Augures de la lune et de Vénus (W. A. 1. ni
(1) Il n'est pas absolument prouvé, du reste, que ces sujets aient trait précisément au sanctuaire de in four de Borsippa, car le même usage pouvait avoir lieu dans d'autres temples de la riialdée. F.n tous cas.il
« Dans le temple de Babylone, continue Hérodote, il y » a une antre chapelle en bas, où l’on voit une ^ande » statue d’or qui représente Jupiter (ce ne doit pas être ici Bel-Marduk, bien que ce soit lui que les Grecs assimilent d’ordinaire à leur 2Seus ; mais no>is verrons tout à l’heure que les documents babyloniens indiquent un autre dieil comme adoré dans la chapelle inférieure de la Tourj. » Près de cette statue est une tahle, également en or, et » de ce métal sont aussi fabriqués l’escabeau et le trône » du dieu; le tout forme une masse de 800 talents d’or. » On voit en dehors de la chapelle un autel d’or, et un » autre autel très-grand où l’on immole des bestiaux. Sur » l’autel d’or, il n’est permis que de sacrifier de jeunes » animaux qui tettent encore ; sur le grand, les Chaldéens » brûlent tous les ans, à la fête du dieu, mille talents » pesant d’encens. Il y avait encore autrefois une statue » en or massif de 12 coudées de hauteur. Moi, je ne l’ai j> plus vue ; je raconte ce que disent les Chaldéens. Darius, » fils d’Hystaspe, ayant voulu avoir cette statue, n’osa » pourtant pas la prendre; mais Xerxès, fils de Darius, » l’enleva et tua le prêtre qui lui avait défendu de tou- » cher à l’image. V
L’inscription de Nabu-kudurri-uxur connue sous le nom d’inscription de la Compagnie des Indes (W. A. I. l, 54 et 55) donne les détails les pins intéressants et les plus complets sur la restauration de la Tour de Borsippa, surtout sur la décoration des différents sanctuaires que contenait cet édifice.
Col. III, 1. 36-56 : a Borsippa est la ville de ceux qui
remonte certainement à l'antiquité la plus reculée, car c’est ce sujet que nous voyons gravé sur le cylindre du roi Ur-/ammu, le plus ancien roi chaldéen que noua connaissions, sceau publié par Ker-Porter (TraeeU n Otergia, Ptrtia, etc. t. II, pl. 79, ns 6).
» exaltent le dieu : je l’ai ornée. Au milieu d’elle j’ai j> fait reconstruire le temple Zida, le temple étemel. » J’en ai complété la magnificence avec de l’argent, » de l’or, d’autres métaux, des pierres, des briques ver- D nissées, (des boiseries) de pin maritime et de cèdre. J’ai » revêtu d’or les piliers de bois {gu^ur zululu) du lieu de » repos de Nabu » (la chapelle supérieure de la description d’Hérodote, où le dieu venait se reposer). « Les mon- » tants de bois {guSur zululu) de la porte des oracles ont » été revêtus d’argent pur.
« J’ai orné de reliefs sculptés {.sariri) les montants, le » seuil et le linteau de la porte du lieu de repos, les gar- » gouilles {kanuli) et l'auvent. J’ai garni d’ornements » d’argent les montants de la porte de la chambre de ses » concubines (du dieu), dal bamUisu. J’ai bâti splendi- » dement l’entrée du lieu de repos et la rampe {mulah) » du temple en briques de difféi-entes couleurs. »
Col. 111, 1. 62-72, et col. IV, 1. 1-6 : « Pour étonner B les hommes, j’ai refait et renouvelé la merveille de Bor- » sippa, le temple des sept lumières de la terre.... j’en ai » élevé le faîte en briques revêtues de marbre. L’arche » na’ar kanul (1), le char de sa domination, l’arche » glorieuse de Li7mu/cu, la grande fête de Babylone, son B trône de dignité, qui est dans l’intérieur (du sanctuaire) , » je l’ai couverte de chrysolithes [tirisassi) et d'autres » pierres (2). »
(1) Cette arche est mentionnée comme celle du dieu Nabu dam W. A. 1. Il, 62. 2, 1. 42.
(2) Le nom de pierre précieuse (irn‘a.s‘s-i est le de la Bible
(Exod., xxviii,20; xxxlx, 13 ; Ezech., I, 16 ; x, 9; xxviu, 13,Cantic., t,14. Dan., x,6). Les Septante et Joséplie traduisent par xpwJoXi9o<: (^oy. Braun, De vestit. tacerdot.. Il, p. 7î. c'est à dir;e la topaze, qui se rencontre en effet en Espagne, le pays lie d'où lui venait son nom.
Il est possible de relever, dans les noms de matières qu’apportait le commerce, des indications du même genre, révélant la connaisaance
Col. IV, 1. ül-05 : « Au dieu Sin, qui soutient mon » autorité, j’ai fait le temple Temin Ani (des assises » à’ Arm), son temple, en forme de caverne (nagariS), » dans le massif qui forme la base du temple 7Ada. » Il s’agit bien probablement là de la chapelle inférieure de la description d’Hérodote.
Dans l’inscription des barils trouvés par sir Henry Rawlinson au milieu des ruines de la Tour (W. A. 1. 1, 81, 1) ; il y a aussi quelques détails de construction qui concordent avec ceux-ci (col. 1, 1. 19-22), et quelques autres qui sont nouveaux (col. 2, 1. 7-loj : « Je n’en ai » pas changé l’emplacement; je n’en ai pas dérangé la » pierre angulaire. Dans un mois de salut, dans un jour » heureux, j’ai ajouté des parties nouvelles [aptali, cf. » l’araméen KflSK) à la brique crue des massifs et à la * brique cuite des revêtements. J’ai fortifié la base K) {mikitta, cf. nJ'DD) ; j’ai inscrit mon nom dans la frise » ajoutée. J’ai mis la main à reconstruire le temple Zida T> et à en élever le faîte, comme jadis il devait être ; je l’ai » refondu et bâti, comme il devait être dans les temps » lointains; j’en ai élevé le sommet. »
Enfin l’inscription dite du Baril de Phillips (W. A. I. I, 65) répète les mêmes renseignements (col. 2, 1. 19-22), mais ajoute (col. 2, 1. 23) ce détail, inconnu d’ailleurs.
géographique de centrées lointaines dont il n’est pas autrement question, les rois d'Assyrie et de Babylone n’y ayant jamais porté leurs armes. C’est ainsi que, dans la longue énumération de bois précTeux que contient le texte gravé par l’ordre de S*in-a;(^é-îri6 sur les taureaux des portes du palais de Koynundjik (W. A. J. iii, 13, 4. 1. 3), nou.s trouvons mentionné un is-Smdai qu'il n*y a pas moyen d’entendre autromentque comme un c bois de l’Indus. » C’est sans doute le bois de teck, dont o colonel raydor a trouvé des poutres encore conservées dans les ruines des édifices de Mougheir, l’antique Vr ijounial of the Royal Asiatic Soa>tv« t* XV, p. -204). Au point de vue philologique, on remarquera quo la forme Stndai est exactement de la mC'ine famille que celles que nous ftTons signalées plus haut (p. 103). i
que la déesse Nana était considérée comme résidant avec le dieu j}fabu dans le sanctuaire supérieur de la Tour : voy. la traduction complète dti Baril de Phillips, dans Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 230 et suiv. Nana est encore dite l’épouse de Nabu, «. à Babylone, » dans une inscription dcTuklati-pal-asarll: L. 17, 1. 15. Le môme Baril de Phillips (col. 2, 1. 26-33) parle ensuite de seize figures (pasilli) symboliques que Nabukudurri-tssur avait consacrées dans le sanctuaire supérieur, et qui n’y étaient plus au temps d’Hérodote ; parmi leurs désignations on discerne le « poisson et l’oiseau, » mais le passage est encore extrêmement obscur. On voit par le même texte (col. 1 , 1. 18-22) qu’il y avait des images symboliques analogues dédiées dans la pyramide de la cité royale de Babylone.
Les renseignements que nous venons d’extraire des inscriptions originales de Nabu-kudurri-umr réclament quelques commentaires. Et d'abord nous remarquerons qu’il est encore question de la consécration du sanctuaire supérieur de la Tour de Borsippa au dieu Nabu dans un autre passage du baril de Phillips (col.l, 1. 34 : W. A. I. I, 65). Dans le même endroit, le roi dit avoir fait faire également une chapelle à Nabu dans la pyramide de Babylone (col. 1, 1. 33), et la porte de cette chapelle est appelée dans l’inscription de la Compagnie des Indes (col. 2, L 52 : W. A. I. I. 34) liab-Zida, par une allusion évidente au monument de Borsippa (1). En Assyrie, Nabu est dit également résider dans la tour Zida de Kala^ (W. A.1. 1, 35, 2, 1. 7) et dans la tour Zida deNinive (L. 85,1,1.1 et 2).
(1) C’est pâr erreur que M. Norris (Xsiyrian dielionary, t. I, p. 67) applique aux portes do la Tour de Borsippa ce passage, ainsi que celui du cylindre de Nergal-t'ar-u^ur (col. 1, 1. 23 ; W. A. 1. 1, 67); il s'agitdans l’un ei dans l'autre des portes de la Pyramide de la cité royale de Babylone.
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La mention d’un sanctuaire ai>pelé Temvi Ani (les assises d'^nuj dans le massif de la base du monument sacré nommé Zida, « la main droite, » rappelle immédiatement à l’esprit un des noms religieux et mystiques de le ville de Babylone prise dans son sens le plus étendu, « la Ville de la main d’v4nu, » nom que Nahu-kudurri-mur emploie dans un passage de rinscription de la Compagnie desindes (col. 7, 1. 25 : W. A. I. l, 57), Sin-a/é-irib dans le Cylindre de Bellino (L. 63, 1. 1 i), et dont l’attribution à Babylone est établie positivement par une tablette géographique (W. A. I. Il, 50, 1. 2 et 25). F.lle ne ressort pas moins certaine d’un passage de l’inscription des Annales de Éar-yukin (Khorsubad, salle V, plaque 9 : B. H2), où ce prince, après avoir longuement parlé de son séjour à Babylone, dit « je partis de la Ville de la main du dieu Anu. » Il faut encore rapprocher la mention que Nabukudurri-usur fait à deux reprises, dans le baril de Phillips (col. \, 1. 10 et col. 2, 1. 26 : W. A. I. i, 65) d’une fête (alap, c’est exactement le pendant du grec
iravri'yupi;) qu’il appelle alap ille mara alap qat ul, « la fête sublime Mara (c’est sans doute un nom accadien), la fête de la Main Suprême (2). » Cette fête était en rapport étroit avec le culte de la Pyramide de Babylone et de la Tour de Borsippa, puisque le même texte nous apprend que c’était à son premier jour qu’on exposait les figures symboliques et mystérieuses déposées dans les deux monuments. 11 est probable qu’elle durait deux jours. C’est du moins ce que semble indiquer un troisième passage du baril de Phillips (col. 3, 1. 9 et 10: W. A. I. i, 66), où tous les termes de la phrase qualificative que nous venons
{% On peut traduire aussi c la f^te de la Main Aidt*ralc, » car le sent idéographique d'f étoile « ftour le sigae dont la valeur phonétique est e«t attesté par d'innombrables exemples des tablettes astrologiques.
de citer sont répétés chacun deux fois, d’après une méthode assez usitée en pareil cas dans les inscriptions de ^ abu-kudurri-usur. Ce dernier passage substitue au nom accadien mai’u son équivalent assyrien paklidi. Le nom de « ville de la main d’Anu » est aussi rais en rapport avec le culte de la Tour de Borsijipa (Inscr. de la Compagnie des Indes, col. i, 1. 2 : W. A. I. i, oo).
Toutes les appellations que nous venons de grouper se rattachent évidemment à un mythe que nous ne trouvons encore exposé dans aucun texte, ni classique, ni indigène, mais sur lequel des éclaircissements nous vont être fournis par les représentations d'un curieux cylindre publié parLajard [Culte de Mühra, pl. xxvil, n°5).
Le centre de la composition est occupé par une pyramide à degrés, dont on ne saurait méconnaître l’image et que surmonte une main de taille colossale, sortant de l’étage supérieur. Autour de cette représentation se groupent sept petites figures humaines, les unes vêtues de longues robes, les autres qui paraissent nues ; six sont rangées en deux registres superposés à gauche de la pyramide, les pieds opposés, c’est-à-dire celles de la rangée supérieure debout dans une position normale, et celles de la rangée inférieure dans la position inverse. La septième des petites figures se tient accroupie à droite, tournée vers la main qui sort delà pyramide et les bras élevés dans une attitude d’adoration. Au-dessus de sa tête est le symbole composé des deux tresses antérieures d’unecoiffure de femme (peutêtre image adoucie du xv£Î;) qui figure au nombre desemblêmes astronomico-religieux du Caillou Michaux (Münter. Religion der Babylonier, pl. III) et des deux pierres analogues que possède le Musée Britannique (W. A. I. III, Ao). Derrière la petite figure accroupie est un huitième personnage de beaucoup plus grande taille, debout, tourné
à droite, tenant un sceptre, et dans l’attitude donnée d’ordinaire à Bel-Marduk. Une femme vêtue d’une longue robe l’adore et devant lui, dans le champ, sont deux symboles, un poisson et une figure étrange, qui semble une sorte de monstre marin porté sur deux jambes humaines.
Il n’y a pas moyeu de douter que la pyramide à degrés d’où sort une main ne soit la pyramide ou totir Zida, et la main celle du dieu Anu, qui donnait son nom au monument et à la ville de Babylone, d’autant plus que les symboles du champ nous reportent au monde de l’abîme et de la mer primordiale, auquel préside Anu. Mais que peuvent être les sept personnages qui entourent cette représentation symbolique, avec le huitième plus grand que les autres ? 11 faut se rappeler ici lesCabires, Kabirim ou plutôt Gafcirtm (Renan, Mém. de l' Acad, des Inscr.^ nouv. sér., t. XXIII, 2* part. , p. 269) , de la Phénicie (voy. Guigniaut, Relif/ions de F antiquité, t. II, 2* part. , p. 1096; Movers, Die Phœnizier,t. 1, p. 6o2), qui sont au nombre de sept, avec un huitième, Esmun (voy. Movers, Die Phœnizier, t. I, p. 527 et 529), distingué des antres et considéré comme supérieur (Sanchoniath., p. 38, ed. Orelli; Damasc. Z)e princip. p. 352, ed. Bekker), car il personnifiait le monde formé par les sept premiers ou composé de leur réunion (Xenocrat. ap. Clem. Alex. Proirept., Y, 66 ; Cicer., De nat. deor. 1, 13). Sans doule on n’a pas encore trouvé de mention des Cabires dans les textes cunéiformes, mais l’intime parenté de la religion de Babylone avec celle de la Phénicie permet, dans le silence des textes, de chercher chez les Phéniciens un élément d’explication pour les représentations figurées d’un cylindre babylonien. Au reste, dans une tablette mythologique encore inédite, nous avons lu le nom d’Asmunu, correspondant à V Esmun phénicien, et ce nom seul suppose nécessairement
l’existence des sept autres Cabires. Le culte du même dieu est signalé par Strabon (XVI, p. 737) à Arbèles. Aussi n’hésitons-nous pas à reconnaître les Cabires avec^imunu sur un cylindre du Musée Britannique (Cullimore, Oriental ci/linders, n° lü7), qni, au-dessus des combats symboliques d’animaux et de monstres, nous fait voir, à un registre supérieur, sept personnages debout avec un huitième assis sur un trône. Ce qui caractérise à nos yeux ces personnages d’une manière décisive, c’est quela plupart d’entre eux, en même temps qu’ils sont munis d’un sceptre, tiennent à la main le serpent placé aussi dans la main du Cabire des monnaiespuniquesd’Ebusus (Neumann, Popu/orum et regum numi veleres inedili, t. II, pl. IV, n“ 10 et 11 ; Mionnet, Description de médailles antiques, Supplément, t. IV, p. 401; Gesenius, Monumenta phœnicia, pl. 39, XII, c. f. g; DeSaulcy, Mém. de C Acad, des Inser., nouv. sér., t. XV, 2‘ part., p. 177-200), le serpent dont ’inscription du sarcophage d’Escliraonnazar, à sa 1. 17 et d’après l’ingénieuse lecture de M. Mnnk, universellement adoptée aujourd’hui, fait aussi l’attribut à'Esmun, appelé parles Grecs ô^ioOyoç (Marin., Vit. Procl., 19).
