‹ Essai de classification naturelle et d'analyse des phénomènes de la vieChapitre 3 sur 7 · XJ · texte numérisé non relu

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renient changées. Cela lient , pour les uns , a ce que les phénomènes physiques sont plus indépendans et immuables dans des circonstances semblables parfaitement appréciées, et ont lieu d’après une loi numérique et calculable ; comme la vitesse croissante de la chute des graves , l’aétion décroissante a distance de l’électricité, etc. ; pour les autres, à ce que les phéi nomènes vitaux sont dépendans les uns des autres par leurs sympathies réciproques, toujours très -mobiles, variables I souvent sans aucune circonstance appréciable, et le plus souvent sans aucune règle numérique, sensible et calculable, err sorte que beaucoup de différences leur échappent.

Cessons de reprocher entièrement aux physiologistes l’en- I fance de leur science, et de mettre les sciences physiques en parallèle. Les physiologistes ne pourront jamais arriver qu’à i des résultats probables , tandis que les physiciens sont arrivés déjà a des certitudes. Celte différence est due a la nature du sujet dont chacun s’occupe ; et méconnaître cette vérité serait ! méconnaître l’une et l’autre science.

Voyons maintenant ce que peut le raisonnement. Appuyé sur les faits que lui a donnés l’observation , il en déduit une série de conséquences qui s’enchaînent les unes aux autres, et si l’esprit est assez sévère pour ne rien supposer, il ne se trompe jamais. Que les mathématiciens s’égarent en calculant la force du cœur ou d’autres muscles , c’est qu’ils supposent 1 les premières données du calcul. Celui-ci pourrait être fort \ juste dans ses parties; comme des suppositions en font la I base, il ne serait pas étonnant qu’il fût faux, et que cependant il fut exact. Noser/’ewr^ proviennent ainsi ^ toutes de nos I suppositions. Qu’on analyse tous les systèmes des hommes , on arrivera toujours à cette vérité. Nous supposons lorsque nous admettons un fait qui n’est pas, et nous supposons encore lors- [ que, par ignorance, nous rejetons un fait qui existe. Cepen- \ dant si l’esprit s’égare à la lumière incertaine des suppositions ,

I ses conséquences sont presque toujours dans un exact rapport I avec elles, et ce sont alors de justes erreurs. Méfions-nous \ donc sans cesse de cette tendance de notre esprit à supposer.

Il ne faut pas non plus ne pas admettre assez, de peur de [' trop supposer. Ce scepticisme outré conduit nécessairement à [ des erreurs. Il ne faut pas se refuser à toute évidence qui ne j frappe point les sens. Il est , par exemple , des phénomènes sei*j condaires qui ne proviennent jamais que d’un même effet I primitif; ne peut-on pas alors déduire l’effet primitif de l’effet r secondaire, à charge de se rétracter si cet effet secondaire

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pouvait provenir visiblement d’un autre effet primitif. Ainsi, jusqu’à ce qu’on voie des fluides se mouvoir d’eux-mêmes ^ indépendamment de la pesanteur, des affinités chimiques et d’une force étrangère , ne peut-on pas assurer , lorsqu’on les voit s’agiter , qu’ils le doivent à une de ces puissances ? Est-ce pa rce qu’on ne voit pas les capillaires qu’on peut les déclarer habituellement inactifs sur le sang qui y circule, et croit-on s’éloi gner en cela de la marche des physiciens et des chimistes ? Ce serait se tromper. En effet , voient-ils dans une tige qui oscille et se courbe alternativement d’un côté et de l’autre les molécules se rapprocher du côté concave et s’éloigner du côté opposé, jusqu’à ce qu’enfin ces dernières, entraînées au-delà de leur sphère d’activité attractive, et successivement toutes celles qui les séparent de celles du côté concave dans l’épaisseur de la tige, et les premières elles-mêmes, s’abandonnent et la tige se brise? Les chimistes qui décomposent l’eau par le contact du zinc et de l’acide sulfurique, voient-ils ces corps agir simultanément sur l’oxigène de l’eau; le premier , par son affinité pour ce principe; le second, par son affinité prédisposante à la décomposition de l’eau pour un oxide de zine qui n’existe pas encore? Voient-ils ensuite au milieu de ces choses invisibles, et cependant admises, l’oxigène de l’eau se porter sur le zinc , qui se combine alors avec l’acide et forme un sulfate qui se dissout dans la liqueur, tandis que l’hydrogène rendu libre se dégage? Voient-ils l’oxigène se combiner avec l’hydrogène, lorsqu’ils enflamment leur mélange par l’étincelle électrique et forment de l’eau? Voient-ils enfin le calorique s’échapper des espaces intermoléculaires des composés au moment où ils se forment par le rapprochement de leurs parties qui se condensent ? Non sans doute. Ils ne voient de tout cela que les effets secondaires, les effets primitifs leur échappent , mais ils les déduisent de ces effets secondaires parce que l’expérience journalière, et l’analogie des séparations et des réunions qui se passent dans les masses sous nos yeux, montrent sans cesse que ces phénomènes moléculaires doivent provenir d’effets primitifs analogues. Ainsi, pleins d’un zèle aveugle, ne répétons pas sans réflexion que les sciences ne marchent en avant qu’autant que nous touchons du doigt et que nous voyons des yeux tous les faits que la raison admet comme démontrés, l’expérience nous donnerait sans cesse des démentis nouveaux.

