elle n'était rien moins que la science universelle , au moins en germe. Mais Dieu savait aussi que la science , en d'autres termes , la connaKi^ance de soi-même et du monde, était le mobile de<;e mouvement intellectuel qui devait diriger et conduire l'homme dans l'avenir, l'âever à un état supériemr , ce qui est prédit A peine la science a-t-elle produit son effet fatal que Dieu annonce déjà le bien qu'elle doit produire; à peine la chute est-elle consommée que la réconciliation , la réhabilitation est promise. La tête du serpent sera un jour écrasée par les descendants de cette fem-
LITRB T. — L& MOHDE PEKSAIf. 33S
me que sa parole a séduite, c'est-à-dire que ce (pi'fl y a de fatal dans la science en sera extirpé ^ tandis que la science elle-même , avec toutes ses bénédictions, sera définitivement acquise à l'homme, c'està-dire que l'activité humaine , se développsuit sous cette loi qu'elle vient de s'imposer , atteindra un état nouveau, supérieur à celui qu'elle quitte. C'est encore comme une création nouvelle qui oonunence pour la postérité d'Adam : car , si le monde existe pour l'homme , c'est parce que l'homme en a la connaissance , la science.
Nous retrouvons sous ce dogme la loi même de la vie intellectuelle de l'humanité. Si l'homme n'avait pas la conscience de sa propre existence , sa vie ne se détacherait en rien de la vie universelle ; il ne se distinguerait en rien du grand tout. Loin de là^ en vertu de son activité propre , il se saisit , se comprend dans sa personnalité ; il s'arrache, jusqu'à un certain point, aux impressions primitives où il était comme absorbé; il se pose en face du monde extérieur. C'est alors seulement, c'est à cette scissimides deux termes de la conception , c'est à cette prise de possession de l'homme par lui-même, c'est à cette séparation qui se fait entre sa vie personnelle et l'univers extérieur , que commence en lui le libre développement de son intelligence. C'est aussi une chute : car l'homme,^ en se détachant de cette essence infime, universelle où il était comme absorbé, tombe en quelque sorte sur la terre , nous voulons dire dans le sentiment du fini , du relatif, du conditionnel , de tout ce qui fait la misère et la petitesse de sa condition actuelle* L'enfemce
336 PHILOSOPHIE BS L'HISTOIRE.
de rhomme individuel représente cette phase de son existence où il n'a pas encore cette conscience de laimême ; mais il entre de plus en plus profondément dans le sentiment de sa vie propre , de sa personnalité. Toutefois c'est par ses côtés funestes qu'il sent d'abord sa nouvelle existence ; il est en proie aux angoisses, aux douleurs , aux regrets. Bien des siècles s'écouleront avant qu'il parvienne au calme, au repos, à l'harmonie rétablie entre ses propres facultés et le monde extérieur.
Adam est entré de sa pleine volonté dans un ordre de choses dont la mort est la loi , l'inévitable loi. Adam mourra donc. Il s'éloigne , à mesure qu'il entre dans cette vie nouvelle , du lieu où jusque alors il avait vécu ; il vit de plus en plus d'une vie différente de celle qui a précédé; il meurt à tout un passé pour renaître à tout un avenir qu'il ne lui est pas donné d'entrevoir. Les regrets , la terreur , les angoisses de toute sorte, l'accueilleront plus d'une fois en route ; mais l'irréparable est entré dans sa destinée. L'ange veille , l'épée à la main , à la porte de l'Ëden , devenu désert : car Dieu a voulu que l'hoitune supportât les conséquences de ce qu'il a fait, et, Tordre du monde donné, ces conséquences sont inévitables* D'ailleurs il l'aidera à écarter ce qu'elles pourraient avoir de trop pénible. Adam s'est hâté de couvrir sa nudité d'une feuille de vigne ; Dieu lui coud des habits de peaux de bétesqui le protégerontplus efficacem^it. Si la mort est entrée dans le monde, c'est que la mort est aussi la condition du perfectionnement ; c'est que tout ce qui obéit à la loi du progrès meurt sous une for-
LITRB V« — LB HOMBB PERSAlf . SST
me pour renaître sous une autre; c'est que la mort est le brisement d'une unité, au delà de laquelle une autre unité, d'ordre supérieur , sera reconstituée. Dieu, dans les paroles rapportées tout à l'heure , fait déjà luire aux yeux d'Adam cette lueur d'espérance. Il prédit aux enfants d'Eve la victoire sur l'ennemi qui l'a perdue elle-même. Toutefois, comme nous l'avons dit, ce sera d'abord l'amertume de sa destinée nouvelle que l'homme sentira ; long-temps il sera la proie de la tristesse et du découragement. La poésie hébraïque tout entière en porte témoignage, et les psaumes de David en sont une des plus touchantes et des plus magnifiques expressions. « Seigneur, ne cesse de s'écrier le roi prophète , donnez-moi la pureté de cœur et la tranquillité d'esprit. » Mais en même temps , et par un autie trait qui lui est propre, le génie hébraïque ne cesse d'aspirer à de meilleurs temps; il ne cesse de tendre vers un état où Tharmonie se sera rétablie entre ses désirs et sa destinée , où le repos aura succédé à la lutte.
