X. Xisuthrus saris xvin
Summa, reges decem, sari centum viginti. Jam ab
his centum viginti saris confici aiunt quadraginta très annorum myriades et bis mille insuper annos ; siquidem sarus annis ter mille et sexcentis constat. Haec in Polyhistoris Alexandri libris narrantur.
1] Ceci n’a aucun sens en cet endroit, c’est bien évidemment un membre de phrase interpolé, qu’il faut rejeter du texte.
2] «Il semble qu’iciAlexandrePolyhistor ne cite Bérose que d’après l’intermédiaire d’Apollodore. Le passage est fort ambigu dans le texte arménien. » Telle est la remarque du cardinal Mai; voy. du reste, sur cette question, Richter {Berosi quae supersunt, p. 37 etsuiv.)et M. C. Millier {Fragm. historié, graec. t. II, p. 496).
3] C’est à ceci que fait allusion l’historien national de l’Arménie, Moïse de Khorène (I, 5), quand il dit: « Les » écrivains anciens ont changé les noms et la durée de vie » des patriarches antédiluviens, soit d’après leur pur ca- « price, soit pour quelque autre raison, et ce qu’ils disent » de l’origine des choses est mêlé de vrai et de faux ; c’est » ainsi que, parlant du premier être créé, ils en font un » roi, au lieu d’un simple homme, lui donnent un nom » barbare et sans signification, et lui attribuent enfin » 3G000 ans de vie. » Cf. le passage où le même Moïse de Khorène (I, 3) cite « Bérose, l’historien très-érudit. »
4] Nous retrouvons dans les fragm. 7, 10 et 11 les mêmes indications sur l’emploi des sares, des nères et des sosses dans la chronologie, et sur leur durée respective. La question qui se rattache à ces périodes admises par les Babyloniens dans la mesure du temps, h leur origine et à leur coordination systématique, est d’une grande importance ; mais elle réclame quelques remarques préliminaires sur le système particulier de numération en usage à Babylone : voy. Oppert, Bulletin archéologique de l’ Athénmum français, 1836, p. .35; et notre Essai sui un document mathématique chaldéen, p. 3 et suiv.
La notation des nombres entiers, chez les Babyloniens et les Assyriens, était très-simple et conçue d’après le système décimal. Les unités se marquaient par autant de clous verticaux : J = 1» = 2, IJJ = 3, = 4, etc. les
dizaines par autant de crochets: <=!».« = 20, «<=30, etc. Seulement, à partir de 60, on pouvait indiflféremment mettre autant de crochets que le nombre comprenait de dizaines, ou placer un clou vertical suivi d’autant de crochets qu’il y avait de dizaines au-dessus de 50. Ainsi 60 s’écrivait: <^^ = 6 dizaines, ouj^=50-f- 10. Voy. la justification de ce dernier point, contesté par sir II. Rawlinson, dans notre Essai sur un document mathématique Chaldéen, note 8.
La centaine était représentée par un clou vertical suivi d’une ligne horizontale, J—; le nombre des ceiitaines indiqué par les unités suivi de ce signe : yy = 200 yyy y— = 300, etc. « Mille » s’écrivait par la centaine précédée du crochet, ^ y—, c’est-à-dire « dix centaines, » comme l’a expliqué M. de Saulcy. Le nombre des milliers était marqué parles chiflfres des unités, des dizaines et des centaines précédant le signe a mille. » Les centaines de milliers étaient toujours indiquée à part; ainsi 432000, par
exemple, s’écrivait Vj— TI KT~> «’est-à-
dire 400 x 1000 + 32 x 1000.
Passons au comput des noral)res fractionnaires, qui constituait l’originalité du S3'stème.
Les Babyloniens divisaient invariablement l’unité en 60 fractions, appelées par eux «soixantièmes » ou « minutes,» Su^su, quelle que fût la nature des quantités auxquelles s’appliquaient leurs calculs. Dans leur écriture ils notaient ces fractions au moyen des chiffres ordinaires formant une seconde série à la suite de ceux des nombres entiers. Ainsi 2 1 s’écrivait yy «< = 2^fi,29|« ^ ^=^9^.Tou-
tes les fois que dans les inscriptions de Babylone ou de la Chaldée on rencontre deux chiffres ainsi juxtaposés, le premier exprime un nombre entier, le second une fraction au dénominateur 00.
Pour noter les fractions inférieures àgj,lesBabyloniensdivisaient de nouveau d’une manière invariable le soixantième en 60 autres fractions secondes, c’est-à-dire au dénominateur 3600 et ils n’admettaient pas de dénominateur intermédiaire entre 60 et 3600 ou 60’. Pour éviter la confusion qui aurait pu naître entre l’expression des fractions premières et des fractions .secondes, les chiffres énonçant ces dernières étaient suivis du caractère ^ ^ y, qui jouait le rôle d’exposant et indiquait que le dénominateur invariable 60 était porté à sa deuxième puissance. Supposons comme exemple la somme 2 on l’exprimait par les chiffres yy ^ ^ y = 2 Lorsque les fractions à écrire étaient supérieures à ou on pouvait indifféremment les noter de deux manières : en plaçant à la suite du chiffre des nombres entiers un seul chiffre suivi de l’exposant, ou bien en employant deux chiffres, l’un pour les fractions au dénominateur 60 comprises dans le total, l’autre pour les fractions secondes, au dénominateur 60*, moindres que^, Ainsi la somme 2^
étaitindiquéeégulementparyy yjf- =
P®*" TI TU W rr~f = 2 4- â -+- 601- On a des exemples
certains de ces deux modes de notation.
Les inscriptions cunéiformes n’ont pas encore fourni de firactions inférieures à mais les applications que les Babyloniens firent de leur système de division de l’unité prouvent que l’on employait alors un nouveau dénominateur invariable 60®, qui continuait la progression géométrique. Le mode de compter et de noter les fractions était donc à Babylone et dans la Chnldée, celui que nous employons encore aujourd’hui pour la notation des degrés et de l’échelle de leurs divisions sexagésimales : a° a' a" a"'. C’est ce système qu’ïïipparque, disciple de la science chaldéenne en bien des choses, introduisit le premier dans l’astronomie des Grecs : voy. Nesselmann, Die Algebra der Griechen, p. 68, 92, \ 36 et suiv. ; Ilumboldt, U cher die bei vcrschiednen Vœlkern üblichen Système von Zahlzeichen, dans le Journal für Malhemalik de Crelle, t. IV, p. 225 ; Lepsius, Chronologie der Ægypler, 1. 1, p. 129 ; Brandis, DusMünz- Mass-und- Geirichtsivesen in Vorderasien bis auf -Alexander den Grossen, p. 10. Géminus en attestait déjà d’une manière formelle l’origine babylonienne : 2î/em. astron. 15; p. 62, ed. Petau.
Cette invariable division de l'unité en 60 parties égales, et cette échelle de fractions inférieures, toutes sexagésimales les unes par rapport aux autres, étaient bien évidemment le résultat d’une combinaison savante et d’une nature toute pratique, destinée à concilier les deux systèmes de division de l’unité, qui depuis qu’il y a des hommes sont en lutte et se pai*tagent les peuples, le système décimal et le système duodécimal. 60 a, en effet, pour diviseurs tous les diviseurs de 10 et de 12; c’est, parmi les nombres qu’on pouvait choisir comme dénominateur invariable des frac-
tiens, celui qui a le plus de diviseurs, car 2, 4, 5, 6, 10, 12, IS, 20 et 30 le divisent en parties égales.
Les Babyloniens appliquèrent leur système de numération des nombres fractionnaires à tous les ordres de quantités et de mesures. C’est ainsi qu’ils divisèrent le cercle de l’écliptique ou du zodiaque, appelé « le chemin (du soleil), » /arranu, en 360 degrés, daragu ou dargatu, comprenant chacun 60 minutes, ,s'ui.s'u, composées de 60 secondes : Sext. Empiric. Adv. aslrol. p. 339; Gemin. Elem. aslron. 15, p. 62, ed. Petau; voy. notre Essai sur un document mathématique chaldéen, p. 9 et suiv. Le cercle de l’équateur, gagar ou qaqqar, était coupé par eux en douze dihories, kasbu qaqqar, comptant chacune 60 degrés, duragu ou dargatu, et les degrés à leur tour étaient partagés en 60 minutes de 60 secondes. (Voy. notre Essai sur un document mathématique chaldéen, p. 13-25.) Tout le système des poids et mesures de Babylone, système très-savant et très-ingénieusement coordonné, qui a été l’objet des études successives de M. Brandis, dans le premier chapitre de son livre intitulé Das lUiinz-Mass-und Geveichtswesen in Vordesasien, et de nous-raême, dans notre Essai sur un document mathématique chaldéen, p. 40-121, tout ce système, disons-nous, repose sur les mêmes bases, et elles avaient été appliquées également à la mesure du temps de la révolution diurne du soleil.
Les calculs des astronomes chaldéens sur la marche du soleil, leurs calculs encore bien plus délicats des mouvements de la lune, supposent nécessairement la division de l’heure en minutes et en secondes. Ptolémée, du reste, dans ce qu’il dit de leurs calculs et de leurs observations, paraît leur attribuer d’une manière formelle la connaissance de ces divisions, et ce n’est pas un faible argument pour les en considérer comme les inventeurs que de voir ces divisions
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reproduire les ordres successifs de fractions sexagésimales de l’unité, marque caractéristique du comput babylonien. Aussi M. Lepsius (Chronol. der Ægypter, p. 128 et suiv.) et M. Brandis (p. 19) n'ont-ils pas hésité — bien qu’aucun texte antique ne le dise précisément — à regarder la division de l’heure encore en usage de nos jours comme originaire de la Chaldée. Seulement ni les heures ni les minutes ni les secondes admises à Babylone ne correspondaient exactement aux nôtres. En effet, le système que les astronomes chaldéens avaient adopté pour la division de la circonférence du ciel (Diod. Sic. Il, 30) entraînait de toute nécessité, suivant la sagace observation de Letronne (dans \e Journal dessavanls de 1839), la division de la révolution diurne, du jour naturel ou nycthémère, en douze et non en vingt-quatre heures, et par conséquent l’adoption des heures équinoctiales ou heures doubles (voy. Ideler, Handb. der Chronol., 1. 1, p. 86 et suiv.) , justement nommées babyloniennes par quelques chronologistes anciens, heures que le papyrus astronomique du Louvre {Notices et extraits des manuscrits, t. XVIII, 2* part. p. 66) nous montre avoir été connues des Grecs dès le temps d’Eudoxe. Comme les douze mois répondaient aux douze signes du zodiaque dans l’année tropique, les douze heures astronomiques, comptées d'un soleil à l’autre (Censorin. De die natal. 23) répondaient aux douze mois de l’année et aux douze signes. La révolution diurne et la révolution annuelle étaient en accord, se fondant l’une et l’autre sur le système duodécimal donné par l’ordre de la nature. Les Babyloniens, et d’après eux les Assyriens, n’ont jamais connu d’autres heures que ces heures doubles ou équinoctiales, qu’ils nommaient kasbu : voy. Ilincks, dans les Transactions of the Royal Irish Academy, t. XXIII, p. 43 ; Norris, Assyrian diclionary, t. 11, p. 545. C’est ce qui est établi
. — l'JO —
d’une manière irréfragable par les deux rapports astronomiques d’observations du jour précis de l’équinoxe de printemps, qui sont tracés sur de petites tablettes du Musée Britannique et dont nous reproduisons ici le texte:
Yum VI saarayi^ nisan yutnu au muü sitqulu,
VI kasbu yumu,
VI kasbu mu^i.
^'aAu Marduk ana éarri beli likrubu.
<t Le 6* jour du mois de nisannu le jour et la nuit ont » été égaux, 6 heures le jour, 6 heures la nuit.
» Que Nabu et Marduk soient proches du roi, mon sei - » gneur. » W. A. I. iil, 51, 1.
Yum XV Sa ara^ nisan yumu au muSi Sitqulu,
VI kasbu yumu,
VI kasbu muSi.
Nabu Marduk ana Sarri beli likrubu.
« Le 15' jour du mois de nisannu le jour et la nuit ont » été égaux, 6 heures le jour, 6 heures la nuit.
» Que Nabu et Marduk soient proches du roi, mon sei- » gneur. » W. A. I. iii, 51, 2 (1).
(1) Tout ceci rient con&rmerles ingénieuses remarques d’Ideler (dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour 1814-1815, p. 314-216), sur la nécessité d'admettre, chez les Chaldéens, l’existence do méthodes pour déterminer les heures exactes, indépendamment du soleil, ot sur ce que pouvaient être ces méthodes.
