‹ Essai de commentaire des fragments cosmogoniques de Bérose d'après les textes cunéiformes et les monuments de l'art asiatiqueChapitre 11 sur 70 · hikal mat-nu-nakir — li/^dii ina paniki · texte numérisé non relu

hikal mat-nu-nakir — li/^dii ina paniki

— ’i. Va prêtre, ouvre-lui les portes. »

— 11 lui a été ouvert comme dans les étages ( des sanctuaires) antiques.

Le prêtre a été et lui a ouvert les portes ;

— « Entre, o dame de Tiggahu. Que

« Que le sanctuaire du lieu immuable se réjouisse devant ta face. »

Il ne peut pas y avoir de difficulté sur le verbe nnS, que nous avons successivement à l’impératif du kaU à la troisième personne du singulier de l’aoriste du niphal (forme contractée) et à la troisième personne de l’aoriste du kal. Le mot nigab, qui désigne certainement un prêtre du plus haut rang, correspond à l’hébreu D^pj» « les chefs, les nobles » et à l’arabe naqib ; M. Fox Talbot en a déjà reconnu le sens [Journalof the Royal Asiatic Society^ t. IV, p. 27). Nous lisons dans les annales de Tuklali-palasar II (W. A. I. ii, 67, 1. 5G) : Idi-Biili ana nigabuU ina eii Musri askun, « j’ai élevé Idi-Baal au sacerdoce suprême sur le pays de Musri » (voy. ce que nous en avons dit dans la Zeislchr. fürÆgypl. Sprach. und AUerlhumsk. 1870, p. 71 etsuiv.).

Nous verrons souvent revenir dans la suite de notre tablette la formule irbi billi. Irbi est un impératif du kal au féminin ; c’est celui du verbe qui a en assyrien le sens d’ « entrer. » Ici bilii paraît bien signifier o la » dame v et correspondre à la forme plus ordinaire belU ou bilil ; mais plus loin le sens en est autre ; c’est alors une contraction du substantif abstrait biluti, a seigneurie, domination, majesté. »

Quant à h'xdu, ce mot n’a pas besoin de longues ezplica* tions; c’est le précatif du verbe mn.

Dans les textes inscrits sur les parois des sanctuaires du temple d’Abydos, nous trouvons de même pour commen-^ cer un a Chapitre d’enlever le sceau d’argile (de la porte)» et un « Chapitre d’entrer dans l’adyton, «-/em » (Mariette- \)ey,Abydos, Description des fouilles, p.35 et 37).

Au reste, sans même chercher d’autres points de comparaison, soit en Egypte, soit ailleurs en dehors de la Ba-

bylonie et de l’Assyrie, dans le culte commun à ces deux contrées l’ouverture par le prêtre des portes de l’adyton ou de l'espèce de naos (1) où la statue divine demeurait cachée aux regards des profanes était un acte éminemment saint et sacré, qu’à ce titre on a plusieurs fois représenté sur les cylindres.

Un monument de cette catégorie, publié par Lajard [Culte de Milhra, pl. XLil, n“ 13) et conservé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, où il porte le n» 718, offre à nos regards, comme ilarrive assez souvent, deux scènes successives. D’abord un prêtre barbu ouvre les portes d’un naos richement ornementé, puis ce même j)rêtre offre l’encens sur un autel devant un dieu barbu, la tête nue, accroupi sur les replis de sa longue queue de serpent; dans le champ sont le soleil radié et le crois.sant de la lune. D’après les observations que nous avons eu l’occasion de faire dans la note 6 du fnigm. 17 (p. 387) sur le symbole du serpent, un dieu qui est ainsi à la fois homme et serpent est un dieu cabirique et planétaire. Ceci admis, on remarquera que sur le cylindre qui nous occupe la queue de serpent du dieu fait précisément six replis et que son buste humain forme le septième. Cette disposition qui nous fournit le nombre sept, le nombre planétaire et sacré par excellence, ne peut pas ne pas être intentionnelle. Aussi sommes-nous porté à attribuer à notre dieu

(l) Les textes parlent souvent des s arches, » elippi, des dieux (W. A. I. I, 64, col. 3, 1. 69; ii, 46, 1, col. 2, 1. 16-36; 62, 2, col. 1 tout entière). Or, le mot elippu, comme le r017 Bible, signiSe à la fois c navire » et « coffre » (voy. notre Essai sur un documml mathématique chaldéen, notes, p. 60). Rien dans les monuments de l'art et dans les témoignages antiques n’est do nature à faire penser que les Babyloniens avaient dans leurs temples des barques divines à la manière des Egyptiens. Il est donc probable i)ue les elippi des dieux étaient des arches du genre de celle que Mo'ise üt construire, des naos portatifs comme celui qui est représenté sur lo cylindre n* 718 du Cabinet des médailles.

