C. Hémaphéine
Les chromatogènes dont nous venons d'esquisser l'histoire clinique sont des éléments qui existent d'une manière pour ainsi dire constante dans la fièvre typhoïde,
parut et ne reparut que le 6« jour de la convalescence. Or, dès le 4e jour de la défervescence, le chlorofornoe agité avec l'urine se colorait en rose pâle (urohématine seule) : le 5« jour en violet foncé (violet d'évêque), en même temps que le pus apparaissait dans l'urine avec une certaine abondance (urohématine et beaucoup d'indigose); du 6^ jour de cette période au 5^ jour de la suivante, le chloroforme se colorait en violet plus ou moins intense. Cela ne cessa qu'avec l'apparition de l'indican dans l'urine. Celui-ci persista encore pendant huit jours et disparut quand le dépôt du pus commença à diminuer. Pendant toute la période qui s'écoula du 4« jour de la défervescence au 5« jour de la convalescence, le dépôt eut une coloration bleuâtre manifeste.
soit à unepériode, soit aune autre; et c'est la localisation de leur quanti té ou de leur fréquence dans telle ou telle période qui fixe leur signification séméiologique. Au con traire, les deux pigments que nous allons envisager, l'hémaphéine et l'uroérythrine, n'existent dans la fièvre typhoïde qu'à titre exceptionnel. Leurs apparitions sont très-rareset leur quantité sipeu abondante, qu'il faut opérer relativement sur d'assez grandes masses d'urine pour les déceler. Enfin, ces apparitions ne sont que transitoires, sauf dans quelques cas spéciaux. Donc, en thèse générale, l'absence de ces deux pigments est la règle dans la fièvre typhoïde. Cherchons maintenant quelles exceptions comporte cette règle pour chacun des deux pigments sus-énoncés.
Vhémaphéine est(l) assez peu fréquente pour que je n'en aie rencontré que chez 10 malades, en traces toujoursassez faibles. Tantôt on ne la trouve qu'une fois, tantôt elle persiste durant trois à quatre jours au plus. Ces apparitions ne s'observent que dans les périodes d'état et de défervesceniîe, jamais dans le cours delà convalescence. Pour
(1) De l'hémaphéine envisagée suivant les formes de la fièvre typhoïde dans toutes les urines prises en bloc.
Evidente.
Traces.
Absente.
Urines.
Urines.
Urines.
1" Cas mortels :
2» — graves :
3" — simples:
Suivant les périodes.
Cas graves : l'-^ et2« périodes, 9,8 Z
Cas légers : et 2° —
les étudier, je distingue comme précédemment les cas mortels des observations qui se sont terminées parla guérison.
Cas mortels. — C'est avec la forme ïhoracique et les complications pulmonaires que l'hémaphéisme se trouve presque toujours en relation, mais il n'en suit pas que toujours ces conditions soient génératrices de l'hémaptiéine. Je tiens simplement à établir que l'on rencontre principalement ce pigment quand l'appareil pulmonaire est le siège d'une complication phlegmasique (1). En second lieu, mais dans des circonstances beaucoup plus rares encore, on peut rencontrer des traces d'iiémaphéine lorsqu'il existe une véritable dissolulion du sang et que l'hémoglobine commence à passer en nature dans l'urine.
Cas non mortels. — Quand l'hémaphéine se montre, c'est, ou bien à la période d'augment dans les cas oii la fièvre typhoïde débute avec l'aspect d'une maladie
(1) Exemple : 1° Femme de 22 ans, nourrice de 9 mois. Fièvre typhoïde à prédominance thoracique ; mort le 24^ jour. Broncho-pneumonie double des lobes inférieurs des poumons. Pas d'épistaxis, pas de diarrhée au début, exsudât pleurétique gauche abondant. Reins normaux à l'œil nu. Myocardite. Traces d'hémaphéine du 16 au 22^ jour, coïncidant avec une diminution notable de l'urine (500,550,900°"^), une augmentation de la densité (1034, 1028, 1030,5).
2° Femme de 24 ans, robuste. Fièvre typhoïde rénale adynamique avec complications pulmonaires.
Mort le 9'' jour. 2 gros noyaux de broncho-pneumonie. Splénisation considérable des deux poumons, pleurésie sèche à droite. Reins doublés de volume, congestionnés 5 au microscope; sléatose considérable. Hémoglobine dissoute dans l'urine. Traces d'hémaphéine les 4, 5. 6 et 9« jour, coïncidant avec une diminution de la quantité (500, 530 ce.) et une augmentation de la densité (1033j.
à frigore ^ ou bien simplement quand l'urine diminue beaucoup de quantité et que sa densité s'élève au-dessus des taux habituels. Il sera donc possible de trouver ce pigment chez les fiévreux qui n'ont pas cette polyurie de la défervescence et de la convalescence, sur laquelle j'ai insisté dans un précédent chapitre (1), Si des accidents cérébraux ou spinaux surgissent inopinément, on pourra trouver aussi un peu d'hémaphéine, mais je le répète, elle est transitoire, et souvent à peine appréciable. Aux approches de la défervescence , on peut déterminer aussi, mais très-rarement, des traces de ce pigment.
Enfin, les remarques faites aux sujet des cas mortels peuvent s'appliquer, pour la plupart, aux observations actuelles.