— l‘Jl —
Ce sont ces divisions du jour qui étaient reproduites dans les longues périodes des sares, des nères et des sosses. Il résulte en elfet des termes fort clairs de Bérose que l’année tropique et astronomique de 36o t ji jours, connue dès une époque extrêmement reculée des astronomes de la Chaldée (voy. Ideler, Ueber die S ternhmde der Chaldœer, dans les Mémoires de l’Académie de Berlin pour 1814- 1815, p. 217; Handb. der Chronol. t. I, p. 207) et mentionnée quelquefois dan^ les textes sous le nom d’ a année « du dieu Anu » (voy. Oppert, Commentaire de la grande inscription de Khorsabad, p. 175), était considérée comme une seconde cosmique, dont GO formaient une minute, éussu dans la langue assyrienne, cûcco; dans le texte grec. Et cette première période avait double raison d’être appelée ffûacoî par Bérose. Par rapport à la période 60 fois plus grande du sare, elle était une minute, par
rapport à l’année une soixantaine, Suü. Cette dernière expression est celle que nous trouvons à la col. 7, 1.69, du prisme de Tuldali-pal-asar, 1", pour indiquer le temps qui s’était écoulé avant que le temple à' Anu et de Bin dans la ville d’Al-A^sur, démoli par le roi Assur-dayan, eût été reconstruit, ütin sud sanati, « un sosse d’années » : W. A. i. I, 15. Sur la manière dont ce texte compte un grand nombre d’objets par soixantaines, voy. notre Essai iur un document mathématique chaldéen, p. 148. Cinq siècles plus tard, quand Alsur-bani-pal veut indiquer le temps qui séparait la prise de Suse par ses armes de la conquête de la Babylonie par l’antique roi élamite Rudur-N anytundi, il dit dans son grand prisme (col. 7, 1. 9 : W. A. 1. in, 23) et dans quelques autres documents (W. A. I. III, 35, 1; 36, 2) « 1G35 années solaires, » et dans une tablette dédiée à Nirgnl {Vf. A. T. iii, 38, t, recto, 1. 16) « 27 sosses et 1 5 années solaires, » ce qui est
parfaitement concordant. En présence de ces derniers textes, il n’est plus douteux que, comme l’affirme Bérose, les cycles chronologiques chaldéo-assyriens ne fussent basés sur l’année solaire. C’est aussi cette « année d’^nu » ou annnée solaire dont !^in-ayê-irib fait usage daus l’inscription de Bavian (1. 50 : W. A. I. ni, 1 i) pour énoncer la durée de temps écoulée entre la guerre de Marduk-idinayê de Babylone contre T uklali-pal-asar I" d’Assyrie et le sac de Babylone par lui-même. Enfin un précieux passage de la grande inscription des Fastes de Éar-yukin au palais de Kborsabad (1. 12-t), exactement conforme aux indications du Canon astronomique de Ptolémée pour la durée de pouvoir du babylonien Marduk-baUiddina, prouve qu’à la fin du vin' siècle c’était par années solaires que les rois de Babylone comptaient le temps de leurs règnes, tandis que les rois d’Assyrie se servaient encore pour le même effet de leur ancienne année civile, lunaire comme nous allons le voir (i).
(1) Ce fait, qui a paasé jusqu’à prt’'aent inaperçu malgré son importance, fournit peut-être la solution d une des questions les plus dilficiles et les plus obscures que présente encore l'histoire des pays eupbratiques. Nous voulons parler de l'origine de la fameuse ère de Nabonassar, qui sert de base au canon astronomique de Ptolémée. On sait que cette ère, déterminée avec une exactitude mathématique par plusieurs observations d'éclipses, part du 26 février 717 av. J.-C., date de l'avéncment du roi Nabonassar, dont le nom ne s’est pas encore rencontré sur les monuments mais se restitue sans un doute possible dans àa forme originale, A'^abunajir, c que le dieu Nahu le protège, » appellation babylonienne dont on a plusieurs exemples chez des particuliers.
Depuis longtemps les astronomes ont reconnu que le point de départ de l’ère de Nabonassar ne coïncidait avec aucun phénomène céleste ni avec le renouvellement d'aucune des périodes entre lesquelles les Cbaldéens divisaient la durée du monde. Ils en ontconclu très-naturellement que l'origine de cette ère devait être historique et non astronomique, et qu'elle se rattachait à quelque grand événement. De là, et du fait que Nabonassar est le premier roi babylonien du Canon de Ptolémée. l'opinion généralement admise pendant très-longtemps, qui regardait Nabonassar comme le fondateur du nouvel empire de Babylonic et de Cbaldée, comme celui qui, après une longue domination assyrienne, prit le pre-
La réunion de 60 sosses, c’est à dire 3600 ans, constituait la période la plii^ étendue dans les indications de Bérose, celle à laquelle on donnait le nom de « cycle » prol)rement dit, oapo? = seru, cf. l’hébreu "ino circumdedil.
mier le titre de roi indépendant de Babylone, Et les récits de Ctésias ayant trouvé créance jusqu'à ce qu'on eut déchiffré les inscriptions cunéiformes, on essayait de les concilier avec le canon de Piolemée, soit en identifiant Nabonassar avec Bélésys, soit, plus habituellement, en faisant de Nabonassar le fils de Bélésys, qui, après avoir ruiné Ninive et mis fin à sa domination, se serait abstenu, à l'exemple d’Arbace, de prendre lui-méme le titre de roi.
Sir Henry Rawlinson, tout en ayant soutenu, avec pleine raison suivant nous, que l'histoire de Bélésys et d'Arbace ne doit aucunement être regardée comme authentique et est démentie par les monuments, n'en a pas moins suivi l'opinion vulgaire en tenant Nabonassar pour le fondateur du nouvel empire babylonien, pour le prince qui s’affranchit de la suzeraineté de l'Assyrie, et en considérant la date de 747 comme une date capitale dans les annales de l'Asie : Alhenmum, n" 1377 et 1381 ; dissertation n'vin insérée à la suite dutome 1'" dei’Uéiodoteanglaisde M. George Rawlinson, p. SOI.
Hais cette manière de voir, qui paraissait si vraisemblable, ne peut plus tenir devant le témoignage formel des monuments.
Nous savons par lecanon des éponymes (W. A. 1. ii, 5-i, 1), que TuVati pal-at‘ar II monta sur le trône d’Assyrie le 13 airu de l'année de Nabu~ bel-uMuT, préfet d’Arba^a, en mai 744 av, J.-C., un peu plus de trois ans par conséquent après l'avéïiement de Nabonassar à Babylone et pendant la duréq que le canon de Ptoléroée assigne à son règne. Or, voici ce que TuUali-pai-at'ar dit dans l'inscription insérée au milieu du pavé d'une des salles du palais sud-ouest de Nimroud : L. 17, 1. 4-6.
a A partir du moment de mon accession à la royauté, j'ai gouverné • depuis Dur-Kuriyalsi, Sipar, la ville du Soleil, et Pasitav, de la tribu
> de Duma, jusqu'à Nipur, d'un côté ; et depuis les tribu d'fta', de Rubu', « dans le pays d’Arumu, habitantles rives du Tigre, jusqu’auzdeuz canaux
> ükni, qui se jettent dans la mer inférieure, d'un autre cété. >
La région comprise entre ces quatre points d'angle du quadrilatère embrasse tout l'ensemble de la Babylonie et de la Chaldée. Et en disant qu'il s été souverain de cotte région depuis son avènement, Tuàlutt palafar II n’énonce pas seulement une prétention qu'il devait revendiquer plus tard, il exprime le fait d’une possession réelle pour une partie au moins du territoire ainsi désigné, pour la Babylonie. Nous en avons la preuve par les récits très-détailiés que les textes monumentaux de ce prince fout de la grande campagne que l'année mémo de son avènement BU tréno il accomplitdans la Chaldée : W. A. 1. ii, 67,1. 5-28; L. 17, 1. 6-14; L, 52 et 65.
Désireux d'établir effectivement son autorité sur tout le pays arrosé par les deuxfleuves du Tigreet de l'Euphratcjusqu'au golfe Persique, Tuàlalipal-oi’ar, aussitôt devenu roi, marcha sur les provinces do la Basse-
cinxil, "inD, rolunditas, nom qui était aussi appliqué au cycle de retour des éclipses de lune (Suid. v. ïapoi), 223 mois lunaires synodiques équivalant à 18 années tropiques de 363 1/4 jours, plus 11 jours, 7 heures et 43 minutes,
Cbtidée, qui seules do le rcconasisbaient pas. Elles étaicot alors divisées en un grand nombre de petites principautés, et cet état de choses était de date récente, car tous les princes qu’il combattit sont donnés pour les fils de ceux d'après qui avaient été nommées les villes royales nù ils résidaient. Le district do Bit-S'ilani fut d'abord dévasté ; le roi de ce district, nommé Nabu-yus'appani fut crucifié devant la porte de sa capitale. Le monarque assyrien emmena ensuite en captivité, pour les transporter dans d'autres provinces de son empire, 55,000 hommes de la ville de S'arrapanu, et 30,000 des villes de Tarbapt et de Tapallu. Puis il attaqua Bit-S'a’al; la ville fut prise, et son roi, nommé Lagiru, fut transporté en Assyrie avec 50,400 habitants. Ces succès furent suivis de la conquête du district de Bit-Amukkani, dont le roi, Duyab, assiégé dans la ville de S'apiya, sa capitale, se vit contraint à capituler et à se soumettre. A dater de ce moment, toute résistance cessa. BaUitu, roi de Bit-Dakkuri, et Marduk-bal-iddina, roi de Bit~Yakin, deux cantons touchant à la mer, vinrent à S'apiya rendre hommage au monarque assyrien et lui payer leur tribut. Toutes les tribus de la Characëne et de la rive arabique de l'Kuphrate, longuement énumérées à cette occasion dans les inscriptions, reconnurent la souveraineté de l'Assyrie et furent placées sous l’autorité de fonctionnaires assyriens, chargés de les surveiller. Tuklati-pal-at'ar, vainqueur, reprit alors la roule de sa capitale et traversa dans une marche triomphale la Chaldée proprement dite et la Babylonie. A Ur et à Uruk, en Chaldée, è Cutha, à Borsippa, à Nipur, en Babylonie, et à Babylone même, il offrit solennellement les sacrifices royaux aux dieux de l'Assyrie et à ceux du pays.
Ainsi, l'année môme de son avènement, c’est-à-dire en 744, le roi d'Assyrie, TuMati-pal-at'ar II, faisait acte do souverain à Babylone et dans les villes qui en dépendaient, à son retour de laBasse Chaldée. C'est dans les seules provinces avoisinant le golfe Persique qu’il avait rencontré une résistance bientôt brisée. Mais Babylone était si bien soumise, que le monarque assyrien, qui dès lors se qualifiait de c vicaire des dieux à Babylone, roi des S'umeri et des Akkadi, s ne parle pas d'en avoir traversé le territoire en allant attaquer les pays les plus méridionaux; cen'étaitpasun exploit de guerre, il traversait une simple province de son empire, et la chose ne lui paraissait pas plus digne d'étre mentionnée que s’il avait passé à Arbèles ou dans telle autre partie de l’Assyrie. En général, les souverains ninivites, se considérant comme les rois véritables et légitimes à Babylone, ne parlent que d’eux-inêmes quand ils ont fait quelque chose dans cettç ville et laissent entièrement dans l'ombre le roi vassal qui la gouvernait sous leur suzeraineté, à moins que ce roi ne se soit mis en état de rébellion et qu’ils n'aient été obligés de le châtier. Aussi, pour quiconque est familiarisé avec les habitudes de rédaction des inscriptions officielles assyriennes, l'absence de toute mention de Nabonassar
dont toute l’antiquité était unanime à rapporter la découverte aux Chaldéens. (Ptolem. Almagest. IV, p. 213, ed. Halma; Gemin. Elem astron. IS, p.62,ed. Petau; Plin., Hist. nat. II, 10 ; voy. Ideler, Handb. der Chronol. t. I,
dans le récit de l'expéditiou dont noua venons de parler, est une preuve absolument certaine que ce prince, soumis à Tuklati-paUas ar depuis le jour de son avènement comme il Tavaitété sans doute aussi à son prédécesseur, s’était montré un vassal fidèle et n'avait manifesté aucune velléité d’indépendance et de rébellion.