Le récit du fragm. 1 de Bérose nous a fait voir plus haut des démiurges en sous-œuvre, appartenant à un ordre inférieur de la hiérarchie divine, qui aident le démiurge principal, Bel, dans son travail de création du inonde. Cette donnée de la cosmogonie chaldéenne ne peut convenir qu’aux Cabires, car c’est eux qui dans la mythologie phénicienne jouent le rôle de démiurges secondaires. De là leur surnom de l’atèques, nnS (Herodot., III, 37), la filiation qui les fait naître de Sydyk, plï, le Vulcain de la Phénicie (Sanchoniath. , p. 38, ed. Orelli; Damasc., 2)e princip., p. 352, ed. Bekker), considéré par Phérécyde comme un neuvième dieu Cabirique (Strab. , X, p. 472 ;
voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. III, p. 254); de là aussi le marteau qui est un des attributs du Cabire représenté par les monnaies d’Ebusus, et que nous voyons entre les mains d’un dieu de la même catégorie dans une de ces idoles sardes (La Marmora, Voyage en Sardaigne, pl. xxvi, n* 85 ; Guigniaut,/îe%ions de l'antiquité , pl. LVJ bis. n" 214 g; Gerhard, Ueber die Kunstder Phœnicier, extrait des Mémoires de l’Académie de Berlin pour 1846, pl. V, n° 4), œuvres assez récentes des populations de l’intérieur de l’île de Sardaigne appelées Barbaricini (voy. La Marmora, Sopra alcune antichità Sarde. Turin, 1853, p. 83 et suiv.) qui demeurèrent fidèles au paganisme phénicien jusqu’à l’époque de saint Grégoire le Grand (Manno, Storia di Sardegna, t. I, p. 232 et suiv.).
Nous serions enfin assez disposé à reconnaître les Cabires dans les « sept dieux grands, fils du Seigneur de la mensuration [Bel médira) » dont parle une tablette théogonique (\V. A. I. m, 69, 3), où malheureusement leurs noms ont disparu. Mais ceci n’est qu’une conjecture.
Quoi qu’il en soit, après les remarques qui précèdent, il nous paiaît difficile de ne pas admettre l’existence des Cabires dans le panthéon chaldéo-assyrien, et de ne pas reconnaître ces dieux sur le cylindre publié par Lajard. Mais quel ra]>port existe entre eux et la main divine qui s’élève au-dessus de la pyramide à étages? Ici nous devons recourir à la curieuse tradition de l’ile de Crète, île dont la religion était si profondément pénétrée 'd’iufluences phéniciennes, qui nous a été conservée par le grammairien Diomède (III, p. 474, ed. Putsch) : Aiunt Opem in Idam montem insulœ Crelœ fugiendo delatam, manus suas iniposuisse memoralo monli, et sic infantem (J ovem) ipsum edidisse, et ex manuum impression eemer-
sisse Curetas sive Corybantas, quos a montisnomine et a qualitate (aclijdaeos Dactylos appellant. Quelques lignes plus loin (p. 475) le même auteur identifie ces Dactyles aux Cabires; et en efiet le rapprochement entre les deux classes de personnages est admis par tous les mythologues, car les Dactyles sont comme les Cabires des dieux forgerons (Strab. X, p. 473; Plin. Hist. nat. VII, 56, 57; Clem. Alex. Stromal. I, p. 362, ed. Potter), des ouvriers démiurgiques. On doit remarquer à l’appui de la légende Cretoise, le rapprochement qu’elle établit elle-même entre le nom du Mont Ida et le mot 1» « main, » d’une part, et entre Sax-ruXo;, « le doigt», en grec, et T, « la main » en hébreu et en phénicien, d’autre part. 11 est probable que le nom de l’Ida de Crète était originairement pélasgique comme celui de l’Ida de l’Asie-Mineure et avait la même signification étymologique de « forêt montueuse » (voy. Preller, Grieschische Mythologie, t. I, p. 408; Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. I, p. 79); mais les colons phéniciens, quand ils étaient arrivés en Crète, avaient établi un rapprochement assez naturel entre ce nom de lieu qu’ils y trouvaient déjà existant et le mot T de leur langue ; par suite l’Ida était devenu pour eux une < montagne de la main », à laquelle ils attachaient la même idée que les Babyloniens à la a pyramide de la main droite.»
Dans une autre île delà Méditerranée où l’influence des Phéniciens fut également ancienne et profonde, en Sicile, les dieux locaux correspondant aux Cabires sont les Paliques, Macrob. 5atur«.V. 19; Virgil. Æneid. IX, v. 584 etsuiv. ; Serv. a. h. ; Stej h. Byz. v. naXtxv) ; Schol. ad Stat. Thebaid. XII, v. 156; Mythogr. Vatic. 1, 190; II, 45; Clem. Roman. Homil.Y. 13; Iteeogn. .X,22), ouvriers divins, mis en rapport avec les sources sulfureuses des
flancs de l’Etna (Callias et Polemon ap. Macrob. l. c.; Pseudo-Axistot. Mirab. auscult. 58; Antigon. Caryst. Hist. mirab. 175; Ovid. Metamorph. Y, v. A06).0r, M. Welcker {Annal, de l'Inst.Arch. t. II, p. 2A5 etsuiv.; Zeitschr. für die AUerthumswissensch, de Zimmermann, 1838, p. 235 etsuiv.; cf. Panofka, Ann. de C Inst. Arch. t. IV, p. 395, et t. V, p. 286 ; article Pandora dans l’Encyclopédie d’Ersch et Gruber ; Ch. Lenormant et De Witte, Elite des monuments céramographiques, t. I, p. 162-171) a reconnu le mythe de leur naissance dans une curieuse peinture de vase grec de fabrique sicilienne (Ann. de l'Inst. Arch. t. II, pl. 1 ; Ch. Lenormant et de Witte. Elite des mon. céramogr. t. I, pl. LU); où on les voit enfantés par les mains de la Terre leur mère et se mettant à forger la tête de celle-ci, en véritables démiurges, aussitôt après leur naissance. Ainsi que l’a ingénieusement remarqué l’illustre antiquaire de Bonn, ce mode de naissance, dont ne parlaient pas les mythographes, les caractérise comme ya<rrspo'xeif«« OU y^eipoyâcropeç, épithète donnée quelquefois à d’autres ouvriers divins, les Cyclopes de laLycie (Strab. VIII, p. 273 ; Eustath. ad Homer. lliad. B, p. 286). Coré, si souvent identifiée avec la Terre, était qualifiée de Xeipoyovia, «celle qui enfante par les mains; » malheureusement Hésychius, par qui nous avons ce renseignement, ne dit pas à quel pays et à quel mythe il se rapporte.
L’idée d’une génération semblable est encore exprimée dans plusieurs idoles sardes (La Marmora, Voyage en Sardaigne, pl. xv, n°72; pl. xxv, u°* 73, 74, 76 et 79; Gerhard, Ueber die Kunst der Phœnicier, pl. V, n°‘ 3, 6 et 7), où l’on voit un petit personnage sortir de la main d’un dieu que l’attribut du serpent tenu dans l’autre main caractérise comme cabirique.
Les rapprochements auxquels nous venons de nous
livrer autorisent, croyons-nous, à considérer les Cabires qui entourent la main du dieu A nu sortant de la pyramide comme sortis de cette main elle-même, et à rattacher la représentation du cylindre publié par Lajard au cycle des mythes dans lesquels les puissances démiurgiques sont enfantées par la main de la personnification divine de la matière primordiale, du chaos qui va être organisé par ces puissances, que la personnification soit féminine comme la Terre ou masculine comme Anu. Il est d’autant plus naturel de chercher l’origine première de ces mythes dans la religion chaldéo-babylonienne, que dans le langage symbolique des Babyloniens et des Assyriens la main, id, est l’expression la plus énergique des idées de <c puissance, force, énergie active » : voy. les exemples rassemblés au mot id par M. Norris, Assyrian diclionary, t. I, p.209 et suiv. Nous trouvons même la locution métaphorique id-ii, a main divine, » pour signifier « puissance, » comme dans cette phrase : id-iUu iduk ahiktavsu iskun, et il a abattu sa puissance, il a efiiectué sa défaite » : W. A. 1. II, 65, 1, col. 2, 1. 11. C’est donc une image toute empreinte du symbolisme babylonien que celle de cette main divine qui, dans le livre de Daniel, apparaît au milieu du festin pour écrire sur la muraille en lettres do feu l’arrêt de mort de l’empire de Babylone : Dan. V.
Les Cabires, dans la religion de la Phénicie, et sans doute aussi dans celle du bassin de l’Euphrate, étaieut des dieux essentiellement sidéraux, en rapport avec le? differents groupes heptastériques, comme les Pléiades ou les sept étoiles de la Grande Ourse, auprès desquelles l’étoile polaire jouait le rôle de la huitième (voy. Maury, Revue archéologique, t. III, p. 769 et suiv.) Maison les identifiait surtout avec les sept planètes et leurs orbes, et Esmun, le huitième, était le cosmos formé de leur
assemblage, le ciel des étoiles fixes qui les embrasse tous (Xenocrat. ap. Clem. Alex. Pro(repi.V,66; Cicer.Z)e nat. deor. I, 13). C’est pour cela qu’on leur donnait pour attribut caractéristique le serpent, symbole de la marche sinueuse des planètes (Clem. Alex., Stromal. Y, 4, Horapoll. IherogUjphic. 1,2), qui ne semblent pas décrire un simple cercle dans leur sphère, mais tourner chacune autour d’un centre imaginaire, qui, lui-même, parcourait une orbite circulaire (c’est la notion des épicycles de Ptôlomée). Comparez le grand serpent à sept têtes, siba qaqqada, dont il est question dans une tablette bilingue (W. A. I. Il, 19, col. 2, 1. 13 et 14). Sur le CaiUou Michaux (Millin, Monuments antiques inédits, t. I, pl. IX; Münter, Religion der Babglonier, pl. III) et sur les monuments analogues du Musée Britannique (W. A. I. III, 45) la figure d’un grand serpent occupe une notable partie du ciel. En outre, sur le seul Caillou Michaux, on voit parmi les symboles astronomiques et sidéraux deux serpents, l'uu à tête d’aigle et l’autre à lête de lion.
M. Movers [Die Phœniziet, t. I. p. 528) a déjà fait remarquer l’analogie qui existe entre les sept étages de la Tour de Borsippa décrite par Hérodote, portés à huit par l’adjonction du soubassement, et les sept Cabires planétaires, portés à huit par l’adjonction à'Esmun. Ce rapprochement prend une bien autre valeur maintenant que nous savons par le témoignage des textes babyloniens eux-mêmes que la Tour était le a temple des sept lumières de la terre » ou a des sept sphères, » que ses sept étages étment revêtus des couleurs des sept planètes auxquelles ils étaient consacrés, et que dans le soubassement, qui formait un huitième étage inférieur , était un a sanctuaire des assises d’Anu. » Le culte de ce monument sacré par excellence nous offre ainsi un groupe divin des sept pla
nètes jointes à ylnu, le xôdfioçpar excellence, le dieu-monde, le ciel des étoiles fixes qui embrasseetengendrelesplanètes avec leurs orbites, groupe exactement parallèle à celui des sept Cabires joints à Esmun ; ce dernier en est la reproduction dans un ordre, d’émanation inférieur, la manifestation et comme 1 expression démiurgique.
Peut-être faut-il ici tenir compte du renseignement fourni par la tablette encore inédite du Musée Britannique portant le numéro K 255. Elle semble en effet identifier Anu avec un dieu nommé Sabi. Ce nom, qui signifie a sept » s’écrit en effet par le chiffre 7 suivi du complément phonétique bi. Le dieu Sabi est donc «le dieu sept, » ou peut-être plus exactement « le dieu des sept, » le dieu qui préside au groupe des sept autres dieux et le résume. C’est une manière différente d’exprimer la même idée qu’/limunu ou Esmun. Aussi Anu s’identifiant avec Éabi est-il précisément Anu dans le rapport avec le groupe planétaire où le place le culte de la Tour Borsippa. Au reste, Sabi figure encore sur quelques autres monuments comme un personnage divin distinct et d’une certaine importance. Dans la tablette n“ 100 de la collection photographique, il est nommé quatorzième, à lasuite des douie grands dieux, au milieu d’une série d’invocations. On parle d’un temple qui lui était dédié et l’on nomme les dieux qui y étaient adorés avec lui (W. A. I. lit, 06, recto, col. 1. 13-21); enfin on le signale comme étant à Ninive l’objet d’un culte commun avec un dieu Narudu, dont nous ignorons le rôle et les attributs (W. A. I. iii, recto, col. 6, 1. 2).
En tous cas, nous comi)renous maintenant comment le mythe des Cabires enfantés par la main d’^lnu s’applique à la pyramide à étages de Borsippa, qui est le « temple des sept lumières » et en même temps le « temple de la main
divine. » Ajoutons une dernière remarque. La forme la plus vraisemblable du nom des Cabires phéniciens est Gabirim, dont le correspondant assyrien est Gahri. Or ce nom est précisément un de ceux que l’on appliquait aux géants légendaires, ainsi que nous l’avons vu tout à l’heure, dans la note 2. Il est donc probable que le mythe qui mettait les Cabires ou Gubri en relation avec la Tour des Langues a été la source de la tradition populaire qui la faisait bâtir par des géants, comme nous le voyons dans notre fragment de Bérose, le mot gabri étant pris dans son sens héroïque au lieu de son sens divin.
Nous sommes parvenus à nous rendre compte du mythe cabirique qui s’attachait à la Tour à étages de Borsippa et de la relation de ce mythe avec le nom accadien de Zida. Mais il nous reste encore une question de quelque importance à examiner au sujet de cet édifice sacré. Le titre que prennent tous les rois du dernier empire chaldéen immédiatement après celui de « roi de Babylone » est zanin Bit-Saggalu au Bil-Zida, « conservateur » ou plutôt € néocore du Temple du Chef (voy. Oppert, Expédi- » lion en Mésopotamie, t. II, p. 94) et du Temple delà » Main droite, » c’est-i-dire de la Pyramide de Babylone et de la Tour de Borsippa, comme tous les assyriologues sont aujourd’hui d’accord pour le reconnaître. La racine verbale zanan a le sens d’<t embellir» et surtout de a restaurer » voy. Norris, Assyrian diclionar?/, t. II, p. 361 et suiv.), mais nous préférons traduire ici zanin par » néocore » plutôt que par « restaurateur, » comme fait M. Oppert, parce que le titre n’appartient pas seulement à iVabu-fcudurri-usur, le véritable restaurateur des deux édifices, mais aussi à des rois qui ne semblent y avoir exécuté aucuns travaux, du moins à la Tour, comme iVïrgnl-sar-usur (W. A. I.i, 8, S; 67, col. 1, 1. 2) et IVabu~
na'id ( W. A. I. i, '66, 1 , col. 1,1. 1 et 2 ; 68, 3.)
Se tondant sur cette dernière circonstance, quelques ^ savants ont cru que le titre en question devait recéler une signification politique allusive. Ilincks [Essay on Polyphony, p. 21) propose de traduire liü-Éaggalu par « la demeure des têtes nombreuses » et Bit-Zida par a la demeure droite , » deux traductions philologiquement inadmissibles, et explique ces deux expressions comme désignant, ce sont ses propres termes, lhe barrack and the judyement hall) il en conclut que les monarques de Babyloue s’intitulaient ainsi a les protecteurs des institutions militaires et civiles de la contrée. » M. Ménant [Inscriptions des briques de Babylone, p. 41-43 etp. 53), en vertu de rapprochements philologiques encore plus hasardés, y voit « le temple et le palais, l’autel et le trône, la puis- » sance religieuse et la puissance politique. » Nous croyons, pour notre part, qu’il n’y a pas à se creuser le cerveau pour chercher des allusions semblables et que dans cette voie on ne peut que s’égarer. Le titre est, suivant nous, purement sacerdotal, et la dualité symbolique qui met en paralèlle et en opposition les deux principaux édifices sacrés de Babylone a un caractère exclusivement religieux. Elle est, du reste, déjà mentionnée dans une inscription de Tuklati-pnl-aÀar II (1. 34, 2, 1. 6).
Un titre analogue, se rapportant également à deux édifices sacrés mis en opposition, est porté par les monarques assyriens du ix* siècle. Nous le lisons dans la stèle de èamsi-Bin\\\ (col. 1, 1. 30 et 31 : W. A. 1. 1. 29), zanin Bit-ASra la [mu]barku, mukil parsi Arùli, «. néocore du Bil-Asra sans reproche, élevant les divi- » sions fies étages) de VArali. » Dans une inscription Bin-nirari III il offre une légère variante : zantn Bit-Aéra la muparku, mukil pan Arali, < néocore du sans
» reproche élevant la face de \' Ai’ali. • Ce titre a le grand avantage de ne pas laisser de doutes sur la signification symbolique des deux édifices et de leur opposition. Ils sont en effet désignés, le premier parles signes bit. yi. ra, le second par les signes bit. mat, c’est-à-dire par la môme notation idéographique que les deux moitiés de la sphère céleste, le /l.sru et le Qaqqadu ou Bit-sadu, le ciel inférieur et le ciel supérieur, le nadir et le zénith : voy. ce que nous en avons dit dans la note 46 du fragm. 1, plus haut p. 133 (1). Ce sont donc deux temples que l’on réunissait et opposait l’un à l’autre comme l’image des deux hémisphères de l’univers, l’inférieur et le supérieur, l’infernal et le céleste .
