PRET R
l’enfant ne comprendra pas, malgré son attention, si son entendement, son récepteur en d’autres termes est défectueux. De même, un mauvais ouvrier ne pourra faire un bon travail malgré les qualités de son instrument.
D'autre part, fixer son attention est un acte de volonté, caf l’attention est la conséquence de la sensibilité qui, suivant l'attraction ou la répulsion qu’elle provoque, suscite ou non l'attention. En dernière analyse, ni nous prenons l’attention pour base unique, nous en revenons aux conceptions de Séguin qui incriminait la volonté.
M. Sollier distingue, cependant, deux formes d’attention : l’une spontanée, naturelle; l’autre volontaire, artificielle. « La premiére, dit-il, est la forme véritable, primitive, fondamentale de l’attention. La seconde est le résultat de l’éducation. C’est de la première que nous devons surtout nous occuper, puisque sans elle, la seconde ne saurait exister ». A cette distinction de deux sortes d'attention, \!. Thulié (1, objecte que l'attention spontanée ou artificielle est toujours volontaire. Cette attention volontaire se porte sur des objets de plus en plus élevés, à mesure que lintelligence s’élève et que les désirs s'appliquent à des choses plus intellectuelles. Vais, c’est toujours la volonté qui fixe l’attention.
M. Sollier établit aussi le pronostic de lridiotie sur l’attention : « Chez les idiots simples on peut rencontrer une attention spontanée capable d’être développée et même transformée en attention volontaire. En d’autres termes, les idiots simples sont éducables, tandis que les idiots profonds ne le sont pas et cela tient uniquement à la présence ou à l'absence d'attention ». À cela, M. Thulié répond que si les
(4) Tauzté. Loc, cit,
D RTS.
idiots profonds ne sont pas éducables, c’est parce que leur cerveau est défectueux. Ces défectuosités anatomiques entrainent l'absence de perception, de mémoire, par conséquent d’appétence et de volonté et, par cela même, l’absence d’attention.
Dans sa classification comme dans sa belle étude psychologique de l’idiot et de l’imbécile, M. Sollier ne parle pas des débiles. Il n’emploie que le mot idiotie pour désigner les idiots proprement dits et l’ensemble des arriérés.
M. Jules Voisin, dans ses Leçons sur l'idiotie, groupe également sous le nom d’idiots tous les arriérés. Il en reconnait quatre catégories (1).
I. — L'idiotie complète, absolue, congénitale ou acquise qui comporte deux degrés :
a) Les anencéphales et ceux qui n’ont même pas l'instinct de conservation ; É
b) Ceux qui ont l'instinct de conservation et certaines habitudes.
Ces deux degrés sont incurables.
Il. — L’idiotie complète, congénitale ou acquise, qui comprend aussi plusieurs échelons, suivant l'existence, l’absence et l'étendue de certaines facultés intellectuelles, sensitives ou motrices. Elle est susceptible d'amélioration.
I. — L'imbécillité congénitale ou acquise: existence rudimentaire de toutes les facultés intellectuelles, instinctives ou morales ; perversion ou instabilité de ces facultés.
IV. — La débilité mentale caractérisée par la faiblesse ou le défaut d'équilibre des facultés. Ce sont tantôt les cen-
(4) Jules Vorsin. L'idiotie, 1893.
PAS e RER
tres moteurs, tantôt les centres sensitifs, tantôt les centres sensoriels qui ont la suprématie dans les excitations. Quand l’un de ces centres domine sans être contrebalancé par les
autres, on à soit un moteur, soit un sensoriel, soit un sensitif.
L’idiotie crétinoide, dit M. Jules Voisin, forme une classe à part, le myxœdème ou cachexie pachydermique. Elle doit rentrer dans le cadre de lidiotie incomplète acquise.
La classification de M. Voisin repose sur les instincts, les sentiments avec plus ou moins de facultés intellectuelles ; son ensemble est donc très rationnel. Des auteurs lui reprochent néanmoins d'entrer dans des détails trop vagues : « certaines habitudes, certaines facultés intellectuelles, sensitives ou motrices ». L’insuffisance de précision est malheureusem'ent presque impossible à éviter lorsque, dans une classification des débilités mentales, on cherche à décrire trop de genres différents parmi des individus si peu ressemblants entre eux. M. J. Voisin nous présente les idiots incomplets de Belhomme comme susceptibles d'amélioration et de travaux manuels ; ils peuvent ainsi devenir des imbéciles, mais des imbéciles à caractères particuliers, différents de ceux des imbéciles d'emblée. Ces derniers sont, en effet, instables et imaginatifs, tandis que les autres sont calmes et routiniers et agissent surtout par habitude.
