‹ Essai de Diagnostic entre les États de Débilités MentalesChapitre 8 sur 78 · V. — Etiologte · texte numérisé non relu

V. — Etiologte

Il y a là, évidemment, les indications nécessaires pour recueillir une observation minutieuse après une très longue étude d’un individu, mais ce n’est qu’un guide pour observer et on n’y trouve aucun procédé pour le diagnostic.

. Voyons maintenant comment Séguin définit l’idiotie. Il

appelle l’idiot « une intelligence mal servie par des organes

imparfaits .., une infirmité du système nerveux qui a pour effet de soustraire tout ou partie des organes et des facultés

de l'enfant à l’action de la volonté, qui le livre à des instincts et le retranche du monde moral ». C’est là une définition de pédagogue. On sait, en effet, que l’auteur qui nous occupe n’était pas encore médecin lorsqu'il écrivit le livre où nous lisons cette définition. On y trouve encore : « Il ne manque à lidiot aucune faculté intellectuelle, mais il n’a pas la liberté nécessaire pour appliquer ses facultés dites intellectuelles à l’ordre des phénomènes moraux et abstraits ».

Séguin, on le voit, fait jouer le grand rôle à l’absence de volonté. Sa définition est donc manifestement erronée. Les organes des idiots sont sains, mais servis par des centres nerveux défectueux. L’instrument est bon : c’est le récepteur des sensations, le centre perceptif qui est inerte. C’est le cerveau qui ne perçoit pas les impressions envoyées à lui par les sens. En un mot, c’est le manque d'intelligence qu’il faut accuser dans l’idiotie et non le manque de volonté, ou si l’on veut, c’est l'intelligence entière qui est défectueuse et non pas seulement la volonté. Le manque d'intelligence relève de l’état du système nerveux, qu’il s’agisse d’un arrêt de développement avant ou après la naissance ou d’une affection survenue dans l’enfance.

Séguin a une conception particulière de l’imbécillité : pour lui, celle-ci serait symptomatique et non héréditaire. Elle ne se développerait que de huit à quinze ans et serait due à l’onanisme, au surmenage intellectuel au moment de la puberté, à des affections aiguës du cerveau ou de l'intestin, à un traumatisme du crâne.

Enfin Séguin arrive aux arriérés. I] les différencie nettement des zdiots : « L’idiot, même superficiel, offre un arrêt de développement physiologique et psychologique. L'enfant

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retardé ne s’arrête pas dans le sien, seulement il se développe plus lentement que les enfants de son âge ; il est en arrière sur toute la ligne de leurs progrès, et ce retard, chaque jour plus considérable, finit par établir entre lui et eux une différence énorme, une distance infranchissable ».

Séguin s'attache un peu trop à décrire un état physique spécial des enfants arriérés : tempérament lymphatique, tissus mous, circulation peu active, pouls lent, respiration courte, poitrine étroite, membres grêles, doigts mous, face pâle, lèvres sans fermeté, narines aplaties et petites, œil terne et peu mobile, cheveux mous et souvent rares, front bas, crâne pauvement conformé, sans présenter toutefois de

fréquentes anomalies, etc.

Assez souvent, le physique des arriérés n’est pas en rapport avec leur état intellectuel. ;

La même remarque s’applique aux signes anatomiques de dégénérescence : on les rencontre parfois nombreux chez des enfants presque normaux comme intelligence, alors que des imbéciles n’en présentent que d’insignifiants.

En lisant Séguin, on est offensé de la vanité immodérée qu’il déploie et de.son dédain pour ses prédécesseurs. Néanmoins, l’œuvre de Séguin marque une nouvelle étape dans l'histoire des débilités mentales.

Vers la même époque parut un ouvrage de Félix Voisin, intitulé : De l’idiotie chez les enfants, dans lequel nous trouvons une bonne classification psychologique et symptomatique, mais où les malades des différentes catégories sont tous appelés idiots. Félix Voisin (1) donne la définition suivante de l’idiotie : « Un état particulier de l'esprit dans lequel les instincts de conservation et de reproduction, les

(4) Féux Voisin. De l'idiotie chez les enfants, 1843.

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sentiments moraux et les pouvoirs intellectuels et perceptifs ne sont jamais manifestés ; ou encore cet état particulier dans lequel ces différentes virtualités de notre être, ensemble ou séparément, ne se sont qu'imparfaitement développées ». L'instinct de reproduction se manifeste très souvent avec une grande puissance chez les imbéciles et même chez certains idiots. Outre la masturbation, ils se rendent de temps en temps coupables de viols ou pratiquent le sodomisme.

Félix Voisin, nous allons le voir, englobe les imbéciles parmi les idiots. Dans son premier groupe, il place les êtres à existence uniquement négative, chez qui la respiration et la digestion sont les deux seules fonctions apparentes.

Leurs sens sont ouverts, mais ne transmettent pas les impressions du monde extérieur. Pas de manifestation de la faim ni de la soif ; ni attention, ni perception : en un mot, aucune intelligence.

Puis, viennent des êtres aux penchants inférieurs fortement développés, tandis que leurs facultés intellectuelles et leurs sentiments normaux existent à peine. Cette catégorie est formée de sujets dangereux pour autrui et pour euxmêmes. :

Au-dessus, se trouvent des individus atteints partiellement dans l’ensemble de leurs facultés : ils possèdent en partie les sentiments moraux, en partie aussi les facultés de compréhension et de perception. Ils peuvent être éducables. Viennent enfin des zdiots plus proches encore de l’homme ordinaire, bien qu'avec des facultés supérieures incomplètes. Ils ont quelques sensations passagères et quelques vagues sentiments.

La classification de Félix Voisin est trés clinique, pleine de détails, mais malgré tout incomplète.

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Il y à, en somme, pour cet auteur, des idiots complets et des idiots incomplets. Nous ne voyons nullement figurer les imbéciles dans les groupes décrits par lui. Il ne fait pas des imbéciles une classe particulière, mais les considère comme des idiots partiels, privés de quelques facultés supérieures.

La classification donnée par Morel (1) est d’une simplicité beaucoup plus grande que celle de Félix Voisin. Nous y voyons reparaître les trois divisions déjà énoncées par Séguin :

Premier rang : Les faibles d’espr'it, sujets qui, bien que présentant des facultées intellectuelles assez distinguées, sont depourvus de jugement et ne savent point diriger leur vie. Nous reconnaissons ici les débiles dont nous avons déjà parlé.

Deuxième rang : Les imbéciles.

Troisième rang : Les rdiots. ‘

Dans cette division n’entrent donc que les types généraux, les types apparents ; point de différences de détails. Une classification très minutieuse des débilités mentales est toujours plus compromettante, car les divers individus ne se ressemblent guêre. Les symptômes sont souvent très différents pour une même lésion anatomo-pathologique ou un même aspect extérieur des sujets. « En établissant une classification d’après les symptômes de l’idiotie, dit M. Thulié (2), on fait une œuvre vaine, parce qu'ils varient avec

chaque malade et se groupent dans presque tous les cas

d’une facon très différente... Une classification n’est bonne

(1) MoreL. Traité théorique et pratique des maladies mentales, 1857. (2) Taurié. Dressage des jeunes dégénérés, Paris, 1900.

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