‹ Essai de Diagnostic entre les États de Débilités MentalesChapitre 10 sur 78 · AIO T · texte numérisé non relu

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de l’encéphale. Depuis Marcé, en effet, on considère l’idiotie comme produite par un arrêt dans l’évolution anatomique du cerveau.

Nous allons maintenant quitter un instant la France pour mentionner un aliéniste de Zurich, Griesinger qui, en 1865, c'est-à-dire vers l’époque de Marcé, fit paraître un Traité des Maladies mentales. Nous y retrouvons l'expression de Pinel. Sous le nom d’édiotisme, Griesinger englobe tous les états d’arriération mentale et les définit : une faiblesse intellectuelle présentant deux degrés (1) :

1° Les cas graves où l'intelligence est nulle ;

2° Les cas légers où il y a seulement, d’après lui, faiblesse intellectuelle due à une simple anomalie fonctionnelle du cerveau et non à une lésion.

Griesinger, de plus, distingue deux formes dans l’idiotisme :

La forme apathique, c’est-à-dire torpide ou stupide, et la forme versatile, c’est-à-dire agitée.

Les opinions de cet auteur n’ont, on le voit, qu'un intérêt assez médiocre et, après lui, nous nous retrouvons en France, à une époque plus récente.

Luys, en 1881, divise les débilités mentales en deux grands groupes (2) : |

Le groupe des imbéciles qui comprend les enfants arriérés et les imbéciles proprement dits.

Le groupe des rdiots.

« Tel individu, dit Luys, qui, à un moment donné, pouvait être classé parmi les enfants arriérés peut, sous l’influence d’une mauvaise direction ou de l’abandon, tomber dans la région des imbéciles ou des idiots, et tel autre,

(1) Grssincer. Traité des maladies mentales, 1865. (2) Luys. Traité des maladies mentales, 1881.

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inversement, classé pendant plusieurs années parmi ces derniers peut, par des soins assidus et intelligents ou par des modifications naturelles survenues dans l'intimité de son cerveau, franchir plusieurs degrés et s'élever au-dessus du niveau de son point de départ ».

« Tous ces types, continue-t-il, se raccordent les uns avec les autres comme les anneaux d’une même chaîne. Ils ont tous un caractère commun : l'arrêt plus ou moins accusé du développement des facultés mentales ».

Comme on le voit, Luys nous donne une division simple et séduisante, mais il a le tort de ranger les enfants arriérés parmi les imbéciles. Luys a, en effet, une tendance à rendre trop facile la transition entre les différentes catégories d’arriérés. [Il met entre eux une séparation trop souple. Evidemment, il y a là une part de vérité : des débiles aux idiots, ce sont les degrés d’une même échelle, les différentes notes d’une même gamme.

Il ne saurait y avoir de transition brusque entre les.différents types, mais il ne faut cependant pas leur donner des limites trop élastiques. Nous pensons, avec notre maitre, M. le D° Blin, qu'idiots, imbéciles et débiles forment trois types cliniques différant un peu quant à leur symptomatologie et beaucoup quant à leur pronostic. Mais il y a, à la limite de ces différents états, des cas mal caractérisés, sur lesquels, malgré toute la sagacité diagnostique, on ne saurait se prononcer, ni pour le présent, ni pour l'avenir. Ce sont ces cas douteux entre l’idiotie et l’imbécillité, entre limbécilhté et la débilité, en d’autres termes, ces cas limitrophes qui souvent donneront des surprises. Tel enfant, pris d’abord pour un imbécile, s’améliorera dans la suite et, sous l'influence de l’âge et du traitement, deviendra presque

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normal. Tel autre, jugé dès l’abord très améliorable, ne donnera que des résultats insignifiants, malgré les soins et la persévérance de ses éducateurs. C’est là, croyons-nous, le fait de cas mal classés, de cas douteux. Ces cas existent d’ailleurs, dans toute la pathologie et viennent redresser plus tard une erreur inévitable de diagnostic.

