SO
IS; Layard, Monuments of Nineveh, pl. 4; iiew ser. pl. 3.) Il en est le gardien divin, comme le dit formellement le prisme à’ Assur-a)(j-idin (col. vi, 1. 33-35) : alapu paqidu nasir kibis sarruliya sum kabidtiya, <i le taureau surveillant, qui protège la force de ma royauté et le nom de mon honneur » (W. A. 1. 1, 47) : cf. l’inscription de Khorsabad, dite des Fastes, 1. 189. Dans un bas-relief de Khorsubad il figure comme un génie protecteur : Botta, Monument de ISinive, t. I, pl. 32.
Le simple taureau à tête humaine, sans ailes ni tiare, est très-fréquent sur les cylindres. (Cullimore, Oriental cylindeis, n°* 98 et 124; Lajard, Culte de Mithra, pl. xv, 11“’ 6 et 7 ; XXVI, n* 5; xxvii, n°‘ 9 et 10; xxxii, n° 7; L, n*8; LI, n° 1.)
M. de Saulcy {Histoire de l'art judaïque, p. 22-29), avec le tact archéologique si fin et si ingénieux qui le distingue, s’est efforcé d’établir que les D’DTIS de l’Arche d’alliance (Exod. xxv, 18etsuiv.) et du Saint des saints du temple de Salomon (I Reg. vi, 23 ; II Chron. III, 10-13) étaient des taureaux ailés pareils à ceux de la porte des palais assyriens. (Cf. Journal of lhe Royal Asiatic Society, t.XVI,p.93 etsuiv. ; Rœdiger, dans les Addenda au Thésaurus deGesenius,p. 93). On leur prête, en effet, une face humaine et des ailes, et déplus la comparaison des versets 14duX' chapitre d’Ezéchiel et 10 du I", prouveque ce prophète employait le mot 3T1D avec le sens de « taureau » . La question est aujourd’hui décidée, conformément à l’opinion du savant académicien, par le témoignage des wcriplious assyriennes, où nous voyons les taureaux ailés^ face humaine désignés alternativement par les mots alapi et kirubi, et où l’expression de kirub s’étend ensuite par catachrèse à la porte elle-même que flanquaient ces animaux symboliques (Voyez notre Manwl d’histoire
ancienne de l'Orient, 3* édition, t. II, p. 192. On voit qu’il n’y a pas à chercher, comme l’ont fait quelques érudits (Tuch, Kommentar über die Genesis, p. 96 et suiv.; Gesenius, Thesaur. s. h. v. ; Renan, Histoire des langues sémitiques, 1” édit., p. 460), une origine aryenne au nom des Kerubim bibliques en les comparant aux rpuife; placés dans l’Inde par la légende grecque, car Kirub est un mot parfaitement sémitique, et qui s’applique très-bien au bœuf, comme l’animal avec lequel on « laboure » (voy. la racine ms dans le dictionnaire de Castel).
L’imagination poétique des Hébreux se représentait des Kerubim gardant la porte du paradis terrestre (Gènes. III, 2t), comme leurs analogues celles des palais assyriens, ou bien servant de monture à Jéhovah (II Sam. xxii, 11; Psalm. XVIII, 11; cf. I Sam. iv, 4; II Sara, vi, 2).
27] Il faut rapprocher de cette description les combinaisons de plusieurs corps d’animaux de la même espèce réunis dans un seul être , que nous offrent certaines pierres gravées de l’époque des Sassanides : Lajard, Culte de Milhra, pl. XLIV, n” 11 et 13; pl. XLV, n“* 7, 9, 11 et 20. La gravure exécutée sous le plat d’un cône babylonien offre l’image d’un sphinx ailé à deux corps supportant ime seule tête : Lajard, Culte de Milhra, pl. XLIX, n“ 3.
28] Le cheval à tête de chien n’a pas encore été observé ; l’homme à tête de chien se trouve sur un seul cylindre : Cullimore, Oriental cylinders, ii° 129.
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29] Le traducteur annciiien a eu évidemment sous les yeux un texte où ce p:issage était autre que nous ne le lisons dans le Syncelle ; sa version semble indiquer que le texte dont il s’est servi portait : cTepa Cwa >«(paXiiî p.èv
l'incuv jcat aé^Lctxa. otvOpwTruv ejrovTa.
30] Je ne connais pas d’exemple de cheval à queue de poisson sur les monuments publics ; mais l’hippocampe est un des types monstrueux qui sont passés de l’Asie dans la Grèce ; l’art hellénique, même à l’époque de sa plus grande perfection, ne l’a jamais répudié; seulement il l’aréduit au rôle de monture des dieux de la mer, ou bien, en le surmontant d’un buste d’homme, il en a fait un des t)qies habituels des Tritons : Bouillon, Musée des antiques, L II, pl. XLii; Stanza, Monumenti délia villa Pinciana, pl. I, n° 12; Millin, Galerie mythologique, pl. XLll, n° 174; LXxiii, n“ 298.
Les cylindres nous offrent des exemples d’autres combinaisons de la même nature, comme la chèvre à queue de poisson : Lajard, Culte de Mithra, pl. xvi, n° 3; LIV B, n* 7. Voy. aussi un quadrupède indéterminé à queue de poisson : Lajard, Culte de Mithra, |>1, xxvil, n* 5.
31] Le traducteur arménien a très -mal compris ce passage; il ne s’y agit aucunement de dragons, mais de nouveaux monstres aux formes mêlées, comme les cylindres nous en offrent encore tant d’autres variétés, et dont Bérose, ou plutôt son abréviateur, arrête là l’énumération.
32] Le texte que le traducteur armcnieu avait sous les yeux, contenait évidemment ici quelque chose de plus que celui que nous a conserve le Syncelle, puisqu’il parle de a poissons semblables aux sirènes ; » cependant la mention de simples poissons nous paraît la vraie leçon, car elle cadre mieux avec l’ensemble de la phrase où il s’agit maintenant d’êtres ayant des formes naturelles.
33] Il semble que les Assyriens, qui ne furent jamais un peuple maritime, aient, de même que les Indiens brahmaniques, regardé l’Océan comme un reste de l’abîme primordial, rempli encore de ses créations étranges et monstrueuses. En effet, dans les intéressants bas-reliefs de Khorsabad qui représentent le transport de bois amenés par mer pour les constructions du roi èar-yukin, nous voyons les flots représentés comme le séjour d’êtres tout à fait analogues à ceux que Bérose place dans le monde chaotique, reptiles et poissons énormes, dont beaucoup n’ont jamais appartenu à la faune maritime, serpents gigantesques et monstres symboliques, tels que taureau aUé à tête humaine, taureau simplement ailé, personnages à corps de poisson surmonté d’un buste d’homme : Botta, Monument de N inive, p. I, pi! 32-3i.
34] Toute cette description des êtres fantastiques nés au milieu du chaos est empruntée, nous dit-on, aux peintures du temple de Bel h Babylone, celui dont parle Diodore ( II, 9 ), qui était situé dans la cité royale: voy. Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. î, p. 170 — 182.
Nous croyons qu’en comparant d’un côté ce que dit Bérose, et de l’autre les monuments de l’art asiatique ou ceux qui portent l’empreinte de son influence directe, on peut arriver à restituer avec assez de vraisemblance la disposition générale de la composition graphique à laquelle l’auteur des Autiquités Chaldaïques faisait allusion. Les monstres emblématiques dont on vient de voir l'énumération devaient former de longues séries par zones superposées, comme celles des animaux réels ou fantastiques qui décorent les vtises grecs archaïques dits de style oriental ( voy. De Witte, Eludes sur les vases peints, p. 37-40 ), vases dont les peintures, comme l’a remarqué M. de Longpérier (Journal asiatique, octobre-novembre 1835, p. 418), sont principalement copiées sur ces étoflFes à sujets religieux et à figures d’animaux qui forment les vêtements de tous les personnages importants dans les bas-reliefs assyriens (Layard, Monuments of Nineveh, pl. 6, 8, 9 et 43-50), que le commerce apportait dans la Grèce primitive et dont on fit de très bonne heure, dans ce dernier pays, des imitations où l’on ne changeait en rien les représentations symboliques, comme le fameux péplus d’Alcisthène de Sybaris ( Pseudo-Aristot. De mirab. auscult. 99). C’est ainsi qu’un cylindre nous montre en deux zones superposées la réunion des dieux célestes, et au-dessous les monstres du monde inférieur et ténébreux: Lajard, Culte de Milhra, pl. XXIX, n“ 1 ; cf. aussi Cullitaore, Oriental cylinders, n" 167.
A côté, et sans doute en avant de ces zônes de figures d’animaux, était l’image d’Omoroca, leur souveraine, et sa taille devait égaler la hauteur occupée par les séries superposées de monstres. Elle avait sans doute en face d’elle Bel, armé d’un glaive et prêt à la fendre eu deux, faisant même le mouvement de la frapper. C’est ainsi que
sur un cylindre nous voyons Bel-Marduk àébont en face de Belü-Tihavti, la même que l’Omoroca de Bérose, munie de grandes ailes et tenant la harpe ; la déesse est au milieu des monstres auxquels elle préside, lesquels forment en arrière d’elle trois registres superposés : Lajard, Culte de Mithra, pl. LIV, n" 8. Un autre nous montre la lutte cosmogonique du démiurge et de la déesse du chaos, telle que la raconte Bérose, sauf que la déesse, au lieu d’avoir une figure humaine, est symbolisée sous la forme d’une lionne ; on y voit donc Bel-Marduk debout, armé du foudre et du glaive, qui va frapper la lionne dressée et aussi grande que lui; en arrière de la lionne sont quatre zones superposées, la première contenant divers animaux et trois têtes humaines, la seconde une chèvre, un lion, un homme renversé et un aigle, la troisième occupée par les flots de l’abîme, la plus inférieure enfin laissant voir divers êtres monstrueux, entre autres un lion aîlé et un homme agenouillé avec deux têtes, l’une humaine et l’autre de taureau : Lajard, Culte de Mithra, pl. XLIX, 5. Ces deux monuments nous paraissent directement inspirés par les peintures du temple de Bel, dont ils nous donnent une certaine idée. Il faut aussi rapprocher de la description de Bérose lacomposition, d’aspect encore tout asiatique, des reliefs d’un célèbre vase étrusque en terre noire, où l’on voit Persée armé du glaive s’avançant pour immoler la Gorgone qu’entoure une série de monstres non moins hideux qu’elle, dont elle semble la reine: Micali, Monumentiper servire alla storia degli antichi popoli italiani, pl. XXII.
