‹ Essai de catéchisme socialisteChapitre 8 sur 12 · DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DU TRAVAIL

Demande. — Qu'est-ce que le travail ?

Réponse. — Le travail est l'application de l'activité humaine à l'utilisation des phénomènes et agents naturels. Travailler c'est produire, c'est ajouter à la somme des utilités ou des choses nécessaires à la conservation et au développement de l'homme.

D. — Le travail est-il un châtiment, comme on l'a prétendu ; est-il, en termes plus scientifiques, désagréable, pénible ; répugne-t-il à

la nature humaine ?

R. — Comment pourrait-il en être ainsi, lorsque l'activité du cerveau et des muscles, qui constitue le travail, répond à un besoin naturel de ces organes et peut seule permettre à l'homme de satisfaire aux exigences de sa nature ?

Le travail ne devient désagréable, pénible que :

1° Lorsqu'il est le résultat d'une contrainte extérieure ;

2° Lorsqu'il est exagéré, poussé au delà des forces de l'homme; et s'il présente aujourd'hui ce caractère, c'est qu'au lieu d'être réparti également entre tous les membres de la collectivité, il est limité et imposé à une fraction de la collectivité qui doit suppléer par un excès d'activité à l'oisiveté de l'autre fraction.

D. — Tous les hommes doivent donc travailler ?

R. — Oui, chaque homme doit travailler, parce que chaque homme consomme et que toute consommation non accompagnée de production réduisant les ressources de la collectivité, de l'espèce, porte préjudice a la collectivité, à l'espèce.

D. — Quelle est la limite du travail obligatoire pour chacun ?

R. — Sa capacité physique et intellectuelle.

D. — N'y a-t-il pas contradiction,' éventualité de contradiction, au moins, entre cette limitation du travail de chacun A sa capacité naturelle et lu loi établie au chapitre précédent et d'après laciuclle l'inilividii, réduit au

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rôle d'usufruitier, ne saurait ni consommet plus qu'il ne produit, ni même ne produire que l'équivalent de ce qu'il consomme ?

A'. — Non, l'homme dont les facultés ont été complètement développées et dont les besoins sont complètement satisfaits étant capable de produire plus qu'il ne consomme.

L'enfant, le vieillard, le malade semblent au premier abord démentir ce dernier point; mais il suffit de se rappeler que l'enfance, la vieillesse, la maladie ne constituent que des MOMENTS de l'individu pour se persuader qu'il n'en est rien.

L'enfant, s'il consomme momentanément sans produire, produira plus tard plus qu'il ne consomme et ne consommera ;

Le vieillard, s'il continue à consommer lorsqu'il a cessé de produire, a produit autrefois plus qu'il n'a consommé et ne consomme ;

Le malade rentre dans le cas du vieillard ou de l'enfant, selon que son excédant de production est devant ou derrière.

D. — Le travail, en tant qu'activité des muscles ou qu'activité du cerveau, ne peut-il pas se diviser en musculaire ou manuel et en cérébral ou intellectuel ?

R. — Oui, mais cette division n'a rien d'absolu, et aucun travail ne saurait être ni exclusivement cérébral, ni exxlusivement musculaire, l'action des muscles n'étant pas plus admissible sans l'action du cerveau que l'action du cerveau sans l'action des muscles. Tout travail, en un mot, est à la fois activité musculaire et activité cérébrale , quoique selon les divers genres de production ces deux activités soient combinées dans des proportions différentes.

D. — Le travail intellectuel ou cérébral, c'est-à-dire dans lequel le cerveau joue un rôle plus considérable que les muscles, ne doit-il pas être considéré comme supérieur et procurer à son auteur des avantages plus considérables?

R. — Pas plus que le travail manuel ou musculaire, c'est-à-dire dans lequel le cerveau joue un rôle moins considérable que les muscles, ne saurait être considéré comme inférieur et donner lieu à des avantages moins considérables.