Nous rendons provisoirement par Bit-Aira le nom de celui des deux édifices qui correspon«lait au Asru, faute de savoir son appellation exacte, car il devait en avoir une propre comme celui qui correspondait au Qaqqadu ou Bit-Sadu. Pour ce dernier, en effet, le témoignage formel de deux tablettes grammaticales (W. A. 1. ii, 30, 1, revers, 1. 10 et 11 ; 49, 2, 1. 24) nous apprend que la réunion des deux signes bit et mat, quand elle désigne l’édifice en question, doit être lue Arali (voy. aussi W. A. I. Il, 61, 1, 1. 48, où Arali, écrit phonétiquement, est le nom d’un temple). Le même nom s’applique à une région mystique du ciel dans un important passage des Fastes de Sarffukin, l. 156 : Nisrvk Sin Samas Nabu Bin Adar au yiratisunu rabati sa ina kirib Bit-j[arri& rab Kurra Aralli
(1) Notons en passant une preuve nouvelle du sens du second terme dans la qualifîcaiion donnée à .ddar-Samdan par le monolithe de Nimroud (col. 1, 1. 2 : W, A. T. I, 17) : iliddi qaqqadt mukil marrat' tt’ame au irsiti, « rejeton du zén th, qui dirige In marche du ciel et de la terre. » Le même texte (col. i, 1. 25 : W. I. t, 17) dit, en parlant du roi. que tes grands dieux s'tdi'u ma gaç^adi ana daris' yulànnu, n ont établi sa puissance pour réiernité dans les deux supérieurs. •
'inis...., * Nisruk, Sin, Samai, Nabu, Pin et Adar, et » leurs grandes épouses, qui régnent (?) éternellement » dans l’intérieur du Bit-yarriS grand de la contrée de » l’Orient et de la contrée à'Aralli. » C’est on le voit une région lumineuse et céleste comme l’Orient (1), qui sert do résidence aux grands dieux et dont les temples Arali sont l’image. Une telle donnée convient parfaitement au Qaqqadu ou Bit-iadu, c’est-à-dire à la partie culminante de l’hémisphère supérieur du ciel. Quant au Bü-yarriS, « la demeure bien bâtie » (w-in), que le passage cité donne comme le palais des dieux^ il est situé à la fois dans le Kurra et dansl’i4ra//t, c’est-à-dire dans l’Orient et dans la direction du point qui sert de pivot à la rotation du ciel supérieur; nous croyons donc qu’il faut le placer au sommet de la montagne paradisiaque du nord-est, qui unit comme une colonne le ciel à la terre, le har-môad d’Isaïe (xiv, 4-20), dont nous avons étudié la conception dans la note 16 du fragm. 15 et dont nous venons de dire que les pyramides delaChaldée étaient une imitation (2). Dans le
(1) Nous ne comprenons pas comment M. Oppert a constamment traduit mat Kurra par • le Sennaar » et n'a pas reconnu ici le nom accadien de l’Orient, Kurra, qui ne peut changer ni de sens ni de lecture quand il est précédé du signe de « pays, » non plus que quand il est précédé du signe de < région céleste, point cardinal • |W. A. I. ii, 40,1, revers,!. S). La seule chose qu'on puisse faire est de le prendre .pour allophone et de le lire par son équivalent assyrien s'adu, mais en tous cas il n'y a pas à y chercher le Scbennaar de la Bible. Ce n'est pas en effet ia Babylonie, c'est un pays situé à l'orient par rapport à cette contrée. Ce s pays de
> l’Orient • est appelé «le père des pays » (W. A. I. i, 35, 3, 1. 23), précieux indice de l’existence chez les Babyloniens de la tradition qui plaçait dans l'est le berceau de l’humanité.
(2) De cette situation de la montagne sacrée et paradisiaque réaulte qu'elle est tantôt placée au nord comme dans Isaïe et dans la tradition des Sabiens, tantôt à l’orient, comme dans notre fragm. 19. Dans l’écriture cunéiforme un même signe (celui dont la valeur syllabique la plus commune est mal) exprime les deux idées de « pays > et d’< orient, soleil
> levant. > L'origine commune de ces deux acceptions idéographiques noua parait être dans une troisième, que nous regardons comme la plus
prisme de Tuklati-pnl-aSar I"(col. 4, 1. 26 : W. A. I. i,9) le dernier terme de la puissance du roi est t^ue les dieux le conduisent ana manzaz Bit-yarris Kurra, a à l’exaltation du Bit-y/jrrii de l’Orient. » 11 y avait des Bilyarris terrestres et artificiels comme des Arali, c’est-àdire des temples qui recevaient ce nom et qui étaient regardés comme l’image et la reproduction du Bit-yarriS céleste,. et ce dernier point est nctten\ent caractérisé par la manière dont on complète presque toujours l’assimilation en les qualifiant de« Bit-yarris de l’Orient.
(Stèle, col. 1, 1. 32 : W. A. I. i, 29) dit s’être « appli- » qué de tout son cœur à l’embellissement du Bil-yarrii j> de l’Orient etdes Arali de son pays, » ana meri Bil-yarrié Kurra Aralatmatsu. Bin-nirari 111 (W. A. 1. i, 3S, 3, 1, 22 et 23) qualifié son ancêtre Salmanu-asir III de « celui I) quia conservé le Bü-yarriS du pays oriental qui est le » père des pays, » muudil Bit-yarris Kurra sa abu matdti. Dans le Cylindre de Bellino (1. 13 : L. 63) ce nom de temple, suivi du déterminatif de « ville, » est le nom d’une cité chaldéenne, inconnue sur les autres monuments, qui est là nommée avec Uruk, Nipur, Kis, Ur etTiggaba ou Cutha. Dans l’inscription dite de la Compagnie des Indes, Nabukudurri-usur dit avoir construit à Babylone deux Bityarris, l’un eu l’honneur de Zarpanit (col. 4, 1. 1419: W. A. 1,1. 55), l’autre en l’honneur de Gula (col. 4, 1. 48-43 : W. A. I. l, 05).
Revenons, après cette digression, au Bit- Aéra et à V Arali. On est en droit de supposer que ces deux temples existaient dans la plupart des cités assyriennes. Il est
ancienne de toute», celle de • montagne. » De cette signification aura découlé d'un côté cellede» paya.» pariine métaphore grapbiqueque noua retrouvons daus l'hiéroglyphiame égyptien, de l'autre celle d'«orient, > en vertu de la donnée de la montagne orientale de rassemblée des astres.
certain qu’à Kala^ (Nimrond) le nom de Bit-Aira était appliqué au temple de Adar situé près de la pyramide à étages, Bil-Zida, sans doute à cause du titre de pat Asar, (c fils de l’hémisphère inférieur, » qui appartient à ce dieu ; c’est ce qui ressort d’un passage formel du grand monolithe d’Assur-na^ir-pat (col. 3, 1. 90 : W. A. I. I, 25). En même temps Tuklati-pnl-asar I" parle des Aralal alirja ASmr, « Arali de ma ville d’j4f4'«r » (Prisme^ col. 4, 1. 90 : W. A. I. I, 12), et Aésur-nasir-pal dit (W. A. I. I, 27, 1. 10) avoir consacré difierentes ofirandes ana Aéàur belyaau Aralat matya, « à Aésur, mon seigneur, et aux Arali de mon pays. » Il y avait donc des Arali dans différentes localités comme nous avons vu plus haut qu’il y avait des Bit-Zida^ et il semble que ce nom devait désigner un temple d’un certain type, avec une certaine consécration, de même que nous avons reconnu qu’il y avait une analogie étroite dans le culte des differents Bit-Zida^ à Ninive et à Kala-/ , aussi bien qu’à Borsippa. Au reste, il semble que l’expression de arali ait fini par prendre le sens de « temple » purement et simplement, comme dans cette phrase du grand monolithe de Nimroud : niéi rabiya ana hikalim aralatsu usedan, «j’ai installé mes grands dans ses palais et ses temples » (col. 1, 1. 38 : W. A. I. i, 19). Aiiur-nasir-pal dit encore de lui-même : sa ana éuteéur parsi aralat malsu pilqudu kayanu, « qui (a été) un sur- » veillant véritable pour l’entretien des étages des tem- » pies de son pays » (Monolithe, col. 1 , 1. 24 : W. A. 1. 1, 17). Enfin il applique le nom d’arati au palais même qu’il s’est fait construire, à Kala^; il est vrai que c’est dans un passage où il parle des sanctuaires divins qu’il y aattachés : arali si ina labana lu akzur, « j’ai fait en briques ce pa- » lais » (col. 2, 1. 134 : W. A. I. i, 23). C’est aussi dans ce sens de « temple, demeure sacrée, » qu’il faut prendre
la réunion des deux signes bil-mal, interprétée dans une glose par arali, quand elle est suivie du caractère mit, formant ainsi un groupe idéographiciue complexe de trois signes qu’une tablette (\V. A. I. il, 49, 2, 1. 24 ; cf. 30, 1, revers, 1. ii) interprète par le motmituo, dont nous ignorons la signification (t).
Nous croyons qu’à Bubylone la signification et l'opposition symbolique du Itü-Sagyalu et du Bit-Zida était la même qu'en Assyrie celle du Bit-Aira et de V Araii^ et que, par conséquent, les deux titres royaux que nous avons comparés sont exactement correspondants. En efiTct, la Tour de Borsippa, avec ses sept étages considérés comme la demeure des sept planètes et son soubassement où réside le dieu uranique et cosmique qui les embrasse toutes, est une image du ciel visible, de l’hémisphère supérieur et lumineux. Aussi, comme l'a justement remarqué M. Fox Talbot (Journal oflhe Royal Asiatic Society ,ne\\ ser. t. III, 2* part. p. 19), une idée de bon augure s’attache-t-elle à son nom de, Zida et au choix spécial qui y est fait de « la main droite, » car il eût suffi de l’appeler a la main, » sans désignation précise, pour correspondre au mythe que nous examinions tout à l'heure. En effet, chez tous les peuples orientaux, anciens et modernes, la main droite a toujoiirsété un emblème de bonne fortune, de protection contre les mauvaises influences; c’est il ce titre qu’elle est sculptée sur plusieurs cippes carthaginois (Gesenius,
(I) Le signe mit ayant fri'-quemment la valeur id' Ogrsphique de < ca- » davre » (voy. Norris, ,a»*ynan dirlicnnry, l. I, p. 145), et mi(ut) pouvant être rapproché de la racine * mourir, ji sir Henry Rawlinson
dans Norris, .Issyrinn dirlionury, i. I. p. 53) interprète le groupe idéographique complexe (ut. mat. mil par (t tombeau. «Comme ce groupe ne s'est encore rencontré dans aucun texte, il n'est pas possible de vérifier la valeur dccctte conjecture. Remarquons cependant que, dansW. A. I. n, 4P, 3, vient immédiatement après le mot accadien tidu expliqué par l'assyrien qibim, qui semble bien être "TSp.
Monumentaphumicia, pl. 16 et 17) et que les Arabes d’Afrique la placent encore au-dessus des portes de leurs maisons (La Marmora, Sopra alcune antichilù sarde, p. 80). La pyramide de la cité royale de Babylone est essentiellement un tombeau, celui de Bel-Marduk ; le dieu y est adoré, non-seulement avec sa compagne habituelle Zarpanü, appelée des Grecs liera, mais en outre avec une autre déesse qu’ils qualifient de lîhéa (Diod. Sic., II, 9) et qui ne peut être que Jlelit-T ihavti sous sa forme essentiellement chthonienne (VUm-Vruk, puisque — le fragm. 1 nous l’a appris — c’est dans les peintures de ce temple qu’était retracée la scène cosmogonique de Bel formant le monde en coupant en deux Belil Um Uruk, telle que Bérose la raconte. 11 y a plus, la Pyramide reçoit à plusieurs reprises (1" Inscr. de la Compagnie des Indes, col. 3, 1. 15 : W. A. 1. 1, 54; 2° Baril de Phillips, col. 1, 1. 39: W. A. I. I, 65; 3° Inscr. de Borsippa, col. 1, 1. 27: W. A. I. I, 51, 1) le nom tout à fait décisif de Bü temin irsit, « le temple des bases de la terre » (voy. Oppert, Eludes assyriennes, p. 87), qui la caractérise d’une manière certaine comme une image de l’hémisphère inférieur, du monde ténébreux de l’abîme. Ainsi dans la dualité de la Pyramide et de la Tour nous retrouvons, comme en Assyrie, un symbole des deux hémisphères opposés de l’univers, et nous établissons l’équivalence complète du Bil-Saggalu et du Bil-Asra, comme du Bil-Zida et de VArali. Et ce qui achève de le prouver, c'est qu’à Kala^ la dualité des deux édifices .sacrés mis en opposition se compose du Bü-Asra et du Bil-Zida, le temple àüAdar, le soleil ténébreux, et la tour à étages voisine. De là enfin rétablissement d’une chapelle consacrée à Nabu au sommet de tous les Bil-Zida, car il est le dieu paqid kissat same, a directeur des légions célestes. »
C’est sans doute, suivant la judicieuse remarque de M. Oppert [Expédition en Mésopotamie, t, 1, p. 2t0), la consécration de l’assise la plus haute de la Tour de Borsippa au Soleil, indiquée par son revêtement d’or, qui la fit regarder par les Grecs d’une certaine époque comme un temple d’Apollon. Strabon (XVI, p. 739) et Arrien [ap. Stcph. Byz. v. Bôpffiinra) disent qu’il y avait à Borsippa de grandes fabriques de toiles, d’où venaient probablement les célèbres étofies de Babylone, et un grand sanctuaire d’Apollon et d’Artémis, autour duquel était groupée une école de prêtres chaldéens. Cette école était, du reste, de date ancienne, car elle est déjà mentionnée du temps de Sar-yukin (Fastes, 1. 134) et d’ylisw-a;f-idm (W. A. 1. 1, 45, col. 2, 1. 47). D’autres écrivains de l’époque romaine semblent confondre le culte du temple pyramidal de Borsippa avec celui de la pyramide de la Cité Koyale de Babylone, tombée en ruines dès le temps d’Alexandre, mais dont le souvenir se maintenait encore. Pline dit que a le temple de Jupiter Bélus y subsiste » : Hist. nat. VI, 38. Pausanias raconte que Séleucus, après avoir transféré les habitants de Babylone à Séleucie, laissa subsister le mur de la ville, ainsi que le temple de Bel, auprès duquel il j>ermit aux Chaldéens de demeurer: Pausan. I, 16, 3. On croit encore reconnaître la représentation de ce temple dans les bas-reliefs de l’arc de triomphe de Septime Sévère à Rome: Bellori, Veteres arcus Augustorum Iriumphis insignes, pl. 12; voy. Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 211. Les écrivains arabes Soyouti et Yakout en parlent sous le nom de 5orx, « la Tour ; » quant à celui de Birs, que les ruines portent aujourd’hui, c’est certainement une corruption de Barsip. Benjamin de Tudèle visita les restes de ce monument que la tradition des Israélites de Babylone continuait à dési.>
gner comme la Tour des Langues ; il était alors mieux conservé qu’aujourd’hui, et le voyageur juif parle des rampes qui donnaient accès à la partie supérieure : Benjam. Tudel. Itin. p. 77, ed. L’Empereur.
Parmi les voyageurs modernes, Niebulir est le premier qui ait signalé l’importance de cette ruine dont les savants se sont depuis tant occupés.
7j Voy. le commentaire du fragm. 19.
SynccII. p. 44, C.
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2î6uXXa Si fTidiv 6p(xpwvb)v
dtvTWV iroîvTIdV iv0p(M1tb)V, Tiviç Toû- T(iiv mpfon uTCEppieftOTi oîxoSojjLÎjffai,
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Kaî xi pÈv x9;ç itupyoïtoiiaç ’AXt^avSpot xauxa papxupûv xal aùxi( BaCuXüva Sti xi|v arjfjfuan xXrid^vai xijv ixpô ixoXXüv piupiaSwv (xûiv pLuOoXo^oupuvTjy irap’ aùxoï; ^eCasiXcux^vat.
E\xseh.jirmen.Chreii.p.iy,cd.Mii.
Alexandri Polyhîstoris de turris aedificio.
Sibylla ait omnes hommes una lingua utentes turrim illam celsissimam exstruxisse, ut in coelum conscenderent :
Deum pero fortissimum vento afflato eamdem turrim dejecisse, peculiaremque singulis sermonem tribuisse, ideoque et urbem Babylonem esse appellatam. Mox post diluvium Titanum atque ‘Prometheum exstitisse : tum etiam a Ti~ tano bello Saturnum esse appetitum.