Nous voici bien loin du Nabonassar fondateur du nouvel empire babylonien et premier roi indépendant de cette éité que l*on avait jusqu’ici supposé. Simple vassal de l’Assyrie, son règne perd toute Timportance que l'existence de l’ère dont son avènement est le point de départ lui avait fait attribuer. Et par conséquent nous sommes amenés par des données tout-à-fâit positives à reconnaître, avec M. Oppert, que l'ërc de Nabonassarne correspond pas plus à un événement décisifdcrbistoire qu’à un grand fait astronomique.
Quel peut donc être l’origine de cette ère?
Il faut remarquer ici que, bien que son point initial ne soit pas pris dans un phénomène célesteou dans le renouvellement d'une des périodes cosmiques admises par les Chaldéens, l’ère de Nabonassar n’a jamais été employée que par les astronomes. C’est d'après elle que sont notées les observations d’origine chaldéenne que Ptoléméc nous a transmises ; mais ni les documents indigènes babyloniens, ni les historiens classiques ne nous laissent entrevoir un seul exemple de son emploi dans les usages civils ou politiques. Il est donc probable qu'elle a dû avoir son origine dans un fait scientifique du règne de Nabonassar, et nous ne pouvons la rattacher qu'à un travail de révision ci de rédaction nouvelle des tables astronomiques fait par ordre de ce roi, lequel aura conduit à clore la série des anciennes tables et à en ouvrir de nouvelles pour les observations ultérieures, è partir de la date de son avènement.
Le Syncelle (p. 207, B) donne une explication qu'il met sous le couvert de l’autorité de Bérose : 'A«6 ôà NafiovotTipou tov; /pôvoy; twv àTrépeov xivf.aew; XaX^atoi x«î ixà XaXSxiwv ol xap* 'EX).r,<n (xaOy;pxtixoi
Xa6ôvu;, (i>; ô 'AXi^av^i>; xxl o; ta; XaXSatxa; àp/atoXo»
Yia4 xtptEiXTipôu;, NaÇovâ'xapo; ouvxyaY'O’^ tûv xpè aOroO ^amXctav
*^pavioev, ÔTito; àx' avtoO fj xaTapi6}iT,(jt; XaX$aio)v 3>(TiX£a)v.f A partir
> de Nabonassar, les Chaldéens ont soigneusement noté les mouvements » des astres, et d'après les Chaldéens les mathématiciens grecs; en effet, » ainsi que le racontent Alexandre (Poljhistor) et Bérose, les collecteurs
> des Antiquités Chaldéennes, Nabonassar, après avoir réuni les docu-
> ments qui racontaient les actes des rois antérieurs, les fit détruire,afin » que l'on comptât désormais d’après lui les rois de la Chaldée. »
Aucune trace du fait ainsi mentionné ne se trouve dans les monuments originaux de l'Assyrie eide Babylunej il est même formellement démenti par leur témoignage, car les antiques documents de Tbistoire babylonienne,les annales sacerdotales, les tablesdesobservationsastronomiques
p. 206. ) Le grand sare chronologique de 3600 ans était donc une véritable heure cosmique, par rapport à laquelle le sosse était ^ et l’année solaire
Entre le sare et le sosse on plaçait l’autre division du
dcmcuraieot intacts après la date où le Syncelle prétend qu'ils auraient été détruites. Kt ce n’est certes pas Bérose qui a pu parler d'une semblable destruction, puisqu’au commencetuent de son livre il disait au contraire écrire d’après ces documents, conservés de temps immémorial.
Mais la phrase du Syncetlc ne doit pas être isolée de l'ensemble du passage auquel elle appartient et de la place où elle arrive dans saebronographie. C'est en elTet dans un court préambule précédant la reproduction du canon de Ptolémée eue nous la lisons, et le Syncelle cherche à y explique! comment co canon commence seulement au règne de Na* bonassar. Il e^t facile de s'apercevoir que sur Tbistoire babylonienne cet écrivain ne possédait pas d'autres documents que les extraits d'Abydène et d'Alexandre Poljhistor compris dans la chronique d'Eusèbe, le livre de Panodore, auquel il a emprunté sa liste des rois cbaldéens et arabes du premier empire, et le canon de l'astronome d'Alexandrie. N'ayant ainsi aucune liste des rois qui précédèrent Nabonassar à Babyloue, puisque c'est avec son règne que commence Ptolémée, il auracherebé à en découvrir la cause, et sous l'empire de cette préoccupation i) aura interprété dans le sens d'une destruction de tous les documents antérieurs à Nabonassar une phrase d’Alexandre Polyhistor, qu'il trouvait dans quelque écrivain de seconde main. Au reste,, quand on pèse attentivement les termes du passage du byncelle, on y trouve, à part le malheureux motifiçâvtoev qui vient démentir tout le reste, la trace manifeste de la mention par fîéroso d'un travail pareil à celui que nous croyonsavoir servi depoint de départ à la nouvelle ère. Nous y voyous en eifet que Nabonassar fit colliger tous les documents relatifs h l’histoire dos rois qui l'avaient précédé, ce qui s'accorde peu avec une proscription de ces documents, ouvaYotyoïv to; Kpo^ii; Tûv Tcpô «vToû |^Qici).£rov, et que le résultat de ce travail fut do faire désormais compter à nouveau les rois Cbaldéens, à partir de son règne, 6r.ü>; àTi' avrou xaT0tpt6p.r,<n; yiverai tûv XaXSaicov
Reste à chercher ce qui putmotiversous Nabonassar la clôture des anciennes tables astronomiques et l’ouverture de nouvelles. C'est ici que le passage des Fastes de S'ar-i,ufcin nous paraît jeter une lumière tout-à-fait nouvelle sur la question. ParrexempledoAfardulc-èal-tddma,}! nous montrequeles rois babyloniens postérieurs à Nabonassar se servaient officiellement de l'année solaire pour compter la durée de leurs règnes, tandis qu'il est incontestable qu’un siècle auparavant ils n'employaient dansl'usagc officiel et pour le même effet que la vieille année civile babylonienne, purement lunaire ainsi que nous allons l'établir dans un instant. 11 y avait donc eu un changement dans le calendrier à Babylone, et ce changement était encore récent puisqu’il n’avait pas été admis autrement que dans la chronologie historique par les Assyriens, qui continuaient et qui continuèrent même après, au moins jusqu’à la fin du règne d'Xs's'ur-àont-pal, à se servir officiellement de In vieille aouée lunaire. Ccci donné, o’cst-il pas
temps, appelée par Bérose vf,po; ; elle embrassait 600 ans ou 10 sosses, et était par conséquent^ dusare. On ignore quelle est l’étymologie et le sens précis du mot vÿîço;. Dans un des syllabaires du Musée Britannique, ntru est donné comme la prononciation d’un idéogramme très-compliqué que l’on n’a pas encore rencontré dans les inscriptions : W. A. I. Il, 4, 1. 658. Est-ce le mot cité par Bérose ? Mais quand cela serait, nous ne nous trouverions pas plus éclairés sur son étymologie.
Chaque nère formait un grand cycle à la fois chronologique et religieux, qui recevait un nom particulier. A plus forte raison devait-il en être de même des sures ; mais nous ne le savons pas pour ces derniers cycles autrement que par analogie, tandis que nous croyons en avoir des exemples formels pour les nères. Nous nous sommes en effet efforcé de démontrer que « la période du dieu roi de la voûte « de lumière, » indiquée immédiatement avant le règne àe Xamtnu-rabi (W. A. I. li, 65, 2), et « la période du « dieu qui veille sur la terre, » dont éar-yukin fait coïncider le début avec son avènement (F astes, 1. 1 H et H 2) ,
toat-k-fBit niturel de supposer que le motif de l'ouverture de nouvelles tables d’observations astronomiques sous Nabonassar et le point de départ de l'ère qui porte le nom de ce prince fut le changement de calendrier, l'adoption déSnitive de l'annéesolaire de 365 J- jours dans l’usage officiel.
Ainsi s’expliquerait pourquoi Ptolémée n’a relaté aucune observation cbaldéenne antérieure au règne de Nabonassar. Les tables astronomiques commencées sous le règne de ce prince, étant disposées par années tropiques et d'après une ère suivie, il avait suffi aux astronomes Alexandrins de les traduire pour en faire usage. Au contraire, les observations antérieures, dont Callisthène faisait remonter le début à 31000 ans avant Alexandre (voy. Th. H. Martin, Afémoire sur les observations envoyées de Babylone par Callisthène, dans les Uétn. présent, par div. sav. àVAcad. des /nscr.l" série, t. VI, !'• partie), étaient notées au moyen des années de règne et d’après un calendrier purement solaire ; elles auraient en conséquence demandé pour être mises en œuvre par Ptolémée ou par tout autre Alexandrie un immense travail de calcul, réclamant peut-être un plus grand nombre de données historiques que de mathématiques, données qui devaient faire absolument défaut aux astroeomes grecs.
sont deux nères. (Voy. notr^ Essai sur un document mathématique chaldéen, p. 28 et suiv. ) (1) Cette donnée est parfaitement d’accord- avec l’intervalle que tout indique comme s’étant écoulé entre Xammu-rabi et le roi assyrien ^ar-yukin ; mais elle se rattache à un système chronologique un peu différent de celui de Bérose. Car il en résulte que Sar-yukin plaçait l’année de son avènement (721 av. J.-C.) 36000 ans juste après le déluge, tandis que dans la chronologie de Bérose elle tomberait 33817 ans après le cataclysme. Cette différence s’explique si l’on admet l’ingénieuse hypothèse de M. Gutschmid {Rheinisches Muséum fur Philologie^ t. Vil, p. 252 et suiv. ; voy. Brandis, Rerum Assyriarum tempora emendata, p. 1 6 et suiv. ; G. Rawlinson, The fioe great monarchies, t. I, p. 191), que les Chaldéens du temps de Bérose avaient disposé leur chronologie de manière à faire coïncider avec la fin d’une grande période cosmique la chute définitive du dernier empire de Babylone, fait qui ne pouvait être ni prévu ni calculé du temps de Éar-yukin. Et ils n’avaient pu parvenir à ce résultat de coïncidence exacte qu’en retranchant quelques années du temps précédemment admis pour la période fabuleuse et toute factice de la première dynastie.
Notons en passant des indications historiques de quelque importance qui résultent de notre manière d’envisager les deux périodes dont il vient d’être question. La tablette du Musée Britannique qui mentionne celle « du
(1) On remarquera que ces deux noms do p('-riodeg se rapportent à des divinités planétaires, desifrnées au moyen d’épithèles caractéristiques, et peuvent être traduits par < période de S'amo^' > et < période de S‘tn. • Ne pourrait-on pas en conclure qu'il s'agit ici des périodes des sept planètes, ittfioîoi tûv éitrà xoaiioxfatojjuv, dont Proclus i/n Tim. xiiti, p, 31, ed, Basil,), parle d'après lambliquc comme connues des Assyriens, et à chacune desquelles présidait successivement une planète, en tant que j^povoxpâvup (voy . Firmic. Matern, VI, 33), Si notre conjecture est fondée, ces périodes auraient été des nères.
dieu roi de la voûte de lumière, » en même temps qu’elle l’enregistre immédiatement avant le nom Xammu-rabi, la place presque aussitôt après celle du premier Éar-yuktn, le roi d'Aganê, que nous avons reconnu plus haut (note 2 du fragm. 1) comme étant le prince par ordre duquel avait été rédigé le traité fondamental de l’astrologie chaldéenne. Sar-yukin, roi d’Assyrie, était donc séparé par un intervalle presque exact de deux nères de l’ancien Éaryuk'n de Chaldée, dont il semble s’être posé en imitateur et en répétition, comme l’indique la manière dont il s’intitule sur certains monuments Éar-yukin arku, « le nouveau, le postérieur. » Or, nous savons positivement que le conquérant de Samarie n’était pas un fils de roi, il n’était monté sur le trône qu’ après l’extinction de la lignée souveraine dans la personne de èalmanu-aür VI, et son avènement avait eu lieu par une élection, qui avait suivi plusieurs mois d’anarchie et qu’avait déterminée un grand présage céleste, la fameuse éclipse de lune du 19 mars 721 (Inscription des taureaux de Khorsabad, 1. 10-12, B. -10; Inscription des Barils, 1. 6, W. A. 1. 1, 36, voy. Oppert, Revue archéologique, nouv. sér. t. XVIII, p. 381). Il est probable que ce phénomène, qui avait profondément frappé les imaginations en survenant au milieu de l’anarchie (nous parlerons dans un instant du sens astrologique que l’on attachait aux éclipses de lune), avait été considéré comme marquant le renouvellement de la période chronogiqueet religieuse dont on plaçait le début au même temps. Par suite, il ne serait peut-être pas trop téméraire de supposer que le nouveau roi, parvenu à la possession du sceptre à la suite de l’éclipse et dont l’avènement coïncidait avec l’ouverture de la nouvelle période, ne se serait pas appelé Sar-yukin depuis son enfance, et qu’il aurait seulement pris ce nom en ceignant le diadème, à cause des cir-
constances qui avaient accompagné son élection et en mémoire du roi, célèbre entre tons dans les fastes de la science sacrée des astres, dont le règne avait cio?, 1200 ans auparavant, une autre période analogue.
