‹ Essai de catéchisme socialisteChapitre 6 sur 12 · DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

DE LA LIBERTÉ

Demande. — Qu'est-ce que la libcrlé ?

Réponse. — La liberté a été le plus souvent confondue avec le droit, dont elle est complètement distincte, — ainsi qu'on s'en convaincra facilement si de la spéculation on passe à la pratique et si l'on prend des exemples. Je puis, en effet, avoir le droit de marcher et — si je suis cul-de-jatte ou que je me trouve à quelques rriilliers de mètres au-dessus du niveau de la mer dans la nacelle d'un ballon — ne pas avoir la liberté de marcher. De même que, d'autre part, je puis avoir la liberté de mouvoir mon bras dans toutes les directions — si je ne suis pas infirme et que le milieu s'y prête — sans avoir le droit de le mouvoir dans la direction où il rencontrerait le visage d'un de mes semblables.

Qui dit liberté dit possibilité, puissance. La liberté de marcher est la possibilité, la puissance de marcher, et consiste :

1° Dans des jambes;

2° Dans une surface plane et solide sur laquelle je puisse les mouvoir sans obstacles ;

C'est-à-dire dans les moyens organiques et les MOYENS EXTÉRIEURS de marcher.

Il n'en est pas autrement de la liberté prise dans son acception générale, qui n'est et ne peut être pour chacun que la possibilité, la PUISSANCE d'accomplir SA VOLONTÉ, et consiste — tout être ne pouvant pas ne pas vouloir satisfaire de plus en plus complètement ses besoins — dans les moyens organiques et les moyens extérieurs de satisfaire ses besoins de plus en plus complètement.

D. — Quels sont les moyens organiques à l'aide desquels l'homme peut satisfaire de plus en plus complètement ses besoins ?

R. — Ses facultés physiques et morales de plus en plus développées.

D. — Quels sont les moyens extérieurs à l'aide desquels l'homme peut atteindre le même but ?

R. — La terre et sa productivité de plus en plus adaptées à nos !)esoins par l'application de plus en plus scicntilicjuc de nos

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facultés j^liysiques et morales de plus en plus développées.

D. — Les moyens d'action, organiques et extérieurs, de l'homme, de chaque homme variant selon les individus, les époques, la liberté qu'ils constituent n'a donc rien d'absolu ?

R. — Non. La liberté est relative et varie à la fois dans le temps et dans l'espace :

Elle n'est pas, aujourd'hui que l'humanité dispose des machines, de la vapeur, etc., ce qu'elle était il y a des siècles lorsque notre espèce ne devait compter que sur ses bras ; et elle ne sera pas dans cent ans ou dans mille ce qu'elle est aujourd'hui.

Elle n'est pas, d'autre part, pour l'individu dont les facultés ont été développées et qui dispose non-seulement des produits du sol, mais du sol lui-même, c'est-à-dire de l'instrument de toute production, ce qu'elle est pour l'individu dont les facultés ont été laissées en friche et qui manque des moyens extérieurs de satisfaire le plus élémentairement ses besoins les plus primordiaux ; on peut même dire qu'elle n'existe que pour le premier, et que pour le second, c'est-à-dire pour l'im-

mense majorité ouvrière elle est tout entière à créer (i),

D. — Quelle est la raison de la variabilité de la liberté dans le temps ou de l'inégalité dans la liberté des générations qui se succèdent ?

R. — La nature même de l'homme progressive ou perfectible. Comment l'homme d'aujourd'hui qui, à l'expérience accumulée de tous les hommes qui l'ont précédé, ajoute la sienne propre, pourrait-il ne pas être plus puissant, c'est-à-dire plus libre que ses pré-

(i) C'est ainsi que les diverses libertés ou, plus exactement, fractions lie la liberté qui ont été octroyées, conquises ou proclamées en France et ailleurs depuis un siècle ne sont telles que pour le petit nombre do ceux qui étaient et sont en mesure d'en user. Pour la masse des hommes ce sont do simjilcs droits — et les droits, sans les moyens de les faire valoir, constituent autant de mensonges.

Mensonge, la liberté individuelle pour qui n'a que le droit de disposer do lui -môme et manque des moyens d'exercer ce droit, c'cst-àdiro pour le prolétariat tout entier que l'ignorance et la faim mettent à la discrétion do la minorité possédante et éclairée !

Mensonge, la liberté de conscience pour qui n'a que le droit d'.ivoir une croyance, de la manifester, et manque du développement intellectuel, scientifique sans lequel la conscience c'est-à-dire une conviction raisonnée, positive n'est pas possible I

Mensonge, la liberté de l'industrie pour qui n'a que le dro't d'exercer une inilustrie et m.nliquo du capit;il, du crédit nécessaire A l'exercice de toute industrie I

Mensonge, la liberté politique ou électorale pour qui n'a que le droit de participer par voie de scrutin au gouvernement do la chose publique et manque do l'indépendance intellectuelle ou économique indispensable pour voter seliin ses intérêts particuliers et selon l'intérêt gênér.i! .inU i,.-i,,i,' lin i!(inf 1i- ■airitui- !ii'. rjit inipnsé ! etc., ctr.. c-tc.

décesseuis ; et comment, à moins d'un cataclysme invraisemblable qui, en l'isolant, empêche l'humanité future de bénéficier des découvertes de l'iuimanité passée et présente, la liberté ou la puissance humaine pourraitelle cesser d'aller croissante ?

D. — La variabilité ou l'iné/^^alité de la liberté dans le temps est donc nécessaire ?

R. — Aussi nécessaire qu'avantageuse.

D. — En est-il de même de la variabilité de la liberté dans l'espace ? L'inégalité qui existe actuellement dans la liberté des hommes d'une même génération, d'un miême moment de l'humanité — et qui va jusqu'à la suppression de toute liberté pour le plus grand nombre — est-elle avantageuse ?

R. — Ni à l'espèce, que le non-développement des facultés et la non-satisfaction des besoins de la majeure partie de ses membres atteignent dans sa force productrice; ni même au petit nombre de ceux qui semblent le plus favorisés dans ce partage inégal et chez lesquels la trop grande facilité d'accomplir leur volonté, la surabondance des moyens de satisfaire leurs besoins entraîne l'abus et la satiété.

D. — Est-elle nécessaire ?

R. — Nullement. Elle tient à des conditions, pour ne pas dire à des conventions sociales dont la contingence et la mobilité sont attestées par l'histoire.

D. — La variabilité ou l'inégalité de la liberté dans l'espace peut donc disparaître ?

R. — Oui, elle peut disparaître et elle disparaîtra pour faire place à la justice, sous l'effort de ceux qui sont aujourd'hui hors de la liberté et qui ayant le nombre auront la force le jour où ils se seront entendus et associés.

D. — Qu'est-ce que la justice ?

R. — La justice est l'égalité dans la liberté, autrement dit l'égalité des moyens organiques et extérieurs d'action assurée à chacun et à tous.

D. — Comment pourra-t-elle être réalisée, organisée ?

R. — Par l'égal développement de l'intégralité des facultés physiques et morales de cliacun et par la mise à la disposition de tous

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de la terre et de sa productivité désindivi- DUALISLES et rendues à la collectivité.

Les moyens or^^^aniques et les moyens extérieurs de satisfaire ses besoins étant ainsi également assurés à chacun, chacun aura la même possibilité, la même puissance d'accomplir sa volonté; et la liberté sera égale, existera pour tous.

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