Avec M. Blin, nous pensons que pour les types nettement caractérisés, il ne saurait guère y avoir de transition de l’un à l’autre et que l’idiot restera le plus souvent, quoiqu’on fasse, un être anormal et inférieur, que l'imbécilé, sous l'influence de l'éducation, pourra devenir apte à certains travaux manuels, mais avec une direction constante de ses actes, que le débile enfin pourra donner les résultats les plus satisfaisants et, dans un grand nombre de cas, devenir une unité sociale.

Après Luys, nous arrivons à Schule (1), qui donne une classification des arriérés basée sur l’anatomie et la généalogie. Il admet :

Une idiotie profonde, incurable.

L’imbécillité qui, d’après lui, est améliorable:; elle comporterait deux degrés : l’imbécillité profonde et l’imbécillité moyenne.

Vient ensuite l’œuvre d’un auteur en qui nous retrouvons les trois divisions de Morel.

Le docteur Chambard (2), nous donne, en effet, la même classification si bien fondée : idiotie, imbécillité, débilité mentale. Il nous montre, en même temps, le lien qui existe

entre ces trois états : « L’idiotie est aux fonctions intellec-

(1) Scuuue. Traité clinique des maladies mentales, 1888. (2) Cramsar». Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, Articles

Idiotie et Imbécillité,

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tuelles et morales ce que la surdi-mutité est à la fonction du langage : elle ne diffère donc que par le degré de l’imbécillité et de la simple débilité mentale ». Mais M. Chambard établit néanmoins et à juste titre, l’individualité de ces trois types d’arriérés. « Si l’idiotie et l’imbécillité sont des lésions fonctionnelles de même origine et s’il est permis au plus intelligent des idiots de prétendre à la place du dernier des imbéciles, il n’en existe pas moins, entre les individus qui occupent des situations un peu éloignées dans la série, des ‘différences propres à justifier, en clinique, une certaine distinction. Chez l’idiot, en effet, toutes les fonctions psychiques : intellectuelles, morales et affectives, sont arrêtées dans 4leur développement à peu près au même niveau et à un niveau fort bas ; chez l’imbécile, elles sont plutôt dissociées et, tandis que les unes, les fonctions coordinatrices, dort l’ensemble constitue la raison des psychologues, sont absentes ou rudimentaires, d’autres, les fonctions imaginatives, ont acquis un développement assez considérable, voire même exceptionnel ».

Luys confondait, nous l'avons vu, les arriérés parmi les imbéciles. M. Chambard les désigne sous le nom de débiles et les sépare nettement des imbéciles. « C’est avec raison, dit-il, que les cliniciens séparent nettement des imbéciles proprement dits les débiles qui, pour la plupart, vivent en liberté dans le monde et dont quelques-uns, doués de facultés spéciales plus ou moins remarquables, en imposent aux badauds et acquièrent, dans les lettres, les arts, la politique, plus rarement, il est vrai, dans les sciences, une vogue imméritée ».

Au-dessus des débiles, Chambard place, avec raison, les dégénérés supérieurs décrits par Magnan.

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Chambard nous dit aussi que l’idiot est très peu perfectible et entièrement incapable de se suffire à lui-même ; le débile, au contraire, doué de facultés assez développées, quelquefois même assez brillantes, est en état, non seulement de gagner sa vie, mais encore de faire quelque figure dans le milieu où il est placé. L’imbécile tient le juste milieu entre l’idiot et le débile. :

L'auteur ajoute que l’imbécile n’est pas éducable ou l’est à peine. |

Nous ne saurions que nous rallier aux idées contenues dans le travail de M. Chambard.

Cependant, si nous y voyons nettement une réaction contre le terme imbécile appliqué aux débiles, nous n’en voyons pas aussi clairement en ce qui concerne le terme idiot appliqué à l’ensemble des débilités mentales.