35] ’Ojwjxoxa, que Scaliger a voulu à tort corriger en *0{Aopxa, est, comme l’a vu sir H. Rawlinson ( dans le
tome I" de l’IIérodote anglais de George Rawlinson, p. 618), Üm-Uruk, nom particulier que porte la déesse Belit à la ligne 52 de la colonne II de l’inscription de Nabu-kudurrùtisur connue sous le nom de Baril de Philipps ; W. A. 1. 1, 65. Ce nom signifie « la Mère de la ville à’üruk » etest de plus suivi de l’épithète belit Uruk, • la dame d’ U ruk » ( ce dernier titre se lit aussi plusieurs fois dans les inscriptions des rois de l’Ancien Empire :
W. A. 1. I, 2, 5, 1; 3, 12, 1 ;; il caractérise d’une manière tout à fait spéciale Belit sous son aspect infernal, chaotique et ténébreux, car Uruk, la de la Bible ( Genes.
X, 10),!’ ’Op/ôr, des géographes classiques, était le grand champ de sépulture de la Chaldée antique, la ville des morts par excellence : voy. Loftus, Travels in Chaldæa and Susiam, p. 162 et suiv.; II. Rawlinson, dissert. cit. p. 592.
Quant au second nom donné à, cette déesse, la correction »ou*tÔ, au lieu de OaXà-r^ que portent les manuscrits du Syncelle et de eoYà-rS qu’avait le texte sur lequel a travaillé le traducteur arménien, a été proposée pour la première fois dans notre Manuel d’histoire ancienne de rOrient, 3" édition, t. II, p. 263. Elle e.«t certaine par la comparaison avec la TauOri de Damascius ( Deprincip. 125), qui est aussi la Tihàvti des textes cunéiformes, et surtout par l’explication qu’en donne Bérose: [/.aGasaeveiî-
îc6ai QaXaoaa, car ce mot tihavti ou tihumti, ODHri , qui devient le nom de Belit considérée comme l’abîme primordial, est le mot qui s’emploie le plus habituellement pour désigner tla mer » dans la langue assyrienne.
36] Ce dernier membre de phrase n’est pas dans l’armé-
nien ; c’est évidemment une addition du Syncelle, faite nous ne savons d’après qui, mais tout ii fait hors de sa place, car pour les Babyloniens la lune était un dieu mâle, Sin.
37] L’œuvre du démiurge Bel, organisant le monde, est exprimée dans la légende cosmogonique comme une entreprise violente de ce dieu sur la déesse Bclü-Tihavti, qui personnifie l’abîme primordial, la matière incrcéc et féconde ; dans le système théogonique, au contraire, la même idée est rendue par l’union de Bel et de Belit, d’où naissent les dieux qui représentent l’univers organisé. C’est cette alternance et cette équivalence des deux notions de lutte et d’amour, d’ëpiç et d’ëptdç, comme disaient les Grecs, qui se retrouve au fond de toutes les conceptions religieuses de l’antiquité : voy. Ch. Lenormant, Nouvelle galerie mythologique, p. 28 et suiv. ; et notre Monographie de la Voie Sacrée Eleuiinienne,X. I, p. 261, .300 et 394.
Mais le démiurge est issu lui-même de l’abîme primordial ; Bel, présenté dans un cas comme l’époux de Belit- , Tihavti, dans l’autre comme la combattant afin de faire sortir le monde des ténèl)res et du chaos, peut être sous un dernier point de vue considéré comme son fils. C’est ce qui est formellement dit dans la généalogie divine rapportée par Damascius {De princip. p. 125) où de T*u9ti et d’Airauûv, c’est-à-dire de l’eau primordiale, Tihavti, et de l’Abîme, (sur ce mot,voy.Norris, Assyrian dictionary, t. I. p. 113) irait le couple de Aay ôç et Aa-/Yi, c’est-à-dire de Bel-Dagan et d’un dédoublement féminin de sa personne. Ainsi nous sommes amenés en présence de la notion de la réaction réciproque de l’être absolu et de sa première mani-
fcstation extérieure, engendrée spontanément, notion qui tient une si grande place dans les religions antiques : voy. notre Monographie de la Voie Sacrée Éleusinienne,t. I, p. 491 et suiv. Elle se présente en général sous la forme d’une lutte, quelquefois hostile, le plus souvent amoureuse, et de là découle la conception du mytlie de l’inceste sacré, du dieu mari de sa mère, l’une des manières dont on exprime l’idée du dieu qui s' engendre lui-même ; voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. III, p. 197 et 290. Cette conception que nous distinguons, mais voilée, dans les rapports de Bel démiurge avec Belit-Tihavli, la matière passive sur laquelle il opère, est clairement énoncée dans le culte local de la ville de Nipur, où Belit est à la fois mère et épouse du dieu ^rfar: voy. II. Rawlinson, dissert. cit. p. 62o. Nous la retrouvons aussi dans la légende, toute mythologique, de l’inceste de Sémiramis avec son fils Ninyas : Justin. 1, 2.
Le récit cosmogonique de Bérose étant celui de Babylone même, nous ne devons pas hésiter à reconnaître que le dieu qui y joue le rôle de démiurge est Bel sous sa forme essentiellement locale de Bel-Marduk, et en effet ce dieu spécial et tutélaire de la ville de Babylone est trèsfréquemment représenté sur les cylindres armé du glaive, avec lequel il a coupé en deux Um-Uruk ou Belit-Tihavli: Cullimore, Oriental cylinders, n°* 44, 49, 53, 54, 55, 57-GO, 108, 111, 113-116,125, 132, 137 ; Lajard, Culte de Mithra, pl. XXVII, n" 3 ; XXXIII, n” 4 ; XXXV, n" 5 ; XXXVII, n”* 1 et 7; XXXVIII; XXXIX, n" 7; LVII, n“ 5. C’est ainsi que le prophète Baruch (VI, 14) le décrit en parlant des dieux de Babylone : « L’un d’eux a un n glaive et une hache à la main, mais il ne peut s’en ser- » vir pour se défendre contre les voleurs. » Dans les statues placées au sommet de la Pyramide dans la cité royale,
il était autrement représenté, d’après ce que nous dit Diodore (II, 9), comme « un homme debout et marchant. » Ce second type des images de Bel-Marduk, qui tient alors un sceptre court à la main, n’est pas moins multiplié que le premier sur les cylindres : Cullimore, Oriental cylinders, n" 30-33, 45-48, 50, 51, 54, 56, 65, 67, 68, 72, 73,74, 94, 95, 106, 117, 125, 134, 136; Lajard, Culte de Mithra, pl. XXVII, n" 4 ; XXXVII, n°' 3 et 6 ; XL, n* 9 ; XLIX, n* 7 ; LUI, n* 1 ; LIV A, n- 1 et 6; LVI, n» 8.
Baruch (VI, 1 3) y fait aussi allusion : a L’un d’eux porte « un sceptre comme le juge d’une province, et il ne met pas à mort celui qui pêche contre lui. » Or nous avons vu plus haut, note 6, que le titre de « juge » est précisément un de ceux qui appartiennent à Bel-Marduk.
38] J’ai conservé dans le texte à cet endroit la ponctuation généralement adoptée, qui représente la coupure des phrases telle que l’a eue déjà sous les yeux l’auteur de la version arménienne. Mais j’ai traduit en français comme s’il y avait : ’A'X'X'TiYopixôî^é (puiat toOto ire(pu(;io'X.OYïï<i9ai, vYpoù ôvTO< Toù TravTÔç xaî èv '(t'ftvrm.isbi't . Toùtov St tôv
flsôv et je crois que ce doit être la leçon originale et primitive. En effet, il devait y avoir une explication de l’allégorie et celle-ci nous donne un énoncé parfaitement net du dogme de la génération spontanée par voie humide, qui est la base de toute cette cosmogonie. Avec la ponctuation actuelle, le membre de phrase sur l’humidité primordiale ne se relie que très gauchement à ce qui est dit de Bel, et n’est aucunement appelé par le sens du reste.
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39] Je rapprocherai de ce passage la représentation d’un cylindre où une tête coupée est placée aux pieds de Bel-Marduk, tenant le sceptre : Lajard, Culte de Mühra^ pl. XXXVII, n» 6.
40] « Jéhovah Elohim, forma l’homme du limon de la » terre et lui souffla dans les narines le souffle de la vie, B et l’homme fut fait âme vivante. » Genes. II, 7.
Les Grecs représentent aussi dans leurs légendes Prométhée, jouant le rôle d’un démiurge ou créateur secondaire, qui façonne avec de l’argile les premiers individus de notre espèce : Apollodor, I, 7, 1 ; Ovid. Melam. 1, v. 81 ; Etymol. Magn. v° npop-TiOey;. Au reste, cette idéedel’homme formé dxi limon delà terre, l’un des plus antiques débris de la tradition primitive, se retrouve chez les peuples les plus divers : voy. notre Manuel d’ histoire ancienne de C Orient, 3* édition, t. L p. 15.
41] L’ assimilation de Bel et spécialement du Bel-Mar~ duk de Babylone au Zeus hellénique, que nous retrouverons dans le fragm. 4, est déjà faite par Hérodote: I, 181 et 183.
42] « Et Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.
« Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres.
« Dieu dit aussi : < Que le firmament soit au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. »
« Et Dieu fit le firmament, et il sépara les eaux qui sont sous le firmament de celles qui sont au-dessus. Et cela fut ainsi.
« Dieu dit: « Que les eaux qui sont au-dessous du ciel, se rassemblent en un même lieu, et que la terre apparaisse. » Et cela fut fait ainsi. » Genes. T, 3-9.
