SUR LES DISPOSITIONS CONTRE IA CAVALERIE
La nécessité de former promptement l’infanterie en carré, lorsqu’elle est en bataille ou en colonne, s’appuie sur des exemples nombreux ; ainsi, pour n’en citer qu’un, je dirai qu’au combat de Boussu, le l\ no—
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vembrc 1792, trois bataillons belges, apres avoir emporté sur les Autrichiens le village de Thulin, ayant voulu poursuivre les fuyards dans la plaine, furent tout -à-coup chargés par les hussards impériaux, qui prirent quatre compagnies, et qui auraient tout sabré ou pris sans le régiment français des hussards de Chamboran, qui vint à leur secours.
Dans le cas où une ligne déployée se trouve dans la nécessité de se défendre contre la cavalerie, les carrés obliques introduits dans l’ordonnance du 4 mars 1831, 3 e partie, n° 941, sont ce qu’il y a de mieux, quoiqu’il existe une manière de les exécuter plus promptement, car ils demandent des préparatifs encore assez longs. J’ai publié, en 1824, un manuel encyclopédique et alphabétique de l’officier d’infanterie, dans lequel on trouve, au n° 551, une manière de former des carrés obliques et de les déployer qui demande trois fois moins de temps que ceux de l’ordonnance, d’après un essai que j’en ai fait faire, montre à la main, et qui offre absolument les mêmes résultats. Je vais l’indiquer ici, non pour qu’on en fasse usage, puisqu’on ne peut s’écarter de l’ordonnance, mais pour prouver ce que j’avance. Supposons trois bataillons d’infanterie en bataille ; le commandant en chef commande : Carrés obliques par bataillons ! A ce commandement, répété vivement, l'adjudant-major et l’adjudant de chaque bataillon se portent en arrière de l’intervalle qui sépare la 2' division d c la 3*; ils s’y placent dos à dos et marchent douze pas le long du 3 e rang, l’un vers la droite et l’autre vers la gauche ; ensuite ils marchent douze autres pas perpendiculairement en arrière et placent chacun unjalonneur. L’adjudant-major remonte aussitôt vis-à-vis le même intervalle et marche perpendiculairement en arrière jusqu’à ce qu’il ait parcouru le nombre de pas équivalant à l’étendue d’une division, plus quatre dixièmes en sus, et reste là ; ainsi, en supposant les divisions de quarante files, ce sera 30 pas -(-12 = 42, attendu que chaque homme occupe à peu près 50 centimètres dans le rang, et que la perpendiculaire que parcourt l’adjudantmajor doit former une diagonale du carré, qui est à peu près de 4/1.0 plus longue que les faces. I.c chef de la 2' division commande de suite : 2 e division, demi-tour à droite, par division à droite, MARCHE ! Celui de la 3 e fait les commandements inverses ; ces deux divisions sont remises
face en tète et alignées du côté du sommet de l’angle qu’elles forment et contre les deux jalonncurs placés par l’adjudant-major et l’adjudant. Le chef de la 1” division commande: l re division, par le flanc droit, A DROITE, par fde à droite, marche ! et enfin celui de la k° fait les commandements inverses ; ces deux divisions marchent .par le flanc en arrière et se dirigent sur l’adjudant-major en rasant la droite de la 2° division et la gauche de la 3% de manière à former exactement le carré.
La reformalion de chaque carré en bataille est encore plus prompte ; il suffit de commander: Rompez les carres! A ce commandement répété, les adjudants-majors et adjudants placent chacun un jalonneur à distance de division et sur la direction des angles restés sur la ligne de bataille » chaque 2' division converse à gauche, de pied ferme, au commandement de son chef et est alignée à gauche. Chaque 3' converse à droite et est alignée à droite ; les l re et A' font par division demi à gauche et à droite, se portent ainsi de front vers la ligne de bataille, et y sont alignés du côté du centre du bataillon ; il va sans dire que leurs guides jalonnent lorsqu’elles sont arrêtées à trois pas de la ligne de bataille.
