‹ Essai de Diagnostic entre les États de Débilités MentalesChapitre 13 sur 78 · L QE · texte numérisé non relu

L QE

Revue de psychiatrie, tel enfant qualifié imbécile par un

premier certificat, est appelé idiot sur un second, débile sur un troisième, dégénéré sur un quatrième (1). Il suflit de compulser quelques dossiers d’enfants de la Colonie pour recueillir presque autant de diagnostics divergents. Nous voyons ainsi le jeune R..., 12 ans, entrer avec un certificat de : Débilité mentale avec perversions instinctives, et un autre d’idiotie congénitale.

Pour un autre enfant, le jeune D..., 14 ans, les certifi-

cats portent, l’un : Débilité mentale avec épilepsie ; l’autre

imbécillité avec épilepsie.

Pour le jeune R..., 13 ans, nous relevons sur un premier

. certificat : [Idiotie complète, suite de méningo-encéphalite.

Et sur un second : Débilité mentale avec indifférence, mutisme. Méningite à deux ans.

Les certificats du jeune C..., 10 ans 1/2 portent, l’un : Imbécillité, démarche ataxique.

Et l’autre : Arriéré, ataxie locomotrice.

On pourrait en citer ainsi un très grand nombre. !l serait donc nécessaire d'adopter une terminologie unique et une classification clinique définitive.

De cette façon, il n’y aurait plus matière à confusion et l’on pourrait comparer entre elles les statistiques.

Nous n'avons nullement la prétention de vouloir réformer les classifications établies jusqu'ici; qu’il nous soit cependant permis de formuler à ce sujet une opinion et de désigner le classement que nous adopterions de préférence.

La classification qui nous semble le plus apte à éviter les confusions et qui, par sa simplicité, présente un caractère

(A) Burn. Les débilités mentales. Revue de psychiatrie, août 1902.

PSS MARS

éminemment clinique est celle que M. Blin a récemment adoptée dans un article sur les débilités mentales (1).

Au plus bas degré de la hiérarchie intellectuelle, nous placerons ainsi l’idiot complet.

Au-dessus de lui, l’idiot profond.

A l'échelon suivant, l’émbécile.

Au-dessus de l’imbécile, le débile mental proprement dit.

Enfin, occupant le degré le plus élevé, le dégénéré mental proprement dit ou dégénéré supérieur de Magnan.

C’est dans cette dernière catégorie que se placent ceux que nous appellerons encore les débiles moraux, nommés par M. Bourneville idiots ou imbéciles moraux. Ces débiles moraux, très nombreux à la Colonie de Vaucluse, sont des enfants d’une intelligence normale et même parfois supérieure à la moyenne, mais vicieux et corrompus. Le D" Motet les appelle des êtres instinctifs et les compare à de la cire molle, tant ils subissent facilement les influences bonnes ou mauvaises du milieu où ils sont placés. Ces enfants ont une tare héréditaire comme tous les dégénérés, mais ils peuvent être, aussi bien que les arriérés intellectuels, des dégénérés acquis. Sur ce sol mental, préparé par la dégénérescence, est venu agir l'influence d’un milieu social vicieux.

C’est ainsi que ces enfants nous arrivent, à la Colonie, arrêtés pour vols, tentatives d'incendie, d’ homicide même. Chez certains d’entre eux, l'impulsion est devenue si vive qu’elle en fait des pyromanes, des kleptomanes, etc.

D’autres, sont coléreux, violents, indisciplinés, pédérastes,

(4) Bzin. Loc. cit.

et ne peuvent être conservés ni dans leurs familles, ni dans les écoles où ils sèment le désordre et le mauvais exemple en même temps qu'ils refusent de s’instruire.

Ces enfants ne sauraient, selon nous, être appelés idiots. Ils donnent, sous l'influence du traitement médico-pédagogique, les plus heureux résultats. Ils sont amenés ainsi au certificat d’études et l’on en ferait, si on le voulait, des bacheliers et des élèves pour les écoles du Gouvernement.

