CHAPITRE VIII
jR. É r N C A I^N A T I O N .
D. Qu’est-ce que la réincarnation ?
R. C’est le retour de l’Espritàlavie corporelle ou sa réintégration dans la matière,la reprise d’une nouvelle existence sur ce globe ou sur un autre.
D. Sur quoi se fonde la croyance en la réincarnation ?
R. Sur la justice de Dieu. Sans elle, la diversité des conditions humaines deviendrait inexplicable et attentatoire à la justice divine.
Avec cette croyance tout se régularise: en quelque condition de naissance qu’il se voie placé, infirme, difforme, pauvre, esclave, abandonné,dénué de toute faculté brillante, travaillé par tous les mauvais instincts et tous les vices, l’homme comprend qu’il n’est point victime d une infortune imméritée, et cesse de faire injure à Dieu comme à lui-même, en s’exaspérant contre sa destinée.
Le Christ y a fait allusion et parfois les Esprits nous l’enseignent.
D. Quel autre but a la réincarnation?
R. L’amélioration progressive de l’humanité, par l’amélioration individuelle de chaque membre de l’humanité, c’est-à-dire son développement intellectuel et moral.
D. Ce développement ne pourrait-il pas se parfaire dans une seule existence sur ce globe?
R. Pouvons-nous penser qu’il nous suffise d’une existence humaine, quelque longue quelle soit? Et si après une existence, le sort futur ae l’humanité était fixé pour l’éternité, quel serait le mérite de la moitié de l’espèce humaine,qui meurt à un âge où elle n’a ni compris ni subi les épreuves de la vie?
D. L’homme peut-il renaître dans des conditions plus défavorables que celles d’une précédente existence?
R. Oui, par les méfaits provenant de l’abus de son libre arbitre.
D. Pourrait-il déchoir jusqu’à l’animalité?
R. Si l’ànie humaine tombait au-dessous du point où elle a commencé à être une âme humaine,elle n’existerait plus; ce qui constitue le moi humain aurait disparu. L’âme humaine ne peut donc descendre plus bas que l’humanité sans s’anéantir.
D. Que devenons-nous par la désincarnation, que nous nommons la mort?
R. Nous retournons a l’état d’Esprit.
D. Quel est le but de ce retour à l’état d’Esprit ?
R. La vie terrestre n’est qu une étaj^e sur la route incommensurable du progrès humain. Or, cette étape, imperceptible instant dans l’éternité, est évidemment trop courte pour permettre à l’homme d’arriver, par elle seule, au terme de ses destinées; et fût-elle infiniment plus longue, le résultat serait le même, sinon pire. Les passions dominantes, et chacun a la sienne, loin de s’éteindre, ne font que s’enraciner par le temps; un seul remède est capable de les guérir: la privation absolue de leur aliment. Si l’avare voyait toujours de l’or à amasser,il resterait toujours avare.Il faut donc que l’objet de sa vile passion disparaisse temporairement à ses yeux, afin qu’il puisse, clans une pleine et entière liberté d’appréciation, seul à seul avec sa conscience, dont il ne pourra plus étouffer la voix accusatrice,établir le bilan de sa situation morale et se préparer à de nouveaux combats dans une phase nouvelle de sa vie active.
L’incarnajion est un temps d’action et de lutte, destiné à soutenir l’épreuve du libre arbitre; la désinc arnation est un temps de repos
et de résipiscence, ayant pour but de préparer l’ânie à de nouvelles épreuves.
D. De quelle utilité ces transformations périodiques sont-elles pour l’homme terrestre, au point de vue de son avancement moral, puisqu’il ne lui en reste aucun souvenir dans une nouvelle incarnation?
R. Ce souvenir entraverait la progression de l’àtne au lieu de la favoriser; il porterait atteinte à sa liberté, et la perspective de l’opinion de ses semblables qui auraient connu ses antécédents, plus ou moins misérables, la troublerait. Et quel surcroît de perturbation dans'nos sociétés si chacun y rapportait, en reparaissant sur la scène, le triste cortège de ses passions mauvaises, de ses antipathies, de ses haines, de ses envies,de ses ambitions, etc.,etc.— Une loi physique, d accord avec la loi morale et la souveraine bonté, s oppose à ce que lâme incarnée ait la disposition de ses souvenirs.
D. Vous dites que la loi physique prouve aussi cette absence de souvenir?
R. Oui, 1 impossibilité physiologique du souvenir des existences antérieures ré.suhe de ce que chaque nouvel organisme reste complètement étranger aux actes accomplis par l’àme, grâce à d’autres instruments de manifestation : l’homme que je suis maintenant est une individualité, en quelque sorte nouvelle, dont le cerveau ne peut reproduire que les impressions qui l’ont affectée.
D. Ne pourriez-vous pas me faire mieux comprendre cette absence de souvenir par une comparaison prise dans cette vie actuelle?
R. Oui, car c’est ainsi que nous alternons, dans cette vie, de la veille au sommeil et du sommeil à la veille. Parce que nous perdons, en dormant, le^ sentiment de notre existence réelle, le Afof conscient cesse-t-il d’être ? Il est d’une autre façon ; il est sans la mémoire ou sans le souvenir.
Et y a-t-il. dans nos organes d’aujourd’hui, au moyen desquels nous sommes en communication avec l’univers, une seule molécule qui ait appartenu aux organes de notre enfance? Depuis lors combien de corps notre faculté vitale n’a-t-elle pas ramassés, usés, dissipés? Et cependant notre âme conserve la mémoire! Que de choses auxquelles je n’avais pas pensé, depuis des années, et dont le souvenir me revient?
D. La raison, la science et la croyance en la justice de Dieu prouvent donc la réincarnation ?
R. Si vous niez la préexistence, pourquoi Dieu a-t-il placé une âme encqre neuve, sans mérite comme sans démérite, dans les différentes positions d homme terrestre? Pourquoi l’uu naît informe et un autre avec une bonne constitution, etc,, etc.? Vous n’avez d’autre réponse que : Dieu l’a voulu ainsi. Et vous adoptez un Dieu fantaisiste. A la place de la justice, dans votre univers, il n’y a plus que le chaos.Dès
que vous faites entrer l’injustice en Dieu, tout est compromis, tout est possible dans le règne du bon plaisir.