De turris aedificio hactenus.
Extrait d’Alexandre Polyhistor sur la construction de la Tour.
« La Sibylle dit que lorsque les hommes avaient encore une seule langue, quelques-uns d’entre eux entreprirent de construire une tour immense, afin de monter jusqu’au ciel. Mais la divinité, ayant fait souffler les vcntSj les
— 'lOl —
bouleversa et donna à chacun une langue propre; d’où la ville fut appelée Babylone. Et après le déluge naquirent Titan et Prométhée. »
C’est en ces termes qu’ Alexandre témoigne delà construction de la Tour et dit que Babylone fut ainsi nommée d’après la confusion, tout en prétendant que cette ville eut des rois depuis des myriades d’années fabuleuses.
I ] Ainsi que l’a remarqué Richter {Berosi quae supersunt, p. 21) l’identité du récit de ce fragment et de celui d'Abydène, que nous venons de rapporter sous le numéro 17, ne permet pas de douter qu’il ne provienne réellement de Bérose, dont les deux abréviateurs rapportaient la construction de la Tour des Langues avec les mêmes circonstances. Aussi Richter et après lui M. C. ^lüller n’ont pas hésité à ranger ce morceau parmi les débris des Antiquités chaldatques. Mais ehez Abydène le récit relatif à la Tour parait avoir été présenté purement et simplement eomme tout le reste de l’histoire de Chaldée, sans qu’il y fût question de cette Sibylle, qu’introduit ici Alexandre Polyhistor et dont Moïse de Khorène nous parlera encore dans le fragment suivant.
II n’y a pus à douter en effet que Cornélius Alexander ne présentât tout ce passage comme un récit sibyllin. En effet, Josèphe (Antiq. Jud. I, 4, 3) le reproduit presque intégralement en l’attribuant à la Sibylle, sans mentionner Bérose ; Ilep'i èi toù lîupYOu toutou xal tt,ç àX>.0(p(ovtaç Tûv àvOpwTTtov, [jijjLVTiTat xaî StCu'X'Xa, 'Xéyouoa outwî ‘ IlâvTwv ôjxoïywvwv ôvTwv T<üv àv9ptô~wv, TTÛpyov (ù/.o5ô[i.r,cav Tive; îioTaTov, w; èiri tôv oùpavôv àvaêr,co[ievoi aÙTOù. O'. S s ôeoî àvtp-ou; tirntïjA^l^avreç, àv£Tpe(}«v tôv TCÛpYOv, xal èîiav éxâcTci
(fuvry £iî(dxxv. Kal ^liroÙTO Baê'j>.üva cuve6ti x.^r.O'/ivat rÀv TiôXiv. (£ De cette tour et de la diversité de langage des hommes » la Sibylle fait aussi mention en ces termes : Lorsque les » hommes avaient encore une seule langue, quelques-uns » d’entre eux entreprirent de construire une tour très- 1» élevée, afin de monter jusqu’au ciel. Mais les dieux, » ayant envoyé les vents, bouleversèrent la tour et don- » lièrent à chacun une langue propre. C’est de là que la Il ville fut appelée Babyloue. » Ce passage a été reproduit d’après .losèphc par Eiisèbc {Praepnr. Evanrj. IX, 14, p. il 7, 1>). Saint Kpiphane {Adv. haeres.l) et saint Cyrille d’Alexandrie (Con<r. Julinii. I, p. 9, éd. de Leipzig). L’historien des Juifs l’avait certainement emprunté à Alexandre Polyliistor, quoiqu’il ne le dise pas et préfère le présenter comme puisé par lui-même dans les écrits d’une antifpie Sibylle, car il se sert précisément des mots qu’Eusèbe nous a conservés dans notre fragment, et bien qu’en ait ditRichter {Berosi quae supersunt, p. 31 etsuiv.) nous ne croyons pas que Josèpheait connu le livre deBérose autrement que par ses abréviateurs, Alexandre et Abydène.
Est-ce à Bérose lui-même qu’il faut attribuer l’interveiition du personnage de la Sibylle? Xous le croyons, car Alexandi'c Polyhistor paraît avoir suivi toujours fort exactement son auteur, et il n’est pas probable qu’il eût introduit de son chefune circonstance amssi importante. D’ailleurs, avant même qu’il n’eût rédigé son abrégé, la mentionfaite par Bérose d’une Sibylle chaldéenue à laquelle il attribuait le récit de la Tour des Langues et de la dispute des trois frères divins était une chose bien connue dans ce monde grec d’Alexandrie qui se préoccupait si vivement de tout ce qui tenait aux antiques civilisations de l’Égypte et de l’Asie. Aussi le Juif Alexandrin qui a composé les par-
ties les plus anciennes du III' livre des Oracles Sibyllins sous le règne de Ptolémce Philométor, vers 16S avant J. C. (voy. Alexandre, Oracula Sibijllina, t. II, p. 314- 323), c’est-à-dire 80 ans avant le moment culminant de la carrière de Cornélius Alexander, a-t-il rédigé sa poésie de manière à la placer dans la bouche de cette Sibylle, qu’il fait venir de la Babylonie (v. 808etsuiv.),
Tauta [ilv ’Aaaupîijî BxêuÂbîvoc Tit/ea fxaxpi OîdTpojxovijç irpoXtTcoôaa,
tout en la présentant, pour donner plus de crédit à ses paroles, comme voisine d’époque et apparentée par le sang àNoé (v. 826),
Toü [X£v ê'/ù) vûpiipr, xai à;p’ atiiaTOç aùtoC £tÛ;^6tiv,
comme appartenant à la race des Hébreux en même temps que née à Ur{y. 218-220),
''Eoti icoXi; [Kauotptva] xaii ^Oovô; Otp XaXSa(aiv,
’E; (xoi Y£vo; SixaiototTOJv divOpuxbiv,
O'iotv àîi pouXii t’ à|aOJ), xaXâ x’ tpya fa|i.T)Xtv.
Et pour mieux relier encore sa prophétie contre les geutils au récit de Bérose, il a eu soin d’y introduire un morceau qui n’est que la paraphrase des paroles mises par cet auteur dans la bouche de la Sibylle, telles que nous les connaissons par Alexandre Polyhistor (v. 98-109) :
’AXX’ OTTÔxav TtXtüivxat àittiXai,
“Aç xot’ ^mtiTreiXï)0£ ppoxoîç, oî irupYov £x(u;av Xüip^ £v ’Aaaupi'iji (6|xo'(pwvoi S’ ^«av 4itavx£ç,
Ka'i BoûXovx’ dvaGîjvat ii; oùpavôv àaxfpoEvxa) • ,
Aùxixa ù’ àôâvaxoî fXEyâXTjV £r£0ir)xev àvâyxxiv nvEupLaaiv aùxJip liztv:’ ofvEpu» ^^yav nûpyov 'Pî'|iav, xal 6vï)xoîiiv It:' àXXiiXouf Ipiv <opoa> •
Touvtxâ xoi BafiuXSiva ^poxot itiXf» ouvopii’ eOevto.
Aùxip èicEt ixûpyot x’ tnisî, yXüoaaî x’ àvOpwxwv
IlavToôairai; ^ivaïvi SiévrpEfov, aOtip Sitaua Faîa PpoTtôv TtiT.poÜTO, (jiepiCojiivüjv ^sotXT^tüv.
Kal tÔts 5^j Sexixtt, ytvti) piEpoirbJV àvOpoWuv,
’Eî oSitEp xatax^uopib; im itpor/pou; ycvcv' «vàpaç.
Il ne nous semble donc pas douteux que ce ne soit Bérose lui-même qui ait raconté la légende de la Tour, sous la forme d’un récit fait par un personnage héroïque et prophétique qu’il appelait la Sibylle , de même qu’il avait mis, au commencement de son livre I", le récit de la formation du monde dans la bouche du dieu Anu^ apparaissant, pour le révéler aux hommes, avec les lois de la religion et de la société. Il n’est pas étonnant, du reste, que Bérose, qui écrivait à l’adresse des Grecs, ait employé ce mot de 2îêu>,>,a pour leur faire mieux comprendre la nature du personnage qu’il mettait en scène, car la croyance aux Sibylles était déjà générale parmi les Hellènes et leur renommée très-grande au temps d’Alexandre. Héraclite [ap. Plutarch. De Vylh. ovac. p. .^Gl , cd. Reiske; ap. Clem. Alex. Stromal. 1,15, 70), Aristophane {Pax,v. 1095 et 111 6; j Platon {Theag. p. lüi; Phaedr. p. 244) et Aristote {Problsm. XXX, 1). en avaient déjà parlé (Voy. Alexandre, Oracula Sihyllina, t. II, p. Setsuiv.)
Outre les pratiques savantes de l’astrologie, les Chaldéens et leurs élèves les Assyriens usaient de plusieurs autres procédés mantiques pour connaître l’avenir. Ils avaient recours à la méthode de divination par les sorts, usitée chez presque tous les peuples (V'oy. H. Wiskemann, Devants oraculorum yeneribus apitd Graecos, p. 19 ; Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. II, p. 441) chez les Grecs, dans les thries de Delphes (Zenob. Cent. V, 75; Steph. Byz. V. ©fii'a; Suid. v. IIuOm ; Hcs\ch. v. Opta; Lexic. rhetor. ap. Bekkcr, Anecdoia yraeca, p. 365; cf. Lobeck, AylaophamuSj t. II, p. 814 et suiv.), à l’oracle d’Athéné
Sciras (Pollux, IX, 96; Eustath. ad. ITomer. Odyss. A. V. 107; PLot. Lexic. v, 2x,ipa9'.a; Etym. magn. v. Zxeipâ; Yoy. notre Monographie de la T'oie Sacrée Eleusinienne, t. I, p. 18S-189), à celui d’Hercule à Biira (Pausan. VII, 2o, 6) et à celui de Géryon à Padoue (Siieton. T iber XIV, 4; voy. De Witte, Nouv. ann. de l'Inst. arch. t. Il, p. 138 et 297 ), chez les Scythes (Herodot. IV, 67) et chez les Arabes avant l’islamisrae (voy. Caussin de Perceval, Histoire des Arabes, t. 1, p. 273 et 3o0). 11 y a des indications formelles à ce sujet dans les tablettes magiques qui demeurent encore inédites. Mais nous ne saurions admettre l’exemple de cet usage qu’à cru pouvoir citer M. Fox Talbot. Il l’avait emprunté à une très-curieuse tablette (W. A. I. Il, 16) qui contient une série de locutions proverbiales en accadien, exprimées sous une forme rhythmée qui semble les caractériser comme des fragments de vieilles chansons et accompagnées de leur traduction en assyrien. Le passage (I. 42-43) où l’érudit anglais avait cru voir une allusion à la divination parle sort ne saurait avoir aucunement ce sens. Il est, du reste, très-clair, en accadien comme en assyrien, et la version assyrienne, que nous citerons seule, en est ainsi conçue :
Piqâ madvan lukul.
Piqâ ballut lusktin.
« Que je mange (du verbe Sdk) la coloquinte (cf. l’hébreu * imVpS) de la maladie (de la racine HTl), et que j’en » fasse la coloquinte de la vie. »
Le sens d’une telle locution proverbiale est fort clair ;
« que je fasse tourner à mon bien ce qui semble destiné a à mon mal. »
A coté du mode primitif de divination dont nous venons de parler, les Babyloniens avaient aussi de véritables oracles. Il en existait un dans la pyramide de la Cité Royale de Babylone, et la chambre sépulcrale de Bel-Marduk dans ce monument est appelée (1° Inscription de la compagnie des Indes, col. 2, 1. 43 et col. 3, 1. 24 : W. A. I. i, o t; 2* Inscr. de Borsippa, col. 1, 1. 17 : W. A. I. i, ot, 1) bit aiSajmt, a la demeure de l’oracle « (voy.Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. II, p. 271). Il en existait un antre dans la chapelle supérieure de la Tour de Borsippa, consacrée à Nabu, car la porte de cette chapelle est qualifiée de bab aisapul, « porte de l’oracle » (Inscr. de la Compagnie des Indes, col. 3, 1. 46 : W. A, I. i, 64). Suivant toutes les probabilités, les réponses de ce dernier oracle étaient données à ceux qui venaient les consulter par la femme hiérodulc qui passait la nuit dans la chapelle en question et était censée y partager la couche de IS'abu (Ilerodot. I, 181; voy. la note 0 du. fragm. précédent), et elle les présentait comme reçues du dieu pendant son sommeil. C’est sans doute pour cela qu’IIérodole compare cette hiérodule à la prophétessc de Patara, qui parlait de la meme manière au nom d’Apollon. AI. Alaury [Histoire des religions de la Grèce, t. 11, p. 448) n’a pas hésité à admettre une opinion semblable à la nôtre, en rapprochant du passage d’Hérodote sur la Tour celui où lamblique [Babylon. ap. Phot. Biblioth. 94, p. 76, ed. Bekker) dit que les femmes de Babylone allaient passer la nuit dans le temple d’Aphrodite [Zarpanit) afin d’avoir des songes qu’on enregistrait ensuite et dont on tirait des présages (Sur l’usage de Vincubation dans les temples antiques, voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. II, p. 462- 460). Une des tablettes astrologiques de la bibliothèque de Ninive a précisément trait h l’explication prophétique des
songes ( W. A. I. ni, oG, 2) et quand le livre de Daniel leur fait jouer un si grand rôle, préoccuper si vivement le roi de Biibylone, il est en cela, comme en beaucoup d’autres points malgré ses marques de rédaction récente, empreint de la couleur babylonienne la plus vraie.
On remarquera que c’est par l’organe de femmes que s’expriment les oracles de la pyramide et du temple de Zarpanil h Rabylone. La croyance aux propbétesses, aux femmes inspirées, était, en effet, universellement répandue chez les peuples de l’Asie antérieure. 11 suffit de se rappeler à ce sujet les condamnations draconiennes portées par la loi de Moïse contre les hommes et les femmes faisant le métier de parler au nom des esprits fatidiques (Levitic. XX, 27; Deuteronom. XVllI, 1 1) et Thistoire de lapythonisse d’En-Dor (ISam. XXVllI, 7-25). Marins se faisait accompagner dans ses expéditions d’une inspirée syrienne, nommée Martha, qu’il consultait sur toutes ses résolutions importantes (Plutarch. Mar. 17). Les anciennes tribus arabes avaient leurs prophétesses, /aihina, dont l’influence se montre considérable dans les récits traditionnels de leurs annales (Caussin de Perceval, Histoire des Arabes, 1. 1, p. 205 et 261; t. Il, p. G). Sur les devineresses et les pythonisses des Babyloniens et des Assyriens nous n’avons aucun témoignage des textes originaux, mais ceux-ci nous montrent du moins que la magie était exercée par des femmes autant que par des hommes. Nous en avons la preuve par une formule d’exorcisme de la tablette qui porte le n° 142 dans la collection photographique du Musée Britannique (recto, 1. 18-21) :
kaSipu
iksipanni
kispi
iksipanni
kisipsti.
ktisipiu
taksipanni
kispi
taksipanni
kisipsi.
episii
ipusanni
ipsu
ipusanni
epussu.
epislu
tepmanni
ip^
tepidanni
epussi.
« Lp charmeur m’a charmé par le charme, m’a charmé » par son charme.
« I.a charmeuse m’a charmé par le charme, m’a charmé J) par son charme.
« Le sorcier m’a ensorcelé par le sortilège, m’a ensor- » celé par son sortilège.
« La sorcière m’a ensorcelé par le sortilège, m’a ensor- » celé par son sortilège. »
Il est encore question d’une sorcière dans la tablette n” 43 de la collection photographique, où nous trouvons ce souhait déprécatoire, déjà cité par M. Oppert (Æ/éments de la ijiainmaire nssÿn'enne, 2' édition, p, 115;: silimut « anaku lublul, a qu’elle meure et que moi je vive. •
Par ce qui précède on a vu que précisément à la Tour de Borsippa était attachée une hiérodule qui pouvait très bien recevoir le nom de Sibylle. Il serait donc permis de conjecturer que c’est dans la bouche d’une de ces épouses du dieu ISahu que Bérose plaçait sous forme d’une révélation divine le récit de la légende mythique sur les premiers hommes qui s’attachait au monument si fameux et si antique où elle se consacrait au service du dieu. L’historien de laChaldée paraît avoir aimé cette forme de récits inspirés, car, dans des temps bien rapprochés de lui, il faisait prophétiser par N abu-kudurri-usur devant le peuple assemblé, peu de temps avant sa mort, la chute de l’indépendance de Babylone (Abyden. ap. Euseb. Chron. Armen. p. 28,ecl. Mai; Praepar. Evang. IX, 41, p. 456, d). Cependant nous devons avouer qu’il nous reste encore quelques doutes sur la réalité delà citation d’une Sibylle proprement dite, pur Bérose.