Il résulte de tout ceci, que l'hêmaphéine ne se présente dans les urines de la fièvre typhoïde que dans les circonstances suivantes :
j*» Invasion brusque chez des sujets robustes; 2" Accidents cérébraux ou spinaux survenant brusquement ;
3° GompHcations thoraciques, hématurie ;
4° Absence de polyurie de la défervescence (2),
(1) L'hêmaphéine a pu apparaître dans les urines quand elles marquaient 1035. 1033.5. 1031, 1029,5. etc., et disparaître avec le retour à des chiffres plus bas, mais toutes les urines ayant eu cette densité n'ont pas eu d'hémaphéine. Il y a là des conditions qui nous sont inconnues, mais dont l'importance n'est pas extrême, en raison de la rareté de l'hêmaphéine dans la fièvre typhoïde.
^^2) Je n'ai vu qu'un seul cas où l'hêmaphéine ait été à peu près continue pendant une grande partie de la période d'état : C'est celui d'un homme de 25 ans qui fit une réversion fort grave après une première atteinte des plus bénignes. La réversion s'accompagna de phénomènes
D. Uvoérylhrine,
Quoique devant être classée avec l'hémaphéine, au rang des principes anormaux de l'urine dans la fièvre typhoïde (J), l'uroérythrine est un peu plus fréquente que l'hémaphéine, mais elle ne constitue malgré tout qu'une exception.
L'examen du tableau annexé en note nous prouve :
1° Qu'elle est aussi fréquente, sinon abondante, dans les CAS MORTELS quc dans les cas graves, mais qu'elle est beaucoup plus rare dans les cas simples.
2° Qu'elle est un peu plus fréquente à la période d aiigment des cas graves que dans les cas légers.
3° Qu'elle subit une augmentation plus ou moins marquée aux périodes de défervescence et de convalescence.
Tels sont les faits pris en bloc. L'examen en détail permet de les catégoriser davantage.
cérébraux intenses et de symptômes thoraciques fort accusés ; il n'y eut pas de polyurie à la défervescence. La diarrhée fut modérée, les épistaxis assez abondantes et la température très élevée.
(1) Uroérythrine suivant les formes, envisagée dans toutes les urines prises en bloc.
Assez abondante.
Traces sensibles.
Absente.
Urines.
Urines.
Cas mortels ;
— graves :
— légers :
Suivant les périodes,
Cas graves : et 2" périodes. 7,0
Cas simples : l'"' et 2*
Cas mortels. — L'uroéryllirine est l'indice d'une complication quelconque du côté des voies respiratoires (1) (broncho-pneumonie, pleurésie sèche, splénisation double, etc.). Gomme l'hémaphéine, elle s'accompagne souvent alors du passage de l'hémoglobine à travers les reins (2). Elle n'est ni continue, ni très-abondante ; elle se montre avec l'im asiondela complication pulmonaire, tantôt la veille ou Tavant-veille de la mort, tantôt quatre ou cinq jours avant. Gomme, hors de là, je ne l'ai jamais constatée, il me semble que son apparition doit toujours éveiller des doutes et faire porter l'attention sur l'appareil pulmonaire.
Cas guéris (3) . — De même que dans les observations précédentes, le pigment rosacique est aussi en rapport avec les phlegmasiesde l'appareil respiratoire (4) : c'est quand il apparaît dans la période d'état (5). Mais d'autres fois il possède une signitieation assez favorable pour que l'on
(1) Sur 13 cas de mort suivis au point de vue de l'urorythrine, celle-ci s'est montré 4 fois. L'autopsie démontra :
1° 4 fois de la broncho-pneumonie double ; 2° 2 fois un exsudât pleurétique sur le poumon gauche ; 3" 2 fois des traces évidentes de péricardite récente; 4° 4 fois, une congestion plus ou moins intense des parties du poumon qui n'étaient pas enflammées.
(2) Dans deux cas, le pigment n'apparut pas dans les urines au moment de l'invasion et dans le cours d'un érysipèle de la face. Au contraire, il y en eut durant 24 heures, des traces dans un troisième cas.
(3) Sur 25 malades guéris suivis au point de vue de l'uroérythrine, celle-ci-ci s'est montrée 8 fois.
(4) Dans le cas déjà cité d'une fièvre typhoïde évoluant chez un tuberculeux et activant la marche de la maladie primitive, les urines contenaient une quantité sensible d'uroérythrine pendant toutes les périodes et jusqu'au 13» jour de la convalescence.
(5) Un malade atteint depéricardite a eu aussi un peu de ce pigment à la période d'état.
sait peut-être rapprocher des phénomènes critiques, c'est quand il se montre à la période de défervescence et dans les premiers jours de la convalescence. Je serais donc porté à le considérer comme d'un bon augure lorsqu'il apparaît dans ces périodes, chez des malades assez gravements atteints, en l'absence de toute affection pulmonaire aiguë et chronique.
L'urine chargée d'uroérythrine possède une teinte rosée quand il y a de la polyurie, et d'un rouge plus ou moins vif quand il y a, au contraire, concentration du liquide. Ceci s'accorde bien avec l'aspect de même nature que nous avons étudié au point de vue de la couleur de l'urine dans la fièvre typhoïde. La quantité de pigment est d'habitude assez faible; les proportions un peu notables sont toujours des exceptions.