Peut-on maintenant arriver à se rendre compte de l'origine de ces périodes de 60, 600 et 3600 années solaires, ainsi que de la raison qui les avait fait établir? Un premier fait est certain, c’est qu’aucune d’elles ne correspond à un cycle astronomique régulier, et qu'elles ne représentent pas non plus une coïncidence de l’année civile babylonienne avec l’année tropique de 365 1 jours.
L’année ordinaire de Babylone et de l’Assyrie était une année lunaire, composée de douze mois alternativement pleins et caves, c’est-à-dire de 30 et de 29 jours. Cette nature, devinée par Yréret {Mém. del’Aead. desinscr. t. XVI, p. 203 et suiv.), et par Ideler [Handh. des Chronol. t. I, p. 205 et suiv.) vainement contestée par Letronne, ressort positivement de ce fait que toutes les observations d’éclipses jusqu’à présent relevées sur les monuments assyriens et babyloniens tombent, les éclipses de soleil au dernier jour du mois (Eclipse le dernier jour de sivannu : W. A. 1. Il, 32. — Eclipse attendue, sans doute à la suite d’un faux calcul, (1 ) à la fin du mois de sivannu ; elle n’eut
(1) Diodore de Sicile (ii, 31), âprës avoir dit que les Chaldéena regardaient la lune comme la plus petite et la plui proche des planites, qu’ils ne lui donnaient qu'une lumière empruntée, et qu'ils attribuaient ses éclipses h son immersion dans l'ombre de la terre, ajoute ; > Quant aux éclipses de soleil, les explications qu'ils en donnent sont des plus faibles ; et ils ne se hasardent pas à les prédire ni à en déterminer le temps. » En effet la période de 923 lunaisons, qui amenait le retour des éclipses de lune dans le même ordre de temps et de grandeur ne pouvait pas être appliquée aux éclipses de soleil, è cause de la parallaxe. Mais il duty avoir quelquefois des tentatives pour calculer le retour d'éclipses de soleil au moven du ejele lunaire combiné avec une certaine connaissance de la parallaxe ; c'est ainsi qu'Ideler (dans lesMémoires de l'Académie de Herlin pour 1814-1815, p. 318) explique que Thalès put calculer sa fameuse éclipse (Herodot, I, 74). Hais comme les Chaldéens ne connaissaient certainement
pas lieu et l’on constata seulement l’apparition de la néoménie de duzu (W. A. I. ni, 51 , 9) et les éclipses de lune au 14 ou 15. Nous croyons devoir reproduire ici le texte de la tablette du Musée Britannique relative à l’observation d’une éclipse de lune (W. A. I. Ill, 51, 7), car il y a quelques inexactitudes dans la manière dontM. Oppert l’a citée dans ses Eléments de la grammaiie assyrienne (2* édition, p. 109):
Ana muüsi beliya ardu iriiu Nabu-ium-iddin rab burle éa Ninua.
Nabu Marduk ana muiisi beliya likrubu.
YumXV innunna sa S in nitazar,
Éin salut isakan.
a Au directeur des constructions, mon seigneur, l’hum- * ble esclave Xabu-éum-iddin, grand astrologue de Ni- » nive. Que Nabu et Marduk soient proches du directeur 7) des constructions, mon seigneur.
» Le 15* jour, nous avons observé le nœud de la lune. J» La lune a été éclipsée. »
Innunna est donné dans une tablette grammaticale (W. A. I. Il, 8, 3, 1. 61-07) comme l’équivalent accadien de mazartu, « le nœud astronomique, » de la racine
1* parallaxe que d'une manière (rèa-iaexaote, la plupart det calcula deçà genre que l'on tenta durent être fautifs, ainsi que nous en arons ici un exemple, et c'est là ce qui dut y faire renoncer.
« lier, » les ÏTnTQ dn livre de J ob (XXXVIII , 32). Quant au nom de l’éclipse, il est en accadien rapo, mot que nous trouvons dans tous les passages où Éar-yukin parle de l’éclipse de 721 . Dans une des tablettes astronomiques de la bibliothèque de Ninive (W. A. I. Il, 49, 3, 1. 42) rapa est expliqué par la glose salme, « obscurcissement, » de la racine dSXi et donné comme l’équivalent du double idéogramme « astre noir». Mais ce mot rapa est très-souvent suivi du complément phonétique iu, ce qui prouve qu’on l’employait comme allophone, et qu’on le lisait parle raotassyryen salulu, de la racine 'jSs, « envelopper d’ombre, » avec lequel il s’échange dans les difiërents exemplaires du grand monolithe d’Aiiur-nasir-pal à Nimroud (W. A. I. i, 18, 1. 44). C’est donc par ce dernier mot que nous traduisons l’idéogramme complexe a dieu noir, » manière la plus habituelle de représenter la notion d’a éclipse. » dans les textes cunéiformes. La nature des fonctions du personnage auquel est adressé ce rapport, fonctions indiquées par les deux idéogrammes t homme (fonctionnaire) — fondation d’édifice, » ce que nous rendons par muiisu, participe du verbe auquel correspond le second signe, la nature de ces fonctions, disons-nous, nous induit à penser que l’observation, dont le mois n’est pas indiqué, avait eu lieu dans celui d’arax-iamna, le huitième mois de l’année. Il était en effet désigné par le nom idéographique de a mois de la fondation, » par ce que les préceptes religieux fondés sur l’astrologie commandaient' d’y jeter les fondations des édifices qu’on voulait construire : voy. notre Essai sur un document mathém. chaldéen, p. 151 ; et notre Manuel d'histoire anciennederOrteni, 3' édition, t. II, p. 179. C’est dans ce mois qu’un phénomène céleste auquel on attribuait de grandes conséquences augurales devait intéresser tout spécialement le fonctionnaire chargé de veiller à la construction des édi-
fices et à l’établissement de leurs fondations. L’éclipse, pour la même raison, pourrait être aussi du mois à'abu, car nous savons par l’inscription des barils de Khorsabad que l’on exécutait aussi dans ce mois des fondations d’édifices (W. A. I. I, 86, pl. 51).
Ilincks a consacré son dernier travail, et sans contredit l’un de ses plus remarquables (dans les Monalsberichte de l’Académie de Berlin, 1866, p. 647-655), à l’étude d’un fragment de tablette astronomique manifestement destiné à l’enseignement des écoles (W. A. I. ii, 39, 5). La deuxième colonne de ce texte mentionne trois éclipses de lune qui s’étaient succédées à très-peu d’intervalle, circonstance tout à lait exceptionnelle. A la«uite de chacune de ces mentions, viennent des remarques astrologiques et quelques gloses grammaticales à l’usage des étudiants, sur les expressions difficiles du texte. L’énoncé des éclipses luimême est ainsi conçu ; nous nous bornons à le traduire, sans en donner de transcription, car il est écrit presque en entier idéographiquement.
a Au mois de nisannu, le 1 4* jour, la lune a été éclipsée » (1. 43).
» Au mois de lairitav, lalune a été éclipsée. Elle a émergé » au lever du soleil, quand le jour a été fait (1. 52 et 53).
» Au mois de sabatu, la lune a été éclipsée (1. 58) . »
A l’exemple de Hincks, nous entendons par l’éiuereion hors de l’ombre terrestre, l’expression salul i/yu, «l’éclipse a été guérie » (du verbe mn, correspondant régulièrement en assyrien à l’hébreu n^n). C’est la même idée que dans l’expression de Juvénal laboranti lunae {Sat.Yl, v. 443 ; cf. Yliü.Hist.mt.ïl. 12).
11 est bon de lire toute la discussion astronomique et mathématique si ingénieuse et si pleine de science, par laquelle l’illustre érudit Irlandais établit, avec la certitude
à laquelle on arrive en semblable matière, que les indications ainsi données ne peuvent s’appliquer, avec la concordance exacte de leurs différents éléments, qu’aux trois éclipses successives des :
20 mars 701 av. J. C.
13 septembre 701.
27 janvier 699.
La seconde fut complète à 4 h. 34 du matin; or, le 13 septembre — 701 , ainsi qu’on peut facilement le calculer, le soleil, par l’effet de la réfraction, fut visible à Ninive à 5 h. 33 m. du matin. La donnée que la lune émergeait au moment du lever du soleil est donc parfaitement exacte. Un résultat capital de la tablette dont nous parlons, résultat qui n’a pas échappé à la sagacité de Hincks, est de fournir un point d’attache pour le cycle octaétérique d’intercalation que nous exposerons tout à l’heure. En effet, de la deuxième à la troisième éclipse, il y a eu juste 17 mois lunaires, et dans des années communes de tcdritav d’une année à éabatu de la suivante, il y aurait seulement 1 6 mois; donc il y avait eu un mois intercalaire, analogixe au veadar des Juifs, entre septembre 701 et janvier 699, à la fin de l’année qui se terminait au printemps de 700.
Une des tablettes astrologiques du Musée Britannique (W. A. I. III, 59, 5) traite des augures apportés par les éclipses de lune sur les rois de l’Occident (martu), quand elles arrivent le 14 du mois de addaru, en même temps que des augures que les éclipses de soleil tombant dans le même mois fournissent regardant les rois d’Ëlam. .
L’influence astrologique des éclipses de lune était regardée comme funeste, aussi les tablettes n** 155 et 223 de la collection photographique dont nous avons parlé dans la note 2 du fragm. 1 , contiennent-elles des prières au dieu
delà luiie, à prononcer pendant les éclipses pour détourner cette influence. Celle des éclipses de soleil, au moins des éclipses partielles, était, au contraire, considérée comme éminemment favorable. Nous en avons la preuve par cette phrase du grand monolithe à' AéSur-nasir-pal à Nimroud (W. A. I. I, 18,1. 44), que M. Oppert (/Jeuue arcAéo/. , nouv. sér.jt. XVIII, p. 314)a rapportée avecpleine raison, suivant nous, à une éclipse partielle de soleil : Ina surral sarrutiya ina mayre paliya sa ^>amas dayan kibrali salulsu Uiba eliya iikunu,t Au commencement de mon règne, dans » ma première année, le Soleil, arbitre des régions célestes, B opéra sur moi son obscurcissement propice. » La même notion ressort de la tablette n° 154 de la collection photographique, la plus précieuse de tous les documents assyriens que nous possédions sur des observations d’éclipses, car elle en relate une de soleil, partielle, en la mettant en rapport avec un grand événement historique, l’une des expéditions d'Asêur-bani-pul en Egypte. Malheureusement la photographie, dont nous sommes contraint de nous contenter en CÆ moment, ne pouvant pas recourir à l’original, a des parties absolument illisibles. 11 nous faut donc laisser dans le texte quelques lacunes, qui heureusement n’interrompent pas le sens d’une manière trop grave. La première portion du rajiport astronomique traite seule, du reste, de l’éclipse, le reste a trait à d’autres observations sidérales, comme dansW. A. 1. iii, 51, 9. C’est donc cette première partie que nous transcrirons et traduirons, en remarquant d’avance que dans la plupart des textes astronomiques, l’expression « au mois de N,» sans indication du jour, veut dire que l’observation a été faite le dernier jour du mois.
Am Sar mate beliya ardu iriiu Kudurru.
ASéur Samas au Marduk ana iarri beliya likrubu ultu matéu ana Misir...
Aray^^ duz salulu iskunm ... V ana maialuia éübi
Ici (leux lignes illisibles, où nous distinguons seulement que la seconde contenait un vœu pour le roi :
5orru liéulume
sa salulu sa arax duz kisar
anapani sar...
a Au roi des pays, mon seigneur, l’humble esclave » Kudurru.
» Qu’ J ^iur, liamas et Marduk soient proches du roi, » mon seigneur, depuis son pays jusqu’en Egypte...
1) Au mois de duzu une éclipse a eu lieu. Sur cinq » [parties] de sa totalité le contact... Que le roi soit en » paix, puisque l’éclipse du mois de duzu [apporte] le » bon augure sur la face du roi. »
Nous reviendrons sur ce texte au point de vue historique dans la suite de notre Mémoire sur C époque éthiopienne dans l’histoire d'Egypte et sur V avènement de la XXV 1‘ dynastie, en cours de publication dans la Revue archéologique. Qu’il nous suffise de remarquer ici que les expéditions à’As^ur-bani-pal en Egypte sont des années 667 et 666 av. J.-C., et que le 27 mars 666 (ce qui convient parfaitement comme saison au 29 duzu, en admettant que l’année touchât à la fin du cycle octaétérique d’intercalation) il y eut, d’après les tables du chanoine Pingré, une
éclipse de soleil qui dut être visible, mais assez faiblement, à Ninive à l’heure du lever de l’astre.
