LA SOLIDARITÉ A L ÉCOLE 1 Q
menls personnels, il ne faut plus de récompenses et de punitions individuelles, mais des récompenses et des punitions collectives : on donnera des bons poinls à la classe, on félicitera et l'on blâmera la classe : par des punitions collectives on obtiendra l'aveu des fautes commises.
M. Gourdon sur ces différents points indique des réserves : mais il faut nous arrêter sur cette question, car le caractère de ce mouvement semble très dangereux. Il y a beaucoup à craindre d'un enseignement qui ferait de la solidarité dans l'école la photographie de ce qu'elle est dans la nature ou dans la société, avec toutes ses conséquences iniques. — A cette objection, des instituteurs ont répondu : Ce que nous voulons, c'est travailler à la réalisation de la société idéale de l'avenir, et pour cela il faut inspirer l'horreur de la société mauvaise d'aujourd'hui. Notre point de départ, ce doit être le spectacle de la société actuelle, avec tous ses vices ; nous faisons remarquer à l'enfant la solidarité défait, avec toutes ses conséquences bonnes ou mauvaises ; nous voulons que nos élèves soient injustement récompensés et souffrent injustement.
Il y a là un point tout à fait grave, et qui mérite d'être très sérieusement examiné. Ecoulons M. Brunetière ; il nous cht : Vous venez enfm de redécouvrir le catholicisme ; vous remontez au point de départ d'une tradition que vos philoso2:)hes ont si malheureusement interrompue : — \c purgatoire, les indulgences, la réversibilité des péchés et des mérites, l'intercession des saliils. — voilà la soli-
igS PHILOSOPHIE DE LA SOLIDARITE
darité. Et si vous voulez trouver l'expression la plus éloquente qui en ait été donnée, cherchez-la dans le sermon de Massillon où il nous montre tous les chrétiens comme les portions d'une même masse, les membres d'un même corps.
Ainsi donc, c'est parce que nous avons voulu remettre en honneur la responsahilité individuelle, que nous n'avons pu nous satisfaire de la discipline morale de l'église. C'est parce que nous avons cru en la valeur de la personnalité et de la liberté, que nous avons lutté pour échapper à cette tutelle et à ce joug. Et tout cet effort n'aboutirait qu'à rétablir tout cela !
L'enfant doit être de plus en plus lui-même ; de plus en plus il se doit sentir responsable : voilà la base même de la personnalité morale et de la moralité personnelle. La solidarité des vertus, des fautes, des mérites ! Conception grossière, enfantine ! Oubli era-t-on donc cette loi que l'individualisme est la condition première de tout vrai socialisme .^^ que pour faire une cité, il faut commencer par faire des citoyens ? — Avec un mot, au nom d'un mot, va-t-on donc nous faire retomber dans une conception contre laquelle, depuis Erasme et Rabelais, toute la pensée moderne s'est soulevée.^
Il était nécessaire de signaler ce danger, de montrer que ce principe de la sanction collective est un des plus pernicieux qui soient. Car ceux qui inclinent dans ce sens n'ont ni l'intention ni la conscience de nous faire verser dans cet abîme. Qu'on fasse de la discipline des applications collectives
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quand il y a eu participation collective, tout le monde en est d'accord. Mais qu'on ne collectivise que ce qui de sa nature est collectif. Et voici ce qui ne Test pas : la conscience et le devoir, l'individualité morale.
DISCUSSION
M. PoRGÈs. — On vient de nous dire que la solidarité de fait, aveugle et fatale, ne peut servir, de principe à la solidarité humaine, consciente, volontaire et morale. Mais beaucoup pensent au contraire que la première doit servir d'argument et d'introduction, pour conduire à la seconde ; — et cela n'est pas déraisonnable. Faire comprendre à l'enfant cette interdépendance, ces relations qui l'unissent bon gré mal gré à ses semblables, c'est lui faire comprendre qu'il a intérêt à rendre ses semblables heureux.
M. Buisson. — Sans doute, mais l'intérêt n'est pas toute la morale ; pour la fonder, il faut, à mon sens, lui donner une autre base ; pour créer au cœur de l'enfant la moralité vraie et agissante, il faut faire appel à un autre motif.
M. PoRGÈs. — Et pourtant n'était-ce pas sur l'intérêt bien entendu que Socrate faisait reposer la morale ? — J'en appelle à M. Groiset.
M. Groiset. — Oui, le principe delà morale socratique c'est l'intérêt bien entendu de chacun se confondant avec l'intérêt véritable de tous, c'est le bon-