CHAPITRE IV
Sérum de vacciné (1).
Je n’ai certes pas la prétention d'examiner ni même de citer tous les travaux qui ont été faits sur la sérothérapie dans les différentes maladies ; un pareil travail même succinct demanderait aujourd’hui des volumes.
Je veux simplement chercher à esquisser cette question qui est d’ailleurs fort bien traitée dans différents ouvrages.
En dépit des discussions et des polémiques, la priorité de la découverte de la sérothérapie revient, sans conteste, à MM. Ch. Richet et Héricourt (Voyez les chapitres précédents).
Je vais passer très rapidement en revue quelques maladies dans lesquelles la sérothérapie à paru offrir quelques résultats pour arriver ensuite à des expériences que j'ai entreprises avec le sérum antidiphtérique.
Maladie pyocyanique. — C'est à l’aide de ce virus que, pour la première fois, on a vacciné, d'une façon 1rréprochable, par des produits solubles, opération base de toutes les sérothérapies. — C’est le sérum des animaux vaccinés contre ce virus qui, le premier, a servi à mettre en lumière l’existence des attributs germicides contre les exagérations de la théorie phagocytaire. — C’est le sérum de ces vaccinés qui, le premier, a été utilisé (1890), à l’état de sérum, à titre d’agent thérapeutique (Bouchard). — Il est bon de préciser.
(1) ACHALME, La sérothérapie, in Bibliothèque Charcot-Debove. — GILLET,
La pratique de la sérothérapie.
Or
Pneumonie. — Foa et Carbone, Emmerich et Fawitzky (1) les premiers établirent qu’on pouvait prémunir et mème guérir les lapins ou les souris inoculés avec le pneumocoque, à l’aide du sérum d'animaux vaccinés par les procédés ordinaires. Mosny obtint des résultats identiques (2). G. et F. Klemperer (3) parvinrent à produire soit une crise rapide soit un amendement des symptômes dans 16 cas de pneumonie. Ete., etc. J'ai vu, dans son service, M. Charrin arrêter 5 pneumonies, une au 3° jour, une au 4°, une au 2°, une au 5°, une au 7°; il a injecté le sérum (25 cc. deux jours de suite), d'un chien vacciné contre le virus pneumonique par les urines des malades eux-mêmes pneumoniques.
Grâce à cette méthode de MM. Bouchard et Charrin, on est sûr d’avoir affaire au vrai microbe.
Ces auteurs partent de ce principe évident, à savoir que peu importe le germe de la pneumonie; s’il y a pneumonie, ce germe est présent, et, d’après ce que l’on sait, il fonctionne, il fabrique, par définition, des toxines, puisque le mal évolue, et ces toxines, on le sait, sortent par le rein.
Le pneumocoque choisi peut ne pas être la seule cause microbienne des accidents ; #n vitro, il peut ne pas produire ce qu'il produit ir corpore, on peut ne pas avoir les vraies toxines. — Cette méthode est donc toute nouvelle. — Les auteurs n'ont pas conclu ; ces faits sont inédits.
Fièvre typhoïde. — Brieger, Kilasato et Wassermann ont les premiers signalé les propriétés préventives ou curatives du sérum des animaux vaccinés contre la fièvre typhoïde expérimentale. Mais c’est surtout à MM. Chantemesse et Vi-
(1) Münch. med, Woch., 1891, no 32.
(2) Archives de médecine exp., 1892, p. 195 et 1893, p. 259, (3) Berlin. klin. Woch., mai 1892.
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dal (1) qu'on doitles recherches les plus intéressantes sur cette question.
Choléra. — Klemperer (2) et Vicenzi (3) sont les premiers expérimentateurs qui ont pu donner à des animaux l’immunité contre la péritonite cholérique qu’on détermine chez l’animal par l'injection intrapéritonéale du bacille virgule. Etc., etc... (Voyez sur ce sujet Les travaux de Haffkine, etc.).
Rage. — Des recherches sérothérapiques ont été faites pour la rage par différents auteurs, Tizzoni et Schwartz (4), Tizzoni et Cattani (5), etc.