43] Le démiurge ne détruit pas le monde des ténèbres et du chaos ; il le divise et en fait sortir l’univers organisé. Mais ce monde ténél)rcux continue à exister avec ses esprits malfaisants, ses créations étranges et monstrueuses. Le système astrologique exposé par Diodore (II, 30) leur assigne comme domaine toute la moitié inférieure de l’univers et de la sphère céleste. De là découle la doctrine des esprits de ténèbres et de mal et de leur influence, sur laquelle est fondée la magie, et sur laquelle nous reviendrons à la fin de la note 46. De même, que le démiurge a dû vaincre et frapper la déesse qui personnifie l’abîme pour organiser la création, de même les dieux lumineux sont obligés de combattre et de vaincre constamment les enfants monstrueux de l’abîme et des ténèbres, et cette lutte incessamment renouvelée est ce qui conserve l’univers. Aussi est-elle le plus souvent retracée dans les représentations religieuses des cylindres, où nous voyons successivement tous les dieux y prendre part. Mais pour celui qui sait aller au fond des choses, là, comme dans toutes les religions antiques, le combat n’est qu’apparent et les deux adversaires se résolvent dans l’unité panthéistique du premier
principe : voy. notre Monographie de la Voie Sacrée Eleusinienne^ t. I, p. 422 et suiv.
44] Le récit de la formation de l’homme nous a déjà fait apercevoir les énergies du démiurge personnifiées dans des dieux inferieurs qui l’entourent et exécutent ses ordres, jouant le rôle de créateurs secondaires. Ici c’est le sang d’un de ces dieux qui, pétri avec la terre, donne la vie aux animaux, tandis que c’est le sang de Bel qui sert k former l’homme. La mention des hommes que présente le texte tel que nous le possédons fait double emploi avec ce qui précède et ne se justifie en aucune façon à cet endroit ; nous croyons donc qu’il faut rétablir : &7ipia xà
5uv(X[uva XT>.. Du récit tel que nous le restituons, il semble résulter que la cosmogonie babylonienne faisait naître l'homme avant les animaux ; dans la ;Biblc, au contraire, la création de l’homme est la dernière comme la plus parfaite et vient mettre le sceau à l’œuvre de Dieu.
45] Le récit biblique distingue aussi la création du soleil, de la lune et des astres de la séparation de la lumière et des ténèbres, et la fait très-postérieure.
a Dieu dit : Qu’il y ait des corps lumineux dans le firmament du ciel, pour séparer le jour et la nuit, et qu’ils servent de signes pour marquer les temps et les saisons, les jours et les années ;
j> Qu’ils luisent dans le firmament du ciel pour éclairer la terre. » Et cela fut ainsi.
« Dieu fit donc deux grands corps lumineux, l’un plus
grand pour présider au jour, l’autre moindre pour présider à la nuit, et il fit aussi les étoiles. » Genes. I, 14-16.
4-6] Les dernières créations de Bel correspondent aux deux groupes principaux de dieux que la théogonie chaldéo-assyrienne place immédiatement au-dessous de la triade suprême, le groupe des trois grands dieux de l’univers organisé et le groupe des dieux des cinq planètes, lesquels avec les pei’sonnages de la première triade et Ilu complètent le cycle des douze grands dieux que Diodore (II, 30) appelle Oeûv xupiot,
La seconde triade, celledes dieux qui président àl’ensemble de l’univers organisé, se compose, avons-nous déjà dit plus haut, note 16, de Bin, èin et Éamas. Bin est le dieu de l’atmosphère, du firmament, c’est le ciel lumineux des étoiles fixes. Ses principaux titres sont: « le ministre du ciel et de la terre, le distributeur de l’abondance, le seigneur des canaux, » dans lesquels résidait toute la fertilité du pays. « le chef bienfaisant, le dieu de la fécondité » : Voy. H. Ilawlinson, dans la dissertation jointe au tome 1 de l’Hérodote anglais, p. 607. Il est aussi, comme il appartient au dieu de l’atmosphère, « le seigneur de la tempête, » du tourbillon, l’inondateur ; » on dit des rois conquérants qu’ils a dévastent les contrées ennemies comme le tourbillon de Bin » et on appelle ce dieu « celui qui balaie de sa tempête les rebelles et les pays ennemis. » Son attribut ordinaire et caractéristique sur les monuments de l’art est le foudre. Dans un bas- relief assyrien nous voyons porter au milieu d’une procession sa statue, le front armé de quatre cornes, debout, tenant la hache et le foudre : Layard, Monuments ofNineveh, pl. 65. Dans un autre, transporté
à Londres, il est muni de quatre grandes ailes, vêtu en roi, coifiFé de la tiare à plusieurs paires de cornes superposées, et il poursuit de sa foudre un génie des ténèbres représenté sous les traits d’un monstre effroyable : Layard, Monuments of JSineveh, new ser. pl. S. Sur les cylindres nous trouvons assez fréquemment la figure de Bin tenant le foudre et debout sur un taureau: Cullimore, Oriental cylinderSy n®‘ 96, 107; Lajard, Culte de Mithra, pl. XXVIII, n“ 9 ; XXX, n° 1 ; LIV B, n" 1 . Ailleurs il est debout sur un lion ; Lajard, Culte de Mithra, pl. XXXVII, n° 6. Un cylindre le montre en pieds, tenant la hache et le foudre: Lajard, Cttlte de Mithra, pl. XXXVI, n° 8 ; un autre foudroyant des ennemis renversés : Cullimore, Oriental cylinders, n° Il 9. Il est aussi quelquefois symbolisé par le foudre porté sur un taureau : Cullimore, Oriental cylinders, n“ 60 ; ou ])ar le foudre seul : Cullimore, Oriental cylinders, n“ 58, 70, 106. C’est à ce titre de dieu de la foudre, du feu céleste, que l’expression idéographique de son nom est quelquefois employée dans les textes cunéiformes avec la signification de « feu » : voy. Norris, Assyrian dictionary, t. I, additions, p. xiil. Le même caractère igné était symbolisé par la couleur rouge dont était revêtu extérieurement l’antique temple de ce dieu dans la villed’yl/-^ss«r, rebâti par Tuklati-pal-asar 1", trait que paraît révéler le nom de Bit-yamir, « le temple rouge » (^DHl) donné à l’édifice sacré dans le prisme du roi assyrien qui le releva (col. 8, I. 1 et 15; W. A. I. i, 16).
Une tout autre manière de représenter emblématiquement Bin a trait à sa nature de dieu du firmament lumineux. Sur un curieux cylindre nous voyons les symboles des trois dieux du gi'oupe qui nous occupe, placés sur des autels : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXXIX, n“ 4. Éamas et Sin y sont figurés par deux bétyles surmontés des
emblèmes du soleil et de la lune ; quant à la place de Bm, elle est occupée par l’image d’un chien, symbole de la lumière chez les Chaldéo-Assyriens : voy. ce que nous avons dit de cette représentation dans les Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1868, p. 320. La réunion du chien, du soleil et de la lune, représentant la seconde triade de Babylone et de l’Assyrie, se retrouve sur un autre cylindre : Lajard, Culte de Mühra, pl. XL, n* 2. Le caractère qui dérive dans l’écriture cunéiforme de la figure primitive du chien et a le sens idéographique de « lumière, » se lit phonétiquement ur, à cause du mot qui signifie « lumière » dans toutes les langues sémitiques. Bin symbolisé sous la figure du chien doit donc être comparé à Aûr, dieu de l’atmosphère et du ciel lumineux chez les Mendaïtes : voy. Norberg, Onomasticon ad Librum Adami, à ce mot. Au reste, un dieu Ur, qui doit être une forme de Bin, est mentionné dans une tablette avec Bel et les dieux des planètes (W. A. I. iii, 69, 3).
Bin a pour épouse la déesse Éala (Tablettes mythologiques; W. A. I. III, 67, 1 ; 66, recto, col. 2, 1. 15, et col, 7, 6, 1. 27 ; Insci-. de Bavian, 1. 48 : W, A. I. iii, 14), assez rarement mentionnée dans les textes (voy. cependant ses titres : W. A. I. ii, 57 ; cf. aussi W. A, I. iii, 66, recto, col. 5, 1. 41 ; verso, col. 6, 1. 5), qui reçoit le surnom de «mm«, a mère, » et qui sous cette qualification de Éalaummu paraît correspondre à la signalée dans
les sources classiques comme une divinité féminine de la reUgion de Babylone : Etym. Magn. v. 2*>.!Xjji6aî; Hesych. v.
^Xajxêb).
Sin, le dieu de la lune, semble avoir tenu la place d’honneur dans les adorations des rois primitifs, de ceux que nous rapportons à la première dynastie chaldéenne de Bérose. Leurs inscriptions, publiées au commencement du
tome I" du grand recueil de MM. Ilawlinson et Norris, sont là pour l’attester. C’était en elfet le dieu spécial et tutélaire de leur capitale, la grande cité d’Vr : voy. H. Rawlinson, dissert. cit. p. 6Ü etsuiv. Il reçoit alors les titres les plus magnifiques; il est « le chef, le puissant, le seigneur des esprits, le roi des dieux, l’étincelant. » Plus tard, son importance diminue; il n’est plus que «le sei- * gneur des trente jours du mois, le seigneur du signe » zodiacal, l’architecte, celui qui veille sur la terre. » Cependant il tient toujoura le premier rang dans la seconde triade, que les invocations, d’accord avec la tablette des nombres divins, classent dans l’ordre hiérarchique suivant : 6'm, Satnas, hin. De même, dans le système babylonien d’attribution des métaux aux différents dieux, èin parait avoir présidé à l’or, tandis que Samas n’a que le second métal, l’argent, dont le nom idéographique est • métal i du soleil; » quant à Bin, le plomb lui est attribué, et la désignation idéographique de ce métal est le nom même du dieu, (Oppert, Journal asiatique, octobre-novembre 1865, p. 321). Il est vrai que l’étain est le métal à'Anu. Éin est le plus souvent symbolisé sur les cylindres par la seule figure du croissant lunaire ; cependant on voit quelquefois un buste divin coiffé de la tiare qui s’élève audessus de ce croissant : Lajard, Culte deMühra, pl. XLIV, n“ 1. LIV B, n‘ 16.
