‹ Essai de commentaire des fragments cosmogoniques de Bérose d'après les textes cunéiformes et les monuments de l'art asiatiqueChapitre 7 sur 70 · Capricorne. ïîcouôpo;. Xisuthrus. StaouOpoî. StoiOpoç · texte numérisé non relu

Capricorne. ïîcouôpo;. Xisuthrus. StaouOpoî. StoiOpoç

Les deux premiers sont certains et leur forme ne doit pas avoir subi d’altération, car nous y trouvons les mots mêmes qui dans la langue assyrienne désignaient les figures affectées aux deux premières dodécatémories, ail, « bélier, » olap, « taureau ; » quant à la finale npoç etapof,

il semble bien qu’on soit en droit d’y reconnaître le mot ur a lumière. » Nous avons donc Aü-ur, « bélier de lumière, » et Alap-ur, a taureau de lumière » : voy. notre Essai sur un document mathématique chaldéen, p. 36 ; et ces deux noms à eux seuls sont décisifs pour le caractère de la liste.

Mais par malheur les autres ne sont pas aussi clairs. Pour le troisième, correspondant aux gémeaux, deux formes différentes sont fournies, entre lesquelles nous n’osons pas prononcer, mais que l’une et l’autre nous paraissent contenir, presque sans altération, le mota6/«, Ssîl, «fils, enfant. » Si la vraie leqon est ’AaTpktov, c’est un pluriel emphatique, ablâni ou abalâni, « les fils. » qui coïncide parfaitement avec le nom des « gémeaux » et avec la figure de ce signe, telle que nous l’avons observée sur les cylindres. Si, au contraire, ilfallaitdonner la préférence à ’AjxtXXapoî, la finale serait encore ur, comme dans les deux précédents, et le nom original devrait être cherché dans Abal-ur, « fils, enfant de lumière. »

Parmi les noms que l’on peut restituer avec une grande vraisemblance, sinon avec certitude, nous rangeons encore celui du quatrième roi. Il correspond au signe du solstice d’été, au moment de la plus grande force du soleil, et, si nous nous souvenons en outre de la croyance des Chaldéens, exprimée dans le passage de Sénèque que nous citions tout à l’heure, au retour périodique de conflagragrations du globe quand tous les astres se trouvent en conjonction dans le signe du cancer, nous n’hésiterons pas à reconnaîtredans ’ApLgivuvlenom jÇamnwinu, <le brûlant, * identique au phénicien : voy. Movers, Die Phœnizier, t. 1, p. 346. C’est ainsi que Théophraste (De/apût. p. 394, ed. Heynse; et. Plin. Hisl. not., XXVII, 19) appelle ’Afjqxâvoi et Sanchoniathon (p. 6, ed. Orelli) ’Afipwvea les pierres divines, comme celles du templede Melkurth à Tyr,

que les Phéniciens nommaient D’,3Dn : voy. Movers, Die Phœnizier, t. I, p. 344 et suiv. Le nom de Xammu que le soleil reçoit quelquefois dans les textes babyloniens, et qui, par exemple, entre en composition dans le nom du vieux roi Ur-Xammu, parait désigner l’astre du jour au moment du solstice, lorsqu’il est dans le signe du cancer.

Je m’arrête, sans tenter l’explication des noms qui suivent et en me bornant à ceux-ci, lesquels suffisent pour achever d’établir le caractère de la liste. Les noms qui resteraient à étudier présentent en effet de grandes difficultés, et nous ne pourrions produire à leur sujet que des conjectures par trop dépourvues d’un fondement solide. Or, depuis que les études d’antiquité orientale sont entrées dans la voie de progrès raj»ides où elles se trouvent aujourd’hui, on a vu les combinaisons les plus ingénieuses pour restituer les noms que nous ne possédons que dans les transcriptions grecques être trop de fois démenties par les faits pour ne pas devenir à ce point de vue d’une extrême prudence. Trop d’éléments nous manquent d’ailleurs pour la solution du problème. Nous ignorons les noms chaldéoassyriens des catasterismes au moyen desquels on désignait les signes du zodiaque auxquels correspondent les rois antédiluviens dont nous aurions maintenant à examiner les appellations ; ainsi nous ne savons pas comment se disait « scorpion » dans la langue parlée, et nous ne sommes aucunement sûrs du signe qui répondait à celui qui a été successivement chez les Grecs les pinces du scorpion, puis la balance. D’ailleurs, et ceci est encore un motif de prudence qui s’ajoute à beaucoup d’autres, il est très possible, il est probable même, que dans la liste des rois antédiluviens et dans les noms des signes du zodiaque, comme dans les noms des dieux, quelques vieilles appellations, d’origine accadienne, conservées danslelangage se mêlaient

à celles qui avaient un caractère tout sémitique. Ce qui nous porte d’autant plus à le croire, c’est qu’il se présente à l’esprit un rapprochement séduisant entre le nom de Daos ou Davouus, correspondant au signe de la vierge, et le mot accadien don, « dame, maîtresse, » qui entre comme élément dans le nom de la déesse Davkina .

Ainsi les dix rois antédiluviens sont des personnifications de ces mansions solaires, Trhrû, que les Hébreux infidèles, dans la période de l’influence assyrienne, adoraient avec le soleil, la lune et toute l’armée céleste : II Reg. XXIII, S. Movers l’avait déjà reconnu ; Die Phœnizier, t. I, p. 163. Mais il avait été induit en erreur par la tradition grecque qui reconnaissait le personnage de Deucalion dans le signe du verscau : Ampel. Lib. memor. 2. Concluant qu’il en était de même chez les Babyloniens, il avait assimilé Xisuthrus au verseau, tandis que son rang dans la série à partir du bélier et le témoignage formel de Sénèque, qui d’après Bérose fait revenir périodiquement les déluges sous l’action du capricorne, prouvent (jue c’est à ce dernier signe que correspond Xisuthrus.

Movers s’est aussi aperçu que la durée attribuée aux dix rois en question découle de la conception d’une grande période astronomique de 12 fois 43200 ans, c’est-à-dire en tout de 318400 ans. Mais nous croyons qu’il s’est encore trompé quand il a cru que les Babyloniens admettaient une de ces périodes comme s’étant écoulée entre la création du monde et le déluge , ajoutant ainsi deux douzièmes ou la durée correspondante à deux signes avant les 432000 ans des dix rois antédiluviens.

Sans doute il est évident que l’on admettait un intervalle de temps entre la création et le début des rois Chaldéens, l’avènement d’Alorus. Mais cet intervalle était beaucoup plus long que ne l’a cru le savant Movers ; il était

nécessairement de la moitié de la période totale ou de 259200 ans. En effet la série des rois Chaldéens, comme l’année ordinaire de Bal)ylone, commence avec le signe du bélier, c’est-à-dire avec le moment qui répond dans la grande période à ce qu’est dans la révolution annuelle du soleil l’équinoxe de printemps. Or les Juifs rapportèrent de la captivité de Babylone la croyance, exposée longuement dans le traité talmudique Ros hasanah, que le monde a été créé à l’équinoxe d’automne. C’est d’après cette croyance qu’ils étjiblirent le commencement de leur année civile au 1*' tischri, tandis que leur année religieuse, réglée par la loi mosaïque, débute au 1" nisan. L’idée de la création du monde à l’équinoxe d’automne, c’est-à-dire à l’entrée du soleil dans le signe que nous appelons d’après les Grecs la balance, est certainement l’ancienne doctrine babylonienne, car les Assyriens, comme les Juifs depuis la captivité, avaienten même temps que leur année ordinaire commençant à nisannu une autre année partant, d’après cette doctrine, du mois àelasrituv', c’était l’année éponymique, limmu, qui servait dans la chronologie : voy. Oppert, Revue archéologique, nouv. sér. t. XVIII, p. 316 et suiv. ; et notre Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, 3* édition, t. II, p. 180. Au reste, l’usage de faire commencer l’année à l’équinoxe d’automne, toujours inspiré par la même croyance, était général dès la plus haute antiquité chez tous les peuples de la Syrie : S. Ilieronym. Comment, in Ezech. I, 1 ; 0pp. t. V. p. 6, ed. Veron. Les Abrahamides l’avaient certainement apporté avec eux de la Chaldée, et c’est cet usage qu’ils suivaient jusqu’à Moïse, car dans la Genèse le moment précis de tous les épisodes principaux du déluge est indiqué dans une année commençant à l’équinoxe d’automne : voy. Michaëlis, Commenlalümes, p. 39 et suiv. Lu même année est celle

du livre de Job : voy. Michaclis, Supplctn. ad lexic. hebr. p. 939. Enfin Moïse lui-mônie, tout en introduisant un autre usage, également d’origine babylonienne a laissé subsister une trace manifeste de l’ancien état des choses dans la manière exceptionnelle dont il commande que soit fêtée la néoménie de son septième mois : Levitic. XXIII, 24.

La croyance ayant donc été que rcxistcnce de l’univers organisé avait débuté avec l’équinoxe d’automne et le signe de la balance, et le premier roi antédiluvien de la Chaldée correspondant au signe du bélier, c’est un espace équivalant dans le temps à la moitié du cercle zodiacal, autrement dit six des divisions duodécimales de la grande période de 518400 ans, que les spéculations des docteurs de Babylone admettaient entre l’œuvre de démiurge de Bel et le règne d'Aü-ur ou Alorus. El ceci nous met en présence d’une nouvelle analogie qui n’a jwint encore été signalée entre la cosmogonie de la Genèse et celle des Chaldéens, car ces derniers plaçaient le commencementdes royautés humaines au bout de 6 périodes de 43200 ans chacune ou jours cosmiques, et la Bible fait créer l’homme à la fin du sixième jour : Genes. I, 20-31 .

Des observations qui précèdent, il me paraît résulter que le vrai chiffre admis dans la chronologie mythique des Babyloniens pour l’intervalle entre l’œuvre du démiurge et le déluge était de 691200 ans, dont 259200 avant l’avènement du premier roi chaldéen et 432000 pour lui et ses successeurs.

Syncell., p. 39, B.

npo; TouToiç xa'i ’AitoX'Xô^wfoç ànoitoç toutoi; TepaTeuojjievo; oGt(i) léyei' XaijlTa (i.èv ô B'inpuaao; iuropTide, irpiÜTOv yevéoôai ^oi'Xéa 'AXcopov èk BaSuXùvo; XaXÂaîov ' ^aaiXEÙaai Si sapou; Séxa, xai xaOe^Ti; ’AXaTrapov xa'i ’AjAviXuva TÔv èx IlavTtêtCXcov ' • et Ta ’Aptpiivtùva tov XaX^aîov, è<p’ ou ^viai çavŸivai tÔv (/.uctixÔv* hawniv, Tciv XwYi'SuTOv, èx TÎiç ’EpuSpâî • Srep ’AXiçov^poç irpo- Xaëùv eîpYixe <pavr,vai tG lîpwTw eTei • oûroçSè pteTot oapouç TeoffapaxovTa • ô Ss ’Aêu^ïivo; ® TÔv ^eûrepov ’Awyi'Xotov pteTa capouç eïxooiv é$*‘eTTa MeyàXapov êx IlavTiéiêXwv 'noXetu;, ^oiXeùaai S’aÙTOv oapouç àxTuxaî^exa ■ xai pieTa toùtov Aauvov iroiptéva * èx IlavTiêiéXwv PaotXeùoai oapouç ^éxa. KaTa toùtov ■JcàXiv ÇTiol favtvai èx t^ç ’EpuôpôEç ’AvvtI^otov TeTapTOv 'rtv aÙTTjv toîç avu ejfOVTa Siâôeotv xai tyiv tyôùoç lepôç âvôpuitov* ptt^iv. EÎTa etp^ai Eûe^cüpay^ov èx navTiëi&Xtov, xal PaoiXeùoai oapouç oxTuxat^exa. ’Eiïî TOUTOV ^7|Oiv âXXov çavf,vai èx tï)Ç ’Epuôpâç OaXaoovjç ôpioiov xatcc T71V 1/9Û0Ç Tîpôç âvQpwTtov pti^iv, cj) ôvopta ’ft^axuv®. Tou* Touç Sè (pTiot TzâvTaç Ta ûtco ïîawou xe^aXaiu^ûç ^-/lôèvTa xaToc pte'poç è^TiyTi'oaoôat . Ilept toutou ’Aêu^nvôç où5èv eÎTrev*. EtTa èép^at ’Aptepti{/ivôv XaX^aîov èx Aapâyytov • ^oiXeùoai St aùrôv ôySoov oapouç Stxa. EtTa âpÇat !TlTiixpT>)v XaXSaîov êx Aapoéyj^wv, ^otXeùoat Si oapouç in\ ïiTtapTOu Si TeXeuTvi'oavTOç tÔv ulôv OÙTOÙ Etoouôpov PaotXeùoat oapouç oxTwxat^exa. ’Eicl toutou tÔv ptèyav xaTaxXuopidv ip7)ot ycyev^ofiat. hç ytveoôat ôptoù râvraç ^otXeïç 5èxa, oapouç éxaTÔv eïxoot.