Le seul désavantage qu’offrent les carrés obliques ainsi formés, c’est de nécessiter la reformation des carrés en bataille avant de former fa colonne, dans le cas où l’on serait forcé de marcher en avant ou en retraite en présence de la cavalerie ennemie; encore pourrait-on se former en colonne double; toute la différence, et qui certes serait bien peu de chose dans un cas urgent, c’est que la 2' division serait en tête de la colonne, ou bien la 3' ; que la suivante serait formée des 2° et 5 e ' pelotons, la 3' des 1 er et 6 e , et la k‘ de la W division du bataillon. Dans le déploiement de cette colonne double, les pelotons n°‘ 1 et 2 seulement iraient à droite, et les pelotons n ‘ 5, 6, 7 et 8 iraient à gauche ; ce serait l’inverse si la colonne double avait en tète la 3 e division.
Les carrés obliques, quelle que soit la manière de les former, offrent des feux croisés qui rendent leurs abords dangereux pour la cavalerie ennemie. D’un autre côté, trois carrés valent mieux qu’un, en ce que, si l’un d’eux est enfoncé, les hommes qui peuvent s’échapper trouvent un
refuge dans les deux autres, tandis que s’il n’y en a qu’un et qu’il soit enfoncé, tout est sabré ou pris. A l’appui de cette opinion sur la préférence qui doit être accordée aux petits carrés sur les grands je vais citer celle de RI. le maréchal Bugeaud sur le même objet :
« En èle.ndant les faces d'un carré (dit cet officier-général, dans ses « Aperçus sur quelques détails de la guerre, page 109), si l’on augmente « son feu, l’on augmente aussi , dans la même proportion, le nombre « de ses ennemis.
« Un carré de trois mille hommes n’est donc pas plus fort qu’un « carré de mille hommes ; il serait donc bien inconséquent de former « trois mille hommes en un seul carré. Divisés en trois ou quatre, ils « courent bien moins de chances défavorables ; voici sur quoi je me « fonde : un grand carré est aussi bien enfoncé qu’un petit, et on risque « tout d’un seul coup.
« Plusieurs carrés se protègent mutuellement ; ils forment un sys- « lème de redoutes ; si l’un des carrés est renversé, la charge est par a cela meme brisée, et les efforts de la cavalerie sur le carré suivant a sont moins bien ordonnés, et, partant, moins à craindre .
« Une autre considération , qui s'applique aux carrés combinés a comme aux carrés isolés, c’est qu’en présentant de très-petites faces, a les chevaux, qui craignent de passer sur ces globes de feu, ont le « temps d'obliquer à droite ou à gauche pour les éviter ; si la face est « étendue, ils ne le peuvent pas, cl de force ils en choquent une paris tie. Plus les carrés sont petits, plus les intervalles sont multipliés, u et plus sont grandes les chances de succès. »
D’après ce, les plus petits carrés sont évidemment les meilleurs, et le moyen de les rendre plus petits et plus forts, eût été l’adoption des carrés doubles, employés en Egypte avec tant de succès, pour les cas seujement où ces carrés n’auraient à redouter ni artillerie ni fusillade ; car s’il est vrai qu’en diminuant ses faces en longueur on diminue le nombre de ses ennemis, il est aussi très vrai qu’en les doublant en profondeur on augmente beaucoup son feu, attendu que lorsque la cavalerie est
sur les bayonnettes, les deux derniers rangs peuvent très bien tirer sur les cavaliers, à la tête ou même à la poitrine, sans qu’il puisse arriver d’accidents pour les deux premiers rangs, surtout si le premier met un genou en terre avec son fusil en arc-boutant, la bayonnette en avant, et si le second baisse un peu la tête en croisant la bayonnette. Mais pour cela il faudrait que la troupe fût sur deux rangs au lieu de trois, question qui a été longtemps agitée et résolue en faveur de la dernière formation, c’est-à-dire sur trois rangs, et quiau fond est là meilleure, en ce qu’elle répond à tout : les carrés simples, par bataillon, sont promptement formés et n’occasionnent jamais autant de désordre que les carrés doubles, surtout pour la reformât ion des colonnes pour marcher en avant ou en retraite, et si les carrés doubles ont résisté à la nombreuse et bonne cavalerie égyptienne, les carrés simples sur trois rangs ont également résisté à la cavalerie des alliés, dans les batailles d’Aucrstadt, de Lutzen, de Baulzen, de Lczpsick et autres, encore l’infanterie de l’armée, dans la plupart de ces batailles, n’était— elle pas aussi aguerrie, à beaucoup près, que celle de l’armée d’Égyplc, puisqu’elle n’était composée que de jeunes conscrits qui voyaient le feu de l’ennemi pour la première fois.