Sur quelques monuments d’origine exclusivement babylonienne (W. A. I. I, 70, col. 3, 1. 18; iii, 41, col. 2, 1. 16), ce dieu reçoit le nom de Nannaru, « le lumineux,» de la racine iru. C’est le Navapoç sur lequel Nicolas de Damas (fragm. 10, ed. C. Millier, Fragm. historié, grœc., 1. 111, p. 359-363) raconte une longue légende qui provient originairement de Ctésias (Athen. xii, p. 530 b.) Il présente ce personnage comme un roi ou satrape de Baby-
loue, effcininc et presque undrogyne, qui s’empare traîtreusement du fort chasseur et guerrier Parsondas, l’enferme dans son harem et l’y rend bientôt aussi efféminé, aussi androgyne que lui. Mou père (dans le Catalogue général des camées etpierres gravées de la Bibliothèque Impériale, par M. Chabouillet, p. IH ), a déjà signalé le caractère purement mythologique de ce récit. La constatation de l’existence d’un dieu Annnaru à Babylone, estdenature à le faire mieux comprendre et devient une preuve de plus de ce que l’histoire de Ctésias se composait en grande partie de mythes religieux, pris à tort pour historiques parle médecin d’Artaxerce Mncmoii.
Quant à Èamas, lé soleil, c’est « le grand moteur, le ré- « gent ou l’arbitre du ciel et de la terre. » : voy. Itawlinson. Dissert. cit. p. 609 et suiv. Il ne parait pas qu’il soit représenté sur les monuments de l’art jusqu’à présent connus autrement que pur l’image même du disque solaire. Un cylindre nous montre pourtant le buste du dieu coiffé de la tiare au milieu de ce disque : Lu]ur d. Culte de Mithra, pl. 25, n° 1. Samas avait des temples à Babylonc même, (sur l’emplacement de la mosquée de Hillah, qui s’appelle encore aujourd’hui Meschhed-esch-Schams, voy. Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I. p. 1*40), à Ijirsam, (aujourd’hui Senkereh), età Aipar, laSippara des géographes classiques.
On donne simultanément à Samas trois épouses. Matkit (W. A. 1. Il, 57 ; 111, 66, recto, col. 5, 1. 10, et verso, col. 1, 1. 2.), Gula (W. A. I. iii, 66, verso, col. 2, 1. 30; voy. quelques-uns de ses titres : W. A. I. il, 59), et (cylindre brisé de Nahu-na’ id , col. 3, 1. 25, 28 et 36 : W. A. 1. 1,69; sur une tablette, .'Jamus, comme associé à Aaunit, reçoit le nom de Malik, dont Malkit est le féminin : W. A. 1. 111, 66, recto, col. 2, 1. 9), suruomiuée
Œ l’étoile du fleuve Tigre. » (W. A. 1. n, 51, 2, 1. 58).
La plus importante des trois, celle qui est le plus fréquemment citée dans les textes, 6'u/a, porte un nom accadien (1 ), qui signifie t la grande, » d’où le jeu d’idées sur le Caillou Michaux (col. 4, 1. 5. : W. A. 1. i, 70) :Gula belü rabiluv yiiral Samas, * Gula, la grande dame, épouse du « Soleil. » Elle doit par conséquent être rapprochée de la déesse nSna, adorée encore au V' siècle de l’ère chrétienne par les Syriens de Ilarrân : Assemani, Biblioth. Orient. ^ 1. 1, p. 337; cf. Chwolson, Die Ssabier und der Ssabis^ mus , t. II, p. 39. Elle porte aussi, sur les monuments
(1) Il doit y avoir pour ce nom, comme pour celui do Davkina, une lecture assyrienne, que l’on n'a pas encore rencontrée écrite phonétiquement, mais que fourniront sans doute de nouveaux textes. Peut-être était-ce üai>il.
En effet, à Babylono, comme il y avait deux langues, toutes les divinités avaient un double nom, assyrien et accadien, qui, dans les habitudes de l’écriture, s'employaient indifféremment. Ainsi pour les dieux de l’ordre le plus élevé on a la double série de noms suivante :
NOUS ASSTRIBNS.
NOUS ACCADIBNS.
Ilu.
Dingira,
Anu.
Anal.
Bel.
Belit.
iJingiri.
Belit-TihavU,
Nüruk.
Nins'illu.
Davhna.
S‘in.
Hur*
S'amat‘.
Ut.
JUalkit.
Ai.
Gula,
Anuntl.
Il faut adopter la première forme pour la transcription quand le texte est rédigé en langue assyrienne, la seconde quand il est rédigé en langue accadienno. C’est ainsi que faisaient les Babyloniens eux-mémes. Quand ils employaient le nom accadien dans un texte rédigé en assyrien, il est certain qu’ils le considéraient comme un allopbonc devenu une expression idéographique com|>lexc, et qu’ils le lisaieut un prononçant le nom assyrien.
(les derniers règnes assyriens et du nouvel cmjnrcde Chaldéc, le nom de Nana, (voy. (inelques-nns de scs titres sous ce nom : W. A. I. ii, J>9; et aussi iii, 66, verso, col. 1. 4 ; col. 6, 1. 32 et 36), qui est celui de la grande déesse de l’Ely maïs, appelée A’antra dans la Bible (I. Macc. 1, 13 et 15), et assimilé parJosèplie(i4M<. Jurf., XII, 9, 1), à Artémis. Mais cette appellation ne doit pas avoir été introduite de bonne heure à Babylone (1), car elle est d’ori-
(1) On pourrait objecter que la dresse dont la statue fut enlevée do Babylone en 2294 av. J.-C. par le conquérant élamite Kudur-Nan-j(undi et recouvrée à Suso 1635 ans plus tard par .ils'j'ur-fcani pal, est appelée IVana dans le prisme de ce dernier prince (col. 7, 1. 9-11 ; W. A. I. m, 23 ; voy. un fragment détaché qui complète le texte : W. A. 1. lu, 36, 2) et dans trois autres documents de son règne (W. A. I. iii, 35, 1 et 2 ; 38. 1). Mais il n’en résulte pas nécessairement que le nom do Nana fût en usage dès 2294. C’était seulement le nom le plus habituellement donné k la déesse que représentait la statue, à l’époque d’A«‘i‘ur-6ani-pal. Il est même assez probable que l'appellation de Nana était celle que les Elamites avaient donné h la déesse dont ils avaient enlevé l'image quand ils l'avaient placé triomphalement dans un temple de Suse, que c’est de la Susiane que ce nom avait pénétré à Babylone et qu'il s’y établit surtout après le retour de la statue autrefois conquise, car ce retour avait été un grand événement à la fois politique et religieux en Babylonie encore plus qu’en Assyrie; il avait été considéré comme l’expression symbolique de la revanche, prise après seize siècles, de l’humiliation jadis imposée aux Babyloniens par les Elamites. Ce qui nous porte k le croire, c’est que d’après la Bible le culte de Nana resta l’un des cultes principaux de la Susiane jusqu’au temps des rois Séleucides. Or, rien dans les textes jusqu'ici connus n’autorise à croire que les Elamites, justement fiers de leur si haute antiquité, aient jamais consenti à adopter un seul nom de dieu babylonien ou chaldéen ; ils conservèrent jusqu’au bout les appellations indigènes et tout k fait à part de leurs divinités, même de celles qui s’identifiaient facilement avec des divinités de la Chaldéc. Au contraire, les Babyloniens re çurent dans leur Panthéon k diverses époques plusieurs dieux élamites avec leurs noms, comme Laguda adoré k Émit (Fastes de S‘ar-yukin, 1. 9; et dans plusieurs autres inscriptions de Khorsabad), Dungat' d’après qui était appelée la ville de Kar-Dunyas' la 'férédon des Grecs, et Sus'inko (voy. la note 1 du fragm. .5). Les Cbaldéo-Assyriens, du reste, montrèrent toujours une grande facilité pour l'adoption des dieux étrangers, k condition de ne leur donner qu’une place inférieure dans la hiérarchie divine. C’est ainsi qu’une tablette (W. A. I. ni, 60, verso, col. 4 I. 7) introduit le nom du dieu national des Alarudiens, Xaldia (voy. nos Lettres assyriologiques, 1. 1, p. 130) dans une liste des personnages divins adorés dans les différents temples de l’Assyrie. Rappelons encore le dieu.
gine aryenne ; c’est le nom de Naiii que les Indiens donnent à la déesse Parvâti ou Bhavani, et nous le trouvons écrit NADiA ou N AN AI A sur les monnaies à légendes grecques du roi Kanischka : Grotelend , Die Münzen der ijriechischen, parlhischcn und indoskythischen Kœnige von Baklrien, p. 46 et suiv. ; Lassen, Zur Geschichte der Griechischen und Indoskythischen Kœnige in Baklrien, Kabul und Indien, p. 101 ; J. Prinsep, Journal of lhe Asialic Society of Bengal, t. III, p. 4o0; t. IV, p. 629; Wilson, Ariana antigua, p. 358. Il fauty comparer ladéesse Bibi Nani, adorée dans L’Afghanistân : Wilson, Ariana anti-
originaitc de ]a Syrie du nord, dont il est quelquefois question
(W. A. 1. Il, 46, 1, 1. 3), et dont une curieuse tablette, encore inédite, du Musée Rritannique raconte que l'arche sacrée fut recueillie flottant au hasard sur les eaux de l'Euphrate (Voy. Fox Talbot, Journal of th« Royal Asiatic SorietytOQW. SQT, t. III, l” part. p. 5^5).
Dans riiypothène que nous venons d'émettre, le nom de N*anane serait pas aryen, mais appartiendrait à l'idionie élamito. Kn ctTct, des indices assez plausibles donnent lieu de penser que nana était la forme correspondant dans cet idiome au mot accadien nin, * femme, > à comparer au turc nene. Ceci pourrait conduire à regarder aussi dans Tlndede nom de Nani comme provenant originairement de la population aiité-aryenne, avec laquelle les Klamiles ii'étaicnt peut-être pas sans parenté ethnographique. Au reste, ParvÂii ou Bhavani, à laquelle appartient ce nom, n’est ]>a8 plus que son époux Çiva, une divinité aryenne; leur couple a été Rcuicmenl admis ou plutôt toléré à une époque postérieure ù la conquête par les castes supérieures, descendues des Aryens; mais ils sont avant tout les dieux des castes inférieures, les dieux nationaux des Dravidiens.