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Après cela, Apollodore, racontatit des choses monstrueuses du même genre, continue :

Bérose atteste que le premier roi fut Alorus de Babylone, Chaldéen. 11 régna dix sarcs et eut pour successeurs Alaparus ftt Amélon de Pantibibla, puis Ammenon le Chaldéen, sous lequel on raconte que l’Oannès mystique, Annédotus, apparut, sortant de la mer Erythrée : c’est celui qu’AJexandrc, devançant l’époque ici indiquée, fait se manifester dans la première année du monde, tandis qu’ Apollodore dit que le second Annédotus se fit voir après quarante sares, et Abydène au bout de vingt-six sares. Ensuite Mégalarus, de la ville de Pantibibla, régna dix-huit sares, et son successeur, le pasteur Daonus de Pantibibla dix sares. Sous ce dernier apparut encore, sortant de la mer Erythrée, un quatrième Annédotus, qui avait la même figure que les autres, mélangée d’homme et de poisson. Vint après Evédorachus de Pantibibla, qui régna dix-huit sares, et du vivant duquel se montra de nouveau hors de la mer Erythrée un quatrième être unissant les deux natures d’homme et de poisson, que l’on nomme Odacon. Tous ces êtres exposèrent en détail, et chapitre à chapitre, les choses qu’Oannès avait révélées sommairement. Abydène ne fait pas mention du dernier. Puis régnèrent Amempsinus de Larancha, Chaldéen, huitième monarque, pendant dix sares, et Otiartès, Chaldéen de Larancha, pendant huit sares. Otiartès étant mort, son fils Xisuthrus tint le sceptre pendant dix-huit sares. C’est sous lui qu’arriva le grand déluge. Eu tout on compte dix rois et cent vingt sares de durée.

1] riavTaêiSXuv, Ms. A de Dindorf.

2] Les manuscrits et le texte habituel portent pTOpôv, qui est absolument impossible. C. Millier propose «îeûrepov Notre correction, que nous sommes loin de donner comme certaine, a dtf moins l’avantage de moins s’écarter de la leçon des manuscrits.

3] Voy. le fragm. H.

4] Ici le Syncelle a complètement confondu les théophanies successives du dieu Anu ou Anu-data, que racontait Bérose, et cette confusion doit être le résultat de l’état où se trouvait déjà le texte dans les divers extraits qu’il avait sous les yeux, émanant de sources différentes. Mais les données mêmes que le chronogrophe byzantin croit devoir mettre en contradiction les unes avec les autres, nous fournissent, au contraire, les moyens de restituer la série de ces manifestations divines. En effet, nous avons vu dans le fragm. 1 qu’en réalité l’opinion des Chaldéens faisait bien apparaître dans la première année du monde, tù ■repwTM érei, le premier Oannès ou Anu. Le chifire de 2H sares,que le Syncelle a tiré d’Abydène et qui ne se lit plus dans notre fragm. 1 , indique que la manifestation d’Annédotus ou du second ^nu était rapportée par Bérose à la première année d’Amménon. Quant à l’apparition d’un être du même genre 40 sares après l’origine des rois, il n’y a pas à douter qu’il ne s’agisse ici d’une troisième théophanie, dont la mention a disparu dans les extraits tels que nous les possédons. Et cette théophanie était certaineiaent inscrite par Alexandre Polyhistor dans la première pé-

riode d’Amélagarus, juste au bout de 40 sares, ce qu’Eusèbe a omis en faisant son extrait et que le Syncelle n’a pas compris.

Nous venons de raisonner d’après les renseignements que fournit la confusion même dans laquelle est tombé le Syncelle. Mais il faut aller plus loin, et nous croyons que la mention d’une théoplianie de plus devait se trouver originairement chez Bérose, bien qu’elle ait disparu des fragments tels que nous les possédons. En effet Abydène, dans notre fragm. 11, dit formellement qu’il y eut, en dehors du premier Oannès, quatre Annédotcs à chacun desquels il donne un nom particulier, et môme avec la remarque que nous venons de fiiire sur la nécessite d’en ajouter un sous Amélagarus, nous n’en trouvons encore que trois. Or, le témoignage d’ Abydène est confirmé, dans le frî^ment même d’Apollodore que nous étudions en ce moment, par la qualification de rétxpn; ’aw/;^o-o; donnée au monstre divin qui apparut sous Daonus. Mais il est à remarquer que la deuxième théophanie est rapportée dans nos fragm. 9 et 10 au règne d'Amménon, le troisième des rois antédiluviens, tandis que dans l’extrait d’Abydène elle est inscrite au règne du second, Amillarus ou Amélon. Cette divergence me paraît résulter de ce que deux apparitions, qui étaient bien distinctes dans le texte primitif de Bérose et qui complétaient notre nombre de quatre, ont été confondues plus tard en une seule par les auteurs d’extraits ou leurs copistes ; et la confusion était eu effet assez facile à établir entre le deuxième homme-poisson et le deuxième Aimédole, lequel était en réalité le troisième monstre symbolique révélateur des lois éternelles. Nous arrivons ainsi à cette conclusion très-vraisemblablé et je dirai même appelée par l’esprit général de ces légendes, que, tout le temps que les théophanies du dieii-Loi durent.

il y en a une par règne, et que l’avénement de chacun des princes auxquels on donne pour origine « la ville des livres » coïncide avec une apparition divine, dont le résultat est de fournir aux hommes un nouveau livre sacré.

5] Cette qualification de pasteur donnée dans tous les extraits au sixième des rois antédiluviens doit tenir à des légendes qui ne sont point parvenues jusqu’à nous. Nous remarquerons seulement que le nom de « pasteur, » rVu hébreu nVl, est en Chaldée un titre royal dont l’emploi remonte à la plus haute antiquité dont nous possédions les monuments: Voy. : Menant, Inscriptions de Hammourabi, p. 36.

6] Les manuscrits et le texte habituel portent «vôpciirou;; mais la nécessité de la correction est évidente.

7] C’est ainsi que nous lisons dans le Ms. A ; les autres manuscrits et le texte habituel ont Eùt^topeer/ov.

8] ’o^axwv, Goar.

9] Cette phrase est une addition personnelle du Syncelle, dont le texte d’Eusèbe, dans la version arménienne, ne porte aucune trace. L’observation est, du reste, erronée, comme on peut le voir dans le fragm. 11.

Syncell. p. 38, B.

’Kx TÔ)V ’A6u5t)VOÙ TClpl TT)? Ttôv \aXSai'b>v ^atnXcfa;.

XaXôsfcdv (liv T^ç ooipiT); ir^pi TOffiÜTo. BamXtüaott 5« tîjç irpôixov X^yeTsi ' 'AXiopov, xôv 8â uitèp £tüuToù Xôyoy Siaîoüvai Svt piv Toü Xeü* TCOipiéva 6 6eo; iicoSci^ai.

BxnXtîjiTxi Si cdÉpou; ôÉxa. Dixpo; 8t £(itiv içaxôfiia xa'i Tpt(r/i'X»a £xea,

v?ipo( Si SEoxéaia, aSiaaot St xovTa. Mexi Si toütov 'AXoînapov dîp^ai aapou; tpsU, pieO’ 6v ’AptXXapo; Sx TroXtüK IlavTt6(6Xi(x; ’ S6aa(- Xeuae aâpoji; ’Kij»’ ou SeûxEpov ’Avvi^Sbixav xi|v OâXaaaav âvaSüvai TTapairXi^aiov ’ûâwr, tJiv îSéav ^pu- Sa(|XOva. MeO’ Sv ’A|xu.Svuiv Sx llavxi6i'6X(üv ^pÇe ooipou; 16'. Me6’ 8v MeyiiXapoc Sx IIavTi€(6X(ov ^pÇt aâpou; SxTooxaîScxx * elxa Aaù( 7rotpii|v Sx IIavxi6(SXwv Sêaai'Xeuae ffâpouç SSxa, Sç’ oS S' 8ifuci( yriv Sx daXoÉaoTK àvSSuaav, Sv xSt Svôpiara xaüxa, ’KveûS(oxoç‘, ’Eveûyajioi;, ’EvtûSouXoc, ’Avijjitvxoç *.

“EtcI Sè xoü (itxà Taîixa EùcSwpta- ;^ou ’ ’AviüSapoç * Mt9’ 8v aXXoi te ?[p$av xal 2i(aou9po; Sm xoûxotç, o>< Toùç irâvxaç eTvai pasiXEÏc Se'xb, 5v

Euseb.y^rw«».CS>rfl».,p.22,ed.Mai.

Abydeni de primo Chaldaeorum regno.

De Chaldaeorum sapientia hactenus. Jam ad ejusdem regionis dominium quod attinet :

primum quidem Alorum regnavisse aiunt ; de quo homine nihil référant, praeterquam quod eum providentissimus deus populorum paStorem creavit. Is saris decem dominatum tenait. Constat autem sarus annis ter mille sexcentis, nerus sexcentis, sossus sexaginta. Deinde Alaparus dominatus est ; tum Almelon ex urbe Pantibiblis, sub quo secundus Anidostus mari emersit Oanni similis, cujus figura erat semidei. Tum Ammenon, tum Amegalarus, tum Davonus pastor, quo régnante quatuor bif ormes e mari in siccumsemet ejecerunt, lotagus, Eneugamus, Enebulus et A nementus^ : et sub Edorescho, qui postea regnavit, Anodaphus : deinde et alii dominati demumqueXisuthrus.Qua nar-

5 xp®''o« ■«i': pioiXefac (tuvîîÇe aâ- ratione historiens hic Polypouc ixaTÔv c{xo<rt. histori consonat.

Extrait d’Abydène sur la royauté des Chaldéens. En voici assez sur la sagesse des Chaldéens. On dit que le premier roi de ce pays fut Alorus, et la tradition raconte qu’il lut choisi comme pasteur du peuple par la divinité même ; son règne fut de dix sares. Or le sare se compose de 3600 ans, le nère de 600 et le sosse de 60. Après lui Alaparus gouverna pendant trois sares, puis Amillarus de la ville de Pantibibla pendant treize sares. C’est sous lui qu'apparut, sortant de la mer, le second Annédote, demidieu, semblable pur sa figure à Oannès. Vint ensuite Animénon de Pantibibla, qui régna douze sares, puis Mégalarus de Pantibibla, qui régna dix-huit sares.

Le règne suivant fut celui de Daos, pasteur de Pantibibla, et dura dix sares ; c’est alors que vinrent de la mer sur terre quatre êtres à double nature, dont les noms sont Eneudotus, Eneugamus, Eneubulus, Anementus. Puis sous le monarque suivant, Evedoreschus, apparut Anodaphus. Après le dernier prince que nous venons de nommer régnèrent plusieurs autres et enfin Sisuthrus, de façon que l’on compte en tout dix rois et que la durée de leur pouvoir monte ensemble à 120 sares.

1] C’est ainsi qu’a corigé Scaliger. Les manuscrits ont Xtytov ; Goar a écrit Xeyw.

2] Correction certaine de Scaliger, au lieu de ToOXedi; que donnent les manuscrits et qu’a conservé Goar.

3] riauTiêiêXtOî Ms. A.

4] lia in margine codicis, quae nomina in lexlu paullo corrupliora exhibentur: lodociis et Damosnes et Bolus et Anementus. (Mai.)

S) Les manuscrits ont Eùe^wjco;, et cette leçon existait déjà chez Eiisèbe quand fut faite la version arménienne. Nous justifierons notre correction dans la note suivante.

6] Nous avons ici, non comme le texte, dans l’état où l’ont mis les faiseurs d’extraits, semblerait l’indiquer, les noms de quatre êtres symboliques apparus tous sous le règne de Daos, mais ceux des quatre théophanies secondaires du dieu poisson, que l’on disait s’être produites successivement sous les rois issus de Pantibibla, et dont la dernière était rapportée au temps de Daos ; Voy. les notes du fragm. précédent. Chez Alexandre Polyhistor, comme on peut le voir dans nos fragm. 9 et iO, ces diverses manifestations divines étaient également appelées des «Annédotes.» Abydène, au contraire, avait extrait de Bérose des appellations particulières qui désignaient chacune d’elles ; ce sont celles que nous avons ici, très-altérées dans la version arménienne , mais assez bien conservées, semble-t-il, dans le texte grec.