Le travail, avons-nous dit, est l'application de l'activité humaine à l'utilisation des phénomènes et agents naturels. Or, de même que A — A, l'activité --- l'activité, l'utilité =

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l'utilité. Donc, tout travail = tout travail. Et de cette é;:,'alité des divers travaux résulte nécessairement l'égalité des divers travailleurs, comme de l'égalité des travailleurs et des travaux naît la nécessité de l'égalité des avantages ou de la rémunération procurée par les divers travaux aux divers travailleurs, les rapports entre deux quantités égales — et la rémunération du travail n'est pas autre chose que le rapport entre tout travail (égal) et tout travailleur (égal) — étant nécessairement égaux.

En d'autres termes, tant que l'iiomme aura un égal besoin d'être nourri, vêtu, logé, instruit, etc., l'égalité des productions ayant pour but la nourriture, le vêtement, le logement, l'instruction, etc., ainsi que l'égalité de la rémunération, ne saurait raisonnablement et justement être mise en question.

D. — N'existe -t-il pas d'autres raisons déterminantes de l'égalité des avantages assurés par les divers travaux aux divers travailleurs ?

R. — Si ; et pour me borner, je citerai : 1° L'égalité des besoins chez les travailleurs de tous genres, en leur qualité d'hom-

mes, c'est-à-dire d'êtres, d'organismes semblables ;

2° Le phénomène économique connu sous le nom de division du travail et qui consiste, comme on le sait, en ce que le travail est d'autant plus productif qu'il est plus divisé entre un plus grand nombre de travailleurs. D'où la nécessité, — si l'on veut que l'espèce humaine continue à bénéficier de ce phénomène, maintienne et pousse à ses dernières limites la division du travail, — que toutes les divisions ou branches du travail donnent droit à la même somme de satisfaction. Sinon il ne se trouvera personne d'assez sot ou d'assez oublieux de lui-môme pour consentir à appliquer son activité aux parties de la production les moins rétribuées. Tout le monde et avec raison voudra se livrer aux travaux les plus rémunérateurs. ^

D. — Ne saurait-il se présenter des cas où cette égalité de la rémunération serait injuste? Par exemple, si dans le même espace de temps je suis capable de produire plus que mon voisin; ou si nous nous trouvons en face du travail d'un Newton dont le bénéfice s'étendra aux générations futures, comparé X celui d'un vigneron ?

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R. — Nullement. Si je suis capable de produire plus, cela veut dire que j'ai reçu de la longue suite des hommes dont je descends un organisme supérieur ou que j'ai reçu des hommes qui ont présidé à mon développement intellectuel une instruction supérieure ; et dans aucun des deux cas le produit plus considérable de cette capacité plus grande, de cette supériorité d'instruction ou d'organisme QUE JE DOIS A AUTRUI, ne Saurait être réclamé par moi dûment. J'ai reçu plus et je donne plus que celui qui a reçu moins et qui donne moins : c'est dans l'ordre et dans la justice!

Il en est de même de Newton, dont les découvertes, si importantes qu'elles soient, procèdent des découvertes opérées avant lui, par d'autres que lui, sans lesquelles elles n'eussent .pas été possibles, et qui n'a pu rendre à ses semblables des services, dont on oppose l'étendue à la limitation des services du vigneron, que par suite des loisirs que lui ont faits ceux de ses semblables, y compris le vigneron, dont les travaux l'ont nourri, vêtu, logé, etc., pendant des années avant qu'il eût rien produit. Si le travail de Newton rapporte plus à la collectivité que le travail du vigneron. Newton doit également plus à la collée-

tivité, — ce qui rétablit l'équilibre et permet au vigneron d'être aUvSsi rétribué que Newton sans que Newton soit volé.