Le règne du Messie fut, dans les idées juives , la traduction de ce sentiment sous forme temporelle , historique. A la mission du Messie était réservé de faire cesser ce désaccord, de mettre fin à toutes ces misères. La condition de tout développement intellectuel par l'humanité exigeait qu'elle sortit de cet état d'inconscience où elle avait d'abord vécu pour exister d'une vie individuelle , et que s'opérât la scission, la séparation de deux choses d'abord confondues. Mais la connaissance de lui-même et du monde devait amener l'homme à réunir un jour ces deux Tome I. i%
118 PHiLoeoraiB pi l^aistoiu.
termes 8011s de nouvelles conditions. Or, si la perte da paradis terrestre est Texpreè^on symbôUqne de la perte de <^ premier état d'innôcenoe, la conquête d'ira nouveau paradisdevait représenter aussi cette seconde phase des destinées humaines. Descendu du monde de l'infini et de Tétemité , rhoinme ^ait appelé à y retourner un jour ^ au prix de lon|^ effi>rts , de pénî-^ blés labetors. Or y le règne du Messie^ ce devait étre^ sous l'autorité d'un personnage d'élite, le résultat dé^ finitif auquel devaient aboutir sur cette terre tùœ ces efforts 9 le terme où devaient s'effacer les demièrâs traces dé ses longues tnisèrés. Ainsi lerè^e du Messie ne pouvait-^il manquer d'être toujours préseiit à l'esprit des Jttife 9 comme la cons(»imation de leur his^ toire. Essayons 9 au reste, de nous rendre compte de la forme revêtue par cette idée, de la façon dont elle s'incarna dans leur histoire* . La post^ité d'Adeon, [dans la voie nouvelto oè elle était entrée , ne fot pas abandonnée de Dieu. BUe vécut long-temps sous la tente des patriarcales; elle reçut une premi^ révélation^ peut-être subit une promise réformation par l'orgaaie d'Abraham \ elle passa par les rudes preuves de la servitude ; tlHè erra long-temps dans te désert, en marche vers la terre prcMuise ; die y arrive ^ifin, et l'idée, Tinstitution hébraïque, a un terrain où prendre racine. Le peuple a enfin un théâtre où déveloi^r son g^Aê , où exécuter eOn oeuvre, en d'autres termes , où mettre en pratiqué les cotnmand^nents de Dieu. Ces command^nents sont onMenus dans le Deutéronom». « Si, après aV<»reu desenfintsetdes petite
Lms T« ^ LB umam nMMSM. $H
enft^mr^ ^fms prévailqilea^ Tons serez e^tenninés du pays et réduits à m petit nombre dans les nations^^ .. * fe su^ un dieu jaloux qui punit l'iniquité des pères jasque dans la ttoisiètne et quatrième généi'ation^ «*^ Honores père et mère , afin qae vous viviest kmgue*' mentf^^^i vous suivez mes commandements ^ voud aurez de quoi manger sans en numquer jamais. --^ voua suivent des dieux étrangers ^ vous serez détruits, r^i vous obéissez^ vous aurez de la pluie au prin^ tempi f 0t en antenne du froment ^ de l'huile , du foin pour vos bôtes^ afin que vous mangiez à satiété. * Plus loin 3 « En observant toutes ces ordonoanees > vous serez béais dans vos villes et dans vos champs ^ les fruits de votreventre et de votre terre serontbéois $ si^ auconlraire, voua ne gardes pas toutes les ordonnanoes et led cérémonies , vous serez maucUt* dans vos villes et dans vos champs, vous éi»*ouvere:fc la fatnin^et la pauvreté ^ vousmourres de nidsère, d» chaleur, de fioHl) defièvre^eto. ,ete.^etvousman-^ gérez judqu'aux fruits dn votre ventre et jusc^'à la cMir de vos fils et de vos filles, a» Le peuple obéis» ssût*-il à . des oômamndements ^ marohait«»il âans la me drmte^ tout détenait pom* lui bénédiction et
: Mais la brièv^ de la vie humaine contrariait en ^qppareBDce cet état ds dmses. La môme génération ne voyait pas toujours une juste balance s'établir etitre les tbmoi qu'eUe supportait et les bénédictions avlx^ cpiellte elle se croyait des dnÂU. En dépit de sa sbieteobéissauoe aux eommandnnents de IMeu , elle ne voyait pas toujours la phué wm au {nrintemps;
