‹ Essai de conférences sur l'emploi des manoeuvres d'infanterie devant l'ennemi rédigées par le colonel Le LouterelChapitre 11 sur 15 · DES CHEFS · texte numérisé non relu

DES CHEFS

Sur toute la surface du globe, l’espèce d’hommes est la même, quant au courage et aux vertus guerrières, comme le tigre a la même férocité partout où il se trouve. Les différences que l’on remarque parmi les hommes tiennent à leur éducation physique et morale ; ainsi ce serait une absurdité et une présomption déplacées de croire que les Français sont plus braves que les Busses, les Autrichiens, les Prussiens, les Anglais, les Espagnols, les Arabes, etc., etc. Mais, chez les premiers, l’amour de la patrie, de la gloire, de la liberté, et une intelligence développée par une civilisation plus avancée n’ont pas peu contribué à la supériorité qu’ils

ont acquise sur tous dans vingt-cinq ans de guerres, quoique ces peuples aient prouvé, dans maints combats et batailles, qu’ils ne nous étaient pas inférieurs en courage. Au reste, chaque peuple a ses éphémérides militaires et ses monuments de gloire, même contre nous; ce qui prouve encore que le sort des combats et des batailles tient au génie heureux de ceux qui commandent, et au moral des troupes que ce génie et ce bonheur leur inspirent, car un chef malheureux a promptement des troupes démoralisées ; il y a donc un avantage immenses à débuter par des succès dans une campagne, et par conséquent à éviter tous les engagements douteux; c’est ce système qu’a constamment suivi Wellington et qui lui a réussi.

Jamais, depuis l’antiquité la plus reculée, aucun capitaine n’inspira à ses soldats autant de confiance et de dévouement que Napoléon Bonaparte, et jamais une armée ne fit plus pour répondre au génie de son chef, convaincue de l’infaillibilité de ses conceptions, car les exploits de l’armée française, sous Napoléon, dans douze campagnes, qui ne durèrent ensemble que vingt-cinq années, réparties du 27 mars 1796, au 18 juin 1815, paraîtront fabuleux à la postérité.

Lorsque Napoléon Bonaparte arriva à l’armée d’Italie, pour en prendre le commandement, le 27 mars 1796, il n’avait que vingt-six ans ; il trouva, au lieu de 60,000 hommes qui lui étaient annoncés par le Directoire, 31,000 combattants, dépourvus de tout, et n’avant que 30 pièces de canon, tandis que l’armée ennemie comptait 80,000 combattants et 200 pièces de canon. Arrivé à Albenga, plusieurs régiments se révoltèrent, demandant la solde qui leur était due, de l’habillement, du pain et des souliers. Napoléon fit arrêter et enfermer les officiers de ces corps, dont bientôt les soldats vinrent lui demander la grâce et la liberté; alors, il leur fit l’allocution suivante : « Soldats !... j’entends vos vœux; ils me plai- « sent, ils sont dignes de vous!... Ce n'est plus une guerre défensive, « c’est une guerre d’invasion, ce sont des conquêtes que vous allez faire ; « vous êtes sans artillerie, sans habits, sans souliers, sans solde, vous « manquez de tout, mais vous êtes riches en courage. Au-delà de ces « monts, s’étendent les plaines fertiles du Piémont et de la Lombardie ; a (à, sont des magasins, de l’artillerie, des trésors ; marchons, et dans

« peu, ils seront à vous. L’ennemi est quatre fois plus nombreux, vous « en aurez plus de gloire ; je vous rends vos officiers , ils vous conduiront « contre les ennemis de la République. »

Première campagne d'Italie. Iil!c dura dix mois, pendant lesquels, dit i'Iiislorien Thiers, a par le génie de Bonaparte, uni au bonheur, outre » l’armée piemontaise, trois armées autrichiennes formidables , trois fois « renforcées, avaient été détruites par une armée, qui, forte de trente et « quelques mille hommes à l’entrée de la campagne, n’en avait guère « reçu que 20,000 pour réparer scs pertes ; ainsi, 55,000 Français « avaient battu plus de 200,000 Autrichiens, tué et blessé plus de 20,000 « dans douze, batailles rangées et soixante combats. »

Jontini, le meilleur de nos historiens militaires, a dit de cette campagne : « Le traité de Tolentino termina une campagne justement célèbre, dans « laquelle une poignée de braves fit changer la face de l’Italie . et i< ébranla jusque dans ses fondements la première monarchie de « l’Europe. »

Deuxième campagne d’Italie. Entre le traité de Tolentino, le 19 février 1797, et les préliminaires de Léoben, le 17 avril suivant, le général Bonaparte livra aux Autrichiens, commandés par le prince Charles, dixsept combats, dans lesquels l’ennemi eut plus de 4,000 hommes tués et blessés, perdit 15,000 prisonniers et 60 pièces de canon.