Nous avons dit tout à l'heure que le retour à Babylonc de la statue do Xana, jadis conquise et transportée & Suse par Kudur-.N^an;(undi avait été considéré comme un très-grand événement politique ci religieux; la preuve en est dans rmiportance qu'y donnent tous les documents du règne, et dans le nombre de ceux qui sont destinés h commémorer spécialement ce fait. Mais ce qui est très-curieux, c'est de trouver huit siècles après, dans TApoJogio adressée par St-Méliton h Marc-Aurèle, la trace d’une légende sur la captivité de la déesse, que le Père d l'Eglise, suivant son habitude, présente sous une forme evhéméristo o H l.cs Élsmitcs adorèrent Nani, fille du roi d'Klam. Les ennemis l'ayant: > faite prisonnière, son père lui fit élever une statue et un temple à Suse, » forteresse qui est dans le pays d'Klam. » Spictleg, Soltam. t. II, p. xliji ; Renan, de V Acad, da Inter., nuuv. sur. t. xxiii, 2* part., p. 332 et
qun, p. 362 et suiv. ; Awdall, Journal of the Asiatic Society of Bengal, t. Y, p. 266 et suiv. Le même personnage se retrouve encore dans la religion antique de la Phrygie, si essentiellement aryenne au moins par tous les noms qui figurent dans ses mythes ; c’est Nanna, la mère d’Atys : (Amob., Adv. gent. V. 6; voy. Maury, //ts/oiVedes religions de la Grèce, 1. 1, p. 96.)
L’apparition de ce nom de Nanti, étranger au vieux fond des deux langues primitives de la Babylonic, à l’accadicn touranien et à l’assyrien sémitique, mais provenant d’une autre source, ne doit pas nous surprendre outre mesure, car ce n’est pas un lait isolé. En laissant de coté la question de la parenté des noms à'A&Sur et (Y Asura, spéciale à l’Assyrie, à Babylone même nous voyons apparaître parmi les noms divins quelques appellations dont l’origine aryenne est manifeste, qui révèlent par conséquent un contact et une influence exercée à une certaine époque par des populations de la race des Aryas. Sir Henri Rawlinson a mis ce fait curieux en pleine lumière (Journal of the Royal Asiatic Society, new ser. t.I, p. 230 et suiv.). Mais nous ne pouvons croire avec lui qu’il remonte aux temps les plus anciens, à la première période accadienne, qu’il révèle une certaine parenté d'origine entre l’accadien et l’état primitif des idiomes aryens, ou qu’il faille le rattacher historiquement à l’antique invasion des Mèdes à Babylone, signalée dans les fragments de Bérose (ap. Euseb. Chron. Armcn. p. 18, ed. Mai) et à laquelle certaines traditions donnentZoroastre pour chef. (Syncell. p. 78 c.) Nous pensons, au contraire, que l’introduction de ces noms divins d’origine aryenne, qui gardent toujours, .sauf celui de /\’^ano,le caractère d’épithètes secondaires et mystérieuses, non admi.ses dans le culte public et extérieur, a dû être relativement récente ; car
nous ne les voyons apparaître que dans les copies des tablettes mythologiques et astrologiques faites au VIII* et au VII* siècles, et cela comme gloses ajoutées par les scribes, expliquant des expressions obscures, pour la plu])art idéographiques, de l’ancien texte. Quoiqu’il en soit, du reste, de cette question d’époque, le fait en lui-même est certain. 11 n’y a pas moyen d’en douter quand nous lisons dans une liste des titres du dieu-Soleil , provenant de la bibliothèque A’ Aihir-bani-pal, le nom de Mitra comme glose explicative du surnom accadien A.
I. III, 69, 5, 1. 63). Les gloses de la tablette où les dieux sont énumérés avec leurs qualifications astrologiques (W. A. I. Il, 48) contiennent plusieurs noms de ce genre parfaitement caractérisés, au milieu d’autres dont la physionomie est purement accadieune ou touranienne, comme Ubiiaga pour Bel, Mermiri pour Bin, Gudibir pour Marduk, Gingira pour I^tar etGasmu pour Zarpanü. Un des plus clairement aryens dans cette tablette est l’épithète à’Anu, Susru, dans laquelle sir Henri Rawlinson a déjà reconnu avec certitude le Suçravas védique (celui qui entend bien, qui exauce), identique au II uçrava du. Zend-Avesta. (Voy. Burnouf, Mémoire sur les inscriptions cunéiformes de Ilamadan, p. 174.) On remarquera que Suéru est à Suçravas et Iluçrava comme Aéiur à Asuru et Ahura. Quant à Éatnas, le dieu-Soleil, il est appelé dans la même série de gloses Büeba, (un autre exemple dans W. A. I. III, 09, 5, 1. 67) et là encore le rapprochement est frappant avec le sanscrit Vivasvan, surnom du dieu Suryu, qui appartient aussi au plus vieux fond des traditions aryaques, puisque nous le retrouvons dans la légende iranienne sous la forme zeude Vivaguhdo, comme nom du père du héros Y imô-Khschaêtô. En revanche, nous n’ admettons pas l’identification que propose sir Henry
Rnwlinson entre Datnugn, surnom de et le Soma védique, Haoma zend, considéré comme un dieu lunaire. Sans doute le h initial du zend se transforme quelquefois en un d; mais comme tous les noms aryens que nous venons de relever dans la religion babylonienne se rapprochent surtout de la forme sanscrite, Soma «orna s’y présenterait certainement comme êuma. Damugu est purement touranien ou accadien et doit être rapproché du mot danga ou damga « puissant ».
Revenons h notre sujet. Le caractère de triplicité qu’implique la réunion de Mtilkit, Gula et Anunil comme épouses d’un même dieu, appartient à Gula ou Natta quand elle ligure comme seule compagne du Soleil : c’est alors une déesse triforme. Ainsi l’inscription de Nalmkudurri-usur, dite de la Compagnie des Indes, nous apprend (col. 4, 1. o!2-SG) qu’elle avait à Borsippa trois sanctuaires à la fois, réunis dans une même enceinte, le Grand temple, le Temple de la vie cl le Temple de l’âme vivante (W. A. 1. l, 55). Cette triplicité d’aspect, comme celle d’Hécate chez les Grecs, est certainement en rapport avec les phases de la lune croissante, pleine et décroissante, et établit chez Gula ou Natta le caractère lunaire que l’on a constaté chez la grande déesse de l’Elymaïs. (Voy. Gerhard, Persische vlrtemw, dans l’^rchœologische Zeiluttg, 1854, p. 177-188). Au reste, dans l’esprit des religions asiatiques, l’épouse du dieu Soleil doit être une déesse lunaire. (Voy. de Vogüé, Mélanges d'archéologie orientale,, p. 56 et suiv. ; et notre Manuel d’histoire ancienne de COrient, 3* édition, t. III, p. 131.)
La tablette n“ 220 de la collection photographique, donne encore une autre épouse à !^amoi ; c’est lÀla. Nous n’hésitons pas y voir la nuit,V5 ou rhh Le mot luimême, sous la forme lilatuv, à l’état emphatique, se trouve
!i plusieurs reprises dans les tablettes j^rammaticalesi W. A. I. H, 32, 1, 1. 19; 25, 1, 1. 25), et une fois il est expliqué par sa/ar yumi, « l’obscurité du jour complet, » ce qui prouve que le mot yumu désignait le nycthémère. Grâce à l'habitude juive de considérer tous les dieux des peuples voisins comme des démons, vihh devient dans Isaïe (xxxiv, 1 4) une sorte de Lamie. Les rabbins kabbalistes ont forgé tout une légende d’apres laquelle ce démon femelle s’introduit auprès d’Adam et s’unit à lui ; Biixtorf, Lexicon talmudicum, p. 1140; Eisenmenger, Enldecht. Judenth. t. II, p. 413 et suiv. Voyez, du reste, sur toutes ces traditions, Gesenius, Commentar ueberden lesaia, t. I, p. 91(5 et suiv.
La Lune et le Soleil, avec les dieux des planètes, sont bien évidemment « les dieux cinq et deux « dont il est (jiiestion dans l’invocation du début du grand monolithe de Nimrond (1. 2: W. A. I. i, 17). Les dieux des cinq planètes sont Adar (Saturne), Marduk (Jupiter), JSirgal (Mars), Islar (Vénus) et ISahu (Mercure). La tablette des nombres divins recommençant pour eux une nouvelle échelle descendante autre que celle des deux triades supérieures, mais toujours inférieure à 00, nombre de Ami,
les classe ainsi :
Adar Samdun 50
Marduk ?
lëlar 15
Nirgal 12
Tiabu 10
N’était l’interversion, jusqu’à présent inexplicable, entre les planètes de Mars et de Vénus, entre IVirgal et lëtar, on serait tenté de croire que ces chiflPres représentent l’idée que se faisaient les astronomes religieux de la Chaldée de
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la distance des planètes à la terre considérée comme point central de l'univers. Dans cette hypothèse Anu représcntcmit le ciel des étoiles fixes et le nonihre 60 la distance de ce ciel à la terre, considérée, suivant le système de numération des Babyloniens, comme une unité divisée en 60 parties égales. La distance de Saturne h la terre aurait été comptée comme occupant 50 de ces parties, tandis que celle de Mercure à la terre en occuperait seulement 10.
Cependant il est à remarquer que Diodore de Sicile (II, 30) donne comme chaldéenne une autre ordonnance des planètes, laquelle est en sens inverse : Mars, Vénus, Mercure, Jupiter, Saturne. De plus les tablettes astrologiques, toutes les fois qu’elles énumèrent les planètes (W. A. 1. Il, 48, col. 1, 1. ijO-S4; III, 57, 6) le font dans l’ordre suivant: Mars, Vénus, Jupiter, Saturne, Mercure. Le nom générique de « planète » est luhat ou kakkab lubat, « astre brillant, » de la racine nnS . Leurs noms particuliers, comme astres, sont, d’après les tablettes astrologiques : Alap .vama.v = Saturne ; Bu.s' = Jupiter; Asbat = Vénus; Sulpa-sadu = Mars; Nivil-anu = Mercure. Un document W. A. I. ii, 48, col. 1, 1. .50-54) y donne les synonymes .suivants : Bibbu = Saturne ; ImsI = Jupiter ; Zibzik — Vénus; Dapinu = Mercure. Ceux-ci .sont manifestement accadiens et les précédents assyriens. Dans les tîiblettes astrologiques les planètes sont indifféremment désignées par leur nom sidéral ou par le nom du dieu qui y préside : voy. W. A. 1. iii, 59, 3, où, en exposant les augures de la position de Jupiter, les deux expressions Ru.< et Marduk s’échangent constamment.