On possède encore des observations de néoménie faites le 29 et le 30 du mois, suivant qu’il était plein ou cave : H. Rawlinson, dans VAthenœum du 7 septembre 1867 ; et notre Manuel (F histoire ancienne de l'Orient, 3* édition, t. II, p. 201.
Voici, du reste, la transcription et la traduction des tablettes qui contiennent des observations de ce genre :
l' Mazartu nittazar yum XXIX. S in nitamar.
Nabu U Marduk, ana Sarri heliya likrubu.
Éa Nabua sa Al-Aééur.
a Le nœud lunaire a été observé le 29* jour (du mois). » Nous avons vu la lune.
» Que Nabu et Marduk soient proches du roi, mon sei- » gneur.
» Par Nabua (astrologue) delà ville à’At-Aééur. » W. A. I. III, 51, 3.
2° Yum XXX mazartu nitazar. Éin nitamar.
Nabu au Marduk ana éarri beliya likrubu.
àa Nabua ia Al-Aûsur.
« Le 30' jour (du mois) nous avons observé le nœud lu- » naire. Nous avons vu la lune.
» Que Nabu et Marduk soient proches du roi, mon y> seigneur.
» Par Nabua, (astrologue) de la ville d’^/-^i^ur. » Tablette inédite de la collection de M. l'abbé Desnoyers, à Orléans.
3* Yutn XXIX mazartu nilazar. iin la nimur.
Nabu au Marduk ana Sarri beliya likrubu.
Sa Xahua sa Al-Aséur.
a Le 29* jour (du mois) nous avons observé le nœud lu- T) naire. Nous n’avons pas vu la lune.
» Que IVabu et Marduk soient proches du roi, mon sei- » gneur.
» Par iVttÔHfl f'astrologue)d’^/-i4ssur.»W.A. 1.111,61, 4. Ji* Ana sarri belvja
ardu iristi litar- [tdm-pa/J rab burte sa Arbail.
Lu éulimu
ana éarri beliya. *
Nabu Marduk Istar ia Arbail ana sarri beliya likrubu.
Ina yum XXIX
mazartu
nilazar.
Sin la nimur.
Ina arayi^duz yum II
limmu Bel-stmu pi/at Ximirdan.
a Au roi, mon seigneur, l’iiumble esclave Islar-idinpal, 7) grand astrologue d’Arbèles.
» Paix au roi, mon seigneur. Que IVabu, Marduk et » Islar d’Arbèles soient proches du roi, mon seigneur.
» Le 29' jour (du mois de sivanu), nous avons observe » le nœud lunaire. Nous n’avons pas vu la lune.
» Dans le mois de duzu, le 2* jour, dans l’éponymie de » Bcl-sunu, préfet de Ximirdan. ^(W . A. I. iii, 51, 5; voy. Oppert, Eléments delà grammaire assyrienne, 2* édition, p. 109 et suiv.)
5° .<4na sarri heliya
ardu iri.iu iMar-idin-pat rab burle sa aboi sa Arbail.
Lu sulimu ana sarri beliya,
Diabu Marduk Islar sa Arbail ana sarri beliya likrubu.
Ina yum XXIX
mazartu
nilazar.
Bit Tamarti imdan,
èin la nimur.
Arax éabatu yum I limmu Bel~xarran-Sadua.
<f Au roi, mon seigneur, l’humble esclave Istar-idin val, » grand astrologue des juges de la ville d’Arbèles.
« Paix au roi, mon seigneur. Que Nabu, Marduk et Is- » tar d’Arlièlcs soient proches du roi, mon seigneur.
» Le 29' jour (du mois de. labituv) nous avons observe le » nœud lunaire. Dans le champ de l’observation (étaient) » des nuages. Nous n’avons pas vu la lune.
» Au mois desabalu, le 1" jour, dans l’éponymie de Bel- » yarran-sadua. » (W. A. I. iii, 51, 6.)
Le sens du mot imdan, « nuage » sans doute d’origine accadienne et synonyme du pur assyrien upral, est attesté par d’autres exemples (W. A. 1. ni. 59, 8).
Dans la tablette relative à l’éclipse, de soleil qui avait été attendue et qui ne s’était p:is produite, nous lisons aux lignes 91 3 : yum XXIX yum XXX mazarluv sa saluli samaé nülazar... salulu la iikun. Y um l éinnamur . Y umu sa aray duz. « Le 29® et le 30® jour (du mois de sivannu) nous » avons observé le nœud de l’éclipse de soleil... L’éclipse » n'*a pas eu lieu. Le I" jour nous avons vu la lune, le jour » du mois de duzu. »
On remarquera la frappante analogie de l’usage révélé par ces rapports avec la méthode de constatation de la néoménie par une observation faite au moment du coucher du soleil que la tradition talmudique dit avoir été en usage chez les Israélites au tem])s de leur pleine indépendance (voy. Munk, Palestine, j). 1 83), et avec ce qui sc passe encore aujourd’hui chez les Arabes.
L’année babylonienne fut empruntée par les Hébreux antérieiirement à l’époque de Moïse et probablement dès le temps d’ Abraham. Les noms mêmes des mois juifs sont les noms des mois chaldéo-assyriens, ainsi qu’on le verra par le tableau suivant, où les deux calendriers sont mis en parallèle. (Voy. Norris, Assyrian dictiomry, t. I, p. 50 ; Oppert. Revue archèol. nouv. sér. t. XVIll,p. 316; et notre Manuel d' hisloireanciennedel'Onent,'^^ édiûox\,i.\l,p.\Td.
Pour faire concorder cette année lunaire avec l’année solaire tropique, et maintenir les mêmes mois aux mêmes saisons, on avait recours à un cycle d’intercalation de 8 ans : voy. Ilincks, Transactions of the Royal Irish Academy, t. XXIV, 21 et suiv. ; et notre Essai sur un document ma- Ihém. chaldéen, p. 34. La quatrième année on intercalait après Addaru un mois appelé Magru sa .4ddart, qui correspondait au Veadar des Juifs : tablette n° 32 delà collection photographique; la huitième, on en intercalait deux, l’un après Addaru, et l’autre, appelé Afa^rw éa Ululi, après Ululu : tablette n“ 160 de la collection photographique. Certains monuments montrent aussi qu’il y eut une époque où, tout en conservant la même période octaétériqiie, on faisait les trois intercalations du cycle dansla même année, probablement la huitième, après A’wonu, Ululu et Addaru (W. A. T. Hi, 56, 5) : voy. II. Rawlinson, dans V Alheiurvm du 7 septembre 1867. Ce cycle d’intercalation de huit ans est celui qui fut introduit chez les Grecs par (’léostrate de Ténédos; nous voyons maintenant qu’il provenait de Babylone, et il est même probable qu’on faisait aussi usage chez les Chaldécns du cycle de seize ans, qui amenait à retrancher un des deux mois intercalaires chaque 160* année. Mais nous ignorons comment les astronomes de Babylone corrigeaient les inexactitudes de la concordance (le ce dernier cycle avec l’année solaire. Dans tous les cas, s’ils avaient découvert la période de 223 lunaisons, qui ramène les éclipses de lune, il ne paraît pas qu’ils aient constaté celle de. 233 mois synodiques équivalant à 19 années tropiques, plus deux heures, 4 minutes et 33 secondes, période qui servit chez les Grecs de base au cycle de Méton,
L’année civile babylonienne ayant donc été lunaire, les susses, les nères et les sares, de 60,600 et 3600 ans .solaires, ne représentent aucun cycle de coïncidence entre cette
année et l’année solaire, par conséquent aucun cycle possible d’intercalation. M. Bunsen l’a pourtant cru pour le nère (Ægyptens Sletle, t. IV, p. 312); il compte que 742 mois lunaires synodiques équivalent à 60 ans tropiques moins 2 joure et 20 heures, et par conséquent il considère la période de 600 ans comme répondant à 7420 mois synodiques, plus une intercalation d’un nouveau mois de 29 jours (plus exactement 28 1/3 jours). Mais ceci repose sur une erreur de calcul. 742 mois synodiques- équivalent en réalité à 59 ans solaires, 361 jours, 23 heures, 41 minutes, ^ secondes; d’où 600 ans solaires font 7421 mois synodiques, 3 jours, 2 heures, 22 minutes et 17 secondes. Le nère n’est donc pas, ne saurait être, pas plus que le sosse et le sare, un cycle régulier d'intercalation. L’opinion de M. Bunsen n’était presque, du reste, qu’un renouvellement de celle de Dominique Cassini et do Bailly {Histoire de r astronomie ancienne, p. 66 et suiv.), opinion absolument inadmissible, puisqu’elle prend pour point de départ une évaluation de l’année à 365 jours 5 heures 51 minutes et 36 secondes, à laquelle les Chaldéens n’étaient certainement jamais parvenus.
La plus sage serait de se borner ù constater ce fait et d’avouer, avec M. Lepsius {Chronol. der Ægypter, p. 227), que l’on ne sait rien de l’origine astronomique du cycle des Bosses, des nères et des sares. Nous essaierons pourtant d'aller plus loin, et le lecteur nous pardonnera do nous risquer pour quelques instants dans la voie des conjectures, en reconnaissant, du reste, nous-môme tout ce qu’elles ont d’incertain.
Pour nous les sosses, les nères et les sares, pris isolément et en eux-mêmes, ne représentent aucune période astronomique réelle. Ce sont des divisions artificiellement taillées, sur le modèle de celles du nycthcmère, dans une
période astronomique plus longue, et celle-ci nous est révélée par les chiflfres que Bérose assigne, d’après la tradition sacrée de Babylone, au temps écoulé entre la création du monde et le déluge. Il dit en effet, dans ce fragment et dans les fragm. 10 et 11, que ce temps fut de 120 sares ou 43200 ans, et il n’y a pas à douter qu’un tel chiffre ne soit le résultat d’un calcul astronoiuico-religienx, auquel ou attachait une grande importance. Les 43200 ans se répartissent entre Igs dix rois antédiluviens, dont nous établirons tout à l’heure le caractère sidéral et zodiacal. Si nous appliquons ce nombre des rois antédiluviens au rôle de diviseur du chiffre total de 43200 ans, nous obtenons une série de périodes de 12 sares ou 43200 ans chacune, véritable jour cosmique, qui rappelle aussitôt à l’esprit les «jours » du récit biblique de la création (voy. notre Essai sur un document mathém. chaldéen, note 76), et dont le sare était l’heure équinoctiale, le sosse la minute, et l’année tropique la seconde. Cette période de 43200 ans, dont dix formaient l’intervalle admis par les Chaldéens entre la création et le déluge, nous paraît être la grande unité dans laquelle les sosses et les sares ont été taillés pour reproduire les divisions du nycthémère.
Nous croyons que ceci nous sera facilement concédé. Mais jusqu’ici nous n’avons fait que déplacer la question sans l’éclaircir, car il s’agit maintenant d’expliquer l’origine de la période de 43200 ans, ce qui n’est guère plus ’ facile que d’expliquer l’origine de celles de 60,600 et 3600 ans. C’est ici que nous nous lançons à pleines voiles dans le domaine de l’hypothèse, sans prétendre, du reste, un seul instant attribuer à nos conjectures plus de valeur qu’elles n’en ont réellement, ni aucun]caractère de certitude.
Mais il nous semble d’abord que la division de la grande
période de 43200 ans en douze parties égales, en reproduisant à la fois la division du nycthéinèrc en heures équinoctiales et celle de l’année en mois, implique formellement que les inventeurs Chaldéens de cette période la regardaient comme représentant, elle aussi, une révolution spéciale et com[)lète du soleil ou de toute la sphère céleste. D’un autre côté, nous avons peine à admettre que des hommes qui observaient les phénomènes célestes avec autant d’attention et d’intelligence que les Chaldéens, qui avaient poursuivi leurs observations avec persévérance et en en tenant note pendant un grand nombre de siècles, ne se soient pas aperçus du déplacement graduel du point équinoxial sur l’écliptique.