En effet, nous sommes frappés de la coïncidence qui
existe entre la mention delà dixième génération après le déluge,
K«i TÔtt à:)) Sjxo(t»i [tepômov àvOpbitrcdv
’K| (Ziztp xaTxzXuaaôç im itpoTspouç •fivf:' avSpaç,
faite par l’autenr juif et alexandrin des vers sibyllins dont nous avons parlé plus haut, auteur qui certainement avait eu sous les yeux le texte de Bérose, et un passage où Josèphe (antiq. Jud. I, 7, 2) se réfère à l’autorité de l’historien de la Chaldée : Mwijioveuei toO irarpo? •fljj.tôv Xêpapiou By)p<i)(7(to; O’jk ovo[/.â^uv, Xîytov Sè oOtu; ' Merà tÔv xÆTaJcXucjAÔv ^éxar/) yîvw, iropà XaX^aioiç ti; r,v ^ixaio^ àrÀp x«'t (AEYaçxaiTà oùpavia éjiretpoç. « Bérose fait mention de notre père Abraham, mais sans le nommer, en disant : « A la » dixième génération après le déluge il y eut chez les » Chaldéens un homme juste, grand et savant dans les » choses célestes. »
Avec une habileté qui n’est pas rare chez lui, et qui ne révèle qu’ une médiocre bonne foi, Josèphe a arrêté sa citation de manière h ne pas rapporter le nom du personnage que Bérose mentionnait en ces termes et à pouvoir ainsi l’identifier plus facilement avec Abraham. Mais il est bien évident que l’historien chaldéen ne parlait pas en cet endroit du patriarche des Hébreux ; il citait quelque héros ou docteur fameux dans la tradition chaldéenne. Mais ne serait-ce pas par lui qu’il aurait fait raconter l’histoire de la Tour des Langues , afin de la mettre sous son autorité? La coïncidence assez frappante du chiffre de dix générations après le déluge serait de nature à le faire supposer. En ce cas Bérose aurait employé le mot ci'êuXXa dans son sens étymologique de OeoO pouX^ (Varr. ap. Lactant. Div. lîislü. I, 6 ; S. Hieronym. Adv. Jovin. I, -il ; Serv. ad. Virgil. Æneid. III, v. -44S, et
VI, V. 12; Isidor. Origin. VIII, 8; voy. Alexandre, Oracula Sibyllina, t. II, p. 1), pour indiijuer le caractère inspiré etllitidique qu’il attribuait au récit.
Quiqu’il en soit, l’introduction d’un discours sibyllin dans le livre de Bérose et l’existence de vers qui depuis le milieu du II' siècle avant notre ère circulaient sous le nom de la Sibylle citée par l’écrivain chaldéen, donnèrent lieu à toute une légende sur une Sibylle Bérosienne, dont il est curieux de suivre les développements successifs. Vitruve (IX, -i), raconte que Bérose, quittant Babylone, était venu s’établir dans l’île de Cos et y avait ouvert une école d’astrologie ; il lui attribue aussi l’invention ou l’introduction chez les Grecs d’un genre particulier d’horloges (IX, 6). Il est difficile de dire quelle est la valeur réelle, de ce récit. Mais ce qui est du moins certain, c’est qu’il circulait sous le nom de Bérose des ouvrages d’astrologie auxquels Sénèque {Quatsl. imtural. III, 29), Plutarque [De placit. philosoph. II, 29), Vitruve (IX, 1) et Stobée [Eclog. phys. p. 3Î>2 et 556, ed. Ileeren) ont fait des emprunts, et que sa renommée comme astrologue avait presque efiacé, vers le temps de l’ère chi-étienne, celle qu’il eut dû avoir comme historien. Aussi Pline (Uist. nat. Vil, 37) nous apprend-il que les Athéniens lui avaient élevé une statue dans le Gymnase à cause de ses prédictions divines, » cid ob divinas praediclioim Alhenienses publiée in Gymtmsio slaluam inaurata livgua statuere. Cette réputation d’astrologue et d’auteur de prédictions, qui n’était peut-être pas bien authentique, eut aussi une part considérable à la formation de la légende.
C’est chez l’apologiste du IP siècle St. .lustin le Martyr [Cohorl. ad. Graec. 37;, que nous la trouvons pour la première fois. En parlant de la fameuse Sibylle de Cumes, il dit qu’elle était venue de Babylone, xau-mv èx (ièv Ba&Awvo;
wpu-riîôai çadi, et qu’elle était la fille dcBérose, l’auteur de l’ilistoire de Chaldée, Byiptoocoy tqO ttiv XaX^aïx-riv icTOpiav Ypa']/avTOî Ouy*"'?* owav. Pausanias, un peu plus récent et qui, selon la juste remarque de M. Alexandre, n’avait pas l’habitude de se servir des écrits chrétiens, parle à son tour de la Sibylle fille de Bérose avec un peu plus de détails. « Il y eut, dit-il, chez les Hébreux d’au-dessus de « la Palestine une femme prophétesse, nommée Sabbé, que a l’on dit fille de Bérose et d’Erymanthe ; les uns l’ap- « pellent la Sibylle Babylonnienne, les autres la Sibylle » Egyptienne. » ’ETCeTpaçii Sk Trapà 'Eêpaioi; toîç {nrèp Triç yuvÀ ypYiiî[AQ^OYO{, ôvojia Sk aurri Bripocou Si
elvai iraTpô; xal ’EpujAavôn; [x-TiTpôç çaci ïaêêr.v • oi aù'riiv
Baê'j^wviav, erepoi Sk 2t'6uX'Xav xaXoîiaiv A.ifrKtia.'t (Pausan. X, 12, 9). M. Alexandre [Oracula Sibyllina, t. II, p. 38) conjecture que le nom donné ici à la mère de la Sibylle Bérosienne doit être rétabli en ’Eptptavxi;, valde prophetans. En tous cas, il est évident que Pausanias a eu en vue la Sibylle sous le nom de laquelle circulaient les vers qui constituent aujourd’hui les § 2 et 4 du troisième livre des Oracles Sibyllins ; et son langage prouve que tout en admettant les fables sur leur auteur il y avait des esprits plus critiques qui avaient discerné que ces vers étaient d’origine juive et composés en Égypte.
A la même époque un monument épigraphique nous apporte une preuve bien plus frappante de la renommée qui s’attachait déjà à la Sibylle Bérosienne et à sa légende. T^^ous verrons tout à l’heure Suidas, sans nous dire d’après quel auteur, lui donner le nom de 2a[AêTi'6r, ce qui, comme l’a surabondamment démontré M. Alexandre {Oracula Sibyllina, t. II, p. 84), n’est qu’une transcription différente du môme nom hébreu que SaSên. Or, une inscription funéraire de Thyatira en Lydie {Corp. inscr. graec.n'" 3509) ,
datée du proconsulat de Catillius Sévcrns, sons Hadrien, commence ainsi : «I» A moi zaïlMOl KATAIKF.YAIAI lOTON
EOETO i:ni ’ionov KAevpov ontoi iipo ihi iioaeüi
IIPOI Tm IAMBAOEIÜI EN TOI XAAAAIOV OEPIBOAQl IIAPA THN AHMOIIAN OAON, « Fabius Zozimus s’étant fait » faire un tombeau, y a été déposé dans un lieu pur, situé » en avant de la ville, près du Sarabathéion qui est dans » l’enclos du Chaldéen, le long de la voie publique. » Périzonins, dans ses notes sur Elien {Vnr. hist. XTI, 35) et Frantz [Corp. inscr. graec. t. II, p. 8-40), n’ont pas hésité è reconnaître dans le 2a(x.êc(6eiçiv un petit temple à la Sibylle Sambathé ou Sambéthé, qu’avait élevé dans son enclos un devin, disciple de la tradition chaldéenne, car c’est le sens qu’avait pris alors le plus généralement le mot XaX^aîoç.
Voici maintenant ce que dit Suidas : « La Sibylle Chal- » déenne est aussi appelée par quelques-uns hébraïque, et » également persiq lie; elle s’appelait de son nom propre » Sambéthé, de la famille du bienheureux Noé ; c’est elle » qui prédit les exploits d’Alexandre le Macédonien et dont » parle Nican or, l’historien de la vie d’Alexandre ; elle a » fait mille prophéties sur le seigneur Christ et sa venue. » Les autres Sibylles sont d’accord avec elle, et on a de » celle-ci vingt-quatre livres , traitant de tout peuple » et de tout pays. » IiêuXXa XaXSaia, -h xaî Tîpôç tivwv ’Eêpaîa ôvo(Judiouiv7), ri Kai IIïpc'ic,. xupîu ôvd[jt.aTi xaXoup.tvri Iap.ëaS)i, èx ToO yevouî toù (MtxaptioTatTOu Nwï * tô lîepl Ttov xavà ’AXd^av^pov TCiv MoxtÂdva Xeyopiévcüv TTpoîipifjxuïa, r,i p.v7;(A<jV£dsi Nixavup 6 tôv ’AXt^otv^pou pîov icTopïi'ffaî • 'h irepl to5 SttjmTO^j XpiffToù p.upia TTpoôeciriOKffa, xaî ttiî aÙTOù xapouciaç. ’AXXà xal al Xonral <juvâ- ^ouctv aùrri uXtiv oti vauTTiç ewi ^lêXia x.S ' irep'i wavTÔi; eÔvouç xal jç^wpaçTrepisyovTa. Il est facile de reconnaître que Suidas attribue ici en bloc à cette prophétesse toute la collection
sibylline, telle que nous la possédons, car il faut évidemment, au lieu de itÀ' corriger ce qui est précisé-
ment le nombre des livres des Oracles Sibyllins. Le lexicographe byzantin confond en même temps avec cette Sibylle chaldéenne la persique, que rien d’autre n’autorise à y identifier; Vairon (ap. Lactant, Z)jv. mslit. 1,6) faisait de cette dernière la plus ancienne des Sibylles et relatait son oracle sur le conquérant macédonien ; voy. du reste ce qu’en a ditM. Alexandre, Oracula Sibyllina, t. II, p. 81 et suiv. Pour ce qui est de la parenté de la Sibylle chaldéenne avec Noé, c’est dans le vers cité par nous plus haut que Suidas a puisé ce renseignement. Il ne paraît donc y avoir dans tout son article d’emprunté à un auteur quelque peu ancien que le nom de qui coïncide si bien avec
l’inscription de Thyatira.
Mais là ne devaient pas s’arrêter les transformations que la légende fit subir à la Sibylle chaldéenne. Citée par Bérose, elle était devenue dans les premiers siècles de l’ère chrétienne la fille de cet écrivain ; au moyen-âge, nouveau changement ; le nom de Saêêr) la fit confondre avec la reine de Saba. C’est ainsi que nous lisons dans Michel Glycas i^Annal. p. 343, éd. de Bonn) : Xoê* ëôvo; Aidioirucôv ’ toutwv
èèa.aiKtwt'i -fl 6auj/.a(7TŸi ixivrrt SîêuX'Xa ‘ (Arlre yàp vo'jAOv ei^uT*, (jLYiTe iîpo<p7iTûv cwio'jaaca, èix toù 2oXo[aôvtoç tov tt; oo<ptaç Gpivriffe yop-flYOV * Têvoito yàp, è<pvi, Kupioç d 0£o'; cou îùXoy»iu.tvo;, 5; viGîXiocev èv col, Soù'iai ce èm Gpdvov ’lcpa'd^. « Soba » est un peuple d’Ethiopie ; c’est sur lui que régna » cette merveilleuse Sibylle, qui, sans connaître la loi et » sans avoir entendu les prophètes, célébra en Salomon » l’auteur de la sagesse ; car elle dit : Que le Seigneur » ton Dieu soit béni, qui s’est complu en toi, pour te pla- » cer sur le trône d’Israël. » Ces derniers mots sont empruntés au m' livre des Rois (X, 9), pour compter comme
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la versioa des Septante, Cédrénus dit également (t. I, p. 166 de rédit. de Bonn) : • La reine de Saba, que lesGrecs » ont appelée Sibylle, ayant entendu son nom, vintàJéru- » Salem, » Ral paii'Xtcca Saëâ, fixi; ilîêu'XXa lîapà
“E'XXriaiv, àxoûffaca tô ôvojxa aÙTOù Ÿ.'XÔev ei; 'Upouca^Tlj/.,
2] Ici la tradition relative à la Tour des Langues est présentée sous une forme qui la rapproche tout à fait des mythes aryens où nous voyons, dans ITnde les Asura, en Grèce les Titans et les Géants, cherchant à escalader le ciel et entassant les montagnes pour y parvenir ; sur ces mythes, voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce, 1. 1, p. 214.
3] Voy. le commentaire du fragm. 19.
Mos. Chorenens. I, c. 5.
cMihi vero libitum est narrationis mcae initium ordiri e dilecta mea ceterisque veraciore Sibylla ^erosiana, quae haec dicit : Ante turrim ac priusquam generis humani sermo multiplex factus est et varius, post Xisuthri autem in Armeniam navigationem^Zerovanus , Titan ac J apetosthes principatum terrae tenuere. (Qui mihi videntur esse Semus, Charnus et Japhetus.J Hi, ut tradit, quum orbis totius imperium inter se partiti essent, superbia accensus ceteris ambobus dotninari voluit Zerovanus, quem hic Zoroastrem oMagum, ^actrianorum regem, fuisse dicit, qui fuit Medorum principium ac deorum pater; aliaque multa de eo fabulatur, quae nunc repetere instituto nostro alienum est'^.Itaque Z erovano, ut refert, vim afferenti Titan lapetosthesque restiterunt, belloque cum eo contenderunt, propterea qiiod filios suos reges omnibus constituere cogitabat. Quam inter concertationem occupavit Titan partem aliquam ex hereditariis Zerovani finibus. Tum vero interponens se soror eorum oAstlicia suis delinimentis tumultum sedavit, interque eos conveniebat^ ut imperium Zerovanus haberet. Jiirejurando autem inter se paciscuntur ^ sese omnem deinceps Zerovani stirpem virilem interfecturos, ut ne proies ejus ipsis imperaret ; ad eamque rem strenuos quosdam ex
Titanibus viros mulierum partibus praeficiunl. Qui quum ad jurisjurandi pactionem necassent duos, soror eorum Asti ici a cum Zerovani uxoribus concilium init, quibusdam de Titanibus persuadendi , ut ceteros pueros conservarent * atque in Orientem asportarent ad montem quemdam quem ‘Deorum Conjectum appellarunt, qui nunc Olympus vocatur^.
1] Cette assimilation n’appartient certainement pas aux données primitives de l'histoire et au texte de Bérose lui-même; c’est une addition et une explication de date postérieure. Elle a dû s’introduire par suite de l’importance que prit dans les livres zoroastriens postérieurement à l’époque d’Alexandre le personnage de Zrvdna-akarana, a le Temps sans bornes, » inconnu au mazdéisme primitif : voy. D’Eckstein, Questions sur les antiquités sémitiques, I XV ; Oppert, Aimales de philosophie chrétienne, janvier 1862, p. 61 ; Spiegel, Avesta, 1. 1 , p. 271 ; t. II, p. cxix; )). 217,etsuiv.; notre Manuel d’histoire ancienne de r Orient, 3' édition, t. II, p.316; et nos iMtr es assyrioloyiques, t. I, p. 103 et suiv.
C’est par suite d’un syncrétisme analogue que S. Méliton, dans son Apologie à Marc-Aurèle, prétend que le dieu de Bambyce, Hadran, n'est autre que le mage Zoroastre : Spicil. Solesm. t. II, p. XLiii; Renan, Mém. de l'Acad. des Inscr. nouv. sér. t. XXIII, 2' part. p. 324.
2] Nous avons ici l’exposé complet du curieux mythe ethnographique, brièvement indiqué à la ùn des fragm.
17 et 18. L’auteur juif et alexandrin, qui composait, au milieu du II' siècle avant l’èro chrétienne, le § 2 du livre III des Oracles Sybyllins, a aussi trouvé ce mythe dans le livre de Bérose, comme la tradition de la Tour des langnes, et il lui a également donné place dans scs vers. Mais ç’a été en le paraphrasant, en le mêlant d’éléments étrangers, empruntés à la mythologie grecque et principalement à la Théogonie d’Hésiode, de manière à y greffer le mythe héllénique de la Titanomachie. Voici, du reste son récit que nous croyons utile de placer ici comme inspiré en partie de Béroes, l)ien qu’il contienne bien des choses qui n’étaient certainement pas dans les Antiquités Chaldaiques.
Auxip è-rei Ttûpfoî t’ l-rciat, t’ àvOpûittov
IlîvTOcaitat; tpwvaîci oisarpE^ov, aÙTip i’jraaa Fai» SpoTÔiv TtXT,pouTO, uepiîouÉvwv paffiXrîiijv.