Campagne d’Êgyptc. Du 1 er juillet 1798 au 22 août 1799, jour où Bonaparte quitta l’Égypte pour rentrer en France, 34,000 hommes et 300 chevaux seulement, eurent 5 lutter contre les Anglais, les Turcs, les Arabes, les Mamelucks, la population égyptienne, les déserts de sables sans eau et la peste. Cette armée, renforcée plus tard par quelques troupes indigènes, et dont la flotte fut anéantie à Aboukir par les Anglais, les 1 er et 2 juillet 1798, a livré cinq batailles, trente-cinq combats, fait cinq sièges, tué et blessé plus de 60,000 hommes et pris plus de 100 pièces de canons.

Troisième campagne d’Italie. Du 13 niai 1800 au 14 juin suivant, jour de la bataille de Marengo, qui fut décisive, le général Bonaparte

passa les Alpes par le grand Saint-Bernard, livra aux Autrichiens deux batailles et cinq combats, prit deux places fortes , tua, blessa ou lit prisonniers à l’ennemi 29,000 hommes et lui prit 48 pièces de canon.

Campagne de 1805, en Allemagne. Du 8 octobre 1805, jour du premier combat, en Allemagne, après la levée du camp de Boulogne, jusqu’au 6 décembre suivant, jour de la suspension d’armes qui a précédé la paix de Presbourg, Napoléon a livré vingt-sept combats et la célèbre bataille d’Austerlitz, qui fut décisive ; l’armée française tua, blessa ou prit 1 50,000 Autrichiens et Russes, et 500 pièces de canon.

Campagne de Prusse et de Pologne. Du 6 octobre 1806, jour de l’ouverture de la campagne, au 9 juillet 1807, jour de la paix de Tilsill, l’armée française, forte de 180,000 hommes, a livré quarante-quatre combats et quatre batailles aux Prnsso-Russes, qui avaient 000,000 hommes; elle leur a tué, blessé ou pris 290,000 hommes, et 2,500 pièces de canon, y compris celles trouvées dans différentes places des états prussiens.

Campagne d’Espagne. Du 5 novembre 1808, jour de l’arrivée de l'empereur Napoléon à Vittoria, an 7 janvier 1809 , jour de son départ pour la France, l’armée française livra aux Espagnols et aux Anglais quatorze combats et trois batailles, dans lesquels les alliés perdirent 76,000 hommes, tués, blessés et faits prisonniers et 190 pièces de canon

Campagne de 1809 en Allemagne. Du 9 avril 1809, jour du commencement des hostilités au IA octobre suivant, jour du traité de Vienne pour la paix, l’armée française et ses alliés, forts de 260,000 hommes et 560 pièces de canon, livra aux Autrichiens, forts de 450,000 hommes et 700 pièces de canon, treize combats et cinq batailles, dans lesquels ces derniers perdirent 85,000 hommes tués, blessés ou prisonniers et 672 pièces de canon.

Campagne de Russie. Du 23 juin 1812, jour du passage du Niémen , par l’armée française et scs alliés, forts de 610,000 hommes et 1372 pièces de canon, au 2 décembre 1812, jour du départ de l’empereur pour

renliTr en France . l’armée française livra à l’armée russe , d'abord ferle de 580,000 hommes seulement, mais qui reçut de nombreux renforts pendant la campagne , trente combats et six batailles , dans lesquels ces derniers perdirent 180,000 hommes tués, blessés ou faits prisonniers et 150 pièces de canon ; mais l’incendie volontaire de Moscow, la neige, le froid et la famine, qui en furent la conséquence, en détruisant la plus belle armée du monde, lui arrachèrent aussi les trophées de ses victoires.