Movers {Die Phœnizier, t. I, p. 95) a cru que ces noms étaient comme une sorte de titre des matières traitées

dans le livre sacré que l'on considérait comme remis aux hommes par chacune des apparitions divines. Il suppose donc que le premier nom donné, Eù^^wxo;, dans les manuscrits, doit être établi en ’Evî'^wxoç, et il explique ainsi les quatre noms : prm“’3V> arcanum coarctalionis (de l’endiguement de l’Euphrate) ; arcana colleclionis

( frugum)) arcana pluviae; rVDD”’3y, arcana men-

surarum. '

Ces conjectures sont plus subtiles et plus ingénieuses que solides, comme il est souvent arrivé pour celles du savant historien des Phéniciens, et nous ne saurions les admettre. En effet la série des noms qu’Abydènc assigne d’après Bérose aux manifestations divines destinées à compléter la révélation de la loi sacrée ne se compose en aucune façon de titres de livres indiquant leur contenu, mais bien d’appellations divines dont le caractère est incontestable. Elles commencent toutes par un même élément, ’Eveu ou Xvï), lequel n’est autre que le nom du dieu Anu, suivi d^me épithète qui change à chaque théophanie.

Parlant de cette observation, qui nous paraît incontestable dans l’état de la science, nous n’avons pas hésité restituer le premier nom, Eùé^wxoç, en ’EveûSuTOî, Anudata, « Oannès loi, » car d’après sa place c’est bien évidemment une transcription un peu différente du même nom qu’ Alexandre Polyhistor a écrit 'aw^î^otoî ou ’awifl'SwToç. Et la meilleure preuve, c’est que dans ce fragment même d’Abydène le second homme-poisson sorti de la mer Erythrée, le premier de la série de quatre qui coïncident avec les rois de Pantibibla et par conséquent celui qui nous occupe en ce moment, est aussi appelé un peu plus haut

XvVYÎ^tüTOî.

’EvïuêouXoç nous parait être tout simplement Anu-Bel, c Oannès seigneur. » i4nu, en sa qualité de dieu qui pré-

side aux lois éternelles et de directeur des mouvements célestes, est par excellence celui qui mesure. Or, d’après les règles les plus habituelles de formation des substantifs dans la langue assyrienne (voy. Oppert, Eléments de la grammaire assyrienne, 2* édition, p. 99), de la racine rUD doit dériver un substantif manatu pour exprimer l’idée de • mensurateur. » ’Avn'ftEVTOî n’est-il pas Anu-manatu? La chose parait bien probable. On pourrait même supposer qu’^wM n’est pas seulement « le mensurateur, » mais « le nombre » même, comme il est « la loi. » Or, « nombre » se dit quelquefois menuta (W. A. 1. 1, 24, 1. 43; oO, col. 2, 1. 12) , toujours de la racine rUD- ’Av>{jievToç pourrait donc être Anu-metmla, parallèle à Anu-dala. Quant à ce qui est d’ ’EveÛYap;, nous n’osons pas ]>roposer de conjecture. Nous ferons seulement remarquer que dans l’inscription des barils de Khorsabad (W. A. I. l, 36, 1. 00) Gimgim Bgure comme un nom divin encore inexpliqué. M. Oppert, dans ses Inscriptions des Sargonides, a traduit « le dieu des grandes sphères, » mais nous ne savons pas d’après quelles données.

7] îke$(dpïo)^ou, Scaliger.

8] ’Avw Act^, Goar.

Nous avons déjà remarqué, dans les notes du fragm. 9, que la leçon de l’extrait d’Abydène nous paraissait ici supérieure à celle des extraits provenant d’Alexandre Polyhistor, ’(l5an(üv, et que le dernier monstre emblématique sorti de la mer Erythrée était encore une dernière tbéophanie du même dieu, désigné par son nom à'Anti, suivi d’une

épithète. Mais faut-il lire ’A-vw^axcov ou ’AvwWo; pour prendre une sorte de moyen terme entre les deux variantes ’ft^otxwv et ’AvwSa<poî ? Ou bien faut-il accepter purement et simplement cette dernière comme la vraie leçon de Bérose ? Nous n’osons pas nous prononcer d’une manière formelle ; mais dans la dernière hypothèse nous croirions que la forme originale cachée sous ’AvoSiîa^o; serait Anit~ dapinu a Oannès protecteur. » La qualification dapinu est souvent donnée aux dieux, par exemple à Nabu dans W. A. I. I, 35, 2, 1. i, àla planète Mars dans W. A. 1. ii, 48, col. 2, 1. 50, et aussi aux rois : W. A. 1. 1, 15, col. 7,1. 50; W. A. 1. 1, 36, 1. 22. Ce mot est à comparer à l’arabe dafan « couvrir. » Aussi un document grammatical interprètet-il dapinu par émamu, de la racine qui est en hébreu DDV, « couvrir »:W. A. l.ii, 31,1. 70 c. Nous trouvons aussi dans un autre document du même genre l’expression dapinu sa rukubi, « la couverture d'un char » : W. A. I. ii, 27, I. 23 a.

Moses Chorenens. I, 3.

De totius generis humani radice.... paucis oportet indicari quamobrem a sacris lit en' s alii scriptores dissentiant ; Berosum dico historicum literatissimum atque A bydenum; aut cur ipse oAbydenus de navigii aedificatione , caeterisqiie familiarum principibus non modo qiiod ad nomina attinet et tempora, sed etiam in eo, quod genus humanum ab eadem stirpe non répétant. De ea re enim ita Abydenus pariter ac caeteri : « Detis quidem providentissimus pastorem » constituit eum et rectorem populi. » Deinde dicit : « Regnavit Alorus saros decem, qui annos conficiunt » 36000. » Similiter ad Noam diversum adhibent nomen, ac tempus immensum, quanquam de aquarum violentia et terrae corruptione cum sacris literis consentanea traduit t; atque itidem decem familiarum principes simul cum Xisuthro numerant. Atqui eorum anni non tantum a solaribus nostris, qui quatuor tempestatibus sunt conclusi, longe discrepant, atque adeo a divinis; verum neque cum oAegyptiis lunares computant or tus, neque eos vero, qui ex diis nomen invenere; adeo ut qui révéra annos designari putant, ii ad veri confirmationem, Graecorum numeris aptent et connectant, alias collectionem minuentes, alias augentes.

Joseph. Anliq, Jud. I, 3, 9; et d’après lui : Euscb. Vraepar. Evang.,W, 13, p. ilo, D,et Syncell., p. 13, A.

Ol [xèv yàp (-a'XKiot ivSpwrot). . .. £iy.o'Ttü; è^wv — Xy.Oo; TOdO'j- Twv £TÛ)V. "^EreiTa y.ai Ji’ âpsTYiv y.al ty.v e'jy pTiCTiav ü>v ÈTrevoouv, àcTpo>.OYÎ*î xal YswfASTptaî, t:).eov’^'^v tciv ©eôv avroTc "apair/ew • aTCEp oùx ï,v cto^aXw; aÙTOÎi; TTpoeiTïEÎv [/.•/) l^rloactv É^a/.O'îio-j; Èviau- TO'j;"Sià Tooo’jTwv yàp 6 lAsya; iviauTÔ; TîT.npoÙTai. MapTupoDc. 5s jAd’j TW >.0Yw TVîtvTE; ol lîap’ *EX>.yi5i xai irapà fiapoâpoi; ouy- Yp«>{<au.Evoi Ta; àpy aïo'XoYia;. Kat Y*p MavEOwv, ô tt;v tôjv AÈyuiïtÎwv iToivicâaEvo; cèvaYpayÀv, xal B'/ipwTCo; ô Ta XaA'îaiV.à ovtvaY«Ywv’, xal Mwyô;* te x.a'i EcTiaîo;^, xaî Ttpô; a'jTot; ô AiYviTTio; 'ispwv'jao; *, ot Ta <l>ow»ii>Eà cuvTa$«p.evoi, oupiepwvoîioi Toî; \nt ÈU.OÙ ^evopiEvoi;.

Car ceux-ci (les premiers hommes). . . . ont pu naturellement accomplir un aussi grand nombre d’années de vie. A cause de leur vertu et pour le besoin des études auxquelles ils se livraient, de l’astrologie et de la géométrie, Dieu leur avait accordé une existence plus longue que la nôtre ; car ils n’auraient pu faire de prédictions sûres s’ils n’avaient pas vécu jusqu’à 600 ans, ce qui est le chiffre delà grande année. J’en ai pour témoins tous ceux qui, parmi les Grecs et parmi les barbares, ont écrit sur les antiquités. En effet Manéthon, qui a composé l’IiLstoire d’Egypte, Bérose, qui a rassemblé les traditions chaldéenues, Mochus, HestiæusetHiéronyme l’Egyptien, qui ont traité

de l’archéologie phénicienne, s’accordent parfaitement avec ce que je dis.

1] C’est, suivant toutes les probabilités, en parlant des rois dont le pouvoir était évalué à plusieurs sares que Bérose faisait eette réflexion. Et sans doute il y opposait la durée de la vie des hommes de son temps, sur laquelle nous voyons son opinion dans lefragm. 14.

2] Mochus est cité à plusieurs reprises comme un antique écrivain de la Phénicie qui avait écrit en langue phénicienne sur l’histoire et les doctrines religieuses de son pays: Athen., III, p. 126, A ; Diogen. Laërt., Procem. On le disait originaire de Sidon et antérieur à la guerre de Troie : Strab., XVI, p. 757. Son livre avait été traduit en grec , avec ceux de deux autres Phéniciens , Théodote et Hypsicrate (noms évidemment traduits), sur le même sujet, par un certain Lætus : Tatian., Orat. adv. Graec., 58; Euseb-, Praepar. Evang., X, 11, p. 493, B ; Clem. Alex. Stromal. I, p. 1 10 Sylb. C’est peut-être le même que le physicien AatTo; cité deux fois par Plutarque : Quaest. nal., 2 et 6.

Damascius rapporte comme extraite de Mochus une cosmogonie basée sur la doctrine de la génération spontanée par l’élément humide : De princip., 125. On considérait cet auteur comme ayant exprimé les principes de la philosopliie atomistique: Strab., XVI, p. 757 ; Sext. Empir. Adv. physic., 615.

D’après ces indications sur la doctrine attribuée à Mochus, M. Ewald ( Abhandlung über die phcenikischeti Ansi-

chten von der W ellschœpfung und den geschichtlichen Werlh Sanchuniaton’s,Tg. 30 et suiv J, par une conjecture ingénieuse, trop ingénieuse peut-être, suppose qu’il n’y a jamais eu d’écrivain phénicien appelé Mûp;. Suivant lui, le traducteur grec aurait pris pour un nom propre le mot pa désignant la matière humide et féconde ; ainsi « la philosophie de Mochus » serait « la philosophie de la » matière première. » Voy. Renan, Mém. de V Acad, des Inscr., nouv. sér., t, XXIII, 2' part., p. 2S4.

3] Hestiæus, dont on ignore le pays et l’époque, est encore cité comme auteur d’une histoire phénicienne dans un autre passage de Josèphe Jud., I, 4, 3), dans

Eusèbe (Praepar. Evang.^ IX, 13, p. 416, D) et dans Etienne de Byzance (v"BTipuTOî), qui écrit son nom 'l«Twtîo;.

4] On ne sait rien non plus de la date d’Hiéronyme r Egyptien, qui est cité une seconde fois par Josèphe ( Anliq. Jud.,1, 3, 6), et d’après lui par Eusèbe (Praepar. Etang., IX, 13, p. 414, B), au sujet des débris de l’archu de Xisuthrus demeurés en Arménie. Tertullien {Apologut. 19), en parlant des écrivains chez lesquels a puisé Jof èphe, désigne celui-ci comme Hieronymus Aegyptius T*jri rex, faisant, comme l’a remarqué Voss, la plus éti ange confusion entre son nom et celui du roi Hiram. On attribuait à un certain Hiéronyme des écrits sur la tb« ologie orphique, que d’autres donnaient à Hellamicus : Damasc. De princip., 123. Peut-être est-ce le même qui avrit traité de l’histoire de la Phénicie.

Plin., liist. nat., VII, 50.

Epigenes^ centum duodecim annos impleri iiegavit posso; Berosus excedi centum septemdecim. Censorin., De die natal., 17.

Epigenes in centum duodecim annis longissimam vitam constituit, berosus in centum sedecim.

1] Sur Epigène, voy. plus haut la note 1 dufragm. 2.