Ktx\ TOTï S^i oïxotTT) ytvcii (AEpoTtüJV âvOpuimiiv,
TÇ oî::£p xaTaxXuffpLÔ; £iît Ttpoîtpou!; ycvcx’ avàpaç.
Ka't PasiXtuoE Kpdvoî, xsl Ti-àv, ’laTrsTo'ç te, raiT); Tsxva (pE'ptiTa xai Oùpavoü £;sxâXE(HX«v *AvOpo)iroi, Yoîr)? te ojpavoîï ouvoua 6evteç,
OüvExa oî rpo^s’piSTOi ?5av pLEpoiroiv àvSpojTroiv.
Tpisuoi'i 5^1 jAEpîÎEç xXŸjpov IxauToi),
Kai p*aiXEu<7EV i'xaOTOi; iybtv fiE'po;, oûo’ iiià/ovxo '
“Opxoi Y^p t’ iysvovxc Ttaxçbç, [XEpfoEÇ te Si'xxiai.
T»ivi'xa oXj irxTpôç tÉXeo; j^povo; Ïxeto Y'>Î?*>*<i Kaî !>’ ÊOavEv’ xoi TraîSEç, u7r£p6ao(ifiv Spxoïai Aeiv^jV TtoiiisavTEî, £tt’ àXXiîXouç £piv wpsav,
*0; TrâvTEOdi ppoToiciv, ?/wv pi(nXT,ioa TipiX|V,
“ApSEï ■ xa'i U3yi<jawxo Kpdvoç TitoÎv te Trpôc aÙTOûv.
Toù« oi ’Pet'I Faîa, «ptXonTEtpavoç t’ ’Aopootxr,,
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Ka'i tôte oi; piiv oxo'jsav oloi xpoTEpoîo Kpdvoio,
Kol o'i EKTiYtipav toXeieov {e.ey*'' xu8oi|xôv.
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Ka'i TOTE TiTavEuoi 0éciî xaxôv ÊYYuàXt^E,
Kol TÔtooi yeveoi TitÔvwv r,5s Kpdvoio KoîtOxvov
« Quand la Tour fut tombée et les langues des hommes devenues discordantes en proférant les sons les plus divers, toute la terre se remplit de mortels, divisés en royaumes. Ce fut alors la dixième génération d’hommes depuis le momentoù le déluge avait fondu sur les premiers humains. Régnèrent Cronos, Titan et lapétos, que les hommes dirent les enfants puissants du Ciel et de la Terre, introdui-
sant les noms du ciel et de la terre parce, qu’il étaient de beaucoup les plus puissants des mortels. Ils avaient partagé la terre en trois parts et les avaient tirées au sort, et chacun régnait sur une part, sans qu'ils se fissent la guerre; car ils en avaient fait le serment entre les mains de leur père après ce juste partage.
a Mais vint le terme de la vieillesse de leur père ; il mourut, et ses fils, violant d’une manière terrible leurs serments, commencèrent à se disputer à qui, recevant les honneurs royaux, commanderait à tous les hommes. Cronos et Titan combattirent donc l’un contre l’autre. Mais Rhéa, la Terre, Aphrodite à la riante couronne, Déméter, Hestia et Dioné à la belle chevelure, les ramenèrent à l’amitié, réunissant tous les rois, leurs frères, leurs parents, et les autres hommes qui tenaient à la royauté par le sang et par la naissance. Ils décidèrent d’installer Cronos comme roi sur tous, parce qu’il était l’aîné et le plus majestueux. Mais en revanche Titan imposa à Cronos des serments terribles, lui faisant jurer de ne pas élever d’enfant mâle, afin de régner à son tour, quand la vieillesse et la mort seraient venues pour Cronos.
« Aussi quand Rhéa enfanta, les Titans se tenaient autour d’elle et mettaient en pièces ses enfants mâles, laissant la mère élever ceux du sexe féminin. Mais lorsque la vénérable Rhéa accoucha pour la troisième fois, elle mit d’abord au monde Héra, et les Titans, hommes sauvages, ayant vu de leurs yeux sa fille, retournèrent dans leurs demeures. Cependant Rhéa, de la même couche, donna bientôt naissance à un enfant mâle, qu’elle envoya immédiatement en Phrygie pour y être nourri en secret, sous la garde de trois Crétois, liés envers elle par des serments; c’est pour cela qu’il fut nommé Zeus, en tant qu’enfant envoyé au loin. Elle parvint à soustraire secré-
tement Posidon de la même manière. Enfin la divine Rliéa enfanta un troisième fils, Pluton, en passant à Dodone. d’où coulent les eaux du fleuve Eurotas, qui se jettent dans la mer, mclces à celles du Pence, et reçoivent le nom d’eau Stygienne.
a Et quand lesTitans apprirent qu’il existait en cachette des fils nés de Cronos et de Klica son épouse. Titan rassembla ses soixante fils et saisit dans des liens Cronos avec Rhéa son épouse, les cacha sous la terre et les garda enfermés dans les ténèbres. C’est ce qu’entendirent les fils du puissant Cronos, et ils engagèrent contre Titan une dispute et une grande guerre. Ce fut le commencement de la guerre pour tous les hommes et le premier point de départ des luttes à main armée parmi les mortels
« Alors Dieu fit tomber le malheur sur les Titans, et toutes les races des Titans moururent, ainsique celles des fils de Cronos... n
C’est d’après ce morceau sibyllin que Tertullien (Ad nation. Il, 12) dit: Décima rjenilura hominum es quo Cataclysmum (corr. Calachjsmus) prioribus ascidit, reqnavü Saturnus et Titan el Tamfclus (corr. lapelus), coeli et terrae fortissimi füii. Et les cinq vers qu’il traduit ainsi, ù partir de /.al xove S-n Siy.xrn'fi'ivr,, sont également cités par Athénagore (p. 307, éd. de- Paris).
Nous avons hésité un moment sur la question de savoir si nous admettrions les vers du troisième livre des Oracles Sibyllins au rang do nos fragments do, Bérose, leur auteur s’étant certainement inspiré d’une manière directe de l’historien de la Chaldée. Mais nous avons dû y renoncer, car il est trop clair que cet auteur a joint au fond premier du récit beaucoup de traits et de circonstances qu’il n’a pas empruntés à Bérose, mais à d’autres sources. La comparaison de ces vers avec le fragment de Moïse de
Khorènc que nous commentons en ce moment permet de discerner facilement ce qui vient en réalité du récit écrit pour les Grecs pur le prêtre babylonien.
Quant au reste, ce sont des emprunts aux fables grecques que le poëte juif d’Alexandrie a grelfés plus ou moins adroitement sur cette histoire, afin de la faire mieux cadrer avec la mythologie connue du public hellénique auquel il adressait sa soi-disant prophétie sibylline. Tels sont l’intervention au milieu de la querelle des deux frères des principales déesses que la Théogonie d’Hésiode fait naître avant les fils deCronos; la substitulion brusque des Titans de la légende grecque au personnage unique de Titan, tel que nous le voyons au commencement, et que le donnent les extraits plus purs de Bérose ; les noms de Zeus, Posidon etPluton donnés aux fils deCronos, afin d’y retrouver les trois grands dieux des mythes des Hellènes; la naissàncedePluton surlesbordsdel’EurotasdeThessalie, dont il n’était certainement pas question dans l’histoire chaldéenne ; enfin la mention de la Titanomachie, à laquelle le poëte a donné un caractère différent de celui qu’elle a d’ordinaire dans les récits grecs, puisqu’il y fait lutter les Cronides pour délivrer leur père captif des Titans, tandis que chez Hésiode et les autres Hellènes ce sont les Titans qui essayent de délivrer leur frère Cronos, prisonnier de ses enfants. Notons aussi comme une circonstance ajoutée, mais personnellement propre àl’auteur des vers sibyllins, la substitution de l’Ida de Phrygie à l’Ida de Crète comme lieu de naissance de Zeus, premier indice du système commun à tous les auteurs de poésies sibyllines, qui plaçait en Phrygie le berceau de l’idolâtrie [Orac. Sibyl. V, v. 130 ; VII, v. 13).
Il est manifeste que Moïse de Khorène n’a pas puisé dans ces vers le récit que nous étudions actuellement, car
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il en donne «ne rédaction trop diflférente. Mais la façon dont il cite la Sibylle Bérosienne et l’adoption de toute cette histoire par le poëte qui prétendait parler au nom de cette Sibylle, prouvent, suivant nous, que dans le livre de Bérose, le mythe de la dispute des trois frères, faisant suite à celui de la Tour des Langues, continuait le même récit mis dans la bouche d’une Sibylle.
Remarquons encore que Moïse de Khorène n’a certainementpas pris tout ceci dans un texte écrit en grec, dans les extraits directs de l’ouvrage de Bérose. Sa source était certainement déjà arménienne, et les noms grecs qui désignaient les personnages du mythe dans l’original des XctXÂaïxà de Bérose, ainsi que dans Abydène et dans Alexandre Polyhistor, y étaient traduits et déguisés sous une forme toute ivanienne (voy. Pictet, les Origines indoeuropéennes, t. Il, p. 626). Zerovan est bien évidemment le zend zarvan, « temps, » et cette appellation s'est formée sur le modèle du Zrvûna-akarana, 1e temps incréé, infini, des livres attribués ii Zoroastre : voy. Spiegel, Avesla, t. Il, p. 217. Japetosthê, remarque M. Pictet, « a tout Pair d’un superlatif tel que le serait en sanscrit gâpatisla, le chef delà race par excellence, de même que de nrpa, roi, on voit se former un comparatif nrpatara, qui est plusqu’un roi, et un superlatif nrpatama, qui est roi au su- ])rême degré. » Cette formation confirme l’opinion de M. Ewald(Gesc/ïtcA<e des Volkes Israël, t. I, p. 363) et de M. Pictet (Les origines indo-européennes, t. ii, p. 627) attribuant une origine aryenne au nom du personnage dont la Bible fait l’ancêtre des Aryas, nom connu du reste aussi dans la tradition grecque, tandis que ceux de Sem et deCham sont purement sémitiques. Tout ceci doit être le résultat d’un travail, en partie basé sur des traditions encore existantes, que le récit traduit d’abord des tablettes
chttldi'ennesen grec par lîérosc aura subi ù une certaine époque pour reprendre une forme orientale, en passant de nouveau du grec dans une des langues de l’Asie. Nous n’hésitons pas, pour notre part, à rapporter un tel travail aux deux premiers siècles de l’cre chrétienne et aux savants de l’école d’Edesse, à laquelle appartenait certainement — bien qu’il ait prétendu attribuer une antiquité apocryphe à son livre — le Mar-Abas Catina dont Moïse de Khorènea fait son guide presque exclusif pour les époques antiques de l’histoire d’Arménie, en lui accordant une foi absolue que le témoignage des monuments vient aujourd’hui ruiner (voy. la seconde de nos Lettres assyriolotjiques.)
Les noms grecs que Bérose avait employés, et auxquels ceux dont nous venons de parler s’étaient substitués en Arménie, nous sont donnés dans les fragm. 17 et 18; c’étaient Cronos, Titan et Prométhée. Titan n’a pas été changé; Cronos, par suite des idées d’antiquité prodigieusement reculée qui s’attachent toujours à ce nom fvoy. Plat. Conviv. p. 58, ed. Becker), a été très-naturellement remplacé par Zerovan ; quant à Prométhée, l’échange de son nom avec celui de Japetosthê est tout naturel si l’on se souvient des mythes helléniques qui font de Prométhée le fils de Japet. En traduisant sous une forme grecque les noms de la tradition ethnologique que lui offraient les documents babyloniens, Bérose la rapprochait de la très-antique tradition hellénique d’après laquelle Cronos et Japet étaient également deux Titans, fils d’Uranus et de Ga?a, et Japet devenait le père d’Atlas, de Ménœtius {Manu), de Prométhée et d’Epiméthée, c’est-à-dire la souche de l’humanité primitive : llesiod. Tlieoyon. v. 507-616; voy. Vœleker, Mythologie des Japelischen Geschlechles, Giessen, 1821 ; Braun, Gricchische Mytholoyie, § 231 et suiv.;
Preller, Griechische Mythologie, i. 1, p. 39; Gerhard, Griechische Mythologie, § 1 i i et siiiv.; Miiiiry, Histoire des religionsde la Grèce, i. I, p. 3(>i. Au reste, U faut remarquer que chez les Grecs, les Titans eu gênerai sont représentés coiunie les premiers éducateurs du genre humain (Ilomer. ffgmn. in Apollin. v. 135), caractère qu’ils ont au plus haut degré dans les hymnes orphiques {Hynm. xxxvi). Suivant une tradition que nous a conservée Dion Chrysustome [Oral. XXX, ]). 550), les premiers hommes étaient nés du sang des Titans: voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. I, p. 217.
Mais quelles appellations babyloniennes ces noms grecs avaient- ils remplacées sous la plume de liérose? 11 en est deux que, je crois, on peut restituer avec une entièrecertitude. J’ai déjà remarqué Manuel d' histoire ancienne de l’Orient, 3* édition, t. II, p. 267) que le nom de Titan dans ces extraits de l’iiistorien grec de la Chaldéc correspond tout à fait à celui de Nemrod dans le chapitre X de la Genèse, document qui porte si mauifcstemcntTcmpreinte d’une origine babylonienne antérieure à la migration d’Âbraham et de sa famille; voy. notre Manuel d’ histoire ancienne de l'Orient, 3* édition, t. I, j). 97. Kn effet *nD3, que ce fût ou non le sens originaire de ce mot, fut de trèsbonne heure interprété comme signifiant « le révolté, » ou plutôt encore a le violent, » de la racine T1D’. voy. Bochiirt, P haie g, iv, c. 12; Knobel, Die Yælkertafel der
Genesis, p. 348. Nemrod est avant tout, comme nous l’avons dit plus haut (p. 43), une personnification ethnographique dans le chapitre X delà Genèse, ainsi que dans les extraits de Bérose que non# étudions en ce moment ; il représente alors un antique peujilede la race de Kousch, dont le nom n’est peut-être pas sans parenté avec celui de la ville àeNipur ou Nipra (voy. plus haut, p. 13} et aussi
avec celui des iVamn voisins rte l’Assyrie (voy. nos Lettres ax.iynologiques, t. I. p. 23 et suiv.). Mais en inêiiie temps, comme l’a très-bien vu Knobel(Z)/e Vœlkertafel dcr Genesis, p. 3 i7), les expressions mêmes rte la Genèse, faisant formellement allusion à la légende populaire (Genes. X, 8 et 9), montrent en lui un héros chasseur et guerrier, exterminateur rte monstres, une véritable forme héroïque de l’Hercule chalrtéo-assyrien. C’est à ce dernier titre qu’il est le « violent » comme « le fort chasseur, » et que nous le voyons ici helléniséen Titan. Or, il est curieux de rencontrer dans plusieurs documents assyriens (W. A. I, II, 62, 2, 1. H ; III, 66, verso, col. 6, 1. 3 et 12) un personnage divin qui est formellement donné (VV. A. I. il, 37, 1. 7 i; comme identique au dieu Adnr, le dieu chasseur et herculéen, et dont le nom .s'écrit /V'iViru.vi. Il faut le transcrire en lettres sémitiques l’orthographe assyrienne
remplaçant très-habituellemeiit le D par un J devant le "1 comme devant les gutturales et les dentales (voy. Oppert, Eléments de la grammaire assyrienne, 2' édition, p. 1). Les divers idiomes sémitiques nous offrent une racine yiQ parallèle à Le nom du dieu Ninrusi ou y"lD3 est donc réquivalent de THQJ et comme une variante de ce dernier nom. Peut-être môme faut-il en reconnaître une dernière altération dans celui de Namrus (jue les Sabiens ou Mendaïtes donnent à un des génies de la suite d’^^lro, l’/ilar chaldéo-assyrienne, lequel personnifie précisément « la violence» delà passion amoureuse : voy. Norbcrg, Onomasliton ad librum Adami, p. 104.
Pour le personnage que Bérose avait appelé Prome7/i^e, de puissants indices donnent lieu de croire que celui qui l’avait rendu en arménien ip&v Japeloslhê était au courant de la vraie tradition babylonienne et s’y conformait. D’ailleurs nous avons vu tout à l’heure que l’auteur de la
poésie pseudo-sibylline, qui certainement avait une connaissance exacte du texte de Bérose, l'appelait ’laTTSTo;. 11 est bien difficile de douter que le nom de nS» n’ ait été connu et usité en Clialdée. Sa présence dans le récit biblique et particulièrement dans le chapitre X de la Genèse en est un puissant indice. De plus, M. de Bougé ( fleoue archéologique, nouv. sér. t. VIII, p. 111) l’a retrouvé avec certitude, sous la forme Uaput fLepdus, Kænigsbuch, légende n“ 569), à côté de Nemrut (Lepsius, Kœnigslmch, légende n* 570), dans les noms de la famille royale bubastite désignée en Égypte comme la xxii" dynastie, famille dont un des rois est appelé Kouschite j)ar la Bible (II Chron. XIV, 9) et dont tous les noms propres nous reportent, pour chercher son origine, aux bords du Tigre et à la Babylonie : voy. de Bougé, dans les Comptes re?tdus de la Société française de numismatique et d’archéologie, pour 1870 ; en effet, on retrouve parmi eux, outre Uaput et Nemrut, Nabu-nesa, « Sabu est prince, » Diqlat, nom du fleuve du Tigre, l^esenq, nom du dieu élamite Susin/ca , dont nous avons parlé dans la note 1 du fragtn. 6,Karama, «la vigne, » nom de femme.