Si des bataillons en colonne par division, à demi-distance, doivent former chacun un carré, il faut les échelonner à la distance convenable, ainsi que cela est indiqué dans l’ordonnance, 3“ partie, n’ 939.
Si la colonne était serrée en masse, elle pourrait former la colonne contre la cavalerie indiquée par l’ordonnance, 3 e partie, n” 925 ; cette manœuvre, simple et prompte , produit un carré très fort, en ce que les portious de pelotons qui se trouvent eu trop pour fermer les intervalles sont autant de réserves qui appuient les faces et qui peuvent fournir des tirailleurs à l’extérieur. C’est, bien certainement, l’une de nos meilleures manœuvres contre la cavalerie, si ce n’est pas la meilleure ; car elle offre deux avantages bien grands : promptitude flans la formation et force dans la constitution ; toutefois, il faudrait se hâter de l’abandonner contre une cavalerie soutenue par de l’artillerie.
En manœuvres, il ne faut pas être exclusif qn rSjelant les grands carrés définitivement pour l’adoption des petits, puisqu’il peut se présenter des
circonstances où l’on soit forcé de les employer; d'ailleurs, les exemples de grands carrés qui ont résisté à l’ennemi ne sont pas rares : le 16 avril 1799, à la bataille du Mont-Thabor, en Égypte, Kléber, avec deux mille hommes d’infanterie seulement, forma deux carrés, dont les faces, par une mauvaise disposition, étaient parallèles; il résista néanmoins une partie de la journée à trente mille hommes de cavalerie. Après plusieurs charges, il réunit ses deux carrés en un seul, au centre duquel il fit placer tous ses équipages. Au bout de six heures de combat, pendant lesquelles l’ennemi fit des efforts inouïs, Kléber fut secouru par le général en chef Bonaparte, qui, avec deux autres mille hommes et huit pièces de canon, forma également deux carrés, qu’il disposa de manière que les trois ensemble formaient un triangle équilatéral, au centre duquel la cavalerie ennemie se trouva enveloppée ; elle y perdit six mille hommes, et le reste s’échappa dans toutes les directions.
Au combat d’Amberg, le 24 août 1796, deux bataillons de la 23* demibrigade formèrent un seul carré contre lequel vinrent échouer plusieurs charges de la cavalerie autrichienne ; à chaque charge, le feu du carré jonchait la terre de cadavres d’hommes et de chevaux. L’obstacle devint tel, que les Autrichiens employèrent l’artillerie pour se frayer un passage, achevant ainsi leurs propres blessés ; mais alors, le carré fut enfoncé par une charge de cuirassiers, à cause des vides qu’avait faits le canon dans ses rangs.
Lorsque la cavalerie masque de l’artillerie, les carrés ne doivent pas rester en place, ils forment la colonne pour gagner une position qui leur soit plus avantageuse. Si la cavalerie les charge, les colonnes s’arrêtent et reforment promptement les carrés. Je ne sais si l’on doit approuver la suppression de la marche en carré, surtout lorsqu’on est en plaine et harcelé par de la cavalerie et par de l’artillerie; il est certain que cette marche peut s’exécuter avec assez de régularité sur un terrain non accidenté, et qui est précisément celui où l’artillerie et la cavalerie sont le plus à craindre. La colonne à demi-distance offre plus de prise aux projectiles, et le carré qu’elle forme promptement après avoir été arrêtée, n’est pas plus régulier que le carré quia marché, qui s’est arrêté et dout les deux faces latérales
ont fait front. Dans l’un comme dans l’autre cas, il est indispensable de rectifier l’alignement des faces, et de veiller à ce qu’il n’y ait pas d’ouverture. D’un autre côté, le mouvement de reformer la colonne étant en carré, n’est pas praticable en présence de la cavalerie, ce qui obligerait à rester longtemps dans une fâcheuse position. J’avoue que, le cas échéant, je n’hésiterais pas à marcher en carré, ainsi que le fit le général Taupin, alors chef de bataillon, â Marengo , avec un bataillon du 28* de ligne; il marcha longtemps et ne fut pas entamé.