Syncell. p. 30, A.

yip 6 aÙTOî ’AXt;ovSpoî ^)^ iith TT)ç X»X5ai’(i>v auOi;

ra;ax3Ti(')v àiriTOÜ évâ-rou SiuiXsiuç ’OTiâpTou * ÏTri Tov SîxaTOv Xe^ôpEvov 7rap’ d j'totî ii7Ou0pov oStwî ‘ ’OrilxpTOU Û£ TïXt'jTTîTaVTO; tÔv ülov aÙTCiü Eîco’jOpov paffiXEucoti capou; ixTMxaiÎE'.a • Èm toutou aiyav xaTaxXu(7 u.ôv YEvÉoOai * ■ àvaYS" YpâpOai ii tÔv Xôyov outwi;. Tôv Kpo'vov aÙTÎi xaTa tÔv Ctvov inia- ToivTa’sâvai pLTjvoi; Aaiîtou •x:;xnTp xai ÔEXotTi) * Toù; àvOpwTtou; ût:o

xiTaxXuTjxoü ûia^OapxîiEoOai. Ke-

•> «- 1. ' • AEuoai ouv oia yP*!A'a®'|'>x ravTOjv

àpy iç xa'i psoa xa't TsXsuTi; opû-

;avTx*Û£Ïvai èv ttoXei^Xiou Eitttï-

poi«’, xa'i >auitY)Y<iaâpEvov oxâ-poî’

4;a6îjvai pET^ TÛv (Tuyys>û>v xa'i

oivaYxaîoiv çîXwv • fvOÉoOai 5' ppw-

paTa xai To'uaTa, EuÇaXsîv èè xai

îüia irrTivi xai TETpâitoSa, xai

irotvTa EÙTpETtioiuEvov TtXsïv • ioci)-

TiouEvov oJ TTotî TtAEÏ ; ^âvai, itpô;

To'uç OeoÙç, tÙÎÔpLSVOV* (îvôpwltOlî

aYaOi Y£vÉo6ai.

Euseb.y/r/WA/T.CArotf. p. 1 4,ed. Mai .

Alexandri Polyhistoris de diluvio. Ex eodem quo dictum est libro {secu'ndo Berosi) .

Defuncto, inqui‘, Otirta filium hujus Xisuthrum teniüsse regmim saris octodecim, siib coque magnum diluvium esse conflatum. Sic autem accuratius narrationem scripto persequitur. SaUtrnum ait illi in somnio praedixisse die quinta décima mensis Daesii fore ut homines a diluvio périrent.

Mandavisse itaqiie ut libros omîtes, primos nimirum, medios et ultimos.terrae infossos in Solis urbe Siparis poneret:

tum navim strueret, eamque cum consanguineis et familiaribusconscenderet-.congestisque illuc esculentis, atque poculentis, inductis etiam belluis et volatilibus ac quadru^ pedibus cunctaque supellectile,paratus esset ad navigandum. Quaerenti autem quonam cursus dirigendus esset,

Tov o’où itasïxouoavTa vauir»)fTi'iai cxâ^o; 'ô liÈv axaSnov

irevTE, "b 8s TtXÔToc oTaàùov Sûo’‘ xi oè auvrayOsvTa xclvia cuvOsoOai, xat yuvaîxa xal xs'xva xai toü; avayxaîou; oiAou; £|iêi6â5ai.

l’svouLsvou Si TOÛ xaTaxXuajjLOÜ xat s'jOsi»; X>i;avxoç,TS)V ôpvs'wv Tivà TOV Ht'aouOpov à^iÉvai Tà SI où Tpoy/jV EÙpôvta ouTt tottov Sirou xa- Oicai, TtâXiv sXOsiv sîî xb ix/.oîov.

Tbv os Eioou'Jpov iraXiv (xsxâ xiva; ?iptspac aptsvat xi opvsa * xauxa os ■xâXiv sîçxr|V vaôv IXûstv xoùc uôoa; it£irT,X6>jis'voui: syovta. Tb oè xpîxov àtpsOévxa oùx Ixi sXOsïv si? xb trXoïov. Tbv Sè Ei'oouOpov svvoT,9^vai àvairspr,v£'/ai, ôisXObvxa xe xSlv xoû TxXotoj papiüv piÉpOi; xt xat îîbvxa itpoooxsiXav xb itXoîov opsi xiv\ £xë^vai [xetà xî^c; yuvatxb; xat xrjî ôuyaxpb; xa'i xoû xjÇspvajxOu -poaxuvrjoavxa xr,v yiiv xat ^wtibv lopooâuevov xat Ouotasavxa xoîi; 6sot; ysvÉoOat [isxb xSiv sxêavxojv xoû xrXoï'ou âtpav^.

Toùç o£ CtTOixsiva vxaç Sv xtô •reXoï'o), (jf)) EÎoiropeuouiviov xîjv Ttep't xbv H(oouôpov*', txêâvxa; Çï|xsiv aùxbv STtî bvôaaxoç fioSivxaî • xbv Sè Sioou- 6pov aùxbv utv aùxot; oùx sxt Ôi6t, -

respondisse ad deo$, et oran~ dum quo liominibus bene esset.

Eum vero haud récusasse quominus navigium compingeret longunt stadia quindecim, latum duo : cuncta, quae mandata sibi fuerant, efficienda curasse : uxorem,filios et familiales eodem introduxisse.

Ingruente demum diluvio et mox decrescente, misisse Xisuthrumquaedamvolatilia, quac quum neque escam neque locum,in quo considèrent, invenissent, reversa in navim recepta sunt. Rursus diebus aliquot post emisisse aves alias, quae item ad navem regressae sunt pedibus luto in/ectis.

Tertio denique dimissae aves quum ad navim non reverterentur,cognovisse Xisuthrum terram prorsus esse patefactam.

Tune nai’is tecto partim effracto, navim ipsammonti in~ nitentem vidisse : moxque ipsum cum uxore filiaque una et navis architecto excendisse, ac pronum terram esse veneratum, structaque ara diis sacrum obtulisse ; quo facto, cum iis qui secum navi exierant, nusquam comparaisse.

Reliquos autem qui in navi substiterant, neque cumXisuthri comitatu exieraiit, facta mox exscensione eum mox quaeritasse, eumdemque ober-

voi, oü)vj)v Si in toü «épo; X£XeÛoussv (Si; Scov xÙtoÙ; eTvai OEoasÊEÎ; '* ' xat fi? a'Jtàv ” Sti t-Jjv tÙTsCîtav ropEUEffOoti |X£rà Ttôv OEtôv olxiîsovTa'*. Tïjçôè «ÙTŸi; Ti;ari<: xat Tr,v Y»vaîxa aÙTOÜ xot't hnyaiipa xat TOV X'jÇspVl^TlriV ptETEUyTJXEvai.

Évite te aÙTOÏç ?ti Asudovrai tto^iv EK BaêuXôjva, xat d>; EÏptapxat aù- TOtÇ EX itTTXaptOv'* àvE/.OUEVOtÇ Ta Ypôu.[JiaTa StaSoûvot toîç etvOptoTtotç, xat Sxi EÎty'tv Sitôt) ytipa ’ApuEvia;

^aTi". Toùc 3è àxoûsavTac Taota

6ùoat TE TOÎÇ Oéoîç xat irEÇ^ ” itopEuôrjvat EK BaêuXôlva. Toü Si itXotou

TOUTOU xataxXiÔE’vTOç £V T^ ’ApjJlEVta Sti [xt'poî Tt év Toiç KopSuaiwv SpEOt TÎ)ç ’ApptEvt'aç ** StapiE'vEiv xa’i Ttvaç Sito TOÜ TtXot'oU XOflt^ElV àlTO- Çûovra; ampaXtov, ypôaOat oÈ aùt^ irpôç Toùi; àitoTpoTTiaoptouç ’EX- OôvTo; ouv toutou; eI; BaêuXtôva toi TE EX ISnnTâpttjv ypâptpiaTa ôvopû^at xat itôXEt; TToXXi; xTt'ÇovTa; xat Ispi àviopunau-évou; irâXtv E’ictXTiaat tt,v BaëuXtdva.

Toûttov àicô ’AXtîavSpou toÜ lIoXu‘aTopo;, lo; àitô Brjptûaaou toü Ti XaXôaïxà '{/suOTiYOpoüvTO; itpo- XEtptE'vbEV XtX.

r antes nomine inclamasse. At vero Xisuthrum haud ultra sc conspicicndum dedisse, voce tantum ex aere missa, deos ut colorent mandavisse : nam et se religiosa pietatis ergo ad deorum venisse habitacula, eodemque honore uxorem quoque suam et Jiliam et navis architectum J'rui. Tumsemagnoperc auctorem iis ut Babylonem redirent, et ex deorum mandata, qui in Siparis urbe conditi fuerant, libros effoderent atque hominibus traderent. Locum autem, in quo navi egressi tune insistèrent, Armeniorum esse regionem. Haec omnia edoctos, celebrato diis sacrificio, Babylonem pedestri itinere conten~ disse. Ejus navigii, quod dem:tm substitit in Armenia, fragmentum aliquod in Cordiaeorum Armeniaco monte nostra adhuc aetate reliquum esse aiunt. Quin et erasum bitumen quidam inde referunt, remedii amuletique causa ad infausta quaeque averruncanda. Illi autem Babylonem profecti, libros ex urbe Siparis effodisse, oppida multa condidisse, fana deorum struxisse, Babylonemque restituisse feruntur.

Le même Alexandre raconte, comme tirés des écritures chaldéennes, les faits suivants, en passant du neuvième

roi, Otiartès, au dixième, qu’ils nomment Xisuthrus.

Otiartès étant mort, son fils Xisuthrus régna dix-huit sares. C’est sous lui qu’arriva le grand déluge, dont l’histoire est ainsi rapportée dans les documents sacrés. Cronos lui apparut dans son sommeil et lui annonça que le 1 odu mois de dæsius tous les hommes périraient par un déluge. Il lui ordonna donc de prendre le commencement, le milieu et la fin de tout ce qui était consigné par écrit et de l’enfouir dans la ville du Soleil à Sippara, puis de construire un navire et d’y monter avec sa famille et ses amis les plus chers; de déposer dans le navire des provisions pour la nourriture et la boisson, et d’y faire entrer les animaux, volatiles et quadrupèdes, enfin de tout préparer pour la navigation. Et quand Xisuthrus demanda de quel côté il devait tourner la marche de son navire, il lui fut répondu « vers les dieux,» et de prier pour qu’il eu arrivât du bien aux hommes.

Xisuthnis obéit et construisit un navire long de cinq stades et large de deux ; il réunit tout ce qui lui avait été prescrit et embarqua sa femme, ses enfants et ses amis intimes.

Le déluge étant survenu et bientôt décroissant.Xisuthrus lâcha quelques-uns des oiseaux. Ceux-ci n’ayant trouvé ni nouiTiture ni lieu pour se poser, revinrent au vaisseau. Quelques jours après, Xisuthrus leur donna de nouveau la liberté; mais ils revinrent encore au navire avec les pieds pleins de boue. Enfin, lâchés une troisième fois, les oiseaux ne retournèrent plus. Alors Xisuthrus comprit que la terre était découverte; il fit une ouverture au toit du navire et vit que celui-ci était arrêté sur une montagne. Il descendit donc avec sa femme, sa fille et son pilote, adoni la terre, éleva un autel et y sacrifia aux dieux ; à ce moment il disparut avec ceux qui l’accompagnaient

Cependant ceux qui étaient restés dans le navire, ne voyant pas revenir Xisuthrus, descendirent à terre à leur tour et se mirent à le chercher en l’appelant par son nom. Ils ne revirent plus Xisuthrus, mais une voix du ciel se fit entendre, leur prescrivant d’être pieux envers les dieux ; qu’en efiet il recevait la récompense de sa piété en étant enlevé pour habiter désormais au milieu des dieux, et que sa femme, sa fille et le pilote du navire partageaient un tel honneur. La voix dit en outre à ceux qui restaient qu’ils devaient retourner à Babylone, et, conformément aux décrets du destin, déterrer les écrits enfouis à Sippuru pour les transmettre aux hommes. Elle ajouta que le pays où ils se trouvaient était l’Arménie. Ceux-ci, après avoir entendu la voix, sacrifièrent aux dieux et revinrent à pied à Babylone. Du vaisseau de Xisuthrus, qui s’était enfin arrêté en Arménie, une partie subsiste encore dans les monts Gordyéens en Arménie, et les pèlerins en rapportent l’asphalte qu’ils ont râclé sur les débris ; on s’en sert pour repousser l’influence des maléfices. Quant aux compagnons de Xisuthrus, ils vinrent à Babylone, déterrèrent les écrits déposés à Sippara, fondèrent des villes nombreuses, bâtirent des temples et restituèrent Babylone.

Ceci est raconté par Alexandre Polyhistor comme extrait de Bérose, qui a écrit l’histoire fabuleuse des Chaldéens.