Nous savons aujourd’hui positivement, j>ar les documents que possède le Musée Britannique et qui viennent d’être publiés dans le tome 111 des Cunciform inscriptions of Western Asia (voy. la note 2 du fragm. 1), que dès le temps du roi Sar-yukin l’ancien, c’est-à-dire près de 2000 ans avant l’ère chrétienne, ils avaient une astrologie et une astronomie scientifiquement constituées, d’après des observations remontant déjà à une certaine antiquité ; que depuis ce temps leurs observations s’étaient constamment poursuivies, et que, s’ils n’en avaient peut-être pas conservé la série absolument complète, ils gardaient encore un grand nombre de documents enregistrant des observations échelonnées dans l’espace de près de quinze siècles qui séparait .^ar-i/uAm l’ancien Ae Nabu-liudurri-mur. Or, il y a quarantc-et-un siècles, un peu plus de cent ans avant le roi qui fit rédiger les tables astrologiques dont on a trouvé la copie dans la bibliothèque de Ninive, l’équinoxe était éloigné du point où il se trouve aujourd’hui d’environ 57“, et au temps d’Alexandre seulement de 30* environ. A la première de ces deux époques, le colore du printemps était
près des Pléiades, à la seconde voisin de la longitude de p du Bélier. Il est bien difficile de croire que les Chiildéens ne se soient pas aperçus d’un tel changement.
Sans doute on attribue généralement à Hipparquo la découverte de la précession des équinoxes, car il fut le premier à la révéler aux Grecs. Mais nous nous sentons porté à croire, avec M. Oppert (Histoire des empires de Chaldée et d’Assyrie, p. 34), qu’en cela, comme en beaucoup d’autres choses, ce grandastronomedut être lediscipledesChaldéens, dont il avait étudié les travaux avec une attention toute particulière. La précession annuelle est en réalité de oO secondes, et le cycle complet, jusqu’au retour du point équinoctial à sa position première, est de 26000 ans. Mais l’imperfection des méthodes antiques d’observation, le manque d’instruments de précision, l’obligation de se servir exclusivement de l’œil nu, ne permettaient pas aux anciens de mesurer la précession annuelle avec la même exactitude que les astronomes modernes. Hipparqïie, qui certainement, s’il ne découvrit pas le premier ce grand fait céleste, en perfectionna le calcul, évalua la précession pour chaque année entre 36 et 39 seconde.s. Si les Chaldéens eurent connaissance du même fait, leur évaluation dut certainement être moins près de la réalité. Admettons pour un instant qu’ils aient observé la précession des équinoxes et qu’ils l’aient estimée pour chaque année à 30 secondes de l’écliptique, ce qu’ils devaient être assez disposés à faire dans leur préoccupation de retrouver partout des chiffres se rattachant à leur système de numération sexagésimale, la durée complète du cycle se serait trouvée pour eux être précisément de 43200 ans; par conséquent notre jour cosmique, la grande période chronologique de 12 sares, n’aurait pas été autre chose que le temps admis dans les calculs des Chaldéens pour l’accomplissement de la révolution au bout
laquelle le point équinoxial, se déplaçant tous les ans de quelques secondes sur le cercle de l’écliptique, revient à sa position première.
5] Voy. le récit du déluge dans les fragm. 1 5 et 1 6.
6] A partir d’ici le texte arménien est conforme au texte grec emprunté à Eusèbe par le Syncelle, qui constitue notre fragm. 10. Il faut aussi comparer la rédaction du même récit par Abydène, fragm. 1 1 .
7] Le manuscrit arménien, suivant la remarque de Mai, porte tantôt Panlibibla et tantôt Pautibibla ; on remarque les mêmes variations dans le manuscrit du texte grec. Mais la véritable leçon est sans contredit navriêiêXa, comme tous les éditeurs l’ont reconnu.
Ce nom de « la ville de tous les livres » a été considéré, avec juste raison, par les interprètes même, les plus anciens du texte grec d’ Eusèbe comme la traduction du nom d’une cité de la Babylonie que la Bible écrit D^ISD : II Reg. XVlI,2i;XVlII,34;XlX,13;ls.XXXVI,1‘J;XXXVlI, 13, nom qui dérive en effet manifestement de la racine 'ISD scripsü, ")SD liher. Ptolémée (V, 18, 7) l’appelle SiTTipafa, et dans les fragm. 15 et! 6, nous trouverons Si-irâpa. Plii le (Hisl. nal. VI, 30j écrit le nom H ipparenum et cite cette ville, avec Babylone, Borsippa (liarsip) et Orchoé ( Umk), comme une de celles où le sacerdoce chaldéen avait
ses écoles. Strabon (XVI, p. 739) ne nomme queBorsippa etOrchoé ; mais au temps de ^ar-yukin les écoles et les collèges sacerdotaux étaient à Sipar, Nipur, Babylone et Barsip : Fastes, 1. 134 et 13o.
Le nom de la ville est en eflfet Sipar dans les textes cunéiformes, et ceux-ci nous enseignent l’origine de la forme plurielle D’IISD employée par la ville. La cité se divisait en effet en deux villes distinctes, que séparait le canal Na’ar-Aganê. (Voyez la note 4 du fragment 1.) Ces deux villes s’appelaient Sipar sa Samas et Sipar sa Anunü: W. A. I. I, 69. La première « Sipar du Soleil, » est la iroli?
ïiinrâpoi; de notre fragment 15; la seconde, «Sipar de la déesse Anwiit, » une des épouses du Soleil, s’appelait aussi Aganê.
Sipar dérive effectivement de la racine *1SD et signifie ila ville du livre. » Ce nom tient bien évidemment aux traditions mythologiques sur la révélation des livres sacrés au début de l’humanité, et l’on remarquera que dans le récit de Bérose tous les rois antédiluviens, sous lesquels se produisent de nouvelles théophanies complétant ces livres, sont dits originaires de nawiêtêXa, c’est-à-dire de Sipar. Nous verrons aussi, fragm. 15 et 16, que c’est dans cette ville que Xisuthrus enfouit, au moment du déluge, les tablettes où il consigne l’ensemble des révélations d’^nw. Dans la Palestine chananéenne, avant la conquête Israélite, nous trouvons aussi une ville de12D"nnp (Jos., XV, 1 4) , appelée en môme temps ^31 ou , c’est-à-dire «le sanctuaire. » (Jos. X, 39 et XXI, H). Elle devait' sans doute son nom à une tradition semblable.
8] La véritable leçon est ’Awn^wvoç, comme nous le lisons
(lansle texte grec des fragm. lüet H . Ainsique nousl’avons déjà dit ailleurs (Essai sur un document mathématique chaldéen, p. 13S), ce nom est Anu-data, « Oannès loi » et concorde avec le nom idéographique du même dieu, «dieuloi,»pour le présenter, comme lui-même, la personnification de la loi qu’il vient révéler aux hommes. Cette notion de la loi éternelle de l’univers, et par suite de la loi religieuse qui en est le reflet, personnifiée comme étant clle-mcme une divinité, est essentiellement propre aux religions du bassin de l’Euphrate et de la Syrie. Dans les précieux renseignements que fournissent les extraits de Sanchoniathon sur la mythologie phénicienne, nous rencontrons (p. 42, ed. Orelli) le personnage de ©oupw !i (itTovoixacOeîca Xoûaapôt;, « la Loi, miD appelée aussi l’Harmonie, rni£?n » • voy. Movers, DiePhœnizier, 1. 1, p. 208 et suiv ; Renan, 4/ém. de T Acad, des Inscr. nouv. sér., t. XXI II, 2" part. p. 280 ; et notre Légende deCadmus et les établissements phéniciens en Grèce, p 51 . A cette déesse est associé SoupjAoûêviXoî, c’est-à-dire « les pré-
ceptes de Baal » : Renan, loc. cit.
’Awrl^tüToç est donc, ainsi que l’indique aussi la forme sous laquelle le décrit Bérose, une nouvelle théoplianie à'Anu. Il en est de même des autres êtres monstrueux de même nature dont notre historien de la Chaklée enregistre l’apparition sous diflérents rois antédiluviens et qui tous jouent également le rôle de révélateurs de la loi. Le fragm. 10 appelle chacun d’eux ’Awy;5(>)T04, le fragm. 11 leur donne des noms divers, qui tous, nous le verrons à l’occasion de ce fragment, se composent de celui d’^nu suivi d’une épithète qualificative. Cela fait en tout six manifestations successives du dieu. Par une ingénieuse conjecture, Movers suppose que ce chifire est en rapport avec le nombre des livres sacrés que le sacerdoce de Babylone conser-
Tait comme l’expression de la loi révélée dès l’origine des choses et qui constituaient un véritable hexateuque chaldéen: Movers, Die Phainizier, 1. 1, p. 93 et suiv.
9] C'est des flots de la mer Erythrée que sort le premier Anu, c’est du sein de la même mer que se produisent toutes les autres apparitions révélatrices de la loi religieuse. Ceci ne tient pas seulement au caractère ichthyomorphe du dieu par lequel se fait la révélation, du dieu qui est la loi même, et à ses rapports essentiels avec l’abîme primordial ; le mythe doit contenir une certaine part de réminiscences historiques sur l’importance que les sanctuaires religieux situés sur le golfe persique eurent dans la formation des institutions sacrées et des doctrines de la Babylonie. J’ai étudié spécialement à ce sujet les faits relatifs à l’île de Dilvun, située à quelque distance de l’embouchure commune de l’Euphrate et du Tigre, sur la côte d’Elam : Essai sur un document mathématique chaldéen, p. 123-135. Le monument même qui m’a conduit à ces recherches appelle le système de numération sexagésimale, dont nous parlions tout à l’heure, « le comput de Dilvun ; » dans une tablette mythologique du Musée Britannique plusieurs des dieux les plus importants de la religion chaldéo-assyrieune, I\abu et Zarpanit, sont qualifiés comme a les dieux de Dilvun » : AV. A. I. il, 54, 5. Tout ceci montre dans la cité insulaire de Dilvun un des centres et des foyers primitifs de la vieille culture à la fois religieuse et scientifique qui se développa d’abord dans laChaldéeet rayonna ensuite sur l’Assyrie, en remontant le cours du Tigre. Ainsi des faits d’un caractère historique précis se joignent aux mythes des apparitions du dieu Anu pour faire
chercher sur les bords et dans les îles de la Mer Erytlirée les premiers sanctuaires et les premierscolléges sacerdotaux où s’organisa, dans une antiquité prodigieusement reculée, le système religieux des Chaldéo-Assyriens et où se fondèrent les connaissances mathématiques et astronomiques qui y tenaient une si grande place.
Il y aurait une étude spéciale h faire sur le rôle sacré des îles voisines de la côte dans l’histoire primitive et les origines de la civilisation des populations chamitiques du rameau kouschite qui occupèrent autrefois les rivages de la Mer Erythrée et y eurent leur berceau, les èumein ou Kouschites de Clialdée, les Chananéens et les Adites ou premiers Sabéens du Yémen. Il faudrait comparer aux faits que nous avons constatés dans l’île de Düvun, par rapport à la Chaldée, ceux qui ont trait au rôle que joua dans les débuts de la civilisation de l’Arabie méridionale et del’ Abyssinie, entre lesquelles elle se trouvait située, l’ile de Dioscoride ou Socotora, Dvtpa Sukhatara: Lassen, Indische Aller Ihumskunde, t. II, p. 580 et suiv.; Humboldt, Cosmos, t. II, p. 161 et 252. Il faudrait surtout se souvenir de ce que dans les données conservées par Strabon (XVI. p. 766) sur la patrie première des Chananéens au Golfe Persique, données foncièrement conformes à celles qu’Hérodote (I, 1 ; V, 89; cf. Justin. XVIII, 3) avait recueillies de la bouche des Phéniciens eux-mêmes, les deux plus antiques sanctuaires de la race se trouvaient placés dans les iles de Tylos et d’Aradus — deux des îles Bahreïn actuelles — que reproduisirent plus tard dans la nouvelle patrie des Phéniciens sur la Méditerranée, les îles de Tyr et d’Aradus. Les extraits de Sanchoniathon (P. 18, ed. Orelli) contiennent, sur la situation insulaire du temple de Melkarth tyrien, tout un récit mythologique, qui dut probiiblemeut s’appliquer d’abord à lu Tyr du golfe persique
avant de s’appliquer à la Tyr de la Méditerranée. On ne saurait douter en effet que ce ne soit une cause religieuse, tenant au dogme de l’origine de toutes choses dans le principe humide, qui ait déterminé la situation de ces sanctuaires primitifs dans des îles. L’idée du temple s’élevant au milieu des eaxix avait im caractère tellement sacré dans le groupe de religions qui embrassait la Chaldée, l’Assyrie, la Phénicie et le Yémen, que dans certaines localités continentales, comme à Hiérapolis ou Bambycc, on avait créé un étang artificiel pour y placer au milieu le temple dans une île : Lucian. De dea Syr. 45.