Je suis convaincu, par expérience, que le meilleur moyen de résister à la cavalerie, c’est de l’attendre sans tirer, et de ne commencer le feu que lorsqu’elle est tellement près que l’homme le plus troublé et le plus maladroit, ne puisse manquer un ennemi ; alors chaque coup tue ou blesse un homme ou un cheval, quelquefois les deux ensemble, et la cavalerie, considérablement réduite, est forcée à la retraite pour éviter une ruine totale. Si, au contraire, l’on commence le feu trop tôt, il produit peu d’effet, les chevaux ont peur et s’animent, la fumée leur masque les carrés; iis arrivent dessus sans les voir et résistent aux bayonnettes; toutefois si la cavalerie est armée de lances, ou de fusils, comme les Arabes, il est bon de commencer le feu lorsqu’elle est encore à 15 ou 20 mètres. Il serait imprudent de la laisser arriver sur les bayonnettes, attendu que la lance dépasse la tête du cheval de deux ou trois mètres et qu’elle pourrait mettre tout d’abord beaucoup d’hommes hors de combat , qui , en faisant des vides dans les rangs donneraient entrée dans le carré ; il en serait de meme de la cavalerie armée de fusils. Quant à celle qui n’est armée que de sabres, on peut et on doit toujours la laisser approcher sans tirer. Le 27 février lSlô , au combat de Bar-sur- Aube, un bataillon du 28 mc de ligne, dont j’étais l’adjudant-major, et qui était composé de recrues n’avant jamais fait l’exercice, fut laissé à la gauche de la brigade, commandée par le général Chassé (1), chargée d’enlever une position en face et au nord de la ville; comme nous découvrions la cavalerie ennemie de très loin, lorsque nous fûmes arrivés sur le plateau formant la position, je donnai l’idée
(!) Le même qui u défendu la citadelle d’Anvers.
au capitaine Fcrouillet, vieil cl brave officier qui avait fait la campagne d’Égypte, et qui commandait le bataillon par intérim , de le former en carré, en plaçant chaque homme à la position, la bayonnette croisée , et avec la recommandation de ne pas bouger, quelque chose qui arrive. A peine eûmes-nous fini, h l’aide des officiers, des sous-officiers et des caporaux, qui étaient tous d’anciens militaires, que la brigade fut ramenée en désordre, passa à droite et à gauche de notre carré sans l’entraîner et nous mit presque aussitôt en présence de deux escadrons de chasseurs bavarois, qui s’arrêtèrent sur nos bayonnettes, et cherchèrent inutilement à pénétrer dans le carré. Au bout de quelques secondes, et dans la crainte sans doute de nous voir commencer le feu, à bout portant, cette cavalerie fit demi-tour et s’en fut ; mais voyant que nous ne tirions pas, elle crut que nous n’avions pas de cartouchA et revint à la charge, cette fois encore jusques sur nos bayonnettes. Alors le sergent-major de grenadiers reçut l’ordre de tirer sur un chef d’escadron, qui, avec la lame de son sabre écartait les bayonnettes et voulait se frayer un passage ; ce coup de feu équivalut à un commandement , tous les serre-files, les caporaux et quelques soldats qui, dans leurs foyers, s’étaient quelquefois servi d’un fusil, firent feu également ; quelques cavaliers tombèrent tués ou blessés et le reste disparut une seconde fois pour ne plus revenir.
A la bataille d’Iéna , Ncy arrivait avec 3,000 hommes, infanterie et cavalerie (hussards et chasseurs) et se trouva en présence d’une masse de cuirassiers prussiens auxquels la cavalerie légère ne put résister ; il fit former deux carrés à deux bataillons, l’un de grenadiers et l’autre de voltigeurs, et entra dans l'un des deux ; « il laisse, dit l’historien Thiers , « approcher les cuirassiers ennemis « vingt pas de ses bayonnettes et « les terrifie par l’aspect d’une infanterie immobile qui a réservé ses « feux. A son signal, une décharge à bout portant couvre le terrain de « morts et de blessés. Plusieurs fois assaillis, ces deux bataillons dc- « meurent inébranlables. »
Au combat de Cerff- Fontaine, le 29 septembre 1793 , un carré d’infan. terie républicaine fut chargé par plusieurs escadrons Autrichiens; on les laissa arriver jusques -sur les bayonnettes ; alors ils reçurent , à bout por-
tant , un feu de deux rangs qui en mit promptement un tiers hors de combat ; le reste fut forcé de s’éloigner.