M. Magnan nous a donné une très remarquable division des débilités mentales dans sa classification des dégénérés (1), Il distingue :
1° Les déséquilibrés de l’intelligence.
a) Le plus inférieur est l'idiot. Ce malade reste confiné
(1) MaGwan. Leçons cliniques sur les maladies mentales. Paris, 1897.
PR
dans sa moelle. Ses centres sensitifs sont eux-mêmes à peine développés. Ses perceptions sont presques nulles, ses acquisitions très rares. M. Magnan divise les idiots en :
Idiots spinaux.
Idiots spinaux-cérébraux postérieurs.
b) Les faibles d'esprit, les débiles, les arriérés.
Les débiles les plus inférieurs sont appelés imbéciles ou spinaux-cérébraux antérieurs.
c) Les dégénérés supérieurs ou cérébraux antérieurs.
Cette première catégorie (a, b, c,) reproduit, en somme, les divisions de Morel.
2° catégorie. — Magnan y range les déséquilibrés de Ja sensibilité, les émotifs. On les à appelés aussi les ous moraux.
3° catégorie. — Formée par les impulsifs, désiquilibrés
chez lesquels la volonté parait plus spécialement atteinte.
Les dégénérés de la première catégorie présentent souvent les phénomènes pathologiques rencontrés dans deux autres catégories.
La classification de M. Magnan monte, on le voit, plus haut que celles que nous avions étudiées jusqu'ici. Elle accorde une large place aux individus les plus élevés de l'échelle des dégénérés, ceux qui, précisément, sont les plus intéressants par les délires à mise en scène rapide qu’ils peuvent présenter et pour lesquels, d’après Magnan, ils sont un terrain toujours préparé.
Nous voici arrivés à l’œuvre si connue du D' Bourneville sur les enfants arriérés, œuvre qui, à juste titre, fait autorité à notre époque. Nous ne parlerons pas de l’anatomie pathologique, patiemment édifiée par de laborieuses recher-
RTE
ches, mais nous arriverons immédiatement au diagnostic, puisque c’est le point que nous avons en vue.
La définition donnée par M. Bourneville exprime la différence entre la démence et l'idiotie : « L’idiotie consiste en un arrêt de développement congénital ou acquis des facultés intellectuelles, morales et affectives, accompagné ou non de troubles moteurs et de perversion des instincts (1). « L’idiotie, dit encore M. Bourneville, est la conséquence d’un certain nombre de maladies de l’encéphale, de même que la démence symptomatique est l’aboutissant d’un certain nombre de maladies mentales ». Voilà donc l’idiotie bien caractérisée. Mais, nous constatons que M. Bourneville confond, lui aussi, sous la dénomination générale d’idiots tous les débiles mentaux et moraux.
. Voici sa classification clinique (2) :
I. — Jdiotie complète, absolue ou du premier degré : comprend des êtres purement végétatifs, gâteux et sans aucune manifestation intellectuelle,
Il. — Jdiotie profonde ou du second degré : la vie y est surtout végétative et les fonctions de relation très bornées. Il y a ici une lueur d'intelligence, une attention fugitive. La motilité, la marche et la préhension existent quelque peu. L’appétit est exagéré. Parfois méricisme, surtout pour les aliments de prédilection. Gâtisme encore absolu.
III. — /mbécillité proprement dite : Les facultés intellectuelles sont à un degré très incomplet. Attention fugace. Pervérsions des instincts. Parole défectueuse, langage borné.
(1) Bounnevizzx. Assistance et traitement des jeunes dégénérés. (2) Bourwevisce. Traité de Médecine, BrouarpeL et GiLBerr, Article Idiolie.
Volonté sans énergie ; ces êtres subissent tous les entraînements.
IV. — Imbécillité légère ou arriération intellectuelle. Les facultés intellectuelles sont retardées et notablement audessous des facultés des enfants du même âge. L’attention peut être fixée, au moins pendant quelque temps. Les mouvements, la marche, la préhension et la sensibilité sont en général intacts. Les stigmates de dégénérescence sont moins nombreux et moins prononcés que chez les imbéciles et surtout chez les idiots.
V. — JInstabilité mentale. Parfois simple, mais le plus souvent liée à l’imbécillité, à l’arriération intellectuelle. Mobilité physique exubérante et mobilité intellectuelle. Impulsions subites.