On doit établir aussi un rapport entre les conceptions d’où découlait un pareil usage et le développement maritime de l’antique civilisation des Kouschites. « Il faut rapporter à eux, dit le baron d’Eckstein (Athénœum français, 22 avril 1854), les commencements de la navigation ; l’Indus, ainsi que l’Euphrate réuni au Tigre, leur doivent une primitive exploration. Il en est de même de la navigation maritime. Depuis les couches de l’Indus, lescôtes du Catsch, du Guzerate, du Concan et du Malabar; depuis les rivages de la Gédrosie, de la Caramanie, de la Perside, ainsi que par tous les contours du golfe Persique, il y a une succession d’exploits mythologiques qui remontent à eux comme à leur principe. Ils longent les côtes de l’Arabie jusqu’aux rives de l’Afrique éthiopienne, où ils s’étendent vers la région de Sofala ; ils pénètrent par le détroit de Bab-el-madeb et s’avancent jusqu’à l’extrémité du golfe Elamitique. Leur activité franchit ces bornes. Nous pouvons les suivre sur la route de la Méditerranée, depuis le Delta de l'Egypte jusqu’à Joppé, sur les rivages de la Palestine. S’ils se signalent dans les traditions d’une Grèce primitive, d’une Grèce antérieure aux peuples qui lui ont donné le nom, nous les y rencontrons sous le nom d’ Ethiopiens et de Cé-
phènes ; ils y remontent à travers les îles de la Grèce jusque dans le voisinage du Pont-Euxin. Là sont du côté de l’occident leurs extrêmes limites, là sont leurs bornes. »
11 est bon, du reste, de lire tout le travail où le baron d’Eckstein a développé avec une science ingénieuse et pénétrante les traits principaux de ce tableau des primitives navigations kouschites. Le déchiffrement des textes cunéiformes permettrait aujourd’hui d’y joindre quelques données nouvelles au sujet de l’antique importance maritime d’f/r et des navigations commerciales des Chaldéens du premier empire, signalées par M. George Rawlinson (The five great monarchies, 1. 1, p. 137). Une tablette de la bibliotlièque du palais de Ninive énumère les principales espèces de vaisseaux connues des Assyriens (W. A. I. ii, 46, 1, col. 2, 1. 3-10) ; ce sont les vaisseaux d'Ur, d'Akkad, de Dilvun, de Makkan, de Melu-/yj, (portion occidentale du Delta) , de Nihi et de XaUi (la Syrie).
10] Vox armeniaca (quam inlerprelamur monstra) est IDSGHABAKIGH, eaque derivalur ex lusiGO, lenis, et barigh, quod est a verbo barem, choreas agitare : quasi igitur dicas lenem saltatorem. T amen Armeniorum anliqua glossaria hanc vocem explicant formam partim muliebrem partim volatilem. Sed enim indivinis Bibliis Isaia XIII, 22; XXXIV , 14, quo loco Graeci habent ôvojcevTaupoi, interprètes Armenii scribunt iüsghabarigh. DeniqueEznichius cap. XXI V, ait : iusguabarigu in maceriis habitare feruntur ; hi graece hippotauri appellantur. Idcirco et Chorenensem Wistoni interpretantur Hist. II, 60 ; Aut Lapitharum et Centaurorum de Pirithoi nuptus certamina ; quo loco est lUSGHABARGUAZ. (mAI.)
11] Le texte grec du fragm. 10 porte ici ’Aw/î^otov TîT*pTov. C’est la vraie leçon, comme nous le montrerons à cette occasion.
12] Le texte grec du fragm. 1 0 porte également Ihîaxwv. Ceci induirait à penser à une apparition de Dat/an ou tlct-Dayan, qui est aussi un dieu ichtliyoniorphe, venant couronner la série des théophanies. Mais dans le fragm. 11, où nous avons l’extrait qu’Abydène avait fait du même passage de Bérose, le dernier des hommes-poissons divins est appelé ’Avcoâa<po;, ce qui révèle une septième manifestation d’Anu désignée par un titre particulier, chose beaucoup plus vraisemblable que l’intervention inattendue de Bel-Dagan. Il est donc probable que Bérose avait écrit originairement ’Avû^aipo; ou ’Avw^«<pfc)v, altéré d’abord en ’Avw(^axo; ou ’Avwfîajwdv, et que les auteurs de certains extraits auront altéré de nouveau ce nom en par suite de sa ressemblance avec celui de Dagon, le dieu ichthyomorphe des Philistins, beaucoup plus connu des Grecs que les théophanies successives d’i4nu dans la . tradition babylonienne.
1 3] Codex anneniacus lum hic tum inferius habel in teætu Amen phsinum, sed in margine Amemphsinum. (mai.)
I l] Le texte grec du fragm. 10 porte èx Aafâyy wv. Les récits du baril de Nabu'na'id découvert à Mougheïr, l’an-
cienne Ur, récits sur lesquels nous reviendrons dans le commentaire du fragm. lo, et particulièrement ce qui est dit dans la deuxième colonne de ce document (W. A. I. l, 69, voy. Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 273 et suiv.) ne permettent pas de douter que la ville antédiluvienne de Larancha ne soit celle que les inscriptions cunéiformes appellent iMrsam (W. A. 1. i, 6S, col. 2, 1. 42) et Larsa ÇW. A. I. II, SO), la Senkereh de nos jours :
tvoy. Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 266 et suiv. Le nom religieux et idéographique de cette cité est « la ville du Soleil et delaLune. » Son principal temple était - consacré au dieu Éamas et portait le nom, d’origine évi- ^ demment accadienne, de Parra. Il fut bâti d’abord, comme * la plupart des temples de la Chaldée, par le vieux roi consy tructeur Ur-Xammu (W. A. 1. 1, 1, 7), puis réparé, toujours du temps de l’ancien empire chaldéen, par Xammujg^rabiÇW. A. 1. 1, 4, lo, 2) et par Burna-Buryas (W. A. I. I, 4, 13). Bien des siècles après, au moment le plus florissant du nouvel empire de Babylone, Nabu-kudurri-usur entreprit une grande restauration de ce temple (W. A. I. . I, 51 , 2 ; 52, 5 ; 65, col. 2,1. 42-43), laquelle fut terminée ' par Nabu-na’id (W. A. I. l, 68, 4), bien peu avant que Cynis ne mit fin à la puissance des Chaldéens. Sur l’état actuel des ruines de Senkereh, voy. Loftus, Travels in Chaldœa and Susiana, p. 244-273.
15] Inmarginearm. chaldæum, in teœtu chaldæis.(HAl.
16] Même observation.
17] Nous avons dit tout à l’heure, dans la note 4, que les noms de ces dix rois antédiluviens présentaient un caractère sidéral et zodiacal incontestable à nos yenx. Mais la démonstration de ce point exige l’examen préjudiciel d’une autre question, celle de l’origine chaldéenne du zodiaque. Cette grave et importante question a été spécialement étudiée, d’après les témoignages de la littérature classiqTie, par Ideler, dans les Mémoires de l’Académie de Berlin pour 1838, par Letronne, dans le Journal des savants de 1839, et par M. Guigniaut, dans sa note 3* sur le livre IV de la Symbolique de Creuzer : Religions de F antiquité, t. II, 2* part. p. 896 et suiv. Que les Clialdéens aient inventé la division du cercle zodiacal en douze parties égales, correspondant aux douze mois de l’année, tous ces maîtres de la science le reconnaissent également, car la chose est attestée d’une manière formelle par les anciens : Diod. Sic. II, 30 ; Sext. Empiric. Adv. astrolog. p. 342. Mais ils sont divisés sur l’origine des figures et des noms attachés à ces dodécatémories. Ideler et M. Guigniaut regardent les signes du zodiaque adoptés par les Grecs comme leur étant venus de Babylone ; Letronne les croit de pure invention grecque. Quelque talent et quelque ingénieuse finesse de critique qu’il ait déployées pour la défense de cette thèse, elle nous paraît fausse, et nous croyons que l’étude directe des monuments chaldéo-assyriens apporte dès à présent des preuves nombreuses et décisives en faveur de l’opinion d’Ideler et de M. Guigniaut. En un mot, nous regardons, nous aussi, les signes du zodiaque, noms et figures, comme originaires de la Chaldée, à l’exception toutefois de la balance, puisque ce signe n’a été introduit chez les Grecs que dans le II* siècle avant notre ère, et qu’Eudoxe, Archimède, Autolycus, Aratus, Hipparque, le désignaient comme les pinces, du scorpion ; la démonstration
de Letronne est tont à fait décisive sur ce point. Nous avons déjà cité quelques-uns des arguments nouveaux sur lesquels se fonde notre conviction, dans \q?, Comples-rendus de r Académie des Inscriptions, 1868, p. 3'20-3*22. Mais nous en avons aujourd’hui un plus grand nombre encore a faire valoir, et des arguments qui nous paraissent ne pas laisser place au doute.
Disons d’abord que le zodiaque est plusieurs fois mentionné dans les textes cunéiformes, surtout au milieu des titres religieux, et qu’il y est appelé /arranu, « le chemin » du soleil, de là le surnom de Bel yflrran, t seigneur du » zodiaque, » donné à plusieurs dieux. Nous ignorons le mot qui désignait dans la langue le signe zodiacal, mais nous en connaissons d’une manière positive l’expression idéographique, ; c’est le signe qui veut dire« tableau, image. » Sin est qualifié tantôt de « dieu du mois, » tantôt de a dieu du signe zodiacal. »
Parmi les noms idéographiques et sacrés des mois du calendrier chaldéo-assyrien, nous remarquerons que le second de l'année, airu, est appelé « le mois du taureau, » comme en perse thuravdhara ; or ce nom correspond exactement avec celui du signe où le soleil se trouvait à ce moment de l’année. La constellation du taureau est aussi formellement nommée dans les tablettes astronomiques delà bibliothèque d'Àüur-bani-pal. Malheureusement il n’a encore été publié qu'une partie de ces tablettes ; d’ailleurs elles n’ont été l’objet d’aucun travail approfondi, et leur explication, l’identification des nombreux catastérismes qui y sont nommés, semble présenter jusqu’à présent des difficultés insurmontables. On en distingue pourtant dès maintenant quelques-uns qui sont nommés de la même manière que les constellations d’après lesquelles les divisions du zodiaque grec ont reçu leurs
appellations ; ce sont, outre le taureau, le bélier et le lion.
Mais ce sont surtout les monuments figurés qui apportent de précieuses preuves de l’existence des signes du zodiaque chez les anciens Babyloniens, et de l’identité de ces signes avec ceux que les Grecs admirent plus tard. Déjà M. Guigniaut, dans l’article CRkLDéî,deY Encyclopédienour velle, a remarqué que, parmi les symboles astronomiques ou plutôt astrologiques qui occupent la partie supérieure du célèbre monument connu sous le nom de Caillou Michaux, se trouvent « deux des figures des signes du zodiaque » : Millin, Monuments antiques inédits, pl. IX ; Münter, Religion der Babylonier, pl. 111. Nous croyons même que le savant académicien n’a pas assez dit, car ce n’est pas deux, c’est quatre de ces figures que nous reconnaissons sur le Caillou Michaux : à la rangée supérieure des symboles la chèvre et le scorpion, à la rangée inférieure la flèche, qui remplace le sagittaire dans le zodiaque indien, puis des eaux se divisant en deux branches, qui doivent correspondre au Verseau. Ce sont les quatre signes successifs des mois de la saison pluvieuse, aray^-samna, kisüivu, labituv et sobalu. Les même figures et les mêmes symboles se retrouvent, bien qu’un peu autrement disposés, sur les monuments analogues que possède le Musée Britannique : W. A. L. III, 45. On saitaujourd’hui par l’étude de leurs inscriptions, (W. A. 1. 1, 70 ; III, 41 et 43), et surtout par la traduction de celles du Caillou Michaux que M. Oppert a publiée en 1856 dans le Bulletin archéologique de V Athénacum français ; on sait, dis-je, que ces monuments ont été faits pour être déposés sous la borne de fonds de terre, qu’ils contiennent l’énoncé de l’arpentage de la propriété, suivi d’imprécations appelant la vengeance de tous les dieux sur celui qui ne respecterait pas ces limites. Or, le dernier des mois dont les signes zodiacaux y sont figu-
rés, iaéa/K =le verseau, porte le nom idéographique et religieux de « mois de l’arpentage, » parce que les prescriptions sacrées commandaient de placer dans ce moislesopérations de mesurage des terres qu’on pouvait avoir à faire.