Campagne de 1813 ai Allemagne. Du 28 avril 1813, jour de l’arrivée de l’empereur à l’armée , au 9 novembre suivant, jour de son retour à Mayence, l’armée française, trahie successivement par tous ses alliés qui tournèrent leurs armes contre elle, a livré aux coalises, forts de 800,000 combattants, vingt-cinq combats et cinq batailles, dans lesquels ces derniers perdirent 180,000 hommes tués, blessés et faits prisonniers et 50 pièces de canon.

Première campagne de France, en 1816. Du 21 décembre 1813, jour où les alliés commencèrent à passer le Rhin, au lt avril 1816, jour de l’abdication de l’empereur Napoléon, en faveur de son fds, l’armée française livra aux alliés vingt-trois combats et quatre batailles, dans lesquels ces derniers perdirent 90,000 hommes, tués, blessés et faits prisonniers et 96 pièces de canon.

Deuxième campagne de France , en 1815. Du 15 juin 1815, jour du commencement des hostilités, au 1 er juillet suivant , jour du dernier combat, dans l’avenue de Versailles, l’armée française livra aux alliés trois combats et deux batailles dans lesquels ces derniers perdirent 80,000 hommes tués, blessés et faits prisonniers et 30 pièces de canou ; mais la dernière bataille de l’Empire, celle de Waterloo, fut décisive; en la perdant , Napoléon perdit sa couronne et la liberté.

Résumé: Pendant cinq armées, Napoléon, en personne, a livré cinquante batailles rangées, sur lesquelles il n’a perdu que celle de Waterloo, par la faute de l’un de ses lieutenants. Trois cents combats ont été livrés par les armées qu’il commandait immédiatement, lesquelles armées ont tué, blessé et pris à leurs ennemis plus de 1,200,000 hommes et 6,500

pièces de canon. L’histoire n'offre aucun exemple de succès aussi soutenus. Avec un pareil chef il n’était point de mauvais soldats ; les descendants des Romains eux-mêmes, dont on n’a plus parlé depuis la chule de cet empire, semblaient avoir retrouvé le courage et l’énergie des légions de César ; c’est qu’en effet les régiments italiens faisaient des prodiges de valeur dans l’armée française, comme tous les peuples que ces derniers eurent un instant pour alliés.

Il est incontestable que ce sont le^ïjualités morales du chef qui affermissent le moral des troupes. « Ce n’est pas assez qu’un chef paie de sa « personne , a dit Carnot ; il faut encore qu’il ait le don de se faire soit conder avec zèle. Il a besoin du plus grand sang-froid, de l’application « la plus soutenue, pour tout connaître, tout prévoir, tout ordonner, et « l’activité doit briller dans ses yeux-, il faut que tout s’anime à sa voix,

<■ que tout s’électrise à son aspect, que tout s’enflamme de scs regards,

<■ que son visage inspire la confiance, rende le courage aux faibles, en « impose aux mal intentionnés. — J’aimerais mieux, disait le général U athénien Chabrias, une armée de cerfs commandée par un lion, qu'une « armée de lions commandée par un cerf.

« Le soldat suit presque toujours l’exemple de ses ch fs ; c'est dans ■i leur contenance qu’il voit ce qu’on doit attendre de lui, et rarement « voit-on des actes de faiblesse sous un commandant intrépide. Au siège « de Bade, par Soliman II, en 1529, la ville ayant capitulé, la gar- « nison défila devant les junnissaircs, qui insultèrent les soldats, et leur « reprochèrent leur peu de courage, quoique la place eût été bien dé- « fendue, mais non peut-être jusqu’à la dernière extrémité. Un soldat « allemand, justement irrité, se tourna vers l’un de ces jannissaires . « — Qu’ as-tu à me reprocher, lui dit-il ; je ne commande pas , j’obéis ! »

Rien n’est propre h démoraliser une troupe, devant renncnii, comme les observations imprudentes de certains chefs, qui blâment tout ce qui se fait, et grossissent le danger, en .augmentant à plaisir le nombre des ennemis. J’ai connu un officier, qui, dans les guerres de l’empire, était devenu capitaine de grenadiers sans jamais avoir entendu ni vu le feu de