Une journée mémorable, celle d'Ilôliopolis, en Épypte, le 20 mars 1800, vient encore à l’appui de cette opinion, d’attendre la cavalerie sans tirer : 10,000 hommes , dont 8,000 à peuplés d’infanterie, commandés par Kléber, en ont battu complètement 70 à 80,000, presque toute cavalerie. Kléber fit former quatre carrés qui formaient chacun un angle d’un grand carré, ayant sa cavalerie au milieu et l’artillerie répartie dans les intervalles ; on attendit l’ennemi il bout portant et le feu qu’il reçut fut si meurtrier , que tout au tour la terre était jonchée d’hommes et de chevaux, blessés ou morts, qui gênaient les mouvements des cavaliers qui se trouvaient en arrière et qui venaient à leur tour tomber sous nos balles et sous notre mitraille. Cette armée égyptienne , huit fois plus nombreuse que celle de Kléber, fut presque entièrement détruite ; tout ce qui échappa se dispersa dans le désert et dans toutes les directions.
A Uh aus de là, une autre armée africaine s’anéantissait encore sous la puissance de nos carrés d’Isly, mieux disposés que ceux d’Héliopolis, avec, cette différence que l’armée de Kléber était composée de corps tirés de celle d'Italie, les plus vieux et les plus braves soldats du monde, que les carrés étaient doubles et que l’immense cavalerie qui les entourait chargeait à fond, taudis qu’à Isly, nos plus vieux soldats n’avaient que quatre ou cinq ans de service et beaucoup moins d’expérience ; mais les carrés de M. le maréchal Bugeaud, par bataillon, habilement disposés en cramayère, formaient un grand carré dont tous les feux étaient croisés et qui tinrent constamment la cavalerie marocaine en échec. Il est encore vrai de dire que cette cavalerie, armée de mauvais fusils, ne charge jamais à fond, ni avec ensemble; chaque cavalier s’approche à portée de fusil, lâche son coup et se sauve en arrière pour recharger ; opération qui lui demande d’autant plus de temps qu’il amorce et charge avec une poire à poudre.
C’est ici le lieu d’examiner s’il u’eût pas été bon d’adopter le feu par rang. Supposons un carré chargé par des lanciers et accueillis par un feu
de deux rangs , la fumée s’entretenant sur tout le front, les chevaux sc jettent sur les bayonnettes sans les voir, et le feu ne pouvant être assez nourri, il reste à un ennemi acharné assez de lances pour blesser beaucoup d’hommes cl former des ouvertures dans les faces ; dans le feu par rang, au contraire, la fumée disparaît comme s’il n’y avait qu’un coup, et démasque les faces. A très petite portée, toutes les balles portent et simultanément ; ce feu commence par le 3 mo rang, dont les bayonnettes sont presque inutiles ; il peut gtre suivi par celui du 2 me rang. Pendant ce temps le 3“' recharge. Le 1" rang croise la bayonuette, et peut faire feu dans cette position, lorsque les bayonnettes touchent les chevaux. En un mot, le feu d’un rang à 20 mètres fait autant de mal à l’ennemi qu’un feu de bataillon à 60 mètres, avec cette différence que le premier a toujours le feu de deux de ses rangs en réserve et que le second n’a plus rien.
Je ne terminerai pas cette conférence sans dire encore un mot sur ce que les soldats d’un carré enfoncé ont à faire: j’ai déjà dit que, dans ce cas, ils chercheraient à rejoindre un autre carré ; mais comme c’est une opération assez difficile, au milieu d’une cavalerie triomphante et déban- .dée, le plus sûr serait de s’agglomérer par 3, U, 8, 10, etc. , et de se placer dos à dos en croisant la bayonuette, comme les tirailleurs d’infanterie chargés par la cavalerie ; car du moment qu’un carré est enfoncé, chaque homme devient un tirailleur et doit veiller à sa sûreté personnelle par tous les moyens possibles, même en se jetant à terre, à plat ventre, parce qu’il est reconnu que les chevaux sautent par dessus les corps. Le 1" bataillon du U"'’ régiment de ligne en fit l’expérience à Austerlitz, et dut son salut à cette manœuvre.
I/escrime de la bayonnette devient d’uue nécessité absolue pour les hommes d’un carré enfoncé ; elle leur donne les moyens de se défendre longtemps et avec avantage. Si, à Waterloo, les soldats d’infanterie du l' r corps eussent été familiarisés avec cette escrime, il n’y en aurait pas eu autant de sabrés par les dragons anglais.