D. — Ne saurait-il se trouver des cas où, si juste qu'elle soit, elle atteigne ou réduise la production, en ce sens qu'un individu doué d'une capacité de travail plus grande soit détourné de produire tout ce dont il est capable par la certitude de ne pas recevoir davantage ?

R. — Pour que l'égalité de la rémunération pût avoir cet effet il faudrait que le profit qu'il retire du travail fût le seul mobile du travailleur et que l'activité humaine ne fût pas déterminée par d'autres causes d'un autre ordre telles que :

La satisfaction que l'on trouve dans le travail môme et qui ne saurait être contestée au moins pour les travaux intellectuels, d'art, de science, etc. ;

La satisfaction d'amour-propre que donne la conscience de faire mieux et plus que le voisin;

La satisfaction que l'on éprouve à être utile à ses semblables, qui provient du développement considérable qu'on V atteint chez l'homme par suite de son existence collective

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OU sociale et par suite du besoin qu'il a de son semblable, les instincts sympathiques ou altruistes en f^erme cliez tous les organismes vivants, et qui deviendra de plus en plus déterminante à mesure que ces instincts seront plus développés par une éducation ad hoc et par l'universalisation et l'égalisation du bien-être.

Mais en fût-il autrement, dût-elle limiter la productivité de certaines individualités — exceptionnelles — qu'il n'en faudrait pas moins, dans l'intérêt même de la production, maintenir l'égale rémunération (i), cette

(i) L'égale rémunération (pour une égale quantité de travail, bien entendu) paraît au premier abord en opposition avec la formule socialiste bien connue d'après laquelle, le travail ne pouvant se rémunérer équitablement qu'avec son produit, le travailleur aurait droit au produit intégral de son travail. Mais la contradiction — je me plais au moins à le croire — est plus apparente que réelle et tient surtout à une terminologie incorrecte.

Le travail, en effet, ne se réduit pas à la seule activité humaine, mais à cette activité appliquée, associée à ce qu'on désigne par le nom de capital (instruments, matières premières) ; et ce dernier élément ou facteur du travail, aujourd'hui individualisé, qu'il s'agit de faire rentrer dans la collectivité, est loin d'itre toujours égal à luinicnie ou aussi efficace dans la même branche de production. La même quantité d'activité, par exemple, selon qu'elle s'exercera sur telle terre arable ou sur telle autre, sur telle mine ou sur telle autre, aboutira à un rendement ou produit différent. Et si, sous prétexte que le résultat obtenu peut seul donner la mesure de l'activité dépensée, sous prétexte d'assurer à chacun le produit intégral de son activité, on lui attribuait non pas seulement la part qui dans le produit revient à cette activité, mais le produit total dû à la collaboration du capital. — inégalement productif, je le répète, — on ne tarderait pas à reconstituer tous les privilèges et toutes les iniquités de la société actuelle.

Il convient donc d'entendre par le droit pour chacun au p.oduit

perte exceptionnelle devant être amplement compensée par le développement que recevra la production de la capacité plus grande de travail résultant pour l'immense majorité des travailleurs de l'égale satisfaction de l'intégralité de leurs besoins (2).

iiitt-Kr.ll Je son travail le Jroit pour chacun au produit intégral dn son activ't»' ou au pruduit du travail, déduction faito de la part qui dans la production revient au capital, collectif. Kt dans ce sens la formule en question, loin do contrarier, appuie et confirme l'égale rérouncration des divers travaux otdcs divers travailleurs.

{i) La puissance productive au travail est proportionnelle exactement .1 la quantité et .1 la qualité des aliments. Do Taveii très compétent de M. André Sanson, pour que In machine an-mnlo qui représente roriîanismp hum.iin pu'ssc donner, son maximum do rendement il faudrait une alimentation journalière correspondant .1 i.Soo Rrammos de ])ain, i kilogramme de viande et les accessoires obligés en boisson, - soit le double ou le triple de ce que peuvent consommer les travailleurs les plus favorisés d'aujourd'hui.

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