340 PHILOSOI^HIB M L*HISTOIRE.
elle ne récoltait pas toujours du froment etde Thuile, et du foin pour sesbétes. Toutefois, Dieu, trouvé fid^e m toutes ses menaces , devait Tétre aussi en ses promesses. Alors s'établit l'idée d'un Messie , d'un envoyé de Dieu , qui viendrait , si l'on nous passe une expression quelque peu familière, régler tous ces comptes. Sous ce Messie, par ce Messie, dont les prophètes nous ont décrit l'œuvre en magnifiques paroles, le peuple juif devait enfin récolter ce qu'il aurait semé dans sa longue obéissance à la parole de Dieu ; il devait recueillir alors toutes les bénédictions temporelles à lui promises, c'est-à-dire soumettre les autres peuples , se mettre en possession du monde entier, régner en maître, en dominateur, en souverain, pendant mille années de gloire etde prospérité. Ainsi seraient récompensés les rudes travaux , les pénibles épreuves des âges précédents. Mais , en outre , une sorte de transformation de l'homme individuel devait aussi correspondre à cette évolution extérieure. Alors s'effacerait en partie ce sentiment de la chute, dont nous avons vu le génie hébraïque si profondément imprégné; à sa place s'éveillerait celui de la réhabilitation. D'un autre côté, à mesure que l'homme perdrait le sentimentde l'antagonisme etde la déchéance, une harmonie nouvelle s'établirait dans la conscience humaine, fondée sur une notion plus complète et plus élevée de l'humanité. Alors aussi il devait être donné à Thomme de fournir une carrière plus longue et plus complète, par la raison qu'il se trouverait doué de facultés plus éminentes , de forces plus considérables , qu'enfin il serait mu par un res--
LIT&B ▼. — LB MOKDB PBRSAN. 341
sort plus puissant. Ainsi retroùverait-il sous le rè^e du Messie , au terme de sa destinée, une sorte de non* veau paradis terrestre. .
Une difficulté se présentait : que deviendraient les Juif^ morts avant Tarrivée du Messie ? Seraient-ils {uivésde la récompense à laquelle ils avaient droit en tant qu'ayant participé, dans la mesure de leurs forces y à l'œuvre qui l'aurait obtenue ? Le sentiment de justice inné dans le cœur de l'homme ne permettait pas de le supposer. En conséquence, la doctrine juive admit qu'ils ressusciteraient pour venir s'associer au règne du Messie. Nous verrons plus tard le rôle important que joue cette croyance dans les commencements du christianisme. Quoi qu'il en soit, sous l'empire de cette idée , dans la perspective anticipée de ce but final, le peuple juif chemina dans le monde comme il avait fait jadis dans les sables du désert ; il se dirigea, à la suite d'une nouvelle colonne lumineuse, vers la nouvelle terre à lui promise, et qui n'était rien moins que le monde entier. Les Perses , par suite d'une idée analogue, s'étaient déjà proposé la conquête universelle ; mais les Juifs considérèrent plutôt cette idée par son côté passif; ils ne la prirent pas pour mobile, ils s'en remirent à Jehovah de son accomplissement. Ils attendirent le Messie pour la voir se réaliser, et ne se firent point un devoir de concourir à cette réalisation au moyen d'une guerre permanente avec les étrangers; ils se contentèrent de se tenir rigoureusement sépara de ces derniers. .