Tétanos. — Behring et Kitasato les premiers signalèrent les propriétés antitoxiques du sang des animaux vaccinés contre le tétanos. Leur premier travail paru en décembre 4890 (6) établissait que le sang d’un lapin rendu réfractaire au tétanos (ils y étaient parvenus en atténuant ce poison par le trichlorure d’iode) détruit la toxine tétanique. Au début Behring avait annoncé la guérison de la souris présentant déjà les symptômes du tétanos. Mais dès mars 1891, Tizzoni et Cattani (7) faisaient des restrictions au sujet de ce pouvoir curateur et Kitasato lui-même, en août 1892, avoue que le traitement est souvent inefficace, lorsqu'on n'intervient qu'après Le début des symptômes tétaniques.
Dans un mémoire très important, MM. Roux et Vaillard (8) ont confirmé le pouvoir préventif du sérum antitoxique.
La dose nécessaire pour empêcher la mort est d'autant plus
(1) CHANTEMESSE et WipaL. Annales de l’Institut Pasteur, 1892, p. 755. (2) Deut. med. Wochensch., 1892, 4 août et Berlin. klin. Wochensch., 1895, no 39. 1 (3; Arch. del Scienz. med., 1899, vol. XXI, fas. 3. (4) Riforma medica., 1892, n°S 102 et 104.
(5) Deutsche medicin. Wochensch., 1892, no 27. (6) Deutsche med. Woch., no 49.
(7) Archives italiennes de biologie.
(8) Annales de l’Institut Pasteur, février 1893.
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forte que celui-ci est employé plus tard après l'infection.
La prévention échoue le plus souvent lorsque les animaux sont inoculés de façon à avoir un tétanos à marche rapide. Elle peut réussir dans les infections lentes, et encore dans ces cas la prévention n’est pas toujours définitive si l’on n’enlève pas le foyer.
Quant au tétanos déclaré, MM. Roux et Vaillard ont constaté qu'il est très difficile de le guérir chez les animaux.
On sait que d’après MM. Courmont et Doyon, la toxine tétanique n’agirait que comme une diastase provoquant dans les tissus une fermentation dont les produits seraient directement strychnisants.
D'après cette théorie, l’action du sérum ne porterait que sur la diastase et non sur les produits de fermentation qui, une fois créés, ne relèveraient plus de Pantitoxine.
Il a été impossible chez l’animal de guérir le tétanos déclaré, il n’est donc pas étonnant que dans le tétanos humain, la sérothérapie ait donné des résultats peu concluants au point de vue curateur. — A. Baginsky (1) qui, le premier, fit des injections de sérum antitétanique fourni par Brieger, à un enfant de neuf mois n’obtint aucun succès.
Plus probants sont les résultats obtenus en Italie. Gagliardi, R. Schwartz, Finotti, Taraffi, Casali, Pacini, Tizzoni, Leri, Ricardo Cattai ont publié des cas où l’action du sérum antitétanique paraissait faire merveille (2). Voyez encore les observations de Renon (3), de Schwartz (4), de Barth.
Renon (5) a rapporté deux cas de tétanos qu'il a lraités par les injections de sérum ; malgré l'emploi de doses élevées, il Berlin. klin. Wochensch., 1891, no 7,
Riforma Medica et Centralbl., années 1891-1898.
1) 2) 3) Annales de l'Institut Pasteur, 1892.
4) Société de chirurgie, 29 mars 1893.
( ( ( ( (5) Annales de l’Institut Pasteur, février 1893.
a eu deux insuccès. MM. Roux et Vaillard ont eu, sur septcas, cinq morts et deux guérisons..., etc. - |
Quoi qu’il en soit; le sérum reste un moyen très précieux pour la prophylaxie d’une maladie qu'on ne sait pas sûrement guérir et dans une note déposée à l’Académiedes Sciences {1}, M. Vaillard indique les cas dans lesquels il est indiqué de faire des injections préventives de sérum : 1° aux sujels atteints des divers traumatismes qui, par leur siège, leur nature et les circonstances dans lesquelles ils se produisent, sont particulièrement favorables au développement du tétanos (plaies par écrasement, plaies contuses souilléesde terre, ete.);
2° aux opérés dont les plaies sont connues pour être le point de départ du tétanos, castration chez l’homme.
Diphtérie (2). — MM. Roux et Yersin, qui avaient donné la preuve expérimentale de l'existence de la toxine diphtérique, déjà soupçonnée par Lœæffler et Oertel, avaient échoué dans leurs tentatives de vaccination des animaux. Mais, c’est Fränkel qui, suivant le précepte de Gamaleïa et Charrin re-
commandant de chauffer pour détruire l’excès de toxicité capable de tuer les animaux, annonça le premier (1890) qu'il avait immunisé des cobayes vis-à-vis de la diphtérie, en leur inoculant sous la peau du ventre 40 centimètres cubes de culture du bacille de Læffler portée pendant une heure à 65 ou 70° C., à la condition que l’inoculation du bacille diphtérique fut faite au moins quatorze jours plus tard.