1] Les manuscrits, en cet endroit et au commencement de l’alinéa suivant, portent ’Ap^axou.

2] a La terre était corrompue devant Dieu et elle était

» pleine de violence. — Dieu regarda la terre, et voilà » qu’elle était corrompue, car chaque créature avait cor- » rompu sa voie sur la terre. — Alors Dieu dit à Noé :

» La fin de toute créature est venue devant moi, car la » terre est remplie de violence à cause d’eux. Je veux » donc les détruire avec la terre. — Fais-toi une arche de » bois de gopher : tu y feras des cases et tu l’enduiras d’as- » phalte en dedans et en dehors. — Et voici comment » tu la feras : elle aura 300 coudées de long, SO de large » et 30 de haut. — Tu feras une fenêtre à l’arche, et tu » la réduiras au faîte jusqu’à une coudée; tu placeras la » porte de l’arche sur le côté; tu y pratiqueras un étage » inférieur, un second et un troisième. — Je ferai venir sur » la terre un déluge d’eaux pour détruire toute créature » ayant un souffle de vie sous le ciel : tout ce qui est sur » la terre périra. — J’établirai mon alliance avec toi, et » tu entreras dans l’arche, toi, tes fils, ta femme et les » femmes de tes fils ; et tu feras venir dans l’arche de tout » ce qui vit, de toute chair, deux de chaque espèce pour » être conservés, mâle et femelle, — des oiseaux selon » leur espèce, des quadrupèdes selon leur espèce, de tous » les reptiles de la terre, de tous ils doivent venir avec toi » pour être conservés. — Et toi, prends avec toi de toute » provision dont on se nourrit, amasse-les, pour qu’elles » servent à toi et à eux de nourriture. » — Et Noé fit » tout comme Dieu le lui avait ordonné.

» Et Jéhovah dit à Noé : a Entre, toi et ta famille dans » l’arche; car c’est toi seul que j’ai vu juste devant moi » dans cette génération. — De chaque animal pur tu » prendras sept couples, le mâle et la femelle ; et de celui » qui n’est pas pur, tu en prendras seulement deux, le » mâle et la femelle, afin d’en conserver le germe sur la » terre. — Car, sept jours encore, et je pleuvra! sur la

» terre quarante jours et quarante nuits, et j’effacerai » toute substance que j’ai fait de dessus la terre. » — Et » Noé fit comme Dieu le lui avait ordonné. — Noé avait » 600 ans, et le déluge des eaux vint sur la terre. — Noé » entra dans l’arche, ses fils, sa femme et les femmes de » ses fils avec lui, à cause des eaux du déluge. — Des ani- » maux purs et impurs, des oiseaux et de tout se qui se » meut sur la terre, — entrèrent deux à deux dans l’ar- » che, le mâle et la femelle, comme Dieu l’avait prescrit » à Noé. — 11 se passa sept jours, et les eaux du déluge » inondèrent la terre. — Dans la six-centième année de » la vie de Noé, au second mois, le dix-septième jour du » mois, toutes les sources du grand abîmejaillirent, et les » cataractes du ciel furent ouvertes ; — et la pluie tomba » sur la terre quarante jours et quarante nuits. — Ce » même jour, Noé entra dans l’arche, et Sem, Cham et » Japhet, ses fils, sa femme et les trois femmes de ses fils » avec lui, — eux et tout animal suivant son espèce, tout » bétail et tout ce qui se meut sur la terre, toutes sortes » de volatiles, tout oiseau ailé, chacun selon son espèce, » — entrèrent auprès de Noé dans l’arche, un couple de » toute chair ayant souffle de vie. — Les arrivants étaient » mâle et femelle de chaque créature, comme Dieu l’a- » vait ordonné; et ensuite .Jéhovah ferma sur lui (Noé). » — Le déluge était depuis (luarante jours sur la terre, » quand les eaux s’accrurent et soidevèrent l’arche, de » sorte qu’elle fut enlevée de dessus la terre. — Les eaux » se renforçaient et s’augmentaient beaucoup sur la terre, » et l’arche était portée sur les eaux. — Les eaux se ren- » forcèrent énormément sur la terre, et toutes les hau- » tes montagnes sous les deux furent couvertes; — les » eaux s’élevèrent de quinze coudées au-dessus des mon- » tagnes qu’elles couvraient; et toute chair qui se meut

» sur la terre, oiseaux, bétail, animaux et reptiles ram- » pant sur la terre, périt, ainsi que toute la race des hom- » mes; — tout ce qui avait dans ses narines le souffle de » de la vie, tout ce qui se trouvait sur le sol, mourut. — ï Ainsi fut détruite toute créature qui se trouvait sur la » terre, depuis l’homme jusqu’aux animaux, aux reptiles » etaux oiseaux du ciel, tout fut anéanti sur la terre. 11 » ne resta que Noé et ce qui était avec lui dans l’arche. — » Et les eaux occupèrent la terre pendant cent cinquante » jours.

» Dieu se souvint de Noé, de tous les animaux et de tout » le bétail qui étaient avec lui dans l’arche ; il fit passer » un vent sur la terre, et les eaux diminuèrent. — Les » sources de l’abime et les cataractes du ciel se refermè- » rent, et la pluie ne tomba plus du ciel. — Les eaux se J) retirèrent de dessus la terre, allant et venant, et les » eaux commencèrent à diminuer après cent cinquante » jours. — Et l’arche reposa sur les montagnes d’Ararat, » le septième mois, au dix-septième jour. — Les eaux » allaient en baissant jusqu’au dixième mois ; le premier » jour du dixième mois, les sommets des montagnes furent )) visibles. — Au bout de quarante jours, Noé ouvrit la ï fenêtre qu’il avait faite à l’arche, — et il envoya dehors » le corbeau, qui sortit, allant et rentrant jusqu’à ce que » le sol fût entièrement desséché. — Noé envoya ensuite O la colombe, afin de voir si les eaux avaient baissé sui‘ la » terre ; — mais elle ne trouva pas où poser son pied et » elle revint à l’arche, car il y avait encore de l‘eau sur » toute la terre. Noé étendit la main, la prit et la rentra B dans l’arche. — Il attendit encore sept autres jours, et » il lâcha de nouveau la colombe. — Elle revint auprès » de lui vers le soir, et voilà qu’une feuille arrachée d’un B olivier était dans son bec ; alors Noé comprit que les

» eaux s’étaient retirées de la terre. — 11 attendit encore » sept autres jours, et il lûclia une dei nière fois la colombe, J) qui alors ne revint plus auprès de lui. — Dans la six- » cent-unième année de Xoé, le premier jour du premier » mois, les eaux avaient disparu de dessus la terre ; Noé » enleva la toiture de l'arche et vit que la surface de la » terre était séchée. — Et Dieu parla àXoé, et dit : — «Sors » de l’arche, toi, ta femme, tes fils et les femmes de tes » fils avec toi. — Toute espèce d’animal qui est avec toi, » oiseaux, quadrupèdes et reptiles rampant sur la terre, » fais-la aussi sortir, qu’ils se perpétuent, croissent et » multiplient sur la terre. » — Et Noé sortit avec ses » fils, sa femme et les femmes de ses fils, — et tout ani- » mal, tout bétail, tout oiseau et toute ce qui rampe sur » la terre sortit de l’arche, selon son espèce. — Noé con- » struisit un autel à Jéhovah ; il prit de tout espèce d’ani- » maux purs et de toute espèce d’oiseaux purs, et il les » offrit en holociiuste sur l’autel. — Jéhovah en sentit l’o- » deur agréable et dit en son cœur : Je ne maudirai pas B encore une fois la terre à cause de l’homme, car l’ins- » tinct du cœur de l’homme est mauvais dès sa jeunesse ;

» je ne frapperai plus de nouveau tout ce qui vit, comme » j’ai fait ; — tout le temps que durera la terre, les se- B mailles, la moisson, le froid, le chaud, l’été, l’hiver, le D jour et la nuit, ne s’arrêteront pas. b

Genes. VI, 11 — VIII, 22.

Tel est le récit biblique du déluge, qu’il était nécessaire de rapporter ici dans son intégrité pour le mettre en parallèle avec celui que Bérose fait du même événement d’après les écrits sacrés de Babylone.

La tradition du déluge est la tradition universelle par excellence parmi toutes celles qui ont trait à l’histoire de l’humanité primitive. Ce serait trop que de dire qu’on la

retrouve chez tous les peuples, mais elle se reproduit dans toutes les grandes races de l’espèce humaine, sauf pourtant une, il faut bien le remarquer, la race noire chez laqtielle on en a vaipement cherché un vestige, soit parmi les tribus africaines, soit parmi les populations noires de rOcéanie. Un silence aussi absolu d’une race entière sur le souvenir de cet événement capital, au milieu de l’accord de toutes les autres, est un fait que la science doit soigneusement noter, car il peut en découler des conséquences importantes : voy. Schœbel, De Vuniversalilé du Déluge, Paris, 18o8 ; et notre Manuel d'histoire ancienne de COrient, 3* édition , 1. 1, p. 7S et suiv. 11 y a quelque intérêt, croyons-nous, à passer en revue, à l’occasion de ce fragment de Bérose les principales traditions sur le déluge éparses dans les divers rameaux de l’humanité. Leur concordance avec le récit biblique et avec celui de l’historien babylonien en fera nettement ressortir l’unité première, et nous reconnaîtrons ainsi que cette tradition est bien une de celles qui datent d’avant la dispersion des peuples, qu’elle remonte à l’aurore même de l’humanité et qu’elle ne peut se rapporter qu’à un fait réel et précis, sans toutefois aborder, ce qui sortirait de notre sujet, la scabreuse et obscure question de l’étendue et de la généralité plus ou moins grande de ce fait, ainsique de sa place dans l’histoire physique de notre jdanète.

Mais nous devons d’abord écarter certains souvenirs légendaires que l’on a rapprochés à tort du déluge biblique et que leurs traits essentiels ne permettent pas d’y assimiler en bonne critique. Ce sont ceux qui se rapportent à quelques phénomènes locaux et d'une ilale historique relativement assez voisine de nous. Sans doute la tradition du grand cataclysme primitif a pu s’y confondre, amener à en exagérer l’importance ; mais les points caractéristiques du

récit admis par Moïse ne s’y retrouvent pas, et le faitgarde nettement, même sous la forme légendaire qu’il a revêtue, sa physionomie restreinte et spéciale. Commettre la faute de grouper les souvenirs de cette nature avec ceux qui ont trait au déluge, serait infirmer la valeur des conséquences que l’on est en droit de tirer de l’accord des derniers, au lieu de la fortifier.

Tel est le caractère de la grande inondation placée par les livres historiques de la Chine sous le règne d’ Yao. Elle n’a aucune parenté réelle, ni même aucune ressemblance avec le déluge biblique; c’est un événement purement local et dont on peut parvenir à déterminer la date, bien postérieure au début des temps pleinement historiques en Egypte et à Babylone. Les écrivains chinois nous montrent alors Yu, ministre et ingénieur, rétablissant le cours des eaux, élevant des digues, creusant des canaux et réglant les impôts de chaque province dans toute la Chine. Un savant sinologue, Edouard Biot, a prouvé dans un mémoire sur les changements du cours inférieur du Iloang-ho, < publié dans le Journal asiatique de 1813, que c’est aux inondations fréquentes de ce fleuve que fut due la catastrophe ainsi relatée ; la société chinoise primitive, établie sur les bords du fleuve, eut beaucoup à souifrir de ses débordements. Les travaux d’Y^u ne furent autre chose que le commencement des endiguements nécessaires pour contenir les eaux, lesquels furent continués dans les âges suivants. Voy. aussi sur les travaux d’YYi et la célèbre inscription qui en conservait le souvenir le second Mémoire de M. Pauthier 5ur i antiquité de l'histoire et de la civilisation chinoises, dans le Journa/ asiatique d’avril-mai 1868.

Le caractère d’événement local n’est pas moins clair dans la légende de Bochica, telle que la rapportaient les Muyscas, anciens habitants de la province deCundinamarca

dans l’Amérique méridionale, bien que la fable s’y soit mêlée dans une beaucoup plus forte proportion à l’élément historique fondamental : Voy. Humboldt, Vues des Cordilières et monuments des peuples indigènes de r Amérique, t. I, p. 38, 87 et 316 ; t. II, p. 14 et suiv. Qu’y voyonsnous en effet? L’épouse d’un homme divin nommé Bochica, laquelle s’appelait Huythaca, se livrant à d’abominables sortilèges pour faire sortir de son lit la rivière Funzha ; toute la plaine de Bogota bouleversée par les eaux ; les hommes et les animaux périssant dans cette catastrophe, quelques-uns seulement échappant à la destruction en gagnant les plus hautes montagnes. La tradition ajoute que Bochica brisa les rochers qui fermaient la vallée de Canoas et de Tequendama, pour faciliter l’écoulement des eaux ; puis il rassembla les restes dispersés de la nation des Muyscas, leur enseigna le culte du Soleil et mourut.

