‹ Essai de conférences sur l'emploi des manoeuvres d'infanterie devant l'ennemi rédigées par le colonel Le LouterelChapitre 5 sur 15 · SLR LES CHANGEMENTS DE DIRECTION OU DE FRONT, ÉTANT EN BATAILLE · texte numérisé non relu

SLR LES CHANGEMENTS DE DIRECTION OU DE FRONT, ÉTANT EN BATAILLE

Tout changement de direction ou de front étant en bataille , en marche ou de pied ferme, a pour but de faire faceü l’ennemi, lorsqu’il se présente sur l'un des lianes de la ligne, car lorsqu’il se présente en arrière il suffît de faire face par le troisième rang.

Il y a plusieurs manières de changer de direction ou de front étant eu bataille : 1° par les changements de direction à droite ou à gauche, la ligne déployée étant en marche ; 2“ par les changements de front , la ligne déployée étant de pied ferme; 3° par la formation en avant en bataille , après avoir rompu par pelotons ; h° par la formation sur la droite ou sur la gauche en bataille ; 5° Pour la formation composée de deux mouvements , en avant et face en arrière en bataille ; 6° par les déploiements , après avoir rompu par division et serré en masse , ou bien s’être formé en colonne serrée et avoir changé de direction. Toutes, excepté la première, demandent des mouvements préparatoires plus ou moins longs ; leur application à la guerre est donc toujours subordonnée au terrain et aux circonstances.

Dans une plaine découverte et non accidentée, en présence d’infanterie et d’artillerie, les changements de direction , en marchant en bataille, doivent être employés de préférence , parce que la ligne offre le moins de prise possible au feu de l’ennemi. Si l'on avait à redouter la présence de la cavalerie il faudrait se ployer en colonne double par bataillon , h demi-distance , afin de pouvoir former les carrés échelonnés.

Si une ligne de bataillons en bataille, de pied ferme, apercevait l’ennemi sur son flanc droit , et que le terrain permît seulement de s’étendre perpendiculairement en avant , il y aurait lieu à l’application d’un changement de front en avant sur le premier bataillon , ou bien il faudrait rompre par pelotons à droite cl se former ensuite en avant en bataille. Si le terrain ne permettait pasaux bataillons de se porter en ligne par la diagonale, qui dans ce cas serait le chemin le plus court, il faudrait, après avoir rompu , faire former le premier bataillon en avant en bataille , et les autres sur la droite eu bataille ; ou bien encore faire rompre la ligne par divisions à droite, serrer en masse et déployer sur le premier bataillon.

Si le terrain ne permettait de s’étendre qu’en arrière de la ligne, il faudrait faire face par le troisième rang et exécuter ce qui vient d’être dit, selon le cas.

Si le terrain n’offrait de place pour se mettre en bataille, dans une direction perpendiculaire à la ligne, que vers le centre de cette ligne, en avant et en arrière, il y aurait lieu à appliquer un changement de front sur l’un des bataillons du centre, ou bien à faire rompre par peloton, et à se former en avant et face en arrière en bataille sur un bataillon du centre; ou bien enfin à faire rompre par divisions, serrer en masse sur le centre, et déployer sur tel bataillon que l’on voudrait, en prenant sa ligne de bataille sur ce bataillon.

Si l’on devait placer la ligne dans une direction perpendiculaire, sur un terrain en avant de son centre, il faudrait faire rompre les premiers bataillons par pelotons à gauche, les prolonger en colonne sur le nouveau terrain, et les y former à droite en bataille; les derniers bataillons rompraient par pelotons à droite et se formeraient sur la droite en bataille à la gauche des

premiers, ou bien enfin rompre par divisions h droite, serrer en niasse sur le dernier bataillon et déployer sur le premier.

Si au contraire le terrain était perpendiculairement en arrière du centre de la ligne, les derniers bataillons rompraient par pelotons à droite, seraient prolongés sur la nouvelle ligne et y seraient formés à gauche en bataille ; les premiers rompraient par pelotons à gauche, et se formeraient face en arrière en bataille en avant et sur le prolongement des derniers ; ou bien enfin rompre par divisions, serrer en masse sur le centre et déployer sur le dernier bataillon.

Je répéterai ici que, de tous ces mouvements, les plus dangereux devant l’ennemi sont les déploiements; on ne doit donc les employer que lorsqu’on y est forcé, ou bien lorsqu’on est encore assez loin de l’ennemi pour avoir le temps de les exécuter en toute sécurité.

Voici ce que dit 11. le maréchal Marmont sur les déploiements (De l’iisprit des Institutions militaires, page 31) : « On se déploie , quand on doit ■< recevoir l’ennemi en position et qu’il marche, pour le soumettre à un o plus grand feu, autrement il approcherait presque sans péril ; si l’on « marche ci lui on peut encore être déployé, mais un ordre mixte est pré- « f érable , c’est-à-dire qu’une ligne peut être composée de butaillons dè- « ployês et de bataillons en colonne double. C’est dans cet ordre que la « droite et le centre de l’armée française d’ Italie ont traversé, en 1797, » les vastes plaines de Tagliamento, en présence de l’armée autrichienne. »

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