Nos débiles moraux ainsi caractérisés et notre hiérarchie étant établie, comment allons-nous désigner l’ensemble de nos cinq états d’arriération? Le mot ‘idiot a, dans notre langue, un sens trop péjoratif, pour comprendre tous les degrés de l'échelle ; il éveille. dans notre esprit un état d’infériorité trop grande. De fait, c’est presque un déshonneur pour un débile moral, que d’être appelé pathologiquement un idiot. Ces enfants, perfectibles pour la plupart, guérissables même, sont des sujets absolument autres que les êtres dégradés à qui l’on donne justement le nom d'idiots. On n’est pas tenté de refuser aux débiles la dénomination d'hommes ; l’idiot, lui, n’a que la forme et les apparences de l’homme.

Il vaudrait donc mieux, selon nous, réserver le terme d’idiot pour les deux échelons les plus inférieurs de notre classification, en raison de l'impression très désavantageuse qu’éveille ce mot dans l’esprit. Ea Colonie de Vaucluse qui ne comprend que trés peu de ceux que nous nommons idiots devrait être désignée sous le nom de Colonie d'enfants arriérés ; ce serait ainsi beaucoup plus juste et moins déshonorant, en quelque sorte, pour les enfants qui y ont été élevés.

A nos cinq groupes d’enfants arriérés, nous appliquerons

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avec M. Blin, la dénomination de débiles, dont nous nous sommes déjà servis dans la critique de l'historique.

« Nous appellerons débilités mentales en général, dit M. Blin, les divers degrés d’arriération mentale, préférant le terme de débilité à ceux d’idiotie, d’imbécillité ou de dégénérescence, en ce sens qu’il a une étendue, une élasticité aussi grandes et que, d’autre part, s'adressant au terme le plus élevé des arriérés au lieu de s'adresser, comme le terme idiotie, à l’échelon inférieur, il présente pour l'emploi courant et général un sens moins péjoratif (1) ».

Bien que substituant, en somme, un mot à un autre, nous pensons que le terme « débile » prête cependant moins à confusion que le terme «idiot». Avec la désignation d'ensemble d’idiots, nous voyons des auteurs parler d’une idiotie légère assez voisine de l’état normal, puis plus loin dire, en nous faisant un tableau de lidiot, que tout en lui respire l’abrutissement, la stupidité.

Notre terme de débilités mentales, dit M. Blin, « nous ne lemployons d’ailleurs qu’à défaut d’un terme nouveau, d’un usage ordinaire moins courant en même temps que d’une signification plus précise, qu’il nous paraîtrait utile de trouver (2) ».

M. Toulouse, dans sa classification des maladies mentales, emploie le terme de « méiopsychies » pour désigner tous les états de faiblesse intellectuelle continue, débilités psychiques ou démences.

M. Chambard se sert de l'expression dysgénésies mentales pour grouper les trois états d’arriération. Ce terme de dysgénésies, excellent pour désigner les cas congénitaux,

(4) BLiN. Loc. cit.

(2) Buin. Loc. cit.

SNS ee

serait peut-être moins propre à caractériser les cas acquis. Voici donc, en résumé, l’échelle que nous adoptons :

Idiots complets.

Idiots profonds.

Débilités Imbécillité.

mentales : Débilité mentale proprement dite.

Dégénérescence mentale proprement dite - \ (dégénérés supérieurs de Magnan).

Arrivons maintenant à l’importante question du diagnostic. Celui-ci n'étant pas indiqué dans les auteurs, chacun: a son procédé particulier. Ces procédés se résument, en somme, à quelques questions posées à l’enfant auxquelles se joint l'examen physique et l’observation de quelques jours. Ainsi que nous l’avons vu pour la différence des nomenclatures, celle des procédés entraine forcément aussi des divergences dans les diagnostics. Il arrive ainsi fréquemment qu’un premier diagnostic porté dès l'entrée d’un arriéré dans un service se trouve infirmé par celui de la quinzaine.

Il serait donc plus commode d’avoir une méthode d’examen qui permettrait de classer le débile, dès son entrée, dans une des catégories énumérées. L’aliéniste procéderait de cette façon, comme le médecin d'hôpital au lit du malade et tirerait, d’un examen de quelques instants, son diagnostic et son pronostic.

Une méthode rapide d'examen devient plus nécessaire encore si l’on envisage la question au point de vue du pro-.

nostic. La famille s'inquiète, en effet, de l’avenir réservé à

son enfant en le présentant au médecin. Spécialiste ou non, ce dernier est requis de se prononcer après un entretien de

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