serpent le nom de !^abi « le dieu sept, » le dieu qui résume et réunit l’ensemble des sept planètes (1), dieu que nous

(1) Cettti figure de dieu barbu à queue de serpent se reproduit bur plusieurs vases grecs d’époque archaïque eide style asiatique (Ch. Lenonnaut ctdc Wittc, Élite inoniiments c^ramo^raplii^ues, t. 111, pl.xxxi. xxxn et xxxii A), qui lui donnent exactement les mêmes traits que sur notre cylindre, avec en plus deux grandes ailes, attribut qui est bien bûrement aussi d’origine chaldéo-assyrienne. D'autres vases de la même categorie représentent une déesse semblable, compagne naturelle du dieu (Ch. Lenormant et de Witte, ElUc des monuments céramographiques, t. lU, pl. XXX nj. Mais il est à noter que ces divinités, dans l(;s monuments de la céramographie grecque, sont des divinités de la mer et de l'i lément humide. Leur queue de serpent n’est donc pas considérée comme celle d'un serpent terrestre, mais d’un serpent marin ou d'un congre. Celte idée u’est peut-être pas étrangère aux religions orientales auxquelles les Hellènes ont emprunté la figure dont nous parlons. Nous avons nous-même signalé le rapport qui existe entre S'a&t, <jue nous reconnaissons dans le dieu-serpent du cylindre, et 4nu, le dieu ichthyomorphe par excellence dans la religion de Uabylone et de l'Assyrie. Le passage du dieu-serpent au dieu-poisson nous est fourni parla légende de Cadmus, personnage d’origine orientale à qui on ne peut méconnaître un caractère divin dans une grande partie de son histoire, qui est en même temps Voriental^ le chef de la principale colonie phénicienne en Grèce, et l'un des dieux dont le culte fut apporté par cette colonie (voy. notre dissertation sur La légende de Cadmus et les établissements phéniciens en Grèce, p. 6-9). D'après les mylhographes, Cadmus et son épouse Harmonie abandonnèrent Thëbes de Béoiie pour s’en aller gouverner un peuple dont le nom rappelle d'une manière frappante celui de l'anguille les Enchelii (Apollodor. III, 5, 4; Apollon.

Uhod. IV, V. 5i7 ; Ücyl. Peripl. p. 9; Strab. VII, p. 3:20 ; l’hilarch. üp. Athen. XI, p. 40*2; Nicandr. Theriac. v. 607; Steph. Byz. v. et

’D.Vupia; Nonn. Diouys. IV', v. 417 etsuiv.; XLIV', v. 116 ctsuiv.; XLV'I, V. 361 et suiv.}. Là iis furent tous deux changés en serpents (Apollodor. III, 1; 4. 1 et suiv.; 5, 4; Cf. Pind. Olymp. II, v, 141 ; Schol . ad Pind . i^yt/i. III, V, 153 et 167 J ïStrab. I, p. 40; VIÎ, p, 826; Pausan. IX, 5, 1; Hygin. Fab. 0; Ovid. Metam. III, v. 98, IV, v, 575). D’après son nom même, Cadmus, comme dieu, n’est pas seuleinoiit ■ rorienlal, > Qip. mais aussi, comme l*:i remarqué Movers {Die Vhcvninier, t. 1, p. 5i(i;, « l'ancien, » ’jmp- ce qui le rajiproclie de l'.dtm chaldco-asî'vricn. üa inétaniorpbosc linule en serpent et sa lutte arili ricure avec le serpent de Mars — car presque toujours le dieu ou le héros qui tue un monstre s’identifie avec rc monstre, qui n’est qu'une sorte de dédoublement de lui-même voy. notre ifonograpliie de la Voie Sacrée Jileusinienne, i. I, p. réll); — son corneière de dieu-serpent, en un mot, rapptlle, eoinme l'a dit M. Maury {Histoire des religions de la Grèce, t. 111, p. 2üti;, le inyilie égypto-phénicieii d'upri's lec]uel ï'/iot ou ï'naiil était tinètre opliiumu: pbe (baneliuiiiatbun , p. 10, ed. Uielli), et surtout • le vieux di a,^'uu, »

du

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avons ou l’occasion de citer plus haut (p.389) et dont nous avons essayé de scruter la signification.