Nous avons déjà parlé de Marduk assez longuement dans les pages qui précèdent, mais surtout de son rôle dans le culte particulier de Bahylone, où il se confond avec Uel. Comme dieu sidéral, son rôle est important, car il pré-
— KtG —
sicleù la plus grosse et à la plus brillante des planètes. Ses noms idéographiques sont « le dieu qui mesure la marche du soleil » et « le dieu des légions (stellaires). » Son appellation accadiennc était Barbar (B. 140, 1. 24 ; W. A. I, il, ü6, 2, 1. I, voy. Norris, Assijriandiclionary^ t. T, p. H9), qu’une tablette (W. A. I.ii, 48, col. 3, 1. 26) explique en assyrien par qUsu sa musare, « qui rassemble par le lien. » Cette appellation est fréquemment employée dans les textes magiques, et elle nous fournit un curieux exemple de la transformation des noms des divinités babyloniennes et ])hénieienncs en noms de démons chez les Juifs, et d’après eux chez les premiers chrétiens. On sait que de nombreux faits du même genre ont été déjà signalés. Dans les formules magiques de la feuille d’argent d’origine juive qui est entréfr au Louvre avec la collection Çampana les démons serpentiformes sont appelés BxpÇap. (Voy. Frrehner, Bullet. de la Soc. des Antiquaires de D/ormandie, t. VII, p. 217; Kran s, f/àerem anyebtich basUidianisches Amulet, p. TL) Le curieux exorcisme du VI* siècle en latin vulgaire découvert récemment àTraou en Dalmatie (Vieslnik narodnoga zemaljskogamuzcjauZagrebu, 1871, p. 147-1 33 et 228-230; De’ Rossi, Bullclino di Archéologia cristana, 1871 , fasc. 1 , p. 39) commence ainsi : In nomine domini Jesn Ci isti denonlio libi inmondissime spirele larlarure, qvcm angélus Gabriel de calenis igneis religav\it\ qui babel decemilia Barbar.
Quant au dieu Adar, nous devons avant tout justifier le nom que nous lui donnons, que nous avons employé déjà dans la troisième édition denotreA/(/m<e/ d' histoire ancienne del'Orienl et <pii est aussi maintenant admis parAI. Oppert. On a lu en effet depuis les premiers temps des découvertes le nom de ce dieu IMnip, et la plupart des assyriologues restent encore fidèles à cette lecture. L’iippellation la plus
ordinaire et la plus complète cki dieu est dont les deux éléments, après le déterminatif de l’idée de « dieu », pris phonétiquement, peuvent se lire en effet nin-ip. Mais il nous est impossible de regarder ce nom comme écrit par les procédés du pur phonétisme. Suivant les habitudes rigoureuses de l’orthographe cunéiforme poiir les mots et les noms propres de la langue nationale (voy, }iiénant, Syllabaire asiyrien, 1. 1, p. 53;, Ninip auraitété écrit n<-nwp ou mais nm-ip serait « un barbarisme
a impossible », comme an-aÆ-u pour a-7ia-ku. De plus, on rencontre ([uelquefois dans les textes la forme ►►-J qui prouve que le premier signe sufisait à, lui seul pour peindre le nom tout entier; d’où il résulte (jue l’orthographe plus complète se compose, non de deux {ihonétiques, mais d'un idéogramme suivi d’un complément phonétique. 11 faut donc le transcrire, au lieu de nin-ip ou de nin-dar — le second caractère étant polyphone — X-ip ou X-dar. Cc“ci étant, nous remarquerons que la mention d’un dieu Xinip qu’on avait cru relever dans le Talmud de Babylone (Yuina, 10 a) est impossible à admettre. Quand le texte talmudique dit IT HJ'JD» il n’indique pas que
la Kalneh de la Bible « est Niffer du dieu Niuip », d’autant plus que le dieu local de N ipur n’était pas le prétendu xVtnip, notre Adar, mais bien Ilel-Dagan-, le passage signifie que Niffer ou N ipur, au moment de la rédaction du Talmud, portait aussi le nom grec de, Nûjx^ïi, très-exactement reproduit en ïSJîj. (Voy. Neubauer, Géographie du Talmiul, p. 340.) L'ès lors comment hésiter entre un soi-disant i\ jnip, dont il n’est réellement question nulle part et qui correspondrait à la lecture X-ip, et la lecture X-dar, qui fournit si naturellement le nom de Adar, que la Bible donne d’une manière formelle comme celui d’une divinité babylonienne (11 lleg. XVll, 31)?
On adorait aussi Adar en Syrie, car la forme lim-Adri donnée au nom du roi prédécesseur de Hazaël dans les inscriptions de Salmanu-asir |1V (voy. Oppert, Ilisloirc des Empires de Chuldéc et d’Assyrie, p. iii) prouve que ce sont les Septante qui ont eu raison d’écrire uto; 'A^ep là où le texte hébraïque porte (I. Rcg. xv. 20;
XX ; 1, II Reg. vi, 21; viii, 7; II Chron. xvi, 2.) Nous avons des monnaies d’un dynaste vassal des Achéménides, qui paraît avoir régné à Iliérapolis de Syrie ou Bambyce dans le IV* siècle avant l’èrc chrétienne (Waddington, Mélanges de numismatique, 1. 1, p. 90-94; pl.vii, n®’ 1 et 2) ; son nom, en caractères araméens, peut être lu également “nrriSV et ^ seconde lec-
ture que M. Waddington a adoptée. Mais il faut de toute nécessité se ranger à la première, en présence du fragment de la version syriaque de l’Apologie adressée à Marc Aurèle par St-Méliton {Spicilegium Solesmense, t. Il, p. xLiii , Renan, Mém. de VAcad. des Inscr. nouv. sér. t. XXIII, 2' part. p. ,324) où le dieu principal de Mahug ou Hiérapolis est appelé Hadron ; c’était donc 'Vjn *nn
était adoré dans ce sanctuaire fameux avec nVinV* Tout ceci doitconduirc à préférer lalcfjon des Chroniques (I Chron. XIX, IG et 19) à celle du livre de Samuel (II Sam. VIII, 3 et suiv.) pour le nom du roi de Syrie que vainquit David, bien que Nicolas de Damas (fragm. 31 , ed. C. Millier), qui pourtant avait pu consulter des chroniques de son pays, l’appelle 'A^aSo;, comme du reste le Ben- H adar contemporain d’Achab.
Ajoutons que le nom de Adar paraît avoir signifié originairement « le feu » (voy. Movers, Die Phœnizier, 1. 1, p. 340 et suiv., p. 410) et que le caractère igné de ce dieu ressort aussi de la manière la plus précise de ce que le livre des Rois dit des cérémonies de son culte. Or, ceci
coïncide parfaitement avec certaines épithètes du prétendu Ninip, telles (pie celle de « dieu qui illumine les nations comme le soleil » et de « lumière des dieux, » ainsi qu’avec l’emploi tout à fait significatif que fait l’écriture assyrienne d’une des formes idéographiques de son nom, jointe à l’idéogramme de « bois, » pour représenter la notion de «feu» : voy. Norris, Assyriandiclionary, t. I, p. H6.
Adar est désigné, aussi souvent que par ce nom, par deux appellations qui à l’origine étaient des épithètes, mais qui ont fini par devenir de véritables noms, et qui se représentent toujours dans les textes au moyen tl’idéogrammes ou d’allophones. Le premier, employé jalut-être encore plus souvent qu’„ddar, appartient à la langue assyrienne; c’est Samdan, « le puissant, » (équivalent accadien Bar, qui, par la réunion avec la forme assyrienne, Bar-Samdan, donne le nap<7tüvSïi; de Ctésias et de Nicolas de Damas) appellation dont nous aurons à nous occuper spécialement dans le commentaire du fragm. 4. Le second, plus rare, est accadien; c’est Uraii, qui, d’après le signe idéographique affecté à sa représentation (voy. Uawlinsun, Journal of tlie Royal Asialic Society, new, ser. t. I, p. 230), semble avoir signifié le « générateur. »
Bien que sa planète ait reçu des Grecs le nom de Saturne, Adar-Samdan est en réalité l’Hercule assyrien, ce dieu auquel Raoul Rochette a consacré un important mémoire d'archéologie comparée dont les principales parties subsistent encore, malgré des erreurs de détail et malgré les éléments nouveaux que le déchiflrement des textes cunéiformes est venu apporter depuis lors à la question ; Mém. de l' Acad des Inscr. nouv, sér. t. XVII, 2“ partie. Nous devons laisser de côté aujourd’hui, pour ne pas nous
laisser aller à de trop longues digressions, et réserver pour une autre éhide, qui trouvera place dans nos Ixtlres assffioloyiqucs, tout ce qui a trait au caractère de dieu igné de rilercule assyrien, si bien mis en lumière par Rochette, et aux cérémonies, si directement en rapport avec son nom de Adar, où on le brûlait sur un bûcher, cérémonies qui ont été la source de la légende de Sardanapale. Elles prouvent qu’originairement il avait été un dieu solaire, avant la systématisation définitive de la religion babylonienne, qui lui avait fait prendre place dans le groupe des divinités planétaires.