L'institution de la royauté chez les Hébreux
i^ebèvedemonk^rroriginsdité deleorgéi^; tâlki tiift* nifestë toote U paissante de l'idée qm servait lie base à leur organisation sociale. Chez tous les fiei^rie^ primttiSi la royauté se perd dans la aidt même des priginds; ee sont des dynasties divines, auxquelles ne «uoeàdent que hmg^emps après des dynasties royales, qui en descendent et qm conservent en partie le mècM caractèro sumaturd. Chez les Héfoteuxy lin* stftaition royale n'a rien avoir aveo cette obscure my-< tMogie; eue a lieuà une époque très hisloricpe, eUe est mèfitie jusqu'à un certain point en désaccord avec l'ensemble des institutions. C'est que Moïse avait peut-être emporté des sanctuaires de l'Egypte , oà elles se seraient cadiées des (dispositions peu jfiaivora* blés à la royauté. Le pouvoir sacerdotal, tout puis* sant dans les premiers temps de l'iiistoire d'Egypte, s'était, (tens la suite des temps, considârablemmt affaibli. La civilisation égyptÊeone commença, cc»nme il a été dit, dans l'tle de Bféroé; là les rois perdirent oe pouv<Hr sans limitasdont ils avaient joui au dâmt des sodétés humaines; enferaiés dans Tintérienr de leur patois , iUy véeurrat étrangers aux sdns du goo* v^nement. De temps à autre, un ordre du oonsal suprême des prêtres lesobligeait à se donner la mort. Plustard^ l'autorité royale, par une réaction natu^ reUe, s'était agrandie de nouveau; mais le souvenir et le regret de ce pouvoir perdu , de vagues espérances de le recouvrer, durent survivre, dans le sacerdqpe , à la révolution nouvi^e. Ce serait sous l'influi99oe de ce sentimeiâ que Moïse aurait attiîbiiig au
9e»\ Wioy^kj roi iwisible, 1* fiWY^rainffcfc, etn'wr F9i( pl9€é pour iat^m^iairQ qq^b lui et k peuple AVr çupe dynastie roy^Q.
{.Si BîM» Qous a tmnsmi» dans toute sa naïveté la uoèm qui précéda riB§Ututiou de la royauté c^es l69 Hébi^au^t << Lâs aociens d'kraël 9 s'élant done ^$$pi})lé@, Yiarant trouver Samuel à Ramattia, etUa lui direut ; « Vous voyez que vous êtes devenu vieux » et que vos eufauts ue loarcheut pas dans vos voies. 3^ Noizuxtôz^nous doac un rd comme m ont les mtf p ite$ nations^ afin qu'il nous juge, y Ces paro<^ les: « Nicmunez un roi afin qu'il nous juge » , déplurent à Samuel Cependant il s'adressa à Dieu par k prîère , et leâeigaeur lui dit : « Ecoute la voi:^ de <^ peupleen tout ce qu'ilç te disent, car ce n'^t point toi qu'ils rejetiant^ c'est moi, afin que je ne règne pins mr mx. » Samuel rapporta au peuple tout ca que le Seigneur lui avait dit , et il ajouta : a Void ce (^ fera le rai qui vous gouvernera. Il prendra vos enfants poorisonduire ses chariots , et s^en fera des gens de cheval ^ et les feraxK)nduire devant son char; H en leraâesi .ofiiciers et des soldats; il prendra les uns pow labourer «es champs et f ecuëllir ses blés, et te$ aulares pour lui fabriquer des armes. Il fera da vos filles des parfumeuses, des cuisinières et des faou? la»gère« àaon usage ; il|9*endrapour lui et les siens ^aeiiu'i) y a de mdUeor dans vos champs, dans vos vignes ei dans vos vergers , et se fera pay^ la dlme de ym blés cA de vos raiëps pou^r avoir de quoi ré?r compenser ses eunuques et ses domestiques. U prendra vos serviteurs, vos servantes, vos jeunes gens
gU PHIL080PHIB 0B L*HI8T0I&B«
les plus robustes et vos bétes de somme pour les faire travailler ensemble à son profit; il prendra aussi la dlme de vos troupeaux, et vous serez ses esclaves ». Le peuple ne voîdut point écouter le discours de Samuel. « Non j lui dirent-ils ; nous voulons un roi qui nous gouverne, et nous serons comme toutes les autrès nations; et notre roi nous jugera, il marchera à notre tôte, et dans nos guerres il ccnnbattra pour nous(l;. » La royauté chez les Juifs n'eut abso* lument rien de commun avec ce qu'elle fut ailleurs; c'est chez eux qu'elle se trouva pour la premièie fois l'objet d'une délibération. Jusqu'à ce moment les peuples avaient été l'œuvre des rois; pour la première fois, alors, on vit un peuple qui se créa, se façonna des rois de sa propre main , après avoir balancé les avantages et les inconvénients du parti qu'il prenait. Grand spectacle, encore agrandi par la simplicité du récit qui nous l'a transmis!