VI. — Jmbécillité morale. — Cauchemars. Colêres. Instabilité et perversion des instincts. Souvent crédulité à l’excès envers ceux auxquels ces enfants s’abandonnent et qui les dominent. Egoïsme. Devancent sexuellement leur âge, d’où impulsions génitales qui les rendent dangereux. Leurs facultés intellectuelles peuvent être absolument intactes : leur défectuosité intellectuelle ne constitue qu’un caractère secondaire. Les stigmates de dégénérescence physique sont quelquefois tout à fait absents.
M. Bourneville nous donne ensuite une autre classification, à un point de vue pédagogique.
Il distingue alors :
Les idiots complets ;
Les idiots intellectuels (idiots profonds, imbéciles et arriérés) ;
Les idiots moraux, appelés dans la classification clinique imbéciles moraux et que nous désignerons plus tard sous le
" nom de débiles moraux. M. Bourneville a aussi décrit et délimité l’idiotie myxœædémateuse : il réunit sous ce nom la plupart des cas connus de crétinisme sporadique d’origine thyroïdienne.
Dans son livre sur le dressage des jeunes dégénérés, M. Thulié adopte la classification de M. Bourneville. I nous donne une définition de l’idiotie qui caractérise très bien cet état, en s'inspirant à la fois de la clinique et de l’étiologie : « L’idiotie est un arrêt de développement de l’encéphale qui peut se produire soit dans la vie intra-utérine, soit après la naissance, et avoir pour cause l’hérédité ou une maladie quelconque. Cet arrêt de développement est caractérisé par l'absence ou la diminution des fonctions intellectuelles, affectives, sensitives et motrices, accompagnée ou non de perversion des instincts ». La doctrine de la synostose prématurée, défendue par Virchow, et d’après laquelle les lésions cérébrales constatées dans ces cas reléveraient d’une soudure trop hâtive des os de la convexité crânienne, est tombée devant celle des encéphalopathies infantiles de Brissaud qui incrimine non plus l’enveloppe crânienne, mais des processus inflammatoires et des arrêts de développement de la substance cérébrale. Enfin, à notre époque, M. Joffroy, dans ses cliniques psychiatriques, insiste sur les aptitudes morbides et sur ce fait que l’échelle des dégénérés est la pépinière des maladies mentales et des névroses, le terrain nécessaire et indispensable pour le développement de ces affections. ais, revenons au diagnostic et voyons la classification dans un auteur tout à fait récent,
M. Rogues de Fursac (1).
(4) Roues pe Fursac, Manuel de psychidtrie. Paris, 1903.
DAMAYE. 3
Nous y trouvons adoptée la division de M. Sollier, basée sur le degré d'attention, mais complétée par la débilité mentale.
M. Rogues de Fursac ne désigne plus, comme MM. J. Voisin et Bourneville, l’ensemble des états intellectuels inférieurs sous le nom général d’idiotie, mais sous celui d'arriérés, bien préférable à notre avis. L'auteur étudie ces états sous le titre Arréts de développement et il en distingue deux sortes : |
1° Un arrèt de développement général, qui frappe l’ensemble des fonctions psychiques (idiotie, imbécillité, débilité) ;
2e Un arrêt de développement à peu prés exclusivement limité à la sphère morale (folie morale), dans lequel existe un égoisme profond servi par une indifférence absolue pour le bien et pour le mal.
M. Rogues de Fursac adopte donc la classification de Morel qui fut aussi celle de Séguin, et plus tard, celle de Magnan et de Chambard. On voit tout d’abord, d’après cette énumération, combien grande est la variabilité, selon les auteurs, des termes employés pour désigner les différents états d’arriération intellectuelle, et surtout combien sont pauvres et mal mis en relief les éléments d’un diagnostic différentiel. Cette divergence dans la terminologie, cette insuffisance de procédés fixes d'examen et de diagnostic ont pour effet, ainsi que nous avons fréquemment l’occasion de le constater, de jeter la confusion et le malentendu, non seulement dans l'esprit du débutant qui consulte les traités, mais encore dans la pratique mentale de chaque jour.
Combien d’enfants nous arrivent, à la Colonie de Vaucluse, présentés par des certificats absolument disparates. Tel enfant, disait déjà M. Blin l’année dernière, dans la
Le anditiucs #5 à age Mr, à din.
L cils ie 1: LU LÉ LA ‘ \