Nous croyons donc pouvoir affirmer que deux des acteurs du mythe ethnographique dont nous nous occupons portaient les noms de Japhet (prononcé en assyrien Yapitu)etdc Nimrud dans la légende originale des Babyloniens. Le premier y figurait au même titre que dans le chapitre X de la Genèse; le second y tenait la place qu’occupe dans le récit biblique sur les fils de Noé Cham, dontNemrod est ditle petit-fils : Genes. X, 8. La légende babylonienne nous présente ainsi trois chefs de races, dont deux répondent exactement à deux des fils de Noé. Faut- il en conclure que l’ethnograiihie de cette légende est identique à celle de la Genèse? C’est là ce qu’a pensé
Moïse de Khorène, et \\ reconnaît Sera dans Zerovan, comme Cham et Japhet dans Titan et Japetosthê. Quelque naturelle que paraisse cette idée que confirmerait la tradition des Sabiens ou Mendaites sur les trois frères, ^um Yainin et Yafet (Norberg, Cad. Nasar. 1. 1, p. 96), si elle n’était pas le résultat probable d’une infiltration juive ou chrétienne — nous ne croyons pas devoir l’adopter. En effet des preuves assez nombreuses , qu’il serait trop long d’exposer ici dans leur ensemble et que nous réservons pour un travail spécial, nous donnent lieu de croire que les Babyloniens n’ont jamais établi, comme la Bible, de distinction entre les petiples de Sem et les peuples de Kousch ou du rameau oriental de la descendance du Cham biblique, peuples dont les langages ne différaient par rien d’essentiel et qui peut-être avaient une commune origine ; voy. Guigniaut, Religions de Canliquité^ t. 11, p. 822. Mais il y avait dans la population de la Babylonie et de la Chaldée un élément très-important que ne personnifiaient ni Japhet ni Nemrod, c'était l’élément accadien ou chaldéen proprement dit, l’élément touranien. Nous croyons, pour notre part, que cet élément est celui que représentait le personnage appelé Kpovo? dans le texte grec de Bérose et Zerovan dans le livre arménien où Moïse de Khorène alla chercher son extrait. En effet l’idée d’immense antiquité qu’impliquent ces deux noms est bien d’accord avec ce que dit Diodore (II, 29) de la prétention des Chaldéens à être « les plus anciens des Babyloniedf, » prétention probablement justifiée, car nous croyons avec M. Oppert (dans les Comptes rendus de la Société Française de numismatique et dC archéologie pour 1870) que la population touranienne précéda les autres sur le sol de la Babylonie.
Mais par quel nom cette personnification de la race
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regardée comme la plus ancienne était-elle désignée dans les récits originaux des prêtres babyloniens ? Ce n’était certainement jms celui deZaruo», bien qu'il ait certainement été introduit à une certaine époque en liabylonie même, puisque nous le trouvons dans les livres des Mendaïtes sous la forme Sai'vtni, comme celui d’un génie du temps, qui apaise la querelle entre le soleil et les planètes (Norberg, Cod. Nasar. t. I. p. 314) M). IMais nous croyons qu’il a été adopté par ces sectaires seulement vers le temps des Sassanides, où la Perse exerça sur eux une influence qui a laissé des traces certaines, et par suite de la manie de syncrétisme qui s’était alors emparée d’eux. Pour restituer les vieilles traditions babyloniennes, c’est un nom réellement assyrien qu’il faut chercher. En l’absence de tout renseignement monumental positif il est peut être bien téméraire de le rechercher, et nous courons de grandes chances de voir les faits démentir nos conjectures. Cependant i’étude des curieux noms propres des princes de la XXll' dynastie nous suggère une hypothèse que nous voulons du moins soumettre au jugement des savants. Après y avoir reconnu Uaptil et A'emrut, riS’ etTIDJ, il est en effet assez conforme à la vraisemblance d’y retrouver le troisième nom du même mythe généalogique. Parmi les appellations qui se répètent le plus fréquemment dans cette famille est celle de Uasarkin ( ’Oirop/ôjv dans Mauéthon;. M. Birch {Observations on ttvo erji/plia/is cartouches fouud atNimroud, dans le t. 111 de la nouvelle série des Transactions of the Royal Society of Literature) et M. Mariette (^?d/e<in archéologique de l' Athénœum français ^ 1 855, P 97) ont proposé de l’assimiler au pJ’qD de la Bible ;
(1) Caci fait comprendre comment le nom de Zerovan a pu ae trouver BOU8 la plume d'un auteur écrivant en syriaque comme le Mar-Abaa Catina chez qui Moïse de Khorène a presque tout puisé. .
mais depuis que des exemples formels ont prouvé que le nom ainsi rendu dans les Livres Saints devait se lire Saryukin (H. Kawliuson, dans V Athenænvi du 7 septembre 1 8G7 ; et notre Essai sur un document mathématique chaldée/i, notes, p. 23) le rapprochement n’est plus possible. M. de Ko 11 gé {Revue archéologique, nouv. scr. t. VIII, p. 1 H ) a montré que d’après les particularités dialectiques propres à ces nonisdela XXII' dynastie, Uasarkin, comme üapul, devait correspondre à un nom commençant par un ’ dans les autres idiomes sémitiques ; il a donc rapproché Uasarkin des noms hébreux rnt’ et ^mTN. Ce rapprochement est Irès-satisfaisant au point de vue philologique, car la permutation de ^ et de n se présente à chaque instant, et quant à la substitution de D à T elle a pu très facilemement être une particularité dialectique, puisqu’on trouve des exemples de l’échange des deux articulations dans la meme langue ; exemples : en hébreu et djÿ, -IIT et "no ; en assyrien, Barzipa et Barsipa. L’exactitude du rapprochement achève d’être démontrée par la transcription rT7T> adoptée par la Bible (II Chron. XIV, 9) pour le nom du roi Uasarkin I". Or, la racine mt, d’où dérive ce nom et dont le sens premier est ortus est (sol), peut s’appliquer secondairement, comme la racine Dlp, aux idées d’origine et d’ancienneté. Un nom sorti de cette racine, tel que Zar/tnu (pour lui donner une forme assyrienne), était donc susceptible de se voir attribuer comme équivalents Kpovo; et Zerovan, et Uasarkin pourrait bien compléter dans la liste de la xxii' dynastie d’Egypte, avec Nemrut et Uaput, le groupe des trois noms empruntés au mythe ethnologique babylonien dont nos fragments de Bérose contiennent l’énoncé.
Cependant il nous reste encore de grands doutes sur la valeur de cette conjecture, et peut-être faut-il lui en subs-
tituer une autre. La mythologie syro-phénicienne nous offre en effet un personnage dont le nom se prête d’une manière encore plus naturelle à être traduit par Zerovan ou par Kpôvo?, surtout en prenant ce dernier comme identique à xpôvoç, comme on le faisait déjà généralement du temps de Bérose, sous l’influence des doctrines orphiques. C’est celui que la version de Sanchoniathon par Philon de Byblos (p. ed. Orelli) appelle aù-jv. a Tout commande de voir dans Aiwv, dit M. Renan {Mém. de V Acad, des fnsc. nouv. sér. t. XXIII, 2* part. p. 257), la traduction grecque du mot DSlVf ff^i se trouve, sous la forme phénicienne Où^utxdç, dans la cosmogonie de Mochus (ap. Damasc. De princip. p. 385, ed. Kopp; voy. Bunsen, Æÿyplens Stelle, t. V, p. 273 et siiiv.). Le mot dStjT parait avoir vraiment appartenu à l'ancienne théologie des Sémites. De la signification primitive d’« éternité, » il passa à celle de a monde, v puis à celle de « création , •n ordre de créatures,» qu’il a dans ce passage del’Epître aux Hébreux (I. 2) ou xal èroir^oï toù; attôvaç. Les Eons des Gnostiques et hsAlamin, qui jouent un si grand rôle dans le Coran, doivent être rattachés aux mêmes idées : M. de Ssicy {J ourrial asiatique, septembre 1829, p. 161 et suiv. ; Garcin de Tassy, La poésie philosophique et reli~ gieuse chez les Persans, p. 19) a démontré qu’il faut traduire ce dernier mot, non par « monde, » mais par « catégories d’êtres. » L’expression iSn et nnSn’Sya, qui nous a été conservée sous la forme 'AX^oçet Zsù; ’AT.'îdpuoî, a sans doute le même sens {Etymol. magn. v. ’A).Sr;[/.io; ; voy. Movers, DiePhœnizier, 1. 1, p. 262). iSn. qui signifie proprement vita, aevum, signifie aussi mutidus (voy. Gcsenius. Thésaurus, s. h. v. ). » Mon père a reconnu {Revue nuniisimlique, 1842, p. 90 et suiv.), sur la monnaie d’or d’ Albin à la légende saecvlo frvgifero, la rcprésenta-
tion toute asiatique de 0*51? comme dieu principal de la ville d’IIadrumète, ou était ne ce prétendant a l’Enlpire. Et son explication est confirmée par les monnaies d’Hadrumète môrae (Pellerin, Recueil de médailles de peuples eide villes, t. III, pl. Lxxxvrii, n* 1; Eckhel, Doctrina numorum velerum, t, IV, ]). 131; Mionnct, Description de médailles antiques, t. VI, p. 579, n° 8). Dans ce cas dSiV ®st j)ris comme un dieu de l’ordre le plus élevé, une des premières puissances cosmiques, comme le OùXwjAo; de Mochus, l’Aiwv dont la statue était à Alexandrie et a été décrite par Daraascius en termes plus emphatiques que précis [ap. Phot. Biblinlh. p. 313, ed. Bekker ; Suid. v. 'Hpafaxo; et Aiayvw|j.wv), l’Aitüv xociaixo; que le même Damascius comparait au Phanès orphiqxie (ap. Bentley, ad Mitl. p. 1), enfin rAiüivTî>,£to; de Valentin, identique à l’abîme, ^jOô;, au premier principe, •r;poa'f/vij au premier générateur, TCpowaTup (Iren. Adv. Iiaeres. i, H2; Tertullian. Adv, Valentin, 7 et 8).
Il y a loin de ce rôle si vaste à celui que le pei*sonnage héroïque de Zerooan joue dans le mythe ethnologique dont la version la plus complète a été conservée par Moïse de Khorène. Mais dans les récits de Sanchoniathon Aîwv ou est le premier ancêtre de l’humanité, le compagnon de UpwTOYovo;, pmp ou IIQTp DTît , ce qui le rapproche du chef mythique de la race considérée comme la plus ancienne, que nous serions tenté de regarder comme ayant porté dans les légendes babyloniennes un nom analogue au sien. La forme assyrienne régulièie de ce nom serait Ilamu, mot qui a en effet dans les textes assyriens tous les sens de dSiV hébreu.
L’application du nom d’/Zumu au héros qui personnifiait la vieille race touranienne de la ChalJée aurait l’avantage de se trouver en rapport avec les traditions par les-
quelles les Acca<liens eux-mêmes reconnaissaient leur j)areilté originaire avec les Elamites et l'orthographe si nettement significative du nom géographique llaina ou la Susiune, qui lui donne le sens du a pays antique » par excellence, qui fait de dS’V dcDStV = voy-
8 du fragni. 1 (plus haut, p. o4). Dans cette hypothèse, le tableau ethnographique du chapitre X de la Genèse, tout en distinguant Sera deCham (qui correspond, avonsnous vu à Titan-Nimrud) et eu le substituant, comme aîné des frères, à la personnification de l’antique race touraniennc i l) — ce qui était fort naturel dans une version sémitique de la tradition — le tableau du chapitre X de la Genèse, disons-nous, aurait j)cut-être conservé un vestige du plus ancien état de la tradition, où les trois chefs de races étaient Zerovan-Z/amu, Titan-A i»irW et lapilu. En effet ce tableau fait de dS’V le fils aîné de Sera (Genes. X, 22). Or, nous savons aujourd’hui d’une manière positive que le pays d’Elam n’a jamais pu, au point de vue ethnique, être groupé naturellement avec les peuples rattachés par la Bible ii la descendance de Sein ; il y avait en Susiane une certaine part d’élément kouschite, les Cissiens et les Cosséeiis, mais le fond du peuple, la langue et la civilisation étaient purement tourauiens, tenant de près aux Accadiens de la Chaldée. En prenant même, comme certains érudits dont, pour notre part, nous ne partageons pas la manière de voir, les divisions du chapitre X de la
(1) Des indices puissants seraient de nature k faire croire que le récit biblique présente cette race comme plus antique encore et qu'il faut lui appliquer les données si caradéristiques do la descendance de Caïn dans le chapitre IV de la fïenèse. C’est ce qu'a entrevu le baron d’Eckstein dans un remarquable article de l'/tnisnoum français, 19 août 1834. Mais la question est trop grave pour pouvoir dire traitée incidemment et sans des développements suffisants; nous nous bornerons donc à indiquer en passant ce point de vue couinio possible.
Genèse comme plus gcogriiphiqiies qu’ethniques, l’introduction d’Elam dans le groupe de Sem ne se justifie pas davantage; car ce groupe embrasse la péninsule arabique, la Syrie et la Mésopotamie jusqu’en Assyrie, mais les Kouschites de Babylone séparent dans le tableau biblique Elam des autres fils de Sem. La présence de ce nom serait mieux expliquée si l’on admettait avec nous qu’il est resté celui du fils aîné de l’aîné des trois frères comme une dernière épave de l’état plus ancien de la tradition, où Sem n’était pas distingué de Cham et où le rang d’aîné était précisément tenu par Ilumu, c’est à dire par Elam, personnification de la race à laquelle appartenaient à la fois les Elamites et les Accadiens.
Quoiqu’il en soit de ce dernier point, sur lequel il n’est pas encore possible de sortir du terrain de la conjecture, il nous semble que les observations précédentes permettent de se rendre compte de l’origine et de la signification première de notre mythe. Il a trait aux luttes antiques des races qui se trouvaient côte ù côte sur le sol de la Babylonie et dont la fusion produisit la civilisation de cette contrée. Nous avons parlé de ces deux races, les Akkadi et les Sumeri, les Touraniens et les Kouschites, dans la note 8 du fragm. 1 , et nous avons alors essayé d’entrevoir quel avait été l’apport de chacune d’elles dans la civilisation du bas Euphrate. Mais leur fusion ne dut pas se produire dès l’abord, et comme il est toujours arrivé dansdescas semblables, elle fut nécessairement précédée de longues luttes où chacun des deux éléments essaya d’étouffer l’autre, luttes qui durent avoir la forme de guerres religieuses en môme temps que de guerres de race. Ces luttes et les alternatives de prédominance successive de l’un et de l’autre élément remplissent encore les premiers siècles historiques des annales de laChaldée, comme l’at -
Digili.:et; by Coogli
testent les premiers fragments historiques de Bérose («p. Euseb. CAron.^men. p.i7, ed.Mai; ap.Synccll. p.78,C.), et comme nous le montrerons, en nous appuyant sur des preuves monumentales, dans la quatrième de nos lettres assyriologiqucs. La première puissance politique, le premier empire fortement organisé sur les rives du bas Euphrate et du bas Tigre fut l’œuvre des Kouschites : Genes. X, 8-12; cet empire eut un caractère guerrier, et les termes mêmes dont en parle la vieille tradition recueillie par la Bible montrent qu’une idée de violence demeura toujours attachée au souvenir de sa fondation : voy. Renan, Histoire des langues sémitiques, 1” édition, p. 3i. En face de ce déploiement de force guerrière et politique de l’élément kouschite, l’élément touranien, pour y résister, s’empara des armes de la puissance religieuse et sacerdotale, dont une de ses fractions, la tribu ou la caste des Clialdéens, sut se faire une propriété qu’elle conserva jusqu’à la fin de l’existence de Babylone. Au bout d’un certain temps cet élément l’emporta, même politiquement, sur les Kouschites, car la quatrième dynastie de Bérose est chaldéenne au sens spécial du mot. Avec le triomphe de la dynastie chaldéenne coïncida une véritable révolution religieuse, dans laquelle il faut voir l’œuvre du sacerdoce accadien et qui acheva de fonder sa suprématie sacrée, révolution qui offre plus d’un trait d’analogie avec la transformation que la vieille religion védique subit dans l’Inde sous l’action des collèges de Brahmanes.
