CHAPITRE XII
J^A j^ÉVÉLATION.
D. Qu'est-ce que la révélation?
R. C’est l’intervention du secours de Dieu dans leducation de ses humanités.
D. Quelles raisons avons-nous de croire à la révélation ?
R, En examinant la vie générale, nous voyons qu’il n’y a pas de créature abandonnée.La Providence pourvoit à la conservation et au développement de tous. La faiblesse du premier âge est surtout protégée. De quelle force d’attraction est douée cette débile créature pour appeler sur elle tant d’attentions prévoyantes et d’anxieuses affections!
Peut-on croire que la loi providentielle, qui dirige la création universelle et qui est si prévoyante et si attractive de soins conservateurs sur l’individu naissant, ne veille pas sur l’espèce naissante? Une humanité qui commence a toute l’ignorance, toute la faiblesse, toutes les fougues inconscientes, tous les appétits désordonnés du premier âge. L’amour divin, qui l’a fait naître, doit la guider dans sa marche incertaine et lui révéler les vérités primordiales.
D. Ainsi Dieu intervient à certaines époques de décadence morale de rhumanité?
R. Dieu a créé les différentes entités pour leur bonheur, pour les rapprocher de Lui ; Il ne les abandonne pas sans secours à leur dangereuse liberté ; Il les attire sans cesse à Lui. A chaque besoin des créatures. Dieu répond par un nouveau secours. Il fortifie la liberté par la grâce, sans détruire pour cela le mérite.
D. A quelles époques de chaque peuple la révélation survientelle?
R. La révélation de Dieu,par une éternelle condescendance,s’approprie à l’état des esprits chez chaque peuple. Toutes les fois que notre
humanité a besoin d’une intervention supérieure, Dieu, qui veille sur elle, la lui accorde. Da parole éducatrice s adresse a Inomrne dans ses développements progressifs, elle s’accommode à 1 intelligence plus ou moins avancée des auditeurs et, par cela même, elle est susceptible de transformations, d’explications nouvelles : elle ne peut jamais placer la vérité absolue dans le relatif.
D. La liberté pourrait-elle devenir tellement excessive qu elle entraverait la loi du progrès?
R Oui car la liberté engendre, lorsqu’on en abuse.le désordre moral : mais là, où le péché abonde, la grâce sera surabondante, et cette intervention sert, dans les grandes crises, à remettre l’humanité sur son chemin.
D. Quelles sont ces grandes crises?
R, L’esprit humain doit démolir avant de construire. Ces époques de démolition sont des crises, des combats entre les esprits en progrès et les retardataires, qui se nomment aujourd’hui conservateurs. L’histoire nous a fait assister à ces crises lors de la chute du paganisme romain, à la venue du Christ, et à la chute de 1 idolâtrie des Arabes à la venue de Mohammed. — Et aux époques de ces crises, ne vovons-nous pas s’élever, du milieu des peuples,un génie, exceptionnellement supérieur et révélateur, ce que nous nommons un Messie (consacré, envoyé) qui leur apporte une doctrine, rétormant des abus, et susceptible elle-même de nouveaux perfectionnements, en vertu de cette loi providentielle que tout doit marcher vers la perfection indéfinie.
D. Ces Messies sont donc appropriés à ce que chaque peuple peut comprendre à leur avènement?
R. Il est nécessaire qu’ils se conforment, afin dêtre acceptés et cqmpris, au degré d’avancement intellectuel. Ainsi le Christ, lorsqu un des disciples l’interroge sur la réincarnation, s’abstient de leur donner une réponse trop décisive ; mais il leur promet la venue, après lui, de l’Esprit de Vérité qui éclaircira les doutes et redressera les opinions encore erronées.
D. D’où proviennent ces Messies, ces révélateurs?
R. Les religions orientales, le polythéisme païen et le christianisme moderne ont propagé la croyance que Dieu, fait homme, était venu instruire celte humanité ; le Zend-Avesfa et la Bible juive n’admettent pas cette incarnation divine ; ils croient à des prophètes inspirés, auxquels Ormuzd et Jéhovah comrauiiiqueut.leurs lois.
Mais alors on ne connaissait que l’humanité de ce globe et aujourd’hui la constitution des globes, qui nous entourent, est connue et implique la certitude que ces globes sont habités comme le nôtre. La solidarité physique qui les maintient dans l’uriité est constatée et amène la sublime conception de la solidarité spirituelle qui relie toutes les âmes dans l’universelle vie.
D. Que résulte-t-il de ces notions?
R. Il en résulte que, pour élever notre humanité, la Providence s’est servie des humanités supérieures, comme elle se sert des hommes déjà développés, pour élever la jeunesse de rhomme. Des révélaleurs sont descendus d autres mondes, missionnaires de la fraternité universelle, remplissant parmi nous le devoir de charité.
Cette hypothèse de la solidarité des mondes, de l’aide réciproque que se prêtent les sociétés morales qui peuplent l’immensité, n’estelle pas aussi grandiose, aussi touchante, aussi divine, et mille fois plus possible et acceptable que l’incarnation chrétienne ou l’incarnation personnelle de Dieu?
D. Peut-on établir une comparaison entre les préceptes de morale enseignés par les précurseurs du Christ et la doctrine qu’il est venu nous révéler?
R. La doctrine du Christ, plus complète, plus épurée, témoigne d’une mission divine qui surpasse toutes les révélations antérieures des éducateurs de l’humanité. Pour nous, c’est l’idéal de la plus haute perfection morale. C’est à juste titi’e que le Christ fut surnommé le logos, le verbe, la parole, c’est-à-dire la parole de vérité comme émanant de Dieu même.