La tribu de Lévi était préposée aux sacrifices ; elle possédait, par droit de naissance, toutes les fonctions du culte. Toutefois Jehovah se réservait de parler lui-même à son peuple , par la bouche des élus de son choix , par les prophètes. Or c'est là un des élé> ments les plus originaux de la civilisation juive ^ qui lui appartient plus essentiellement en propre. Le sacerdoce et la royauté s'effaçaient devant ce pouvoir, privé par sa nature même de toute constitution régulière, et qui ne cessa pourtant jamais d'exister au sein de la nation. Les prophètes , que nous voulons
(1) Les Rois, chap. 8. ^i. 5. 6. 7.
LITRB T. — LB HOUOB PEBSAN. 345
seulement considérer sous un rapport humain, étaient les organes mêmes du patriotisme juif; plus que tous autres ils étaient imprégnés de Tesprit de nationalité, plus que tous autres ils comprenaient en quoi devait consister l'œuvre du peuple élu , le but qu'il devait se proposer; ils étaient donc aussi les véritables interprètes de Dieu , les législateurs héritiers du génie de Moïse; ils demeuraient les échos fidèles de la grande parole qui jadis avait retenti sur le Sinaï au bruit du tonnerre, à la lueur des éclairs. La prophétie formait donc à Jérusalem une véritable institution politique; c'était, dans les circonstances difficiles, comme une sorte de dictature qui s'élevait elle-même du milieu du peuple , une sorte d'évocation du génie national. Rien dé semblable, où même d'analogue , ne se rencontre ailleurs. A certaines époques de l'histoire , chez certains peuples, on voit bien des oracles, des prédictions, jouer parfois un rôle important; mais ce n'est que chez les Hébreux que la prophétie fut jamais une partie intégrante de la constitution de l'état. Elle fut mieux encore , elle fut vraiment l'esprit qui anima cette constitution, qui lui donna la vie*, qui l'empêcha de devenir une lettre morte , un sépulcre blanchi. Les paroles recueillies de la bouche des prophètes constataient l'histoire des rapports de Jehovah avec son peuple. Si l'on osait rapprocher certaines choses qui , sous des formes essentiellement difiTérentes, ne manquent pourtant pas d'analogie, on pourrait dire que la prophétie fut chez les Hébreux ce que fut la tribune dans les états libres , et que les prophètes jouèrent à Jérusalem le même rôle que les
Uê miLoeoio» »b i.*BtsTôitB.
oiateors à Rome et à Athènes. Quoi qa'il 6& soit, eette institatloo^ à ht fais sociale , rrii^euse et polî^ ticpie 9 a'^A demeure pi» moins une des créatioQs les p^ originales du génie hébreu.