Aucun dieu n’était plus constamment et plus généralement adoixi que Adar, surtout par les Assyriens; car il joue un beaucoup moins grand rôle dans les textes de Babylone. Ses qualifications, scs épithètes sont extrêmement variées (W. A. I. il, 5i, 3; iii, G7, 1; G8, 2). Une seule tablette lui donne quatre séries de titres différents (W. A. 1. Il, 57). Les principaux sont « le terrible, le seigneur » des braves, le maître de la force, le destructeur des cn- » nemis, celui qui réduit les désobéissants, l’exterminateur » des rebelles, le seigneur du fer. » C’est lui qu’il faut reconnaître dans les magnifiques colosses du Musée du Louvre, où l’on voit un dieu à l’aspect teirible, étouffant sous son bras un lion figuré tout petit par rapport à lui : Botta, Monument de Ninive, t. 1, pl. il et 47. C’est aussi lui, comme l’a très-bien vu Rochette, que l’on doit nommer le plus souvent comme le dieu qui sur les cylindres coml)at les monstres ténébreux. Tacite (Annal. XII, 13j donne les plus curieux détails sur le culte qu’on lui rendait au mont Sambulos, dans le voisinage de Ninive : interen Golarzes, apud monlem, cui nomen Sambulos, vota diis loci suscipiebat, prœcipuu rcligime Herculi, qui, tempore stato, per quicletn monet sacerdotes, ut lemplum jueola
— in —
equos venatui adornalos sistant. liqui ubi pharclras lelix onuslasaccepere pcrxallus vagi, mcledenique vacuis pharetris mullo cum anhelilu redeunt. Après ces renseigiieincnts, nous ne pouvons pas hésiter à voir la chasse d'Adar sur le mont Sainbulos dans la représentation d’un cylindre où l’on voit un dieu à cheval poursuivant des cerfs et des bouquetins (Cullimore, Oriental cylinders, n*>21 ; Lajard, Culte de Mühra, pl. XXIX, ii“ 5). Le caractère divin du chasseur n’est pas ici douteux, puisqu’un personnage le contemple eu adoration, et que dans le champ de la pierre sont répartis un grand nombre de symboles sacrés, l’emblème d’^i^ur, le soleil et la lune, les globes des cinq planètes, les sept étoiles de la Grande-Ourse, et enfin le foudre de Bin. Dans d’autres cas on peut hésiter, quand un chasseur semblable, également monté à cheval, attaque un lion : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXV, n° II; poursuit un cerf : Lajard, Culte de Mithra, pl. XLII, n° 1 ; ou un bouquetin : Lajard, Culte de Mithra, pl. XLIll, n°8. il serait possible, en effet, que l’on eut dans ces derniers cas affaire à un simple épisode des chasses royales, si souvent retracées dans les bas-reliefs assyriens, bien que les sujets des cylindres soient en génénil religieux, et que dans les scènes de chasse le roi soit toujours en char ou à pied, jamais à cheval. Mais il n’y a plus place au doute quand nous voyons un astre, marque caractéristique du dieu planétaire, surmonter la tète du chasseur coiffé de la tiare royale et monté sur un char : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXIX, 11° Le témoignage de Tacite nous conduit môme, comme R. Rochette {Mém. cü. p. 188), à discerner l’Hercule assyrien ouHdar,comme dieu chasseur, dans le personnage divin qu’offrent plusieurs cylindres, vêtu et coiffé en roi, et muni de l’arc et du carquois : Cullimore, Oriental cylinders, n°* 19 et 28 ; Lajard, Culte de M ilhra, pl. XXIX,
n» 0; XXX, 11“ 7; XXXV, n“ <); LIV A, ii" 7, 10 et H. Un globe ou lui astre surmonte toujours dans ce cas la tête du dieu de la planète Saturne. Ce qui confirme encore une telle attribution, c’est que la même figure est un type habituel sur les monnaies de Tarse [Mém. de f Acad, des Inscr. nouv. sér. t. XVII, 2“ part pl. IV, n"‘ 1-7), ville que la légende disait fondée par Sandan, c’est-à-dire Siimdan (Ammian, XIV, 8) ou par Hercule (Dio Chrysost. Oral. XXXIII; t. Il, p. 1 et 23 cd. lleiskc). Adar, avec le surnom malik, u roi, » est le que la Bible cite
comme un des grands dieux de la ville de Sippara : II Rcg. XVll, 31. l’armi les métaux, le fer lui est spécialement consacré, comme l’indique son titre de sar parzalU^ « roi du fer, » que nous citions tout à riieure. Aussi le groupe idéograi)hique complexe représentant son appellation de, Satudan est-il souvent employé dans les textes pour noter l’expression de « fer ». Voy. Norris, Assyrian diclionary, t. I, p. 110.
En général les dieux des planètes no sont que des formes, des manifestations secondes des dieux de l’ordre supérieur. Tel est le rapport entre Adar-Savidan et J nu, dont sir Henry Uawlinson a déjà fait remarquer la parente [Journalof lhe lioyal Asiatic Society, new scr. t. 1, j). 202 et 230), qui reçoivent beaucoup des mêmes titres et à qui est commune l’appellation accadienne de liras. Une tablette i W. A. 1. 111, 09, 1, 1. ?î) enregistre môme Adar parmi les noms d’^lnu. Adar, lui aussi, est quelquefois appelé « celui qui habite dansles i)i'ofondeurs de l’abime, » et par suite « le dieu de la mer ». (Voy. G. Ibiwlinson, Tàc five gréai monarchies, t. I, p. 107). Dans la belle invocation à ce dieu qui ouvre l’inscription de la stèle de Sam.si- Rin III, il reçoit les qualifications de « premier-né du dieu » des Anutxnaki — ce dieu est Anu, et nous reviendrons
plus loin sur les Anunnaki, génies du monde inférieur —
« l’ancien {ailalu) des dieux, absorpteur {éupî) invariable,
» indicateurdu soleil boréal, maître suprême qui chevauche » sur les nuages {abubi) » : col. 1, 1. 7-10, W. A. I. i, 29. De telles épithètes montrent dans tout son jour la parenté du dieu dont nous parlons avec Anu, et elles s’accordent avec un de ses tilres les plus importants, celui qui entre dans la composition du nom de plusieurs rois, pal asar, « le fils du ciel inférieur » (sur cette signification réelle du mot asar ou asm, opposé au ciel supérieur et visible, voy. Oppert, Journal asiatique, octobre-novembre 186o, p. 328). Tout ce côté de la physionomie du dieu Adar est un reste de son ancienne nature de dieu solaire, et montre qu’à l’époque où il avait ce caractère, il était la personnification du soleil ténébreux et nocturne, du soleil dans l’hémisphère inférieur. C’est ce qu’indique aussi la nature essentiellement funèbre des cérémonies en l’honneur de l’Hercule assyrien que Rochette a le plus spécialement étudiées, des cérémonies où il figiurait comme un dieu qui mourait pour renaître plus tard, qu’on brûlait sur un bûcher et dont on montrait le tombeau. Quand la systématisation astrologique de la religion chaldéo-assyrienne — qui n’est pas un fait primitif, et qui semble inconnue aux inscriptions que nous possédons des rois du premier empire Chaldéen, mais qui est un fait depuis longtemps accompli dans les monuments du XII* au VII* siècle av. J. C. où nous pouvons étudier un peu complètement l’ensemble de cette religion — quand cette systématisation détrôna Adar-Samdan du rang de personnification solaire pour en faire un simple dieu des planètes, ce fut sans aucun doute sa nature ténébreuse en même temps qu’ignée, son caractère de luminaire derabiiue, qui lui fit attribuer la plus éloignée des planète.', celle qui semblait toucher au ciel des étoiles fixes et qui.
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malgré sou importance, se distinguait le moins à l’œil nu. Au reste, l’attribution d’un dieu originairement solaire à la planète Saturne, motivée peut-être aussi par une conception astrologique qui nous échappe, est attestée par Diodore de Sicile (II, 30j dans son exposé du système d’astronomie religieuse des Chaldéens, car il dit en parlant de cette planète : « En temps que la plus remar- » quable et celle qui fournit le plus d’augures, ils l’ap- » pellent Soleil, » è-:ri<j>avé(7TaTov Sk xccl itXiîoTix xal [AeyiiîTa TCfooTjAaîvovra xaXoùctv "hXiov. C’est pour cela que la même planète est appelée dans le résumé de l’astronomie d’Eudoxe que contient un papyrus du Louvre à roS viXtou lier/, P (Notices et extraits des manuscrits, t. XVIII, p. 5-i). Simplicius (De cœlo, II. p. 499) et Hygin (Astron. II, 42) fournissent aussi la même donnée (voy. Th. H. Martin, Theonis Smyrn. Platon, liber de astronomia, p. 88). Nous venons de voir que le nom assyrien de la planète à laquelle présidait Adar était en effet alap samas, « le taureau du « soleil. » Diodore insiste encore dans une autre phrase sur ce caractère d’interprète principal des destinées et de révélateur des secrets des dieux que les Chaldéens attribuaient à la planète Saturne et qui est l’origine du nom de que lui donne le traité astronomique du papyrus du Louvre ; c’est un point de contact de plus entre le dieu de cette planète, Adar, et Anu, qui révèle aux hommes les secrets de la cosmogonie avec les lois de la religion et de la société.