Entrons maintenant dans plus de détails sur l’élude de la physiologie.

Il est dans tous les phénomènes de la nature, quels qu’ils soient, beaucoup de choses à étudier, et il est toujours important de savoir à l’avance tout ce qu’il est possible d’y observer et tout ce qu’on doit y rechercher. La connaissance de ces choses serait un guide fort utile dans l’étude, elle servirait de jalons dans la pratique ; et si Fesprit les coordonnait, il pourrait en résulter une méthode universelle d’étudier les phénomènes. Je l’ai cherchée long-temps, cette méthode, et je crois enfin l’avoir trouvée. Mais en embrassant , je pense ,

' tous les caractères que l’on peut étudier dans les phénomènes de la nature, elle en indique plus qu’il n’y en a à observer î dans certains phénomènes. En outre, il en est qui, dans cer- I tains cas , sont peu importans , et auxquels il serait ridicule de I s’arrêter. On doit en être prévenu , et se persuader qu’une telle i méthode n’est qu’un flambeau propre a nous diriger et a nous ! montrer ce que nous devons rechercher. Je vais en développer 1 rapidement les principes et l’appliquer a l’étude des pliénoi mènes de la vie.

Cette étude doit se composer : i® de celle de leurs caractères, 2® de celle des propriétés des êtres ou des organes vivans dont ils dérivent , 3® de celle des causes habituelles qui les produisent, 4“ de celle des influences variables qui les modifient ou en déterminent de nouveaux , 5® de celles des ' effets qui en résultent, 6” de celle de leurs usages ou de leurs fonctions, ’j® de celle des différences qu’ils présentent dans des circonstances déterminées par la méthode. De ces sept articles, les cinq derniers ne sont que relatifs, et leur étude n’est que le complément de celle d’un phénomène.

Art. l®^ Je crois qu’on étudie et qu’on ne peut étudier généralement dans des phénomènes ou dans un ensemble de phénomènes quels qu’ils soient, et particulièrement dans ceux de la vie, que les caractères suivans :

I®. Les rapports de postériorité , de simultanéité, ^antériorité d’un phénomène avec un ou plusieurs autres , c’est-adire quels sont ceux qui le précèdent, l’accompagnent et le suivent , qu’ils se montrent eux-mêmes dans l’être où se développe ce phénomène , ou qu’ils se passent au-dehors de lui dans les corps extérieurs.

Ces caractères mettent sur la voie des causes et des effets du phénomène étudié, ou font prévoir entre ce phénomène et ceux qui le précèdent, l’accompagnent ou le suivent, une cause commune qui les rapproche.

2®. Leur siège , c’est-a-dire la partie, l’organe, ou Iç point dans lequel ils se présentent.

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3”. Leurs' caractères spéciaux y c'est-à-dire ceux qui dépendent de leur nature particulière et lui sont propres , comme la force, la vitesse , Tétendue , la direction , la grâce , qui sont des caractères presqu'excliisivement propres aux mouvemens; comme Tagréraent , la peine, le plaisir , qui sont des caractères propres aux sentimens et aux sensations.

4“. Leur caractère extraordinaire et rare ou commun et habituel.

5”. Leur caractère apercex^able ou inapercevahle.

6°. Leur uniformité depuis leur développement jusqu’à leur fin , ou

7®. Les modifications qu’ils présentent , dans leur commencement , leur accroissement , leur état stationnaire , leur décroissement et leur fin.

8®. Leur durée qui peut être continue ou intermittente y et s’il en résulte des accès , comme ce sont des ensembles de phénomènes , ils présentent comme phénomènes les mêmes caractères à étudier que ceux dont je fais maintenant l’énumération.

9". Leur nature, c’est-à-dire leur manière d’être , ou leur essence propre et manifeste, indépendamment des caractères moins importons que j’ai indiqués , jusqu’ici , et de ceux que je vais exposer ensuite.

Ainsi, deux phénomènes seront pour nous de même nature, quand ce qu’il y aura de manifeste dans leur essence nous paraîtra identique ou à peu près identique, et vice versâ.

La nature des phénomènes est simple ou composée. J’entends par phénomène de nature simple celui qui résulte pour nous d’un seul phénomène; et par phénomène dénaturé complexe, celui qui en présente plusieurs, dont il est le résultat total ou ^ensemble; ainsi la cbylification est un phénomène complexe qui résulte de plusieurs phénomènes, tels que les contractions des intestins, les excrétions biliaire et pancréatique , les sécrétions muqueuses et exhalatoires , etc. , qui sont des phénomènes simples pour nous , puisque nous ne pouvons les décomposer positivement eux- mêmes en d’autres plus simples.

L’exposition des effets simples d’un pTiénomène complexe ou l’exposition des phénomènes intermédiaires à une cause et 'a son effet en est l’explication ou la théorie. On n’y parvient que par l’analyse; celle-ci n’est que l’étude particulière des élémens d’un composé ou d’un ensemble, pour mieux connaître ce composé ou ce système.

10% Leurs lois y c’est-a-dire les règles calculables ou mn,

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