On ne possède que des dessins bien imparfaits de la fameuse a pierre noire » de Suse, regardée encore par les habitants actuels du Khouzistân comme leur palladium, et dont une des faces est couverte d’images symboliques, au sommet desquelles se montre le croissant de la lune entre deux astres, tandis que l’autre porte une inscription cunéiforme que l’on n’a pas pu copier : Walpole, Travelsin Turkey, t. II, p. 426; Loftus, Travels in Chaldœaand Susiana, p. 419. Beaucoup des figures, certainement astrologiques, de ce monument demeurent donc douteuses, et il y aurait besoin d’une attentive vérification avant qu’on n’essayât, avec quelques chances de succès, de les expliquer. Cependant nous observerons que, parmi celles qui semblent le plus certaines, sont deux des signes du zodiaque, et, circonstance bien digne d’attention, deux des signes représentés également sur le Caillou Michaux et sur les monuments analogues, le scorpion et la (lèche.
Quiconque a étudié les représentations des cylindres babyloniens sait qu’en général, à côté des sujets religieux qui y sont gravés et en lormeut les représentations principales, le champ de ces pierres est semé de symboles de plus petite dimension, tous d’une nature sidérale et astrologique : le soleil rayonnant, le croissant de la lune, les cinq globes des planètes, les sept étoiles de la Grande Ourse, la croix qui représente les quatre positions du soleil (voy. notre Essai sur un document mathématique chaldéen, notes, p. 145), le grand serpent qui figure aussi sur le Caillou Michaux et par lequel les Babyloniens paraissent avoir symbolysé la voie lactée. A ces .symboles, dont la nature et l’intention
ne peuvent faire l’objet d’un doute, se joignent deux emblèmes religieux d’une nature très-haute et très-compréhensive, le symbole de la divinité suprême par lequel on représente Ilu ou Aséur et l’image du xxeiç, puis un certain nombre de figures, qui toutes, sans exception, sont celles des signes du zodiaque, et sur les différents monuments en présentent la série presque complète.
Voici, en efiet, celles que nous avons relevées sur les cylindres jusqu’à présent publiés. Nous les classons sous les numéros d’ordre que les signes occupaient dans l’année chaldéo-assyrienne et qu’ils avaient conservés chez les Grecs.
1. Le bélier ou Pibea) : Lajard, Culte de Mithra, pl. XVI, n* 1 ; XVII, n» 6; XXVII, n*l ; XXIX, n» 6; LU, n“ 6, LIVA, n» 12.
2. Le taureau : Cullimore, Oriental cylinders, n“ 91 , 92, 106; Lajard, Culte de Mithra, pl. XII, n° 17 ; XXVI, n” 5; XXVII, n" 1 ; XXVIII, nM; XXXII, n* 7 ; LUI, n» 3 ; LVI, n° 8. Quelquefois il est remplacé par un taureau à face humaine.
3. Les gémeaux, représentés par deux petites figures viriles superposées : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXXIX, n“ S. Le plus souvent ces deux figures sont placées en sens inverse, les pieds opposés : Cullimore, Oriental cylinders, n** 65, 75 et 91 ; Lajard, Culte de Mithra, pl. XXVI, n" 1 et 8 ; XXVII, n° 5 ; LIVA, n° 6.
1. Le cancer, figuré comme une écrevisse ou un homard : Lajard, Culte de Mithra, pl. LUI, n° 3 ; LXII, n*l.
5. Le /ion : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXXVIII, n° l; LU, n°6; LUI, n° 3 ; LVI, n° 8. On trouve plus habituellement encore le lion dévorant le taureau, à la place de la figure simplede l’animal : Cullimore, Oriental cylinders.
n° 94; Lajard, Culte de Mithra, pl. XXVI, n° i ; XXVII, n» 2; XXXIII, n° 5; LUI, n“ 6.
8. Le scorpion : Lajard, Culte de Mitlira, pl. XXVII, n" 10; XXXI, n" 2; XXXVII, n» 6; LUI, n” 3 et 4; LXII, n° 4.
9. Le sagittaire, représente dans deux exemples par un archer tirant de [arc : Lajard, Culte de Mithra, pl. XIII, n* 8; LIV A, n° 12. Dans d’autres exemples il est exprimé par la flèche, comme sur le Caillou Michaux et la Pierre noire de Suse : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXIX, n° 2.
10. La chèvre : Cnllimore, Oriental cylinders, n° 107 ; Lajard, Culte de Mithra, p\. XXVIII, n° 5; XXXIV, n° 2; XXXV, n° 3 ; LUI, n” 6. Très-fréquemment la partie postérieure du corps de la chèvre se termine en queue de poisson, comme dans la figure adoptée par les Grecs : Cullimore, Oriental cylinders, n*' 29, 31, 32, 93 : Lajard, Culte de Mithra, pl. XVI, no 3 ; LIV A, n° 1 ; LIV B, n“ 7.
1 1 . Le Verseau représenté une fois par un dieu coiffé de la tiare, qui verse les eaux : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXXV, n“ 4 : plus souvent par un vase (Toù coule de l'eau : Cullimore, Oriental cylinders, n°* 130 et 131 : Lajard, Cu/(e de Mithra, pl. XXXV, n® 3; pl. LIV B, n® 7.
12. Un ou deux poissons : Cullimore, Oriental cylinders, n" 19, 28, 88, 106, 113, 129, 154 : Lajard, Culte de Mithra, pl. XVI, n® 5; XVII, n» 6; XXVII, n” 2 et 5; XXVIII, no 6; XXIX, n®* 2 et 7; XXXI, n" 5; XXXII, n® 5; XXXV, n°‘ 3 et 7 ; L, n® 2.
Les cylindres nous offrent ainsi toutes les figures des si gnes du zodiaque, moins la vierge et le signe qu’ont remplacé chez les Grecs d’abord les pinces du scorpion, puis la balance. Mais sur un de ces monuments (Lajard, Culte de Mithra, pl. LUI, n®6) nous voyons au-dessous delarepré-
sentation des dieux des cinq planètes un second registre de figures, que toutes les vraisemblances indiquent comme zodiacales. Deux nous sont déjà connues et ne peuvent faire l’objet d’un doute; cesont/e/ibn dévorant le taureau et la chèvre; les deux autres consistent dans un buste de femme porté sur un corps de poisson, qui pourrait bien répondre à la vierge, et un lion ailé et cornu, que nous serions fort tenté de considérer comme ayant été le septième signe du zodiaque chaldéen. Ce lion ailé, qu’il ne faut pas, comme on le voit, confondre avec le simple lion, se retrouve sur un certain nombre de cylindres dans les mêmes conditions que les autres figures zodiacales : Lajard, Culte deMühra, pl. XVII, n“ 6, 8 et 9. On le voit aussi remplacé par \m griffon : Lajard, Culte de Mithra, pl. XXVIII, n® 2; LIVA, n" 12.
Diodore (II, 30) nous apprend qu’à chaque mois et à chaque signe présidait un des douze grands dieux qu’on appelait « maîtres » ou « seigneurs des dieux, » Ôtwvjvjpioi. C’étaient ceux dont nous nous sommes occupés dans le commentaire du fragm. 1 : Ilu, Anu, Bel, Nisruk, Éin, Éamasj Bin, Adar, Marduk, Istar et Nabu.
Malheureusement nous ne savons que pour quatre d’entre eux quels étaient le mois et le signe placés sous leur tutelle. Des textes positifs mettent la constellation du taureau en rapport avec Adar: voy. H. Rawlinson, dons la dissertation jointe au tome I" de l’IIérodote anglais, p. 621. Sa planète, Saturne, s’appelle, avons-nous déjà dit, « le taureau du soleil, » atap Samas, ou peut-être, car cette lecture serait admissible, « le taureau de la lumière, » alap ur. Il était donc le dieu qui présidait au signe nommé d’après la constellation du taureau et au mois correspondant, airu. Nabu-kudurri-usur, dans une inscription, dit que le mois de nisannu était consacré h Hu comme ouvrant
la marche (le l’iiniuîe: W, A. 1. 1, 54, col. 2, 1. 5t-65; c’était donc ce dieu suprême qui avait le signe du bélier sous sa garde. Le mois de sivanu appartenait à Sin, et par suite le signe des gémeaux: W. A. 1. 1, 36. Le lion étant l’emblème et la figure meme de Airgal, on peut supposer que c’était ce dieu qui gouvernait le signe du lion et le mois d’a6w, et en effet Sar-yukin, dans l’inscription des barils de Khorsabad, (W.A.I.i, 30, 1. 51) semble clairement le caractériser comme le « dieu igné, dissipant les nuées humides, » musbil ambale ralupte, auquel appartenait le cinquième mois». J’ajoute, mais ici je ne suis plus que sur le terrain de l’hypothèse, que le signe de la vierge, d’après son nom môme, doit vraisemblablement avoir été consacré à la seule divinité féminine que comprît le cycle des douze dieux en question, lüar assimilée à Belil. Il semble aussi qu’il y ait un rapprochement à faire entre le signe du verseau, figuré, comme nous venons de le dire, par un dieu qui répand les eaux, et le personnage divin de Bin, auquel appartient le surnom de (( l’inondateur » et que Nabu-kudurri-u-mr appelle dans une inscription muSnznin zunnuv nuySu ina matya, « celui qui répand sur mon pays la pluie (source) de l’abondance » : W. A. 1. 1, 55, col, 4, 1, 57 et 58. On voit que cette répartition des mois et des signes du zodiaque entre les douze Oeôiv xûpiot n’avait, quoique en aient pensé quelques savants, aucun rapport avec le système astrologique postérieur de la division des signes en deux séries de six, les uns solaires, les autres lunaires, dans chacune desquelles ils sont attribués aux planètes: Porphyr. De anlr. Nymph. 22.
Après ces observations préliminaires, qui étaient absolument indispensables pour établir l’existence des figures du zodiaque chez les Babyloniens, et par suite la légitimité des conjectures que nous avons à proposer au sujet des dix
rois antédiluviens qu’admettait la tradition chaldcenne conservée par Bérose, nous en venons à ces rois eux-mêmes et à leur caractère astronomique et zodiacal.
Ce caractère, lié manifestement à la conception d’une nouvelle et grande révolution cosmitjue, supérieure à la période de 432000 ans et dont celle-ci ne serait que le douzième, me paraît tout d’abord établi par deux faits. Le premier est que si la légende mythologique a donné des durées differentes aux règnes des monarques antédiluviens, la somme totale des chiffres qui leur sont attribués forme juste autant de périodes de 42 sares ou de 43200 ans qu’ils sont de rois, coïncidence qui ne saurait être fortuite. Le second est que le déluge arrive précisément sous le roi dont le numéro d’ordre correspond au signe de la saison pluvieuse par excellence, le capricorne, et dans l’année ordinaire au mois dont le nom idéographique et sacré est « le mois de la pluie. » Sénèque {Quaest. natur. III, 29), affirme, d’après Bérose, comme une doctrine de la science religieuse des Chaldéens la périodicité des déluges et des conflagrations de la terre : Arsura enim lerrena, dit-il, quando omnia sidéra, quae nunc diversos aguni cursus in cancrum convenerinl, sic sub eodetn posita vestigia, ut recta linea exire per orbes omnium possit, inundationem futuram quum eadem sideriim turba in capricornum conoenent. Ainsi les déluges devaient revenir périodiquement, suivant les idées des Chaldéens, toutes les fois que les cinq planètes, le soleil et la lune se trouvaient en conjonction dans le dixième signe du zodiaque, de même que dans la légende historico-religieuse le déluge par excellence, celui dont l’humanité avait conservé le souvenir, tombait sous le dixième roi après la création du monde. Ceci indique bien clairement que les rois mythiques en question correspondent aux signes du zodiaque et représentent dans le temps
les divisions duodécimales de la révolution que l’on supposait ramener ces conjonctions décisives d’où sortaient les déluges et les conflagrations.
L’étude des noms mêmes donnés aux rois antédiluviens, au moins de ceux dont on peut restituer avec vraisemblance la forme originale, vient encore confirmer cette manière de voir. Malheureusement nous ne sommes rien moins que sûrs de la forme que ces noms avaient dans le texte primitif de Bérose. Les diflférents extraits présentent quelques variantes, et il est assez probable que les copies successives y auront introduit des altérations, comme il est arrivé généralement dans les noms qu’on ne comprenait pas.
Quoiqu’il en soit, voici la liste de ces noms, avec les variantes qu’offrent les différents textes des fragm. 9, 10 et 11, mis en regard de la désignation des signes auxquels nous croyons qu’ils correspondent d’après leur ordre :