‹ Essai de conférences sur l'emploi des manoeuvres d'infanterie devant l'ennemi rédigées par le colonel Le LouterelChapitre 13 sur 15 · EN TEMPS DE PAIX · texte numérisé non relu

EN TEMPS DE PAIX

Cette conférence n’est pas positivement du ressort des officiers des corps ; mais elle contient quelques idées que je ne suis pas fâché de faire connaître h ceux du 21“' régiment de ligne, ne fût-ce que pour leur fournir matière à disruter, car on l'a dit : la lumière naît du choc des opinions.

C’est pendant la paix qu’il faut se préparer pour la guerre, c’est aussi ce que l’on fait ; mais le fait-on convenablemeut et avec succès ? C’est ce que je vais examiner.

L’infanterie est le premier et le meilleur élément des batailles, et voici pourquoi: 1° parce qu’elle est beaucoup plus nombreuse que les autres armes, le fantassin étant celui de tous les soldats qui coûte le moins à l’État; 2° parce qu’il est reconnu que l’homme se fatigue moins vite que le cheval et qu'il résiste beaucoup plus longtemps aux fatigues, aux intempéries et aux privations; 3° parce que l’infanterie rencontre peu d’obstacles qu’elle ne puisse franchir, ce qui fait qu’elle combat sur tous les terrains, tandis que la cavalerie et l’artillerie ne peuvent le faire avantageusement qu’en plaine ; k° enfin, parce que la cavalerie demande des approvisionnements en fourrages qu’on ne trouve pas toujours en assez grande quantité dans toutes les contrées. Voici au reste les attributions de chaque arme dans les combats: l’artillerie ébranle les troupes, l’infanterie les enfonce et la cavalerie recueille les fruits de la victoire ; c’est elle qui ramasse les pièces de canon et les prisonniers, par la célérité de sa marche.

Tout s’oppose aujourd’hui, en France , h ce que l’infanterie et même les autres armes , reçoivent l’instruction militaire qui assure le succès dès le début des campagnes, comme cette belle armée partie du camp de

Boulogne, en 1805, après y avoir élè longtemps exercée, et qui termina une campagne en deux mois, par la célèbre bataille d’Austerlitz. Tous les corps sont disséminés, par portions plus ou moins petites, sur la surface de notre sol; il n’est pas de petite ville dont le député n’insiste pour obtenir une garnison d’une ou de deux compagnies, pour l'écoulement des produits locaux et surtout des boissons. De là, l’immense quantité d’ivrognes que l’on voit dans l’armée , parce que, dans ces petites localités, n’ayant que peu de chose à faire , la plupart des sous-officiers et soldats passent leur temps et surtout leurs soirées au cabaret.

Le prix excessif des terres et le mauvais vouloir des propriétaires ne laissent, dans chaque garnison, qu’un terrain presque toujours trop exigu pour manœuvrer , et surtout pour appliquer aux différents mouvements les manœuvres de tirailleurs qui leur sont toujours subordonnées ; encore beaucoup de localités n’offrent-elles aucun terrain , ni petit, ni grand. On trouve pour l’ordinaire , une place pour un ou deux pelotons, lorsqu’il faudrait qu’elle fût pour un bataillon , et pour un bataillon lorsqu’il faudrait qu’elle fût pour un régiment, encore est-il bien souvent défendu d’y faire l’exercice à feu. Beaucoup d’autres localités n’ont pas de terrrain pour le tir à la cible , et , lorsque les détachements veulent faire des marches militaires, pour simuler des actions de guerre, comme le prescrivent les instructions et règlements, ils sont obligés à suivre une grande route, sans pouvoir s’étendre ni à droite ni à gauche, à cause des maisons, murs, baies, fossés ou terrains ensemencés qui bordent cette route. Si par hasard on rencontre des terrains en friche, l’on trouve presque toujours aussi des propriétaires récalcitrants qui s’opposent à ce que l'on passe dessus; or, que faire sur une grande route? marcher par sections, avec avant et art rière-gardes, et faire exécuter tout ce qui est relatif à la colonne en route ; c’est quelque chose sans doute, mais il y a à faire plus encore lorsque le terrain le permet, et choses d’autant plus essentielles qu’on ne peut, comme la colonne en route, les exécuter dans les exercices ordinaires.

Le peu de temps qye reste le soldat sous les drapeaux, à cause des libérations anticipées et do l’appel tardif des classes, fait que les corps

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