En effet, dans les inscriptions assez nombreuses que nous possédons de rois appartenant aux premières dynasties de Bérose, la religion de la Chaldée et de la Babylonie n’oft’rc aucune trace de la systématisation savante que les monuments du xil' siècle avant notre ère, comme le
prisme de Tukhiti-pal-asar Z", nous montrent établie depuis assez longtemps déjà. Les noms des dieux sont ce qu’ils resteront plus tard, mais ces personnages divins ne sont pas encore rattachés les uns amx autres par les liens du système théogonique que nous avons exposé dans les notes 1 G et -16 du fragm. 1, groupés et subordonnés les uns aux autres dans les degrés d’importance et d’émanation d’une hiérarchie régulière. Leurs attributions sont beaucoup moins tranchées et moins distinctes que plus tard, ils se ressemblent beaucoup plus entre eux, et surtout ils ont alors un caractère presque exclusivement local. Chacun d’eux est adoré seul avec son épouse dans une ville, où du reste il continue jusqu’à la fin d’avoir son sanctuaire, et dans cette ville il est regardé comme le dieu suprême. Aucune inscription de cet âge ne réunit, comme on le voit si souvent aux époques postérieures, le cycle des grands dieiix dans les mêmes adorations. Les belles recherches de M. le comte de Vogué ont prouvé que c’est à cet état que sont toujours demeurées les religions des peuples de la Syrie et de la Palestine, qui ne subirent pas, comme celle de la Chaldée , l’influence du travail d’une corporation sacerdotale unique et puissante : De Vogué, Mélanijes (T arclicolotjie orientale, p. 51-57; voyez aussi notre Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, 3' édition, t. III, p. 127 et suiv.; p. 303, et p. 352 et suivantes.
On le voit, la lutte de l’élément kouschite et de l’élément touranien dans la Babylonie prit beaucoup la forme de cette lutte entre la puissance guerrière et la puissance sacerdotale qui se produisit au début de l’existence de .tant de peuples antiques. Aussi olfre-t-ellc beaucoup de 1 ressemblance avec les luttes des Kchatriyas et des Brahmanes dans l’Inde gangétique, et cette ressemblance se
traduit par raïuilogie du mythe raconté par Bérose avec les légendes qui dans les poésies indiennes ont trait aux guerres sanglantes dos guerriers et des prêtres : voy. l’analyse de ces légendes dans Lassen, Imdische Allerthumskunde, t. I, p. 71-4-726; Max üuncker, Gesc/u'cA^e rfer Ariev in der alten Zeil, p. 105-H0; et notre Manuel d'histoire ancienne de l'Orient, 3' édition, t. III, p. 577- 584. Cronos ou Zerovan, personnification de l’élément touranien, partage le pouvoir avec Titan, personnifiant l’élément kouschite, et Prométhée ou Japetosthê, représentant l’élément aryen. Mais Cronos, enorgueilli de son antiquité et de son caractère divin, prétend dominer sur les deux autres. Titan et Prométhée se révoltent, et Titan s’empare d’une partie de l’héritage de Cronos. Cependant un accord s’établit entre eux, et la suprématie de Cronos est reconnue. Ce n’cst pas pour longtemps, car Titan et Prométhée conspirent pour mettre à mort tous les fils de Cronos afin de faire cesser cette suprématie. Ils commencent à exécuter leur projet, et Astlic, sœur de ces frères ennemis ne parvient à en diqoucr l’entier accomplissement qu’en cachant les enfants de Cronos dans l’Orient, sous la protection des dieux.
L’intervention du personnage qu’Abydène appelle Prométhée et Moïse de Khorène Japetosthê, nous est expliquée par l'analyse sommaire des dynasties primitives de Bérose, qui nous a été conservée dans l’Eusèbe arménien, et, d’après le texte grec d’Eusèbe, par le Syncelle. L’élément aryen ne paraît pas avoir existé dans la population première de la Babylonie et de la Chaldée. Mais à une époque fort ancienne, que nous essayerons d’évaluer dans la quatrième de nos iMtres assyriutoui(iucs, d’après les données fournies par Bérose, des Aryas, qu’ou désigna plus tard sous le nom de Mèdes, et qui étaient peut-être
un rameau détaché et lancé en avant de ceux qui occupèrent plus tard la Médie proprement dite , établis sans doute alors depuis peu auprès de Rhagœ, ville, qui resta longtemps le centre de leur nation (voy. nos Lettres ass>jriologiques , t. I, p. 28-34) — desAryas, disons-nous, intervinrent par une invention violente dans les affaires de cotte contrée, on les Touraniens et les Kouschites se disputaient encore la suprématie, et la seconde dynastie de la Chaldée fut une dynastie médique ( Euseb. Chrov. armen. p. 47, ed. Mai; Syncell. p. 78, C).
Comme toutes les luttes du même genre, celle des Touraniens et des Kouschites, des Ahkadi et des ^umeri, en Chaldée, se termina par une transaction, par une fusion des deux éléments rivaux. Les Chaldéens proprement dits demeurèrent en possession de la suprématie religieuse et politique ; ils formèrent une caste sacerdotale et dominante : voy. la note 8 du fragm. 4 . Mais en môme temps ils durent faire de leur côté de grandes concessions et s’assimiler autant que possible au reste de la population. Ainsi la langue des Kouschites l’emporta complètement et devint dès le temps de la quatrième dynastie, chaldéenne — comme nous en avons la preuve par les inscriptions originales de Xammu-rahi, ainsi que par les copies postérieures de celles de Sar-yukin l’ancieTi et des tablettes astrologiques rédigées par son ordre — la langue habituelle et nationale de la Babylone, sans pourtant effacer tout à fait l’idiome propre des Akkadi, qui se conserva, comme nous l’avons dit, jusqu’à la chute de Babylone à l’état de langue savante et surtout sacrée.
Bien que la fusion fût déjà fort avancée et la révolution religieuse due à la corporation des Chaldéens accomplie et acceptée, introduite même en Assyrie, il y avait encore un certain antagonisme entre les deux races au xiv* siècle
avant notre ère, quand les monarques assyriens étendirent leur domination sur Babylone. Nous le voyons par ce fait qu’au moment de l’établissement de la suzeraineté de Ninive, après une longue suite de princes dont les noms sont purement accadiens, la nature des noms propres des rois de Babylone change brusquement; ils deviennent sémitiques ou plus exactement kouschites : voy. le canon royal de Babylone donné dans la troisième de nos Leüres assi/riolof/iques-, nous apporterons tontes les preuves de ce fait capital dans la (piatrième lettre, qui ouvrira le. tome II, et traitera de Thistoire de Babylone et de la Chaldée jusqu’au ix* siècle av. J,-C. La conquête assyrienne avait donc eu pour résultat de clianger la dynastie des princes désormais réduits an rang de vassaux et de faire passer le sceptre d’un élément à un autre, où sans doute la nouvelle domination pensait trouver un point d’appui plus solide : voy. notre Manuel d’Iiisloire ancienne de l'Orient, 3' édition, t. II, p. 59.
^lais plus tard toute trace de cet ancien antagonisme disparaît. Lors de l’établissement du dernier empire de Chaldée la fusion des deux élément.s esf si complète, que les rois de cet empire, bien qu’appartenant à la caste des Chnldéens, n’ont plus des noms appartenant à la langue accadienne, mais des noms assyriens, pour nous servir de l’expression généralement adoptée, c’est adiré des noms puisés dans la langue sémitico-kouschite commune à Babylone et à Ninive.
Reste à parler du personnage féminin d’,4.ït/<c, laquelle sauve les enfants de Zerovan ou Cronos et les met sous la protection des ilieux. Ce n’est évidemment pas une personnification ethnographique comme les trois autres acteurs du mythe, et tout indique en elle une divinité. Aussi nous l’assimilons à Utar, car son nom en présente tous
les éléiDents, avec l’adjonction d’une finale arménienne.
3] L’allusion est claire ici à la montagne de l’assemblée des astres considérés comme dieux [Har-môad), dont Isaïe (xiv, 4-20) parle d’après les Clialdéens, à la montagne des mystères des sept planètes et des sept étoiles de la grande-ourse, qui joue un si grand rôle dans la religion des Sabiens ou Mendaïtes (Norberg, Todej’ Nasarœus, t. I, p. 4et6; Mohammed ibn-Ischaq iii-Nedîm, dans C’hwolson, Die Ssabier und dus Ssabismiis, t. 11, p. 1 et suiv.; voy. Gesenius, Commenlar ueber den lesaia, t. II, p. 324), en un mot à tout un ensemble de conceptions religieuses dont nous avons déjà parlé dans la note 1(5 du fragiu. IS et dans la note 0 du fragm. 17.
L’assimilation de cette montagne à l’Olympe n’est certainement pas le fait deBérose. C’est le produit d’un esprit de syncrétisme postérieur et il faut sans doute l’attribuer à l’écrivain des premiers siècles de l’ère chrétienne chez qui Moïse de Khorène a puisé sa citation.
Ilesychius.
Sapayvi'pa), rapà BinpwccM -h y.oca-fiTpia -rr'; “Hpa; a Sarachéro, d’après Bérosc celle qui pare la déesse » liera. »
1] Il est impossible de dire à quelle partie de l’ouvrage deBérose ce renseiguement a été emprunté par l’im des auteurs qu’extrayait le lexicographe. Mais il était naturel de ne pas le séparer de tout ce qui, dans les fragments des Antiquités chnldaïques, tient aux choses religieuses.
Nous n’essayerons pas, du reste, de rcstituerla forme du mot assyrien que nous avons ici plus ou moins altéré. Ce serait une tentation trop hasardeuse et nous courrions grand risque de n’arriver qu’à des hypothèses très douteuses, destinées à être quelque jour démenties par les faits. Il nous paraît plus intéressant, et en môme temps plus sûr, d’étudier ce que les textes cunéiformes nous apprennent sur l’usage du culte auquel a trait notre passage.
Le sens de l’expression grecque de xo(T[A7iTpia n’est pas douteux ; il s’agit d’une prêtresse chargée de parer etd'lialûllerà certaines fêtes la statue d’une déesse, qui est certainement Zarpam'/, puisque c’est celle-ci que, daius la religion de Babylone, les Grecs ont toujours a'Hinili'e à
Héra. Cette coutume de couvrir de vêtements et d’orner debijoux les simulacres des divinités, se retrouve chez tous les peuples de l’antiquité.
Les Grecs l’ont connue et pratiquée fréquemment, et le plus mémorable exemple qu’oii en trouve chez eux est celui qu’offre la fête des Grandes Panathénées (voy. Meursius, Panalhenœa^ chap.xvu; Maury, Hùloire des rcliyions de la Grèce, t. H, p. 2H et suiv.). A Sparte, les femmes tissaient tous les ans pour l’Apollon Amycléen une magnifique tunique (Pausan. III, 16, 2) ; à Elis, dans l’un des endroits les plus fréquentés de la ville était une statue de bronze d’une divinité appelée par les uns Posidon et par les autres Satrapès : on la revêtait tantôt d’une robe de laine, tantôt d’une de lin ou de byssus (Pausan, VI , 25, 5) . C’était là ce qu’on appelait <7to>w|x.ô?, comme le prêtre chargé de mettre ;'i l’image divine sou vêtement cToXicrÀ; (voy. Letronne, Matériaux j)our servir à l' histoire de C établissement du christianisme eu Jùjypte, p. 68). 11 y avait un stoliste à Eleusis, qui exerçait ses fonctions lors de la célébration des mystères (Corp. viser, graec. n®481 ; Ross, Demen von Attika, p. 103, n° 189; August Mommsen, Heortologie, p. 254). Un des ouvrages attribués à Orphée traitait de cette matière et était intitulé 'I£oo(7to>.ix.!x (voy. Lobcck, Atjlaophamus, t. I, p. 371),
Dans le sacerdoce égyptien, les stolistes tenaient un rang important, Plutarque {De ïsid. et Osirid. 39) les mentionne, ainsi que Clément d’Alexandrie (Stromat. VI, p. 758, ed. Potter). Dans un autre passage, le même Plutarque {De Isid. et Osirid. 3) se sert du mot UfO'ÿToloç, comme Porphyre (De IV, 8) de celui de UfocToî^Kï-
-rr;;. .Julius Firmicus Maternus (III, 2, 9) appelle la même classe de prêtres vestitores simulacrorum divinorum et deorum vestitores. Le texte grec de l’Inscription de Rosette
(1. 0) et celui du Décret de Canope (1. 4) les définissent ol ït; To a^uTov tJcTrope'joaevot too; tÔv CTO>.tc[jiov tûv Gsôiv, ce que le texte hiéroglyphique du Décret de Canope (Lepsius, Das bilingue Dekret von Kanopus, Berlin, 4866, in-fol.), dans ses lignes 2 et 3, rend par sahu nnleru uAbu smd er màrel nuleru ein sali-sen, « les docteurs prêtres chargés ode revêtir les dieux de leurs vêtements. » Dans le grand temple d’Abydos, construit par Seli 1", les vingt premiers tableaux répétés dans les sept sanctuaires des sept dieux auxquels était consacré l’édifice (Mariette, Abydos, Description des fouilles, p. 47-19', ainsi que les longues inscriptions qui les accompagnent, ont trait aux diverses opéi’ations du stolisme, depuis le moment où le roi, faisant cet office, enlève le sceau de la porte du sanctuaire, jusqu’à celui oîi il en sort. Les inscriptions contiennent les pfières qu’il devait prononcer pendant chacun des actes do cette cérémonie. Ce sont autant de chapitres (elles en portent le titre) d’un livre d”l£po7To>.'.xa (voy. le texte de ces inscriptions d’après les différents exemplaires comparés: Mariette, Abydos, Description des fouilles, p. 34-o6). Champollion et mon père ont observé dans les bas-reliefs du temple de Philæ, auprès de toutes les figures d’isis, des trous qui, d’après leur place, n’ont pu servirqu’à attacher les vêtements postiches dont on couvrait ces figures dans certaines solennités (voy. Letronne, /«sertprfons de /’Égypte, t. II, p. 204). Aussi un TCp(OToiîTo>.ic-r7iî d’isis à Philæ est-il encore mentionné dans deux célèbres inscriptions grecques de cette île, datant du règne de l’empereur Marcien (Letroune, Inscriptions de I Égypte, n“* CXLIX et eu).
Une allusion à un usage semblable existant dans le culte phénicien de Baal peut être trouvée dans un passage du livre des Rois (II Reg. X, 22).
Pour ce qui est du culte chuldéo-assyrien, nous savons positivement par quelques textes que les statues de pierre ou de métal placées dans les sanctuaires des temples et représentant les grands dieux étaient couvertes de vêtements et d’ornements d’or ou d’argent enrichis de pierres précieuses, offrandes de la piété des rois, qtie leur poids rendait nécessairement fixes, et (pie par-dessus on phujait des vêtements d’étoffe et des bijoux mobiles, qui se mettaient ou s’ôtaient dans diverses cérémonies. Le document capital à ce sujet, principalement en ce qui se rapporte aux draperies de métaux précieux posées à demeure, est une tablette, mallieurcusement mutilée, d’.dsA'ur-iaui-pa/ (\V. A. I. Il, 38, 2), dont M. Fox Talbot a le premier signalé le sujet (Journa/ o/'tAe Royal Asiatîc Socicti/, new ser. t. III, 1" part. p. 23). Leroi y énurncre les offrandes magnifiques qu’il fit dans plusieurs des temples de Babylone en sa qualité de roi de cette ville, sans doute à l’époque où, pour bien établir ses droits de suzeraineté, il y fit acte de souverain direct, après avoir dompté la grande révolte de son frère Samul-mukin. La partie la mieux conservée, la seule qu’on puisse lire avec suite, parle des vêtements d’or qu’il fit exécuter pour les statues de Bel-Marduk et de Z-arpanil (précisément la déesse qu’était chargée de parer la prêtresse dont parle notre fragment de Bérose) dans la Pyramide de la cité royale de Babylone {Rü-Suggalu), afin de remplacer des ornements antérieurement brûlés, sans doute dans le sac et l’incendie de la grande cité chaldéenne par lim-ayê-irib.
Le texte commence par deux paragraphes contenant les titres, longuement développés, du roi comme souverain de Babylone. Il en est dans le nombre de très-curieux, de vieux titres remontant aux monarques du premier empire de Chaldée, qui n’avaientplus qu’un caractère traditionnel.
sans application dans l’état des choses, que les rois nationaux de la dynastie de Nabu-bal~usur ne prirent pas, mais qu' Ai^ur-bani-pal avait momentanément relevés pour s’en targuer. Viennent ensuite les indications des ofirandes destinées à parer et à revêlirles images des deux grandes divinités de la ville de Babylone ; le début en est malheureusement assez mutilé, et le sens ne peut pas en être suivi dans son entier, sans interruption.