Des traditions véritablement relatives au grand cataclysme, sans contredit la plus curieuse est celle des Chaldéens, que nous trouvons exposée dans le fragment que nous commentons et dans le suivant. C’est le récit le plus exactement parallèle à celui de la Bible, dont il n’omet aucune particularité caractéristique, môme dans les circonstances de détail, comme les oiseaux envoyés hors de l’arche ou du navire. Il est bien évident pour quiconque compare les deux récits, qu’ils n’ont dû en faire qu’un jusqu’au moment où Abraham sortit du milieu des Chaldéens pour gagner la Palestine, et c’est l’opinion que soutient avec raison M.Ewald dans sa belle Histoire du peuple d’Israël. Mais dans la cosmogonie chaldéenne, la tradition n’a plus la portée morale qu’elle a dans la Bible ; le cataclysme n’est qu’un événement périodique, une évolution fatale dans l’existence du monde, au lieu d’être un châtiment des iniquités de la race humaine. Les textes

cunéiformes n’ont pas encore fourni de récit du déluge où nous trouvions la forme originale des données que Bérose a mises en grec. Mais il y est fait plusieurs fois allusion. Ainsi dans l’Inscription de Borsippa (W. A. I. i, 51, 1), sur laquelle nous aurons à revenir dans le commentaire du fragm. 17, Nabu-kudurri-umr dit que la Tour des langues était restée abandonnée «depuis les jours du déluge, » ultu yum rikut: col. 1, 1. 51. Nous verrons aussi tout à l’heure qu’//w reçoit un titre qui a pu avoir le sens de « dieu du déluge. »

En revanche, les monuments et les textes originaux de l’Egypte, au milieu de toutes leurs spéculations cosmogoniques, n’ont pas offert une seule allusion, même lointaine, à un souvenir du cataclysme. Il est vrai que les spéculations religieuses des Egyptiens s’occupent beaucoup plus de l’origine de l’univers et des corps célestes que de l’origine et des premiers temps de l’iiuinanité. D’après un passage de Manéthon, fort su.spect, au reste, d’interpolation (Ap. Syncell. p. 40, B.),Thoth ou Hermès Trismégiste avait lui-même, avant le cataclysme, inscrit sur des stèles, en hiéroglyphes et en langue sacrée, les principes des connaissances. Après le cataclysme, le second Thoth traduisit en langue vulgaire le contenu de ces stèles. Ce serait la seule mention du déluge qui proviendrait d’une source égyptienne ; le môme Manéthon n’en parle pas dans ce qui nous reste de ses Dynasties, son seul ouvrage complètement authentique. Le silence de tous les autres mythes de la religion pharaonique sur le même souvenir rend très vraisemblable qti’il n’y ait dans ce récit qu’une tradition étrangère, d’une introduction récente, et sans doute d’origine asiatique et chaldéenne : Voy. Maury, article d^lugi; dans l'Encyclopédie nouvelle. « Aussi la Terre sériadique, où le passage en question dit qu’étaient placées les colonnes

hiéroglyphiques, pourrait fort bien n’être pas autre que la Chaldée. Cette tradition, qiioiqueétrangère à la Bible, avait cours à l’état de légende poj)ulaire chez les Juifs au commencement de l'ère chrétienne, ce qui confirme notre suj>position, le peuple hébreu ayant dû la recevoir pendant la captivité de Babylone. Josèphe {Anliq. jud. I, 2, 3) nous dit que le patriarche Seth, pour ne pas laisser périr la sagesse et les découvertes astronomiciues, éleva, dans la prévoyance de la double destruction par le feu et par l’eau qu’Adam avait prédite, deux colonnes, l’une en brique, l’autre en pierre, sur lesquelles furent gravées ces connaissances et qui subsistaient encore dans la Terre sériadiqtie. »

M. Maury écrivait ceci en 18i8, avant qu’on n’eût encore commencé à pénétrer le mystère de l’écriture cunéiforme anaricnne. Sa conjecture a reçu par les progrès delà science les plus remarquables confirmations. Sir Henry Kawlinson (Journal oftlie Royal Asialic Society , new ser., t. I, 1" part. p. lUo a en effet établi que la tradition juive qui faisait du patriarche Seth l’inventeur des lettres et des sciences / Fabricius , Co^ex pseudeptgraph. V elen's Testatncnli, t. I, p. 116), tradition admise ensuite par le moyen âge grec (Joann. Antioch., fragm. 2, ap. C. Millier, Fraijm. hisl. graec, t. IV, 510; Mich.Glycas, Anna/, p. 1 2 1 , éd. de Paris;Tzetz. ,Chilûid.Y, 2üj, ainsi que la légende talmudique qui plaçait son tombeau à Arbèles (Schindler, Pen/aÿ/o/., col. 114), que toutes ces traditions, disons-uous, provenaient d’une confusion systématiquement établie par certains sectaires des premiers siècles de l’ère chrétienne entre le patriarche que la Bible disait fils d’Adam et le grand dieu national de l’Assyrie. Une analogie de nom a prêté à cette confusion . Dans le plus antique monumeut épigraphique de l’Assyrie

Diyiîi- ; y CjOQ*^

proprement dite qui soit parvenu jusqu’à nous, dans l’inscription des briques du pontife-souverain Sumü-Bin (W. A. I. I, 6, 1), qui régnait à la fin du xix' siècle avant notre ère, 700 ans avant Tvklali-pal-aiar V’ (Prisme de ce dernier roi, col. 7, 1. 60-73: \V. A. I. i, 15), dans ce monument le nom du dieu suprêmcî Asmr est écrit sous une forme insolite, Or, une indica-

tion formelle des syllabaires (W. A. 1. ii, 1, 1. 1-45) montre qu’il faut lire dans ce cas^s/t ou AHd. « La même orthographe, remarque sir Henry Rawlinson, est aussi donnée dans les vocabulaires comme une variante du nom du pays d’ Assyrie ( W. A. I. li, Ù6, 1, col. 2), et par conséquent elle fournit l’origine probable de la forme ■ptûDK, substituée dans la version samaritaine du Penta-

teuque » : Voy. encore George Rawlinson, t. I, p. 588 de sa traduction d’Hérodote.

Le nom Asid, ainsi donné quelquefois à Asstir, est certainement, avec un K prosthétique qui ne peut empêcher de reconnaître la racine, le même que l’hébreu « toutpuissant, » de l'antique radical que représentent les formes verbales et TIW, épithète donnée plusieurs fois à Jéhovah par la Bible (Genes. , XVII, 1; XXVII. 3; XLIX,25; Exod., VI, 3; Job, V, 17 ; VI, 4; VIII, 3 et 13; Ruth, I, 20). C’est encore une des appellations de la mythologie syro-phénicienne dont nous retrouvons l’origine et le point de départ dans la civilisation chaldéo-assyrienne.

En effet M. de Rougé {Mém. de l’ Acad, des Inscr. , nouv. sér,,t. XXV, 2' part.,p. 233; a fait voir que ce nom sémitique de était le même que celui du Set des monuments égyptiens, qui, avant de devenir l’adversaire d’Osiris, était primitivement le dieu national des populations sémitisantes du Delta. Les Egyptiens eux-mêmes ideiiti-

fiaient ce personnage mythologique admis dans leur panthéon avec le dieu dont les Pasteurs avaient apporté le culte d’Asie à Avaris et avec le dieu principal de la grande nation syrienne des Xdau ou Héthéens du Nord, qu’ils nomment sur leurs monuments tantôt Set ou Suley (simple forme dialectique suivant M. de Rougé), tantôt //an/. M. le comte de Vogué [Mélanges d'archéologie orientale, p. 77) a depuis trouvé la mention formelle du Dieu sur une gemme syrienne . Dans les renseignements que fournissent sur la mythologie phénicienne les fragments du Sanchoniathon de Philon de Byblos, il est question (p. 21 , ed. Orelli) du couple d’Aypôç et ’Ayfôr/;; (corr. ’AypÔTi?), qui n’est autre que la transformation bizarre, due à un contre-sens de l’écrivain grec, d’un couple de et ïmil/ *• Voy. Renan, Mém. de T Acad, deslnscr. nouv. sér. t. XXllI, 2' part. p. 26S; Yogüé, Mélangés d" archéologie orientale, p. 77. Le Deutéronome (XXXII, 17) désigne par le nom de Dniï/ les démons, ou plutôt les dieux des peuples ennemis, et dans le Talmiid nous trouvons le singulier niit, a démon » ; Buxtorf, Lexic-rabbin., p. 2338. Les Sabiens ou Mendûïtes du bas Euphrate, dont la religion contient encore tant de débris confus de l’ancien paganisme babylonien, connaissent un dieu Sedum, entouré de génies inférieurs appelé.s Sedo : Voy. Norberg, Onomastieonad Librum Adami,\). 1 iO. ^lais sans doute par l’effet de l’influence juive qui s’est exercée dans une certaine mesure sur leurs traditions, ils font de SedumXe prince des ténèbres, lui attribuant le même rôle inferjial qu’à une partie des anciennes divinités célestes, tandis que les autres sont demeurées de bons génies.

C’est le nom à’Aéid ou Asit, donné à qui a été,

à une certaine époque, assimilé à celui du patriarche Seth, auquel on donnait en même temps une femme du nom

d’A^oupà OU ’Affoupà (Joann. Antioch. fr. 2) laquelle ressemble terriblement à une forme féminine à' Aséur comme la èeruya des monuments ninivites. Aussi les auteurs juifs qu’a extraits Suidas (v. Sr;0) connaissaient-ils parfaitement l’existence d’nn ancien dieu asiatique Seth, mais ils prétendaient que c’était le patriarche biblique j divinisé à cause de sa science et de ses merveilleuses inventions.

Nous comprenons ainsi le rôle réellement divin attribué au personnage du patriarche Seth par la secte gnostique, et beaucoup plus païenne que chrétienne par le fond de ses doctrines, des Séthiens, qui prit naissance sur les bords de l’Euphrate au ii' siècle de l’ère chrétienne. « La théologie des Séthiens, dit M. Renan Mém. de l' Acad, des Inscr. , nouv. sér., t. xxiv, 1" partie, p. 166), paraît avoir été une doctrine vraiment babylonienne, qu’on a cherché à fondre avec l’enseignement biblique. » En effet, l’auteur des <i)i>.o(;o(poû[Atva, d’abord considéré comme Origène et aujourd’hui comme saint Hippolyte, donne un long exposé de leur cosmogonie (V, 19, p. 138 et suiv., ed. Miller; p. 198 et suiv., ed. Duncker et Schneidewin), laquelle n’est autre que celle de la religion chaldéo-assyrienne, telle qtie nous l’avons lue dans les fragments de Bérose, mais dépouillée de tous noms mythologiques, avec les dieux du vieux mythe remplacés par ceux de principes abstraits; elle contient même une donnée importante omise par Bérose, quand elle attribue au chaos primordial la forme d’une matrice féconde, conception parallèle à celle de VH iranyagarbha des Indiens (Lois de Manou, I, 9, p. 3 de la traduction de Loiseleur-Deslongcbamps) et qui a passé chez les Grecs dans la cosmogonie des Orphiques (voy. Maury, De la cosmogonie orphique, dans la Revue archéologique, t. Vil, p. 341 et suiv.; Histoire des religions de là Grèce, t. III, p. 308 et suiv.). Nous pouvons ainsi ratta-