D. L’histoire du passé nous représente les révélations faites aux peuples, comme appropriées à leur avancement intellectuel. Cette intervention divine a-t-elle cessé?
R, Jetons d’abord un coup d’œil sur les sociétés qui sont au sommet de la civilisation et de la science. Que voyons-nous? ün combat vif et parfois passionné contre les croyances de nos ancêtres; une répulsion antipathique contre ces croyances, accusées de désacord avec la raison et la science. La conséquence immédiate a été le rejet en masse de toutes ces Ct’oyances, sans distinction des préceptes vrais et salutaires qu’elles contiennent: la réaction s’est élancée jusqu’à l’extrême limite de la démolition radicale : plus de Créateur, plus de justice divine, plus d’àme, plus de vie extra-terrestre ; l’homme n’est qu’un composé matériel; la tombe l’engloutit en entier. — Les masses, qui reçoivent le reflet de cette réaction et qui n’étudient pas, se contentent du doute ou de l’indifférence, mais inclinent vers l’abolition des idées religieuses. Les clergés demeurent impuissants et journellement en perte, dans leur efforts conservateurs; leurs fidèles (je ne compte pas les hypocrites et les intéressés par position) se réduisent, en grande majorité, alix troupeaux du sexe faible et des ignares campagnards. Il n’y a d’exception que pour quelques hommes bien intentionnés, mais à courte vue. — C’est exactement comme à la venue de la révélation du Christ: les dieux, chasses des centres intelligents, prirent leur dernier refuge chez les pagani, gens de villages, paysans, païens, et chez les vieilles femmes qui adoraient encore le deus crepitus.
Alors, comme aujourd’hui, des philosophes s’armèrent de la sape contrôles superstitions.Quelques-uns de nos philosophes modernes, forcés de donner une explication à l’origine de tout ce qui existe
et rejetant, comme indigne de leur science, tout spiritualisme, ne purent trouver d’autre interprétation que dans le positivisme et le matérialisme, et rhomme-machine irresponsable sortit de leurs mains. Les méfaits n’ont d’autre frein que la crainte des punitions de la loi civile et quelques principes d’honneur exigés par les convenances de la position sociale.
D. La doctrine matérialiste ne pourrait-elle pas du moins garantir suffisamment la sécurité dans les relations sociales?
R. Il faut être bien aveugle pour ne pas apercevoir les conséquences d’une telle docîrine,nous qui voyons comment l’on cotoie le code pénal. Sera-t-il bien efficace, ce code, à la répression du faux témoignage, du parjure et de tout ce qui place l’homme entre sa conscience et son intérêt matériel? Punira-t-il l’homme-machiiie dépourvu de libre arbitre? — Et quel désarroi, quelle défiance dans les relations d’individu à individu, car nous jugeons de la confiance en fhomme, avec lequel nous entrons en relation,d’après ses principes, et les principes du matérialiste-positiviste ne doivent guère nous rassurer.
Déjà nous voyons une notable partie de notre jeunesse savourant avec délices les sophismes des auteurs qui enseignent cette pernicieuse doctrine, dont la conséquence logique, immédiate, est de s’ingénier à se procurer le plus possible de jouissances matérielles, évitant seulement avec soin le tort personnel qui pourrait en résulter. Puisque après cette vie terrestre il n’y a que le néant,il faudrait être bien inconséquent et peu judicieux pour ne pas en jouir dans toutes les limites du possil3le. — C’est le triomphe de l’égoïsme. — Et, dans l’adversité, le plus puissant encouragement au suicide.
D. Que résulte-t-il de ces considérations préliminaires et de cette menace de danger social, provenant de la prédominance de la sensualité brutale?
R. Que l'époque actuelle dénote une de ces crises profondes, précurseurs des grands enfantements : à la fin de l’ère païenne le même mal dévora Thumauité, mais Dieu n’abandonna pas ses enfants h leur rétrogradation vers l’abrutissement.
D. Pourrions-nous espérer, comme alors, une nouvelle intervention de la Providence?
R. L’obstination seule des préjugés et des intérêts lésés en dérobe les signes évidents. Le Christ en eut l’intuition; il l’annonça. Les jours de sa prédiction sont venus ; VEsprit de vérité vient nous expliquer, comme il l’a prédit, ce qu’il ne pouvait révéler (dévoiler) aux intelligences encore trop arriérées de son époque pour le comprendre.
Mais, de nos jours, les préceptes du Christ, falsifiés par de subtiles interprétations, opposées a l’esprit de sa doctrine de pardon,d’amour et d’humilité, ne pourraient plus être réintégrés, dans leur pureté morale primitive, par les seuls arguments s’adressant à la raison et à la conscience.Les paroles démonstratives du plus éloquent orateur échoueraient contre le roc du positivisme soi-disant scientifique.
La science moderne, éminemment matérialiste, exige des preuves matérielles: la vérité nouvelle, sans l’appui de ces preuves, demeurerait stérile.
La Providence y a pourvu : l’opposition aveugle, opiniâtre, ou intéressée, confondue par les faits, n’a d’autre recours que la négation avec refus d’examen.—Faible entrave! — Et la doctrine secourable marche, s’étend, se propage, avec une étonnante rapidité, chez tous les peuples capables de la comprendre.
Nous voyons aussi la -science marcher en avant sans s’arrêter, sans réfléchir; sans le savoir elle cherche Dieu, même quand elle le nie; et, malgré ses négations, elle le trouvera.