UOLE DE L IDÉE DE SOLIDARITE
l'effort pour passer du plan à l'exécution, comme il arrive, apparurent les difficultés.
Le système devait être tout scientifique, et le fait même de la solidarité humaine, en tant que donné à l'observation, devait en être l'unique principe. Mais à moins de se borner à faire l'histoire naturelle de l'homme, il est impossible au moraliste et au politique de s'en tenir à un fait brut. Pour conférer à ce fait une valeur pratique, il faut, à tout le moins, l'adapter, l'élire et l'ériger en fin, en objet à réaliser. On devait donc nécessairement concevoir, au-dessus de la solidarité donnée, une solidarité idéale, qui en serait le prolongement et le perfectionnement. Le système devenait ainsi, dès le premier effort qu'il faisait pour se définir, une combinaison de la solidarité comme fait et de la solidarité comme but, la première étant considérée comme menant naturellement à la seconde.
Or, déjà l'introduction de l'idée de fin altère l'unité et le caractère rigoureusement scientifique de la conception. Mais il est impossible de s'en tenir à cette transposition, en quelque sorte mécanique, de la solidarité donnée en solidarité idéale. Il s'en faut que tous les effets de la solidarité naturelle soient également bons, salutaires et justes. C'est la solidarité naturelle qui engendre les maladies et les vices héréditaires, l'élimination des faibles et la survivance des forts, abstraction faite de leur valeur morale, la difficulté, pour l'homme de vertu ou de science encore prématurée, de se faire tolérer par ses contemporains, parfois même de subsister parmi eux.
Weh dir, dass du ein Enkel bist !
comme disait Méphistophélès.
Il importe donc de distinguer nettement la solidarité comme fait, et la solidarité comme but ou comme devoir. Cette dernière, non seulement n'a pas la même forme, mais a un autre contenu que la première. Il peut arriver qu'entre l'une et l'autre il y ait divergence, contradiction même. La notion de solidarité, comme fin de l'activité humaine, ne se suffît donc pas. Elle appelle un principe de choix, de détermination, de correction ; et ce principe ne saurait être autre que l'idée de justice. La solidarité que nous devons travailler à établir, c'est celle qui est confoFme à l'idée du juste, celle qui rend possible l'accomplissement de la justice. Al'idée de justice, et à elle seule, appartient la primauté. Mais cette idée est elle-même, dans une certaine mesure, abstraite et indéterminée. L'idée de solidarité, par son rapport à la réalité donnée, vient lui fournir un contenu positif, et en assurer la réalisation effective.
Ainsi enrichie, l'idée de solidarité répond beaucoup mieux aux aspirations de la raison humaine. Mais elle est encore trop incomplètement définie pour satisfaire aux exigences de la pratique. Sans doute, à y réfléchir, nous tenons de nos ancêtres et du milieu qui nous enveloppe, nous n'avons pas acquis par nous-même, la plus grande partie de ce que nous sommes. Mais s'ensuit-il que nous ayons proprement un devoir, une dette, et tells dette précise, envers une société actuelle déterminée ?
D'abord la solidarité que nous constatons dans la