l’ennemi ; il avait toujours trouvé le moyen d’éviter les occasions d’aller au combat, et lorsqu’il voyageait en paysennemi avec le bataillon dont il faisait partie (en Espagne), il voyait toujours des guérillas à droite, à gauche, en avant, et si nombreux, disait il, que le bataillon serait attaqué et succomberait incessamment. Son effroi se communiquait à ses soldats, et s’ils eussent été réellement attaqués, dans ces mauvaises dispositions d’esprit, nul doute qu’ils auraient été battus. L’aversion de ce capitaine pour ce que les militaires appellent l’odeu%de la poudre était peut-être un avertissement intérieur de ce qui devait lui arriver un jour ; car sa compagnie ayant été désignée, avec plusieurs autres du bataillon, pour occuper l’une des redoutes placées à la gauche du camp de Suraïde, en avant de Bayonne, le 10 novembre 1813, les alliés (Anglais, Espagnols et Portugais) firent une trouée et tournèrent toutes les redoutes, que l’on fut obligé d’abandonner. C’est en fuyant à toutes jambes, que ce capitaine reçut une balle dans la tète, qui l’étendit raide mort.

Lorsque le soldat ne fait pas son devoir, c'est presque toujours la faute de ceux qui le commandent, car le sentiment de la conservation est inné chez tous les êtres qui respirent, et si, dans des circonstances périlleuses, l’officier se démoralise et faiblit, il trouve toujours un prétexte plausible, aux yeux de ses soldats, qui ne demandent pas mieux que d’imiter sa conduite pour se soustraire au danger. Il n’y a alors pour eux aucun raisonnement ; ils se battent pour le roi et crient vive la Ligue, pourvu qu’ils vivent eux-mêmes ; mais lorsque l’officier paie de sa personne dans les moments critiques, les soldats seraient honteux de ne pas l’imiter et le suivre. Il y a pourtant des exceptions à cette règle: c’est lorsque les troupes sont mues par un sentiment de patriotisme exalté, comme dans les armées de la République, en 1792, 93, 9ti, etc., etc., ou bien par un sentiment de vengeance.

Il n’est aucun militaire sur lequel le premier coup de canon ne produit pas un effet nerveux indépendant de la volonté ; ce n’est pas de la crainte, mais un avant-coureur des sentiments pénibles du drame sanglant et terrible auquel le canon prélude. Cet effet doit être comprimé chez celui investi d’un commandement; il doit, au contraire, relever le moral de ses

soldats par quelques saillies gaies, puisées dans son expérience des combats et par des paroles analogues à celles de Gùibert que je vais citer : « Les <■ troupes aguerries ne s' exagéreront pas le ravage que peut causer « l’artillerie ennemie ; elles ne prendront pas la quantité de bruit pour « la quantité de danger ; elles sauront que, pour dix lignes de direction « qui peuvent conduire les boulets vers elles, il y en a cent d’aberration « où ils ne peuvent leur nuire; elles comprendront la nécessité d’essuyer « le feu du canon une fois posées; que, si l'on est en panne où si l’on « combat de pied ferme, la frayeur ne garantit pas; que, si l’on marche « pour attaquer, le moyen de faire cesser, ou du moins de diminuer le » danger, est d’arriver sur l’ennemi, parce que l’ennemi s’étonne, chan- « celle et pointe avec moins de justesse. » Ceci vieut à l’appui de ce que j’ai dit ailleurs, que l’impétuosité d’une attaque en assure presque toujours le succès. D’ailleurs, les troupes en mouvement se préoccupent bien moins du danger qu’elles courent.

Junot, au siège de Toulon, écrivait sous la dictée du commandant Bonaparte; un boulet tomba tout près d’eux et les couvrit de terre : Tant mieux, dit Junot, je n’aurai pas besoin de sable.

Après avoir dit ce que peuvent le calme et le sang-froid d’un chef sur le moral des troupes, je dira* qu’il est des circonstances h la guerre, où les plus braves sont saisies de terreurs paniques qui se propagent et qu’il est excessivement difficile d’arrêter. Les troupes de nouvelles levées y sont cependant plus sujettes que les autres. En voici quelques exemples :

Dans les derniers jours d’avril 1792, le général Biron sortit de Valenciennes, s’empara deQuiévrain, et marcha sur Mons; tout-à-coup, sa colonne ayant aperçu quelques ennemis, deux régiments de dragons s’écrient : Nous sommes trahis ! Et prenant la fuite en désordre, entraînent tout sur leur passage et laissent leurs bagages au pouvoir de l’ennemi. Le même jour, le général Dillon sortit de Lille avec 2,000 fantassins et mille cavaliers; son mouvement avait été combiné avec celui de Biron. A la mCune heure du désastre de ce dernier, la cavalerie de Dillon, à l’aspect de quelques troupes autrichiennes, tourna bride, entraîna l’infanterie, cl toute cette

colonne rentra dans Lille en désordre, laissant également ses bagages ail pouvoir de l’ennemi. Il est éfident, par la simultanéité de ces deux paniques, qu’elles eurent la trahison pour cause, mais il n’avait peut-être fallu qu’un seul homme dans chaque colonne pour amener ce résultat, tant le soldat est prompt à saisir les occasions qu’il croit propre à le soustraire au danger.

