‹ Essai d'une théorie du sentiment esthétiqueChapitre 3 sur 8 · LES ELEMENTS DE LA MATIERE · texte numérisé non relu

LES ELEMENTS DE LA MATIERE

« Les corps ne sont point formés d'une sub- » stance partout continue à elle-même; .... ils » sont constitues par une agrégation de petites » masses placées à une certaine distance les unes » des autres, nommées molécules, et maintenues » en équilibre par le jeu des attractions et des » répulsions qui s'exercent entre elles. Ces molé- » cules ne sont point la dernière limite à laquelle » on puisse parvenir dans la division de la » matière. En faisant agir d'autres forces, on » peut, dans la plupart des cas, les diviser elles- » mêmes en masses plus petites, qui prennent le » nom d'atomes. » (Naquet, Principes de chimie,^

L'atome marque donc le dernier terme de divisibilité de la matière que puisse atteindre notre connaissance. Pratiquement, nous le considérerons, dès lors, comme étant l'unité de matière.

L'atome existe; mais devons-nous nous borner à constater cette existence? Ne pouvons-nous pas, dans une certaine mesure, rétablir la genèse des atomes et nous représenter l'état de la matière avant leur apparition?

On peut tout au moins l'essayer. Le système que j'oserais proposer sous ce rapport ne me paraît être en opposition avec aucun principe scientifique établi. Il facilite même, à mon sens, la compréhension de plusieurs lois. J'ajoute que, si l'on croyait pouvoir l'admettre, aotre analyse de l'élément objectif de l'idée du Beau s'en trouverait simplifiée : ce sera mon excuse pour avoir sacrifié quelques pages à en donner ici le résumé.

Le soleil, les planètes, par conséquent la terre elle-même, nous apparaissent comme des masses matérielles enveloppées d'éther, au sein duquel ces masses sont susceptibles de déterminer certains mouvements.

Cet état de choses n'a pas toujours existé. Dans le principe il n'y avait que de l'éther ; les corps célestes qui nous apparaissent maintenant comme de véritables noyaux matériels au sein de leur enveloppe d'éther, étaient encore à l'état d'éther comme cette enveloppe elle-même.

Cet éther universel se partageait en systèmes limités dont le régime de gravitation pouvait déjà

plus ou moins se rapprocher du régime de gravitation des astres correspondants actuels.

A notre globe correspondait donc un de ces systèmes d'ëther, ajant comme gravitation sa valeur propre, en coordination avec le mouvement gênerai de Funivers. Sa masse se partageait en un nombre immense de petits systèmes éthérés, gravitant ou vibrant au sein du système général.

Ces petits systèmes, que nous pourrions appeler élémentaires , étaient tous de constitution analogue. Formés non seulement d'un même éther, mais encore d'un même nombre d'éléments d ether, ils pouvaient néanmoins se trouver vis-à-vis les uns des autres dans des conditions physiques différentes, suivant l'endroit qu'ils occupaient dans l'ensemble du système terrestre, et subir, par exemple, des pressions inégales.

Par suite de pareilles inégalités, il a pu se faire que, dans telles ou telles couches concentriques, la pression supportée par les systèmes d'éther en contact ait déterminé la combinaison de ces derniers dans certaines proportions.

La combinaison sous l'effort d'une pression déterminée est une donnée fréquente en chimie.

La combinaison entre éléments homogènes n'a rien non plus qui doive surprendre. L'on admet en effet que la molécule d'hydrogène, par exemple, soit formée de deux atomes homogènes, non pas à titre de simple réunion, mais à titre de com-

binaison, c'est-à-dire de corps nouveau d'une nature distincte de celle des atonies constituants.

La combinaison des éléments d'éther primordiaux put donc engendrer également une substance nouvelle, distincte de Féther lui-même. Seulement, les causes qui déterminèrent la combinaison n'agirent point sur toute la masse d'éther comprise dans les divers petits systèmes composants : la combinaison ne porta que sur une faible portion de cet éther. Il demeura donc dans chaque combinaison une partie relativement considérable d'éther en excès. Cet éther servit d'enveloppe au noyau de combinaison, absolument comme l' éther intercalé entre les corps célestes sert d'enveloppe à ces derniers. Comme l'éther des espaces célestes également, l'éther en excès dans les combinaisons de systèmes élémentaires demeura susceptible, en vertu de sa nature propre, de subir les mouvements que pouvait déterminer en lui le noyau toujours vibrant auquel il servait d'enveloppe.

Telle est l'origine de ce que nous appelons un atome.

C'est un groupe de systèmes élémentaires d'éther, au sein duquel des circonstances physiques ont déterminé la combinaison, sous forme de noyau, d'une certaine portion d'éther, combinaison se reflétant au sein de l'éther resté libre par les mouvements que le noyau lui imprime.

Bien que nés de la combinaison de systèmes élémentaires semblables, les atomes ne sont pas semblables entre eux. Nous devons même admettre provisoirement qu'il en existe autant d'espèces qu'il existe de corps simples.

Cette variation dans la constitution des atomes pourrait s'expliquer de différentes façons.

L'atomicité ou valeur de combinaison n'est pas un rapport fixe ; elle est, au contraire, essentiellement variable. Une quantité d'éther saturée par une autre quantité d'éther, dans telles conditions, peut ne plus être saturée par la même quantité quand la combinaison se présente dans des conditions physiques différentes. La variation dans la constitution des atomes pourrait donc n'être que le reflet d'une variation dans l'atomicité de l'éther, sous l'influence de circonstances dont on pourrait retrouver des analogies dans la suite des phénomènes chimiques. Nous voyons fréquemment, en effet, des combinaisons parfaitement définies, formées d'éléments, semblables entre eux, mais combinés dans des proportions différentes. Ces variations tiennent à des atomicités plus ou moins épuisées. De même, les différences entre atomes correspondraient, dans notre système, à autant de degrés d'une saturation que des circonstances diverses ont empêché d'épuiser davantage.