Bientôt Behring et Kitasato faisaient savoir que si Por a immunisé un animal contre la diphtérie (ou le tétanos), en
suivant le procédé de l’immunisation par les produits solu-
(1) Académie des Sciences, 27 mai 1895.
(2) Pour la bibliographie, consulter la remarquable et très complète Revue crilique du professeur LÉPINE. La sérothérapie de la diphtérie (Semaine médicale, 1894, p. 573).
ni
bles, procédé de Charrin, son sérum transfusé en quantité suffisante à un autre animal, pouvait non seulement l'immuniser, mais le guérir. Le premier travail de Behring et Kitasato datait du commencement de décembre 4890 ; la première statistique publiée est celle de Ehrlich, Kossel et Wassermann (1), qui donnèrent sommairement l’observation de 220 enfants traités avec succès à l’aide du sérum préparé par Behring ; c’était là le triomphe de la doctrine humorale de l’immunité soutenue par Büchner, Grohmann, Bouchard, Charrin, etc., contre les exagérations de la phagocytose.
Les procédés d’immunisation préconisés par Behring contenaient toute la découverte, ils étaient cependant susceptibles de modifications de détail. Arohnson les avait totalement perfectionnés, quand s’ouvrit le Congrès de Buda-Pest, dans lequel M. Roux vint exposer le résultat des recherches qu’il poursuivait avec Marlin et Chaillou depuis 1891, en appliquant les procédés connus.
A la suite de cette communication qui eut un succès considérable, bien qu'elle ne fit que confirmer des faits établis, les statistiques se multiplièrent, toutes accusèrent une diminution considérable de la mortalité dans la diphtérie.
Il y aurait cependant lieu de se demander comment il faut interpréter ces statistiques ; en effet à l'heure actuelle, dit Variot (2), nous ne considérons comme diphtériques que les malades chez lesquels les cultures bactériologiques ont révélé les bacilles de Læffler.
Tout enfant atteint d'une pharyngite ou d’une angine légère et bénigne d’aspect, est classé, de par l'examen bactériologique, dans la série des diphtériques, si les bacilles de Lœffler ont été constatés dans les cultures. Or le bacille
(1) Deutsche med. Woch., 1894, n° 16, p. 358. (2) Journal de clinique et de thérapeutique infantiles, 1895, n° 32.
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diphtérique, Læffler l’a reconnu lui-même, existe souvent dans la bouche ou les fosses nasales des personnes saines.
Ces angines très légères, ces pharyngites, qui n’ont nullement l’aspect clinique de la diphtérie, guérissaient aussi bien avant la découverte du sérum que depuis son emploi.
D'ailleurs, les modifications apportées dans l'hygiène (antisepsie, aération, désinfection, isolement, etc.), ou dans le personnel hospitalier ne doivent-elles pas entrer également en ligne de compte pour comprendre l’abaissement dela mortalité dans la diphtérie ? Ne pourrait-on pas non plus invoquer une certaine accoutumance à l’égard de la diphtérie? D'autre part, avec Guiraud, il'est permis de remarquer que la virulence de la diphtérie suit une courbe qui, au bout de plusieurs années, revient à un minimum qu’elle a atteint depuis un an. C'est là le propre des diverses infections.
Quoi qu’il en soit au point de vue seul des statistiques, dont la base est changée, il y aurait un travail intéressant à entreprendre, au sujet de la valeur à attribuer à ces documents, travail pour ainsi dire de philosophie médicale dans lequel on chercherait à faire la part entre ceux qui voient tout et font tout dire à une statistique et ceux qui dénient toute valeur à ces statistiques.
Sans mettre en doute l’action bienfaisante du sérum antidiphtérique il est bon de rappeler les accidents qu'il provoque.
Parmi les complications citons l'hyperthermie signalée par MM. Legendre, Variot, Rendu ; les éruptions cutanées, l’urticaire très fréquent, les érythèmes scarlatiniformes, polymorphes, le purpura. M. Moiïzard, le premier, a noté des arthropathies.
Ces manifestations articulaires et cutanées ne donnent souvent lieu qu’à une très légère réaction fébrile, mais parfois