Le 15 septembre 1792, après la levée du camp de Grandpré, parDumouriez, la division Chazot rencontra, à Vaux, h 9 ou 10 heures du matin, 12 ou 1,500 hussards prussiens, qui harcelaient l’arrière-garde d’une autre colonne française. Cette division se crut coupée et se débanda en criant : Sauve qui peut ! Les troupes qui la précédaient et qui furent rejointes par elle, furent frappées de la même panique, et 10,000 hommes furent ainsi poursuivis, ^rendant assez longtemps par les hussards prussiens. Les généraux Duval et Miranda eurent toutes les peines du monde à rallier les fuyards. Les troupes ayant reconnu, au petit nombre d’ennemis qui les poursuivaient, combien elles avaient eu tort de fuir, on devait supposer qu’elles montreraient à l’avenir plus de calme. Vain espoir! l e même jour, à six heures du soir, la malveillance ayant poussé quelques cris d’alarme, le désordre fut h son comble : l’artillerie avait attelé et voulait fuir, lorsque Dumouriez arriva et parvint à rétablir un peu d’ordre dans le camp ; mais les troupes, toujours Tnquiètes, passèrent dix heures sous les armes.

Le 15 septembre 1793, Ilouchard ayant ordonné d’évacuer Menin, et de se porter sur Courtray, les troupes rencontrèrent les Autrichiens h Bisseghem, le combat s’engagea et elles avaient l’avantage, lorsque la cavalerie ennemie se présenta sur les deux flancs des Français; aussitôt un perfide sauve qui peut se fait entendre; les Français se débandent et fuient jusqu’à Menin. Là, cette inconcevable panique, que rien ne justifiait encore, se communiqua à tous les camps, à tous les postes, et l’armée en masse vint se placer sous la protection du canon de Lille, après une course de vingt-quatre kilomètres.

Dans les exemples ci-dessus cités, c’étaient des Français, de braves soldats, exaltés par le patriotisme, mais jeunes encore, sans expérience et

dans un temps où la trahison pouvait facilement exister; voici un autre exemple mémorable, pris dans les troupes russes, auxquelles on ne reprochera pas de ne pas combattre vaillamment : au combat de Diernstern, le 11 novembre 1805, une division française, forte de 4,000 hommes, fut cernée par un corps de 30,000 Russes; cette division occupait le plateau de Loïbou, ayant devant et derrière elle des masses énormes d’ennemis; à gauche, un escarpement considérable sans débouchés, et, à droite, le Danube, profond et dont le bord est très escarpé. Dans cette position critique, l’ennemi commit heureusement la faute de s’entasser dans un chemin entre deux murs, dans lequel il ne pouvait y avoir que huit hommes de front, et le seul par lequel les Français pouvaient déboucher. Le major Ilenriot (lieutenant-colonel), qui commandait la tête de la colonne, fit observer au maréchal Mortier, qui se trouvait avec celte division, qu’en attaquant impétueusement la tète des Russes dans ce défilé, il serait facile de leur marcher sur le corps et de gagner Dierusten; aussitôt l’attaque commença : les premiers rangs des Russes, sur une longueur de deux cents pas, furent tués à la bayonnette, dont les Français se servirent comme de poignards; aussitôt il y eut un refoulement de la tête sur le centre que contenait la queue; ce centre, qu’on étouffait, renversa les murs, qui étaient en pierre sèches, et se sauva dans toutes les directions. Une panique, dont la nuit survenue cachait encore la cause aux Russes, les fit fuir pendant plus de quatre heures, dans une déroute complète. La route de Diernstern se trouva ainsi déblayée promptement, et la division française y arriva sans pertes sensibles. Les Russes y perdirent 6,000 hommes, des drapeaux, des pièces de canon et des milliers de fusils.

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