L'atome n'est pas immuable absolument par-

— lO

lant. Formé par la combinaison d'éléments d'éther, il doit être susceptible de décombinaison, s'il venait à subir des influences capables de contre-balancer celles qui lui ont valu son état de combinaison.

IMais, en fait, de pareilles influences ne se présentent pas. Les noyaux atomiques sont issus d'un certain état de l'éther; ils ne peuvent être défaits que par des circonstances affectant, dans une proportion suffisante, la condition générale de l'éther. Or, tout ce que nous sommes habitués à considérer comme des changements dans la condition de l'éther ne constitue que des modulations relativement faibles, n'ébranlant pas les conditions générales d'où sont sortis les atomes, et laissant par conséquent intactes les combinaisons survenues au sein des systèmes atomiques.

Pour nous, les atomes sont donc immuables : immuables dans leur novau non éthéré, immuablés par conséquent dans les mouvements que nous renvoie ce noyau par l'intermédiaire de son enveloppe d'éther.

Car, il est essentiel de le remarquer, ce que nous connaissons des atomes, nous ne le connaissons que par l'intermédiaire de leur enveloppe d'éther. Si deux atomes, étroitement confondus dans une molécule, ne peuvent se toucher grâce à l'éther interposé, à plus forte raison ne pouvons-nous pas toucher nous-mêmes directement le noyau pro-

prement dit d'un atome, perdu dans une masse d'ëther relativement grande. Or, les fonctions de nos divers sens peuvent se résoudre toutes en des opérations de toucher. Il est donc juste de dire que les impressions qui nous sont fournies par un atome ne le sont pas directement par ce que nous avons appelé le noyau atomique, mais par les vibrations de Féther influencé par ce noyau.

Je dis influencé ; car Féther, indépendamment du mouvement qui lui est fourni par le noyau, a conservé son mouvement propre. Les vibrations, qu'il nous transmet, sont donc l'expression du mouvement atomique particulier, combiné avec le mouvement général propre à Féther primordial lui-même.

L'atome étant compris de la sorte, nous expliquerons plus facilement ce qu'il faut entendre par une molécule.

Deux systèmes atomiques se trouvent en présence. Les rapports qu'ils peuvent avoir ensemble s'exerceront exclusivement entre leurs enveloppes d'éther, respectivement animées de leurs mouvements propres. Ou bien ces mouvements seront susceptibles de s'harmoniser, ou bien ils n'en seront pas susceptibles : question de mécanique. Dans le premier cas, les atomes seront susceptibles de former une molécule; dans le second cas, ils n'en seront pas susceptibles et conserveront

vis-à-vis l'un de l'autre leur situation d'atomes isolés.

La molécule réside donc dans la combinaison effective des mouvements propres aux enveloppes d'éther de deux ou plusieurs systèmes atomiques en contact. C'est une résultante. Les noyaux atomiques demeurent ce qu'ils étaient. Seulement, les ondes d'éther, propres à leurs enveloppes respectives, s'entre-croisant, produisent des ondes résultantes qui communiquent à l'ensemble de l'éther, entrant dans la combinaison, un mouvement général, distinct des mouvements particuliers antérieurs et pouvant envelopper les divers atomes dans une évolution unique.

Il importe, d'après cela, de distinguer soigneusement le rôle de l'éther, suivant qu'on le considère dans l'atome ou dans la molécule.

L'éther atomique a une valeur propre, absolue, du moins dans la condition générale actuelle de l'univers. Il possède son état propre, son mouvement propre, tenant à des causes si générales que rien de ce que nous connaissons dans la nature ne serait capable de les lui enlever. Il peut être momentanément fonction dans un système moléculaire et contribuer de la sorte à une résultante de mouvement différente de son mouvement propre. Mais pareil phénomène laisse invariable sa valeur substantielle. Il est, si l'on veut, par rapport à son état propre,

dans une condition d'équilibre stable, puisqu'il reprend cet ëtat du moment qu'il se trouve abandonné à lui-même.

L'éther moléculaire, lui (c'est-à-dire la somme des éthers atomiques entrant dans une molécule), se présente tout autrement. Les combinaisons d'éther, qui correspondent aux molécules, constituent bien aussi des systèmes ayant une valeur propre; mais cette valeur n'est pas en quelque sorte absolue comme celle de l'éther atomique. Ce n'est qu'une valeur de relation. Il peut arriver que cette relation soit si étroite que nous ne puissions, par les moyens dont nous disposons, arriver à la rompre et, en fait, nous pourrons donc traiter cet éther comme s'il avait une valeur absolue ; mais , théoriquement tout au moins , nous devons faire entre cet éther et l'éther atomique une grande distinction.

L'atome est relativement simple dans son origine; la molécule est essentiellement complexe. C'est la simplicité d'origine de l'atome qui lui permet de subsister, quelles que soient les conditions physiques actuelles dans lesquelles il se trouve; c'est la complexité de la molécule qui rend, au contraire, son existence subordonnée au fait que ses atomes composants se trouvent dans des conditions spéciales, qu'un rien suffît parfois à troubler.

Telle est donc la façon dont je conçois la con-

stitution des molécules et des atomes. On trouvera plus loin, dans une annexe, comment cette théorie peut être mise en harmonie avec les principes de la théorie atomique. En conséquence je passe outre.

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