Les Hébreux, dans qadques unes de leurs etojta^ ces, de leurs conceptions, draieurèrent inférieurs à l'Egypte. Sans aucun doute, les Égyptiens étaient parvenus à la notion claire et distincte de l'immortali* té de l'àme humaine; à leurs yeux, les destinées de rhmnme ne s'accomplissaient pas tout e&tiès^es dans ce m(»ide; seulement ils se faisai^t certmnes opinions qui nous semblent fort franges sur le genre des liens qu'ils supposaimt exister entre Tâme humaine et le corps qu'dle arait quitté. Mais les Mfe ne crureat en auome façon à la prolongation de la vie, sous aucune forme, au delà de la teire ; pas un met de l'Ancien Testament n'implique la foi la plus éloi* gnée à l'immortalilé de l'àme. L'homim, dans la^^on^ ception juive, n'est pas encore parvenu à la consden* ce complète de lui-mi^ne, il ne se saisit pas enam dans ce qu'il a d'infini, d'immortel ; ce qu'il comprend de lui c'est son existence visible et matérielle , ou Uen encore ses rapports avec rÊtm Suprême. Eiicore ces rapports ^itre i'hommo et Dieu sont-ils purement extérieurs, matérialisés en quelque s<x1e, n'existant que par l'iat^médi^re des pn^hètes , non dsms l'intimité de la conscience personnelle. L'individu n'a pas d'existence qui lui appartienne en propre, il fait partie d'un tout dont les commumeations avec léfaovsèi ont lieu par un organe spécial. C'était une coûséqumee forcée de cette façmi de concevoir les
LltftS ^«^tB «OtfdB PERSAN. 8lt
choises^ que Jéhôvah ne fàt point consddéré cbm* «18 présent parKmt, en tons lieux , dans tous les esprits i aussi ne dèvaiirîl être adoré que dans un seul temple^ centre et fondement de la nationalité juive, à Jânisalem.
Les îoifs se distinguaient des autres périples primitifs de FOrient par les traits que nous venons d'indiquer. On sent déjà l'esprit du inonde moderne qu5 m glisse dans €ette législation mosaïque, si antique qu'elle soit. Nous le voyons encore dans la constitu- Uon de la propriété telle> qu'elle eut lieu à Jérusalem. La propriété ^ comme il a déjà été dit , exprime , traduit ext^ieurement les rapports politiques des classes et des indiA^dus qui forment un peuple ; elle nous montre l'histoire de ce peuple stéréotypée sur le sol. Or Tori^nalité et la puissance du génie de Moïse B^édatent pas moins dans cette sphère que dans toUr tes les autres. La propriété territoriale conserva chex les H^reux un caractère singulièrement mixte , où se trouvent confondus le caractère public qu'elle eut dans tout l'Orient et le caractère individuel que nous lui voyons dans les temps modernes. Chaque famille avâttt sa portion de terre qm lui avait été assigna dans le partage primitif de la terre promise ; die se la transmettait de père en fils , par héritage ; chacun pouvait aliéner, vendre en tout ou en partie ce qu'il en possédait : ce qui constitue le droit de propriété tel que nous l'entendons. Mais deux institutions absolument propres à la nation juive n'eti donnaient pas moins à ce droit un caractère à part : le grand jubilé et l'année sabbatique. Le grand ju-
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bile, qui revenait tous les cinquante ans, abolissait toutes les mutations survenues dans la propriété territoriale pendant le demi-siècle écoulé; les portions de terre retournaient par l'intermédiaire de l'état aux mains qui les avaient primitivement possédées. Toutes choses se trouvaient remises sous ce rapport sur le même pied qu'au début même de l'histoire juive, au moment où la nation entra en possession de son territoire. Les droits nouvellement acquis sur la terre, en même temps que les contrats qui les avaient stipulés , demeuraient annulés , effacés. La législation de Moïse reconnaissait la propriété individuelle; elle ne niait pas le droit inhérent à chacun de s'assimiler par le travail une portion de territoire; toutefois elle n'ouvrait pas à ce droit un espace illimité, une carrière sans bornes; elle mesurait, au contraire, d'un œil jaloux le cercle où il lui serait permis de se manifester; elle lui laissait bien le champ libre pendant cinquante années , après quoi elle l'annulait brusquement, sans transition aucune, dans tout ce qu'il avait produit. L'année sabbatique, qui revenait tous les sept ans , produisait partiellement, dans une sphère plus rétrécie, des résultats analogues : elle abolissait les dettes. Efforts puissants d'un puissant génie pour concilier la liberté et la nécessité, le mouvement et l'immobilité, le droit de l'individu et le droit de l'état.
L'ensemble des institutions hébraïques nous montre sous d'autres formes des contrastes analogues; elles laissent percer çà et là, malgré leur caractère primitif, certains éléments qui appartiennent à une