Le rapport que nous venons de signaler entre Adar et Anu est aussi celui qui existe entre Nabu et Nisruk. Nabu est également qualifié d’ « intelligence suprême, » il est le dieu de l’inspiration prophétique et de l’éloquence, et en même temps celui de l’onction royale^ le protecteur spécial des rois et le type qu’ils reproduisent sur la terre
(Voy. Kawlinson, dans le tome I" de l’IIérodote anglais de son frère, p. G37 et suiv. ; Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. II, p. 2ü7). Plusieurs tablettes mythologiques énumèrent une partie de ses qualifications (W. A. I. ii, 54, 5 ; 60, 2). De même qu’à Bel, on lui donne dans les monuments une figure purement humaine, avec la tiare et le costume des rois ; trois paires de cornes rangées l’une au-dessus de l’autre garnissent sa tiare : George Rawlinsou, The five gréai monarchies, t. I, p. 179 ; quatre grandes ailes sont souvent* attachées à ses épaules : Botta, Monument de Ninive, t. I, pl. 28 ; le sceptre est aussi un de ses attributs habituels, et il est appelé dans les textes a le dieu qui porte le sceptre, » Ailleurs nous le trouvons désigné comme «le dieu de la tiare, agu » (W. A. I. iii, 06, verso, col. 2, 1. 25). Une statuette d’albâtre d’époque trèsantique et de travail babylonien, que possède le Musée Britannique et que nous avons publiée (Revue archéologique, nouv. sér. t. XVIII, p, 232), représente le même dieu sans aucim attribut, les deux mains sur la poitrine. L’inscription, en caractères hiératiques, gravée sur l’épaule de cette figure, donne au dieu les trois qualifications, chacune exprimée par un idéogramme simple, de dieu « du feu, du nuiqçeetde l’action. » On donne à iVaèu pour compagne la déesse Tnsmit, déesse des lettres, que nous avons déjà vu plus haut (au commencement de la note 2) metitionuée avec lui dans la souscription des tablettes de la bibliothèque à’ Assur^ani-pal (voy. encore W. A. I. ili, 00. recto, col. 6, 1. iO ; et Tasmit seule, recto, col. 4, 1. 32). Il est en effet lui-même le dieu des lettres, et, comme l’appelle un document, « celui cpii établit l’écriture des tablettes » élémentaires », banu silri dip ;iarruti (W. A. I. ii,00, 2, 1, 34; sur l’expression dip sarruti, voy. W, A. I. ii, 2, 1. 370). Nabu est aus.si le dieu « qui surveille les légions
» (lu ciel et de la terre, » paqid qiisal sameau irsil (W. A. 1. 1, 51, i, col. 1,1. 13 ; et passim), c’est-à-dire qui veille, en sa qualité de dieu savant, à la régularité des mouvements des corps sidéraux et des phénomènes terrestres. De là encore un autre nom qui lui est donné, celui de « ca- » pitaine de l’univers, » tipsar gimri (W. A. I. l, 36, I. 49) ; de là aussi les qualifications de « auguste promoteur » des levers sidéraux, ordonnateur des œuvres de la na- » ture (niklati) , qui fait succéder au lever du soleil » son coucher, qui compte le temps avec lui, » lesquels lui sont donnés avec beaucoup d’autres dans l’inscription de sa statue découverte à Nimroud (W. A. I. i, 35, 2). Dans ce rôle astronomique il paraît avoir plutôt Nana pour compagne (L. 17, 1. 15; W. A. I. l, 65, col. 2, 1. 23). Un document mythologique (W. A. I. Ili, 66, recto, col. 5, 1. 36) appelle l’épouse de Nalni Illuv, u la déesse élevée, » un autre (W. A. I. li, 59, 1. 16) lui donne le nom de Sakanqinunna. Ce sont sans doute des surnoms qui désignent l’une ou l’autre des déesses que nous avons mention • nées.
Isttir reproduit parmi les dieux des planètes Anal et Délit, la grande déesse nature, mère de tous les dieux et de tous les êtres. Elle en est la forme active et guerrière, car on l’appelle (( la déesse des batailles, la reine des vic- » toires, celle qui conduit au combat les armées, celle » qui juge les exploits de la guerre». (Voy. H. Rawlinson, Dissert. cit. p. 634 et suiv. .. Aussi est-ce celle qui est rc- ])résentée sur les cylindres debout sur un lion (de là l’expression d’ <( Isliir aux lions » : W. A. I. iii, 06, verso, col. 6, 1. 25) ou sur un taureau, la tête coiffée de la tiare que surmonte une étoile, armée de l’arc, du carejuois et des flèches : Eajard, Culte de Milhra, pl. XVII, n° 10 , XXXVII, ti“* 3 et 5 ; XXXIX, n° 5. licpréseutée ainsi.
elle fait très-habituellement pendant avec Adar, muni des mêmes attributs : Cullimore, Oriental cylinders, n° 28 ; Lajard, Culte de Mithra, pl. XXIX, n“ 6; XXX, n°7 ; XXXV, n“ 9. Mais lUar présente en môme temps un aspect moins farouche^ car elle est aussi « la déesse heu- » reuse, celle qui préside au bonheur, celle qui réjouit les » hommes. » En effet, toutes les divinités féminines de l'Asie sont des déesses à la double nature, qui ont une face guerrière et une face voluptueuse, souvent séparées sous des noms différents dans le culte extérieur, mais se ramenant toujours à une unité fondamentale. (Voy. Ch. Lenormant et de Witte, Elite des monuments céramographiques, t. IV, p. 50. ) C’est ce qu’exprime la figure de Belil à deux visages opposés que nous voyons sur un cylindre au milieu des dieux célestes : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXIX, n° 1. Cette donnée rappelle la double Minerve, le double Jupiter et le double Neptune de la religion grécoromaine. (Voy. Ch. Lenormant, Nouvelle galerie mythologique, p. 5 et suiv. ; Gerhard, Zwei Minerven, achtes Progrnmm zum Berliner Winckelmannsfest, Berlin, 1848, in-4°; enfin notre Monographie de la Voie Sacrée Eleusinienne, t. I, p. 406.) Grâce au double point de vue que nous venons d’indiquer, on distingue en Assyrie deux Istar, adorées conjointement dans les mômes invocations et qui président aux deux quinzaines du mois, d’où une désignation idéographique d’ /s tor fréquemment employée,
« la déesse quinze, » de môme que Éin, qui préside au mois, est appelé « le dieu trente. » Le nom pluriel de la double Istar, Istarâti, est devenu l’origine de la mrni^y phénicienne, et surtout de D’3"lp nnnilfy qui donnait son nom h une ville du pays de Basan (Genes. XIV, s'. Remarquons en passant que le pluriel û'tonîti s’emploie quelquefois comme une désignation générique signifiant
a les déesses, « ildni uu islariUi nsibuli Aisur, « les dieux » et les déesses habitiint l’Assyrie » (Fastes de (1, 176), ilûni au Utarâli, «les dieux et les déesses r> (L. 63, 1.33), de mêmequedans la Bible nrinvry(Jud.II, 13 ; X, 6; I Sam. VII, .3 et 1 ; XII, 10; XXXI, 10).
Les deux lilar étaient celle d’Arbèles et celle de Ninive. La première est appelée aussi Arhail (voy. IL Rawlinson, Journal oflhe Royal Asia lie Society, new ser. t. I, p, 192 et suiv.) ; c’est à elle que fait allusion le prophète Hosée (X, U) quand il appelle la ville La seconde, d’après les suscriptions araméennes jointes à deux contrats assyriens du Musée Britannique (W. A. L iii, 46, 3 et 6), recevait en même temps le nom de Aisat, « la dame. » On l’appelait aussi Asurit, « l’heureuse, la bonne fortune » (W, A. I. I, 14, 1, 86 ; tablette n° 223 de la collection photographique), nom sur lequel joue Tuklali-pal-aiarV' (Prisme, col. 4, 1. 36), lUar asurite Aralat maliya, « /star, la bonne fortune des temples (sur ce mot, voy. « la note 6 du fragm. 17) de mes pays. » Il faut identifier ce dernier nom au biblique rniï^K, quand il est donné comme un nom de déesse (Seule : I Rcg. XV, 1 3 ; II Chron. XV, 16. Associée à Baal: I Reg. XVIII, 19; II Reg. XXIII, 4) et quand son pluriel s’emploie pour dire
« les déesses » (Jud. III, 7 ; cf. II, 13). Mais les textes assyriens nous avertissent qu’il ne faut pas établir, comme on l’a fait généralement jusqu’ici, d’assimilation entre ce nom divin et le mot homophone si fréquemment
employé dans la Bible et que Gesenius {Thesaur. p. 162') a prouvé vouloir dire une idole, principalement une idole de bois (Deut. XVI, 21 ; Jud. VI, 23-30; II Reg. XXIII, 6). La rrniM< idole n’est pas une image de la déesse Aserah mais purement et simplement une statue, car nous retrouvons le mot dans les textes cunéiformes en axrat, et une
tablette (W. A. I. ii, 38, 2, recto, col. 2) sur laquelle nous reviendrons en détail dans le commentaire dufragm. 20 ne laisse pas de doute sur sa signification de « statue. » Nabu-kudurri-usur dit : asrati il ailette alakti il erteddi, « j’ai renouvelé les statues du dieu, j’ai étendu les céré- » monies en l’honneur du dieu. » (Inscr. de la Compagnie des Indes, col. 1,1. 28 et 29 : W. A. 1. 1, 53). /s7ord’Arbèlcs paraît avoir été surtout la déesse guerrière, et Islar de Ninive, d’après son nom même à'Aiurit, la déesse de la volupté. Elle se confond entièrement avec la déesse appelée Zir-banit, « la productrice des germes, » et plus souvent Zarpanit, d’une racine correspondant àl’araraéen « dégoutter, » d’où NSb"r, conjunclio venerea (voy. Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. II, p. 297), ce qui fait que AeXeçàT, donné par Hésychius comme le nom de la Vénus chaldéenne, n’est qu’une forme araméenne pour Zarpanit. Cette dernière déesse préside à la reproduction des êtres et aux plaisirs des sens : voy. la la liste de ses qualifications, W. A. I. ii, 51, 5. Zarpanit est fréquemment figurée sur les cylindres, nue, toujours de face, les deux mains sur la poitrine : Ciillimore, Oriental cylinders, n*” 13, 27, 31 , 35, 50, 91, 125, 129 ; Lajard, Culte de Milhra, pl. XXVI, n° 1 ; n“ 6 et 9; XXX, n"! ; XXXIV, n° 3; LIV B, n° 13. Elle est aussi représentée, exactement de la même manière, ou, toujours nue, tenant un enfant dans ses bras, dans des statuettes de terre-cuite, qu’on trouve très-fréquemment en Babylonie et en Chaldéc : Layard, Nineveh and ils remains, t. II, chap. 7 ; Loftus, Travels in Chaldæa and Susiana, p. 211 ; George Rawlinson, The five gréai monarchies, t. I. p. 17G. Sur un cylindre, Zarpanit, ainsi figurée, tient la place d’/s/arau milieu des dieux des cinq planètes, et l’identité des deux déesses est par là bien établie: Lajard, Culte de Milhra^
pl. LUI, n“ 6. Mais dans la religion locale de Babylone, Zarpanit était presque constamment associée comme j
épouse à Bel-Marduk ; nous le voyons dans les inscriptions '
de Tuktali-pal-asar II : L. 17, 1. 15; dans celles de Mabu- |
kudurri-usur : W. A. I. l, 55 col. 4, 1. 16; 65, col. 1, i