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cher à la source babylonienne ce point important d’un système sur l’origine des choses dont on a reconnu la parenté, de même que celle des cosmogonies de Phérécyde (Diogen. Laërt. 1, p. 84; voy. Preller, Rheinisches muséum fur Philologie, nouv. sér.,t. IV, p. 377) et des philosophes de l’école ionienne (Maury, Revue archéologique, t. VII, p. 348 , avec les doctrines du groupe de religions qui embrassait le bassin de l’Euphrate, la Syrie et la Phénicie (Renan, Mém. de t Acad, des /nier,, nouv. sér., t. XXIII, S’ part. p. 251 ; Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. III, p. 3H). L’auteur des 0>i>.oeoŸow{jieva (V, 20) dit aussi que les mêmes Séthiens découvraient dans le récit biblique du chaos une triade suprême de ixoro;, et fchjE>.Xa, qui répond très-exactement à celle de Anu, Del et Nisruk, triade dont ils croyaient voir des répétitions successives et à des degrés d’émanation toujours inférieurs dans les groupes de Caïn, Abel et Seth, Sem, Cham et Japhet, et Abraham, Isaac et Jacob. Or, nous savons par des sources non moins sûres que ces sectaires — et c’est de là qu’ils tiraient leur nom — professaient une vénération superstitieuse pour le patriarche Seth ; ils disaient que c’était « la Grande Vertu » divine qui s’était incarnée en lui, que son âme avait ensuite passé à Jésus Christ et qu’il ne faisait qu'un avec le Rédempteur : Iren. Adv. haeres. 1, 30; Epiphan. Adv. haeres. J, 3,239; Theodoret, Haeret. fab. XIV, p, 300; voy. Tillemont, Mémoires sur C histoire ecclésiastique, t. 11, p. 318. De cette manière ils restauraient sous un vêtement biblique et à ilemi-chrétien le culte de l’antique dieu Asit ou AHd, eu même temps que la cosmogonie chaldéo-assyrienne. Le livre de V Agriculture nabatéenne, dont nous croyons que M. Renan a eu toute raison de rapporter la première rédaction, en langue araméenne, entre le iii' et le vu* siècle

ap. J.-C., parle encore des Séthiens (voy. Renan. Mém. de l’ Acad, des /»«cr. , nouv. sér., t. XXIV, 1" [lart., p. 165 et suiv.). Ischita, fils d’Adami,y est présenté comme un législateur religieux et comme le fondateur de l’astrologie et de l’astrolâtrie. Il avait, suivant ce livre, des partisans nommés Ischitiens; à lui se rattachait une secte organisée, ayant une sorte de pontife suprême (Chwolson, Ueberdie Ueberreste der allhabylonischen Literatur ûi arabischen Uebersetzungen, p. 27). On signale des traces assez tardives de l’existence des Séthiens (Chwolson, Die Ssabier und der Ssabimus, t. II, p. i29). a Toutes les fables que les musulmans rattachent ài Seth (voy. ü’Herbelot, Bibliothèque orientale, à l’article 5cAei</i^, dit encore M. Renan, en l’envisageant comme le prophète d’un âge de l’humanité qu’ils appellent le siècle de Seth, ont sans doute la même source. » Ibn-Abi-Oçeibia attribue expressément aux Sabiens ou Mendaïtes cette opinion que « Seth enseigna la « médecine et l’avaitreçueen héritage d’Adam : » Journal asiatique, août-septembre 1859, p. 185 et 189.

Reportons maintenant les résultats des observations qui précèdent sur l’examen du passage de Josèphe et du récit attribué à Manéthon, qui ont motivé toute cette digression. Les légendes relatives au patriarche Seth , avons-nous constaté, sont le résultat de la confusion systématique établie à une certaine époque dans une portion des écoles judéo-chaldéennes de Babylone entre ce personnage biblique et le dieu assyrien Asit ou Asid, identique à Assur. Mais lui-même, nous l’avons montré dans le commentaire du fragm. 1 , n’est autre que la forme nationale assyrienne du dieu suprême Ilu, assimilé par les Grecs à leur Cronos, c’est-à-dire du dieu qui, dans le fragment de Bérose que nous étudions et dans le suivant, prévient Xisuthrus de l’imminence du déluge et lui or-

donne d’enfouir à Sippara les tablettes de terre-ouite contenant les révélations divines et les principes de toutes les sciences. L’histoire des colonnes de la Terre Sériadique n’est donc, comme l’avait entrevu M. Maury, qu’une variante de la tradition spécialement chaldéenne du déluge.

La tradition du cataclysme, moins exactement conforme au récit mosaïque que dans la Chaldée, mais en conservant encore tous les points essentiels et nettement caractérisek', existe dans les plus antiques souvenirs de tous tes rameaux de la race aryenne ou japhétique, sans exception : voy. Pictet, Les origines indo-européennes, t. II, p. 612 et suiv. ; Windischmann, Ursagen der arischen Vœlker, dans les Mémoires de l’Académie de Bavière pour 18.S2; et notre Manuel d'histoire ancienne de l’Orient, 3' édition, t. II, p. 296 et suiv.

On a plusieurs versions du récit indien. La plus ancienne et la plus simple se trouve dans le Çalapatha Brâh~ mana joint au Rig-Véda, et a été traduite pour la première fois par .M. Max Millier: Sanskrit lilerature, p. 425; cf. Weber, Indische Studien, t. 1, p. 161 ; Muir, Sanskrit Icxts, t. II, p. 324. Vient ensuite, par ordre de date et de complication du récit, qui va toujours eu se surchargeant de traits fantastiques et parasites, la version du Mahdbhdrata: Vanaparva, v. 12746-12804. Celle du Rhâgavata-Purûna est encore plus récente et plus fabuleuse : édit. deBuriiouf, t. II, p. 177 du texte, p. 191 de la traduction. Enfin la même tradition fait le sujet d'un poëme entier, de date fort basse, le Matsya-Vurûna, dont Wilson a donné une courte analyse dans sa préface au Visnu- Purdna(p. 51).

Les Grecs avaient deux légendes différentes sur le cataclysme qui déti-uisit l’humanité primitive. La première se rattuchaitau nom d’Ogygès, le plus ancien roi de P Attique,

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personnage tout à fait mythique et qui se perd dans la nuit des âges ; son nom même était dérivé de celui qui désignait primitivement le déluge, en sanscrit âugha : voy. Pictet, Les origines indo-européennes, t. II, p. (J28. Ou rapportait que, de son temps, tout le pays fut envahi par le déluge, dont les eaux s’élevèrent jusqu’au ciel, et auquel il échappa dans un vaisseau avec quelques compagnons : Pausan. IX, 5, i ; Schol. ad Apollon. Rhod. III, v. 1177; Serv. ad Virgil. Eclog. Vf, 11 ; cf. Steph. Byz. v. TpepiX* La seconde tradition est la légende thessalienne de Deucalion. Zeus ayant résolu de détruire les hommes de l’âge de bronze dont les crimes avaient excité sa colère, Deucalion, sur le conseil de Prométliée, son père, construit un coffre dans lequel il se réfugie avec sa femme Pyrrha. Le déluge arrive ; le coffre flotte au gré des flots pendant neuf jours et neuf nuits, et est enfin déposé par les eaux sur le sommet du Parnasse. Deucalion et Pyrrha en sortent, offrent un sacrifice, et repeuplent le monde, suivant l’ordre de Zeus, en jetant derrière eux les os de la terre, c’est-àdire des pierres, qui se changent en hommes : Strab. IX, p.ll2; Pindar. Olymp. IX, v. 61; Apollodor. 1,7, 2; Apollon. Rhod. III, v. 1085 et suiv. ; Ovid. Melamorph, I, V. 260-11 0 ; Pausan. I, 10, 1 ; X, 6, 2. La tradition grecque a ceci de remarquable qu’elle indique, comme le récit de la Genèse, le motif moral du déluge, la destruction des hommes pervertis, dont la légende indienne ne disait mot, non plus que le récit des prêtres chaldéens. La tradition iranienne rapportée dans le Boun-déhesch donne aussi au déluge un motif de châtiment. Pour punir les crimes des hommes, et surtout de la race abominable des Khar [ester, ou « êtres méchants, » par excellence, 7’aschter, l’esprit créateur, et les Yzeds font tant pleuvoir sur la terre, qu’elle est couverte parles eaux jusqu’à la hauteur

d’un homme. Tous les Kharfester, trouvent la mort dans ce terrible cataclysme : Anquetil-Duperron, Zend-Avesta, t. Il, p. 363. On trouve encore le souvenir du déluge, mais beaucoup plus vague, et sans qu’il s’y attache de notion morale, chez les Celtes de la Grande-Bretagne : Myvyrian archæology of Wales, t. II, p. 59, triade 13; cf. p. 71, triade 97; dans les mythes de l’Edda Scandinave : Vaf- Ihrudnismal, str. 29 ; enfin, chez les Lithuaniens, la nation européenne issue du sang des Aryas dont la langue est restée la plus voisine de l’origine : Hanusch, Slaa'ische Mythologie, p. 23 i.

L’importance de la tradition du cataclysme chez tous les peuples aryens est d’autant plus curieuse à noter, que le nom de Noé, Noa-^, à la différence de ceux des autres patriarches primitifs dans la Bible, ne s’explique pas naturellement par les idiomes sémitiques, et parait tirer son origine de quelqu’une des langues de la souche aryenne. Son radical fondamental est na, auquel dans toutes les langues de cette dernière souche s’attache l’idée d’ « eau » : <aeiv, couler; vâ[Aa, eau; v/îyetv, nager; I\’ympha, Neptunus, divinités des eaux ; L\ix, D[ ick, ondin des peuples du N ord, etc. : voy. Buttmann, Mylhologus, t. II, p. 203; Von Bohlen, Gcnesjs, p. 70; Maury, article Déluge, dans l’^ncyc/opédie nouvelle. Il semble donc avoir été appliqué par la tradition hébraïque au juste épargné par la volonté divine, précisément à cause du déluge, et il peut par conséquent être comparé au nom d’Ogygès, impliquant une idée semblable.

Nous n’hésitons pas, pour notre part, à préférer l’étymologie ci-dessus du nom de Noé, à l’étymologie purement sémitiqueadmiseparM. Ewald(GescAïcAtedes Volkesisraèl, 1. 1, p. 360), laquelle tire rU d’une racine tombée en désuétude et considère ce nom comme caractérisant le patriar-

che sauvé du déluge en tant que « le rénovateur » de l’humanité. Cette dernière étymologie a pu se produire plus tard, comme une allitération rendant compte d’un nom dont on avait oublié l’origine, mais si le nom de Noa^ avait été réellement sémitique, nous le retrouverions dans la traditipn bab}-lonienne. Quant au rapprochement établi par Windisclimann {Ursagen der arischen Vœlkei', p. 7-10) entre le Nahuia des légendes indiennes et Noé ou iVou^ aussi bien qu’entre son lils et le Japhct biblique,

nous le considérons, avec AI. Renan [Histoire des langues sémitiques, 1” édition, p. 461) comme « bien hasardé, » et nous renverrons à la réfutation qu’en a donnée M. Pictet [Ij:s origines indo-européennes, t. II, p. 628). En tout cas, ce n’est jamais NahuAa que les traditions de l’Inde présentent comme sauvé du déluge, c’est Manu V âivasvata, le type et l’ancêtre de l’humanité (voy. Pictet, Les origines indo-européennes, t. IT, p. 621 et suiv.) Les deux points de contacts entre Aahusa et Noé seraient d’abord son caractère d’être aussi une sorte de personnification symbolique de P « homme » — que désignait quelquefois le mot Aahusa (voy. Bœhtlingk et Roth, dans le Dictionnaire sanscrit de l’Académie de Saint-Pétersbourg, t. IV, p. 87) — ce qui fait que les Aryas s’intitulent habituellement à la race de Va/iMsa(Rig-Vêda, traduction Langlois, t. 1, p. 55 et 192; t, II, p. 268, 364, 433 et 470; t. III, p. 168, 209 et 388 ; t. IV, p. 82), et surtout le récit qui représente ce personnage comme un antique rischi, fils de Manu (Rig- Vêda,trad. Langlois, t. IV, p. 109 et 276), dont les biens deviennent la conquête du 5oma(Rig-Vêda, trad. Langlois, t. IV, p. 77 ; voy. la note de la p. 227). Ceci rappelle en effet beaucoup Noé plantant la vigne (Genes. IX, 20 et 21), et il semble que dans la Bible le patriarche Noé réunisse sur sa tête deu.x traditions qui dans l’Inde sedivi-

Sent entre Manu et iVaAusa. Mais on ne saurait parler de Mahuia sans se souvenir du mythe brahmanique, d’une origine certainement très-antique bien qu’il n’en soit pas question dans les Vêdns, et que le baron d’Eckstein a commenté d’une manière si ingénieuse {Journal asiatique, décembre 1855, p. 499), mythe où il usurpe momentanément le rang divin d’Indra, jusqu’au jour où les pontifes, que dans son orgueil il force à le porter sur leurs épaules, le font tomber de son siège, le condamnant ù ramper comme le serpent sur la terre. Ici il est bien difficile de ne pas comparer le nom àeNahusa avec le sémitique UMT3 « serpent, » tandis que, par contre, lesQ»S")tt?, qui n ont pas d’étjrmologie sémitique naturelle, semblent devoir été rapprochés des Sarpd de la symbolique primitive aryenne (voy. Renan, Histoire des langues sémitiques, 1” édition, p. 460; D’Eckstein, Journal asiatique, décembre 1855, p. 490 et suiv.) MM. Bœhtlingk et Roth, dans le Dictionnaire sanscrit de l’Académie de Saint-Pétersbourg (t. IV, p. 86 et suiv.), ont cru pouvoir distinguer deux Nahuia, celui des Vêdas et celui du Mahâbhârata, comme deux personnages absolument difiéreuts; nous croyons, au contraire, avec Windischmann et le baron d’Eckstein, qu’il y a seulement deux traditions divergentes se rattachant à une même figure légendaire. Mais en tout cas, on le voit, le nom de Diahusa n’a rien à voir avec le Noay^ sauvé du déluge, et nous préférons de beaucoup l’étymologie si vraisemblable mise en avant par M. Maury à celle qu’a proposée Windischmann et qui résulte d’un rapprochement sujet à tant d’objections.