M. Chambard a, en outre, avec beaucoup de raison, signalé les pseudo-débilités de l'esprit (1), « cas dans lesquels le terrain, inculte aussi, mais nullement stérile, n’attend, pour produire, que la semence et de bonnes conditions de germination ». Il en reconnait trois formes :

La surdi-mutité.

Le sauvagisme. — C'est l’état dans lequel se trouvent nos paysans dans beaucoup de provinces arriérées. Leur mentalité emprunte nombre de caractères à l’animalité.

L’abrutissement scolaire qui, malheureusement, est encore de notre époque. Il désigne l’état dés enfants dont le caractère est mal compris par des maitres inhabiles et incompétents et qui ne progressent pas dans leurs classes

- (4) CHamBanRn, loc. cié.

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par suite du découragement dans lequel les tiennent des professeurs indignes de ce nom.

Dans les leçons de Ball, sur les maladies mentales, nous ne trouvons mentionnés que des imbéciles et des idiots.

Ball (1), divise les idiots en automatiques, c’est-à-dire réduits à la vie végétative, et en spontanés, c’est-à-dire ayant conservé quelques parcelles d'intelligence et manifestant une volonté propre.

Dans le traité publié par M. Dagonet, nous voyons de nouveau toutes les débilités mentales groupées sous le nom général d’idiotie.

M. Dagonet (2) admet quatre degrés :

La simplicité d'esprit.

L'imbécillité (d'Esquirol), dans laquelle les individus sont généralement bien conformés, mais leurs facultés sont extrémement bornées.

L'idiotie proprement dite (d'Esquirol), caractérisée par un défaut d’intelligence et de sensibilité en rapport avec des vices d'organisation assez prononcés.

L'automatisme (de Dubois d'Amiens), où il y a absence complète de facultés et d’instincts, coïincidant avec des vices d'organisation en général très prononcés.

M. Dagonet accorde, dans les définitions de ces différents états, une place très grande aux vices de forme extérieure et à l’altération du squelette primordial. |

Voyons maintenant les opinions du professeur Krafit- Ebing (3), de Vienne. Tl ne mentionne que des imbéciles et des idiots, à savoir :

(4) Barr. Leçons sur les maladies mentales, 1890. (2) Dacoxer. Traité des maladies mentales, 1847. S (3) KrarFr-EBin6. Traité de psychiätrie, 1897.

er:

L’idiotie, où la formation des conceptions abstraites (notions et jugements), manque entièrement et avec elle les mots qui y correspondent.

L'imbécillité, où cette formation existe quelque peu, mais sans jamais atteindre à la hauteur et à l'ampleur qu’on rencontre chez la moyenne des hommes normaux.

Krafft-Ebing distingue en outre : les idiots moraux, congénitaux et acquis. Son pronostic est sans espoir pour les congénitaux, mais moins mauvais pour les idioties morales acquises ou symptomatiques.

Nous arrivons enfin, avec la thèse de M. Sollier, aux contemporains les plus consultés et les plus cités pour tout ce qui concerne les états inférieurs de l'intelligence.

« L’idiotie, dit M. Sollier (1), est une affection cérébrale chronique à lésions variées caractérisée par des troubles des

L4 fonctions intellectuelles, sensitives et motrices, pouvant aller

jusqu’à leur abolition, presque complète, et qui n’emprunte son caractère spécial, particulièrement en ce qui concerne les troubles intellectuels, qu’au jeune âge des sujets qu’elle frappe ». D’après cette définition, l’idiotie ne s’écarterait de la démence äu'en raison de la différence d’âge des individus atteints.

Comme la définition de Pinel, celle-ci n’établit pas assez nettement la distinction entre l’idiotie et la démence.

M. Sollier donne une nouvelle classification basée, cette fois, sur une des plus importantes facultés intellectuelles : l'attention. « L’attention, dit Sollier, est la condition premiére du développement des premières connaissances de lenfant, de même elle est d’une utilité indiscutable dans

(1) Sozzxer. Psychologie de l'idiot et de l’imbécile, Thèse de Paris, 1891.

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