Trois autres cylindres, qui lorsqu’ils ont été publiés par Lajard faisaient partie des collections Palin, aujourd’hui au Cabinet des médailles (Lajard, Culte de Milhra, pl. xviii, n° 3), Stewart (Lajard, Culte de Milhra, pl. xviir, 11" i), etOiiseley (Lajard, pl. XL, n" 8), nous montrent une scène difi'ércnte, mais de la même nature. Deux prêtres barbus ouvrent les deux battants d’une porte derrière laquelle on voit un dieu, barbu sur deux des monuments, la tête nue, vêtu d’une longue robe et debout entre deux sortes de cônes qui montent jusqu’à la hauteur de sa ceinture ; sur deux des cylindres il paraît muni d’une paire de grandes ailes dressées ; mais son attribut constant et caractéristique consiste en deux grandes cornes de taureau partant des deux côtés de son front avec une courbure qui rappelle le croissant lunaire. Nous croyons devoir y reconnàitrc Sin, dont nous n’avions pas ]ui déterminer plus haut (p. 96) le type de représentation dans les monument de l’art, autrement que lorsqu’il est symbolisé par le croissant. En effet la tablette n» 100 de la collection photographique (recto, 1. 7) l’appelle ms qarni birati,

<t qui porte des cornes écartées, divergentes, » comme celles qui partent du front de notre dieu sur les cylindres, par opposition aux paires de cornes qui s'appliquent d’ordinaire sur les tiares divines et tendent à se rejoindre à leur sommet.

Ivcprenons la traduction de la tablette n" 162. Immé-

îj^iurj, adoré en Phénicie (Xonu. Dionys. U. v. 271; XLl, v. 359). Cf. l’ex- ]iression de l'Apocalypae {XII, 9; XX, 2) • le serpent antique, r 6 ô àf/aïo;, pour d. signer Satan, et la locution rabbiniqae équivalente signali'o par ScUiettgeii ii l’occasion du passage de

l'Apocalypse.

diatcment après les formules do rouvcrture des portes des différents étages de la pyramide sacrée, condiiisant à la chapelle supérieure ou adyton, où diiïérciits dieux seront convoqués pour accomplir les opérations purificatoires, viennent celles qui ont trait au dépouillement de la déesse, à laquelle on enlève successivement tous scs ornements précieux. Il en est de même dans les formules égyptiennes du temple d’Abydos, où l’on dépouille chaque dieu de son vêtement avant de lui remettre des parures plus magnifiques (Mariette-bey, Abijdos, j). -42). Dans notre cérémonie assyrienne ou babylonienne on enlève sept parures diflFércntes à la statue de la déesse, ce qui motive sept opérations successives de dépouillement et sept opérations de restitution, car on reste toujours fidèle à, ce nombre sacré. Chacune d’elles s'opère au passage d’une des portes mystiques, parle ministère du prêtre, de telle façon que la déesse aiTive entièrement nue dans l’adyton et qu’à son retour, reprenant une pièce de son costume à mesure qu’elle descend un étage, elle sort entièrement parée. La partie du texte relative à ces opérations de dépouillement est divisée en sept strophes, composées chacune de trois versets, où la parole appartient successivement au prêtre, à la déesse et à l’assistance. Elles se répètent identiqnementdans les mêmes termes, la désignation de l’objet enlevé étant seule changée, chacune commence par l’idéogramme de « porte, » précédé du numéro d’ordre qu’occupe dans l’échelle montante des étages de l'édifice la porte où la déesse dépose tel on tel objet. Ces numéros sont tous exprimés par un chiflre qui suit le complément phonétique du nom du nombre cardinal :

I in — ùlin.

Ha — sana.

///.vw — va/.stt,

IV U — arbau.

V su — yamsu.

V I su — sisu .

Vil U — sibu.

Ceci est iutéressanl philologi(j'iiement, Ciir il t'aiU eu conclure que l’on pouvait désigner quelquefois le nombre ordinal par le mot pur et simple du nombre cardinal, sans employer les formes d’adjectif indiquées par le salsii, «troisième, » du \msme à' Assur-bani-pul, formes dont la série complète a été restituée par M. Üppert {LUéments de la fjrammaire assyrienne, 2“ édition, j). 40) .

1. 17. lin bah usevibsi ma umtasi — iliabal ayu raba sa qaqqadusa.

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