Ces observations sur la vraisemblance d’une origine aryenne en rapport avec le récit diluvien pour le nom ri3, font comprendre comment nous le retrouvons avec la simple modification d’un redoublement initial dans celui du

roi Nannachus, sons lequel la trailition phrygienne plaçait le cataclysme: Suid. v. Nawaxôi;. Le souvenir de cet événement tenait une grande place dans les légendes de la Phrygie; la ville d’Apamée en tirait son surnonri de Ki6wTà; ou a arche, » prétendant être le lieu où l’arche s’était arrêtée : Orac. Syhil. I, v. 261 et suiv.; voy. Ewuld, Geschichtedes Volkes Israël, t. I, p. 3S6 et 376; Jahrb. derbibl. Wissensch. 1854, p. i et 49. Aussi l’histoire deNoé, accompagnée de son nom, fut-elle gravée sur certaines médailles qui sortirent de l’atelier monétaire d’Apamée dans le lir siècle de notre ère, alors que les idées chrétiennes s’étaient répandues dans tout le monde romain et commençaient à s’infiltrer même dans l’esprit de ceux qui demeuraient attachés an paganisme: voy. Eckhel, Doctr. num, vet. t. III, p. 134-139; Ch. Lenormant, dans les Mélanges d’archéologie des PP. Martin et Cahier, t. III, p. 199 et suiv.; Madden, Numismalic chronicle, 1866, p. 173-219. Comme indice de l’action exercée à partir d’une certaine époque par les récits bibliques et chrétiens sur la forme des traditions diluviennes locales de populations qui n’étaient ni juives ni chrétiennes, les monnaies d’Apamée sont à comparer au curieux vase découvert à Rome en 1 696 et que nous connaissons par Bianchini {La storia universale provata co'i monumenti, p. 176 et suiv.). Ce vase qui avait la forme d’un petit baril ou d’un petit coffre, renfermait vingt couples d’animaux et plus de trentecinq figures humaines, quelques-unes isolées, d’antres en groupe, mais toute dans la posture de gens qui cherchent à échapper à une inondation. Les femmes étaient portées sur les épaules des hommes. « Peut-être, remarque M. Maury, ce vase servait-il aux fêtes que l’on célébrait à Athènes, sous le nom d’IIydrophories et qui, selon Apollonius cité par Suidas, se célébraient en mémoire de ceux

Dnjtîixexi

qui avaient péri dans le déluge. Ce n’est au reste qu’une pure supposition, puisque l’on ignore, à vrai dire, en mémoire de quel cataclysme ces hydrophories avaient lieu. » En tous cas, si le rapprochement établi entre le vase de Bianchini et la fête des Hydrophories présente assez de vraisemblance, plusieurs des traits essentiels de la description que nous venons d’en donner prouvent que le vase n’a pu être exécuté que dans un temps où les mythes grecs d’Ogygès ou de Deucalion — origine probable des Hydrophories (voy. sur cette fête Auguste Mommsen, Heorlologie, p. 346 et 365) — avaient été surchargés de circonstances empruntées directement au récit biblique.

« C’est un fait très digne de remarque, dit M. Maury (Article DÉLiiGE dans P Encyclopédie nouvelle), de rencontrer en Amérique des traditions relatives au déluge infiniment plus rapprochées de celles de la Bible et de la religion chaldéenne, que chez aucun peuple de l’ancien monde. On conçoit difficilement que les émigrations qui eurent lieu très certainement de l’Asie dans l’Amérique septentrionale par les îles Kouriles on Aléoutiennes, et qui s’accomplissent encore de nos jours, aient apporté de semblables souvenirs, puisqu’on n’en trouve aucune trace chez les populations mongoles et sibériennes, qui furent celles qui se mêlèrent aux races autochtlionesdu nouveau monde. ...Sans doute, certaines nations américaines, les Mexicains et les Péruviens, avaient atteint, au moment de la conquête espagnole, un état social fort avancé ; niais cette civilisation porte un caractère qui lui est propre, et elle paraît s'être développée sur le sol où elle tlorissait. Plusieurs inventions très -simples, telles que la pe^ée par exemple, étaient inconnues à ces peuples, et cette circonstance nous montre que ce n’était pas de l’Inde eu du Japon qu’ils tenaient leurs connaissances. Les ten-

tatives que l’on a faites pour retrouver en Asie, dans la société bouddhique, les origines de la civilisation mexicaine n’ont pu amener encore à aucun fait suffisamment concluant. D’ailleurs le bouddhisme eût-il, ce qui nous parait douteux, pénétré en Amérique, il n’eût pu y apporter un mythe qu’on ne rencontre pas dans ses livres. La cause de ces ressemblances des traditions diluviennes des indigènes du Nouveau-Monde avec celle de la Bible, demeure donc un fait inexpliqué. » Cet aveu, émané de la plume d’un homme dont l’érudition est immense, et qui, dans l’écrit même auquel nous empruntons notre citation, s'efforce de réduire l’autorité du récit mosa'ique du déluge, est doublement précieux. Mais à nos yeux le fait inexplicable pour .M. Maury a une explication fort simple et seule possible. 11 prouve jusqu’à l’évidence que la tradition du déluge est une des plus vieilles de l’humanité, une tradition tellement primitive qu’elle est anti*rieure à la dispei^ sion des familles humaines et aux premiers développements de la civilisation matérielle, et que la race rouge, qui fournit la population de l’Amérique, l’emporta avec elle du berceau commun de notre espèce dans ses nouvelles demeures, en même temps que les Sémites, les Chaldéens et les Aryas l’emportaient aussi chacun de leur côté.

Parmi les légendes américaines sur le déluge, les plus importantes sont celles du Mexique, parce qu’elles avaient une forme écrite et complètement fixée avant tout contact avec les Eimopéens.

Don Fernando d’Alva Extlilxochitl dit dans son histoire des Chichimèques (Ternaux-Compans, Voyages, relations et mémoires sur l’Amérique, t. XII, p. 2 ), entièrement rédigé sur les documents indigènes, que suivants les traditions de ce peuple le premier âge, appelé atotiatiuh, c’està-dire « soleil des eaux, » fut terminé par un déluge uni-

verse). LeNoé du cataclysme mexicain est foa?co£P, appelé par certaines populations T eo-Cipnclli ou T ezpi. Il se sauva , conjoinleraent avec sa femme, XochiquHzal^ dans une barque ou, selon d'autres traditions, sur un radeau de bois de cyprès. Des peintures représentant le déluge de Coxcox ont été retrouvées chez les Aztèques, les Miztèques, les Zapotèques, les Tlascalans et lesMéchoacanèses. La tradition de ces derniers, en particulier, offre une ressemblance plus frappante encore avec les récits de la Bible et desChaldéens. Il y est dit que Tezpi s’embarqua dans un vaisseau spacieux, avec sa femme, ses enfants, plu-icurs animaux et des graines dont la conservation était nécessaire à la substance du genre humain. Lorsque le grand esprit Tezcatlipoca ordonna que les eaux se retirassent, T’ezpi fit sortir de la barque un vautour. L’oiseau, qui se nourrit de chair morte, ne revint pas à cause du gnmd nombre de cadavres dont était jonchée la terre récemment desséchée. Tezpi envoya d’autres oiseaux, parmi lesquels le colibri seul revint, en tenant dans son bec un rameau de feuilles. Alors Tezpi, voyant que le sol commençait ii se couvrir d’une verdure nouvelle, quitta son navire sur la montagne de Colhuacan : Ilumboldt, Vues des Cordilières et monuments des peuples indigènes de l' Amérique, t. II, p. 177 et suiv. D’après une autre tradition, répandue chez les Indiens de Cholula et consignée dans un manuscrit du Vatican, de Pedro de los Bios, religieux dominicain qui, eu 1 566, copia sur les lieux toutes les peintures hiéroglyphiques qu’il put se procurer, avant la grande inondation, qui eut lieu 4800 ans après la création du monde, le pays d’Anahuac était habité par des géants : tous ceux qui ne périrent pas furent transformés en poissons, à l’exception de sept personnages qui se réfugièrent dans des cavernes : Humboldt, t. I, p. 114. Les Péruviens, dont la civilisa-

tion ne le cédait pas à celles des Mexicains, connaissaient aussi la tradition du déluge et plaçaient cet événement sous le roi Viracocha, le premier des Incas de Cuzco: Ulloa, Mémoires sur la découvei'le de C Amérique, trad. Villebrune, t. II, p. 3-i6 et suiv.

Les récits des tribus américaines demeurées à l’état sauvage peuvent, par leur nature même, donner une certaine prise au doute. Ils n’ont pas été fixés par l’écriture en dehors de toute possibilité d’influence étrangère ; ils ont été recueillis à des époques tardives, quand les tribus avaient eu déjà des contacts prolongés avec les Européens et avaient vu vivre au milieu d'elles plus d’un aventurier qui avait pu faire pénétrer des éléments nouveaux dans leurs traditions. Ces récits méritent pourtant d’être mentionnés, mais avec la réserve que nous venons d’indiquer : voy. notre Manuel d’ histoire ancienne de l’Orient, 3* édition,!. I, p. 29. Les plus curieux sont ceux des tribus de la Nouvelle-Californie : Duflot de Mofras, Exploration du territoire de COrégon, t. II, p. 366 et suiv. ; des Canadiens, recueillis par le P. Charlevoix ; des Indiens des lacs, tels que les rapporte le voyageur Henry : Thatcher, Indien traits, t, II, p. 108 et suiv. Catlin a cru retrouver dans la grande tribu américaine des Mandans, des traditions tout à fait analogues au récit biblique, notamment des souvenirs de la colombe et de la sortie de l’arche. Des ressemblances du même genre ont été indiquées par d’autres voyageui’s. Mais elles l’ont été d’une manière trop vague pour que l’on puisse se fier aux détails dont ceux qui les rapportent les ont accompagnées.

11 n’est pas jusqu’à l’Océanie où l’on ne retrouve, non dans la race noire ou australienne, mais dans la race polynésienne, originaire de l’Asie, la tradition diluvienne, mêlée à des traits emprunté.s aux ras de marée, qui sont

un des fléaux les plus habituels de ces îles. Le plus frappant de ces récits de l’Océanie est celui de Taïti, que certains traits bien camctérisés rattachent d’une manière probable à la grande tradition des premiers âges : Rienzi, rOcéante, t. II, p. 337. Mais les récits diluviens de cette partie du monde ont revêtu le caractère enfantiu de toutes les légendes des populations polynésiennes, et d’ailleurs, comme l’ajustement remarqué M, Maury, les légendes de Taïti pourraient s’expliquer assez naturellement par le souvenir d’un de ces ras de marée si fréquents dans la Polynésie fvoy. à leur sujet ce que dit M. de Tessan, dans le Voyage de la Vénus, t. V, p. 197 et suiv. ). Le trait le jilus essentiel de tous les récits proprement diluviens fait défaut. « L’île de Toa-Marama, dans laquelle, suivant le récit de Taïti, se réfugia le pêcheur qui avait excité la colère du dieu deseatix, Roua-Hatou, en jetant ses hameçons dans sa chevelure, n’a pas, dit M. Maury, de ressemblance avec l’arche. » Il est vrai que les Taïtiens ajoutent que le pêcheur se rendit àToa-^larama avec un ami, un cochon, un chien et un couple de poules, circonstance qui se rapproche fort de l’entrée des animaux dans l’arche, La légende océanienne pourrait donc être regardée comme une de celles où la tradition primitive du grand cataclysme a été confondue avec le souvenir d’un phénomène local et très-postérieur. C’est ainsi que chez les Grecs le mythe, bien positivement diluvien à l’origine, d’Ogygès, s’est localisé dans le souvenir d’un débordement du lac Copaïsfvoy. Maury, article Déluge; Hisloiredes religions de la Grèce, t. I, p. i58), et il est impossible de ne pas être également frappé d’un rapport entre le théâtre donné le plus habituellement par les Hellènes à l’histoire de Deucalion et les Inondations qui ravageaient le bassin de Delphes (voy. Forchhammer, Annales de V Institut Archéologiqw,X. X, p. 284 et suiv.).

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