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SECONDE PARTIE.—LA CONSTRUCTION

Notions Préliminaires.

Les mots ne sont pas seulement établis pour représenter chacun une idée ou pour distinguer un objet : ils sont encore chargés de représenter par leur assemblage l’union des idéer, pour exprimer un sens suivi, c’est-à-dire l’image de la pensée. (Cette image présentée à l'oreille par la voix et à l'œil par l'écriture, suppose nécessairement trois sujets : l'un qui peint sa pensée ou qui parle : l’autre à qui l'on montre le tableau où à qui l’on parle: et le troisième qui est peint ou de qui l'on parle. La grammaire dés'gne ces trois sujets par le nom de personnes, qu’on distingue dans le discours en première, en seconde et en troisième personne. Dans le premier cas le diseours se fait en première personne : Ex. J'ai beau courir après la fortune, je ne saurais l'atteindre. Dans le second cas le discours se fait en seconde personne : Vous désirez ce que vous n'obtiendrez pas. Dans le troisième cas le discours se fait en troisième personne : Ex. La bonne compagnie est une école qui instruit mieux que le collége.

En quelque personne que le discours s'exprime, tout assemblage de mots faits pour rendre un sens est ce qu’on nomme phrase. Plusieurs sens particuliers réunis ou liés pour en foriner

ua qui resyite de la totalité, tont fa phrase que l’on nomme période. Un seut sens considéré à part, sait lié, soit isolé, fait la simple phrase, La période ehange de forme et d’ordonnance selon le nombre de ses membres et le degré de leur haison. De ce degré de liaison dépend la vraie règle de la ponctuation dont nous parlerons à la fin de cet ouvrage.

i dans un discours il se trouve fréquemment de ces réunions de sens, et qu’elles y soient exprimées par les termes destinés à remplir cet emploi; cela fait le style lié : si elles sont rares ou supposées et non énoncées, cela fait le sfyle coupé : première division du style prosaïique qui en admet aussi beaucoup d’autres. Car non seulement le plus ou le moins de liaisons entre les phrases, et l'attention à énoncer ou à supposer ces liaisons, mais encore le choix des expressions basses ou nobles, des termes naturels ou recherchés, des mots propres ou impropres, l'emploi littéral ou figuré ; la netteté ou la confusion de l’arrangement, la diction mesurée ou négligée, la hardiesse des transpositions ou l'attachement servile au tour vulgaire de la phrase, enfin un caraclère émané ou de la qualité de l’ouvrage ou du goût de l’auteur, sont autant de sources différentes d’où naissent lcs diver-

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sités du style. Cette matière est très-délicate, mAis on l’aban. donne pour se borner uniquement à ce qui regarde l’union grammaticale des mots, Ceite sorte d'union établit entre eux un régime qui est très-distin” de ce que je viens de nommer style : ce dernier consistant dans les rapports de convenance dunt le goût fait choix pour la conduite du discours, et l’autre dans les

rapports de dépendances soumis aux règles pour la construction de la phrase.

CHAPITRE I.—Du régime et des sept membres ou parties constructives de la phrase.

Le régime est le concours des mots pour la formation d’une phrase. Dans ce concours il y a des mots qui sont en régime dominant, il y en a qui sont en régime assujetti et il yen a d’autres qui sont en régime libre, selon les fonctions qu'ils y font. Ce concours n’étant que le rapport mutuel des fonctions particu lières des mots, il faut bien connaître le nombre et la qualité de ces différentes fonctions. Elles constatent les parties qui peuvent être admises dans la structure de la phrase, pour en faire le tableau de la pensée suivant les règles immuables de la logique. C’est par leur moyen qu’on forme des sens; qu’on transporte et qu’on peint dans l'esprit des autres l’image de ce qu’on pense soi-même. Ces parties sont au nombre de sept comme on va le

voir dons l'exposition suivante, avec laquelle il est très-important de se familiariser.

1, Tout ce qui est employé à énoncer la personne ou la chose à qui l'on attribue quelque façon d’être ou d'agir, paraissant dans la es comme sujet dont on parle, se nomme pour cette raison subjectif. “Il y tient le principal rang, parce qu'il est toujours en régime dominant, -jamais en assujetti.

2. Ce qui sert à exprimer l'application qu’on fait au sujet, soit d'action, soit de manière d’être, y concourt par la fonction d’attribution : puisque par son moyen on approprie cette action ov cette manière d’être à la personne ou à la chose dont on parle. Îl sera done bien nommé l'actributif. Il est immédiatement soumis au subjectif, toujours obhgé d'en suivre le nombre et la personne, quelquefois mème le genre : par conséquent il est à sôn égard en régime assujettie

8. Ce qui ést destiné à représenter la chose que l'attribution a en vue et par qui elle est spécifiée figure comme objet. De sorte qu’on ne saurait lui donner un nom plus convenable que celui d'objectif. Ilest toujours régi par l'attributif.

4, Ce qui doit marquer le hut auquel aboutit l'attribution ou celui duquel elle part, présente naturellement un terme. Cette fonetion le fait nommer £erminatif.

5, Ce qu’on emploie à exposer la manière, le temps, le lieu ou les diverses circonstances qui accompagnent l'attribution prendra le nom de circonstanciel : puisque toutes ces choses y paraissent d’un air de circonstance.

6. Ce qui sert à joindre ou à faire un enchainement de sens ne peut concourir que comme moyen de liaison : par conséquent son vrai nom est conjonctif. Îl n’est sous le régime d'aucune des autres parties constructives, et a souvent l'attributif sous le sien.

7. Ce quiest mis par addition, pour appuyer sur la chose, ou pour énoncer le mouvement d'âme, se place comme simple accom-

agnement : c’est pourquoi je le nommerai adjonctif.

’analyse de la période suivante suffira pour faire remarquer ces sept parties constructives:

Ex. Monsieur, quoique le mérite ait ordinawrement un avantage solide sur la fortune ; cependant, chose étrange ! nous donnons toujours la préférence à celle-ci.

ette période est composée de deux phrases. Dans la première phrase le subjectif est énoncé par ces deux mots, le mérite et dans la seconde par nous : parce qu’ils y représentent un sujet à qui l’on attribue une action, qui est pour le mérite celle d’avoir et pour #ous celle de donner, L’attributif se voit dans ait et donnons ; puisqu'ils y servent à appliquer l'évènement au sujet. Ce que chacun fait en svivart le régime auquel l’assujettit son subjectif: ait se trouvant au singulier et à la troisième personne pour se conformer à son subjectif qui est le mérite, et donnons à ja première personne du pluriel, parce que nous, qui est son subjectif, est de pareil nombre et de pareille personne.

L'’obieetif est exprimé dans la première phrase par ces mots un avatage solide, et dans la seconde par ceux-ci la préférence : car iis y fixent l'attribution à un objet déterminé entr: tous ceux qu'elle pourrait avoir, en nommant la chose qu’on veut que le mérite aîf et celle que nous donnons.

Le terminatif devant iprésenter le terme où 6e porte l’attribution, soit générale, soit spécifiée par quelque objet, il est visib'e qu’en cette occasion il figure dans ces mots sur la fortune et dans ces autres à celle-ci.

Le circonstanciel de la première phrase est ordinairement ul de Le ur : puisque ces deux mots n’ont là

autre service que d’énoncer une circonstan i fie l’attri bution en forme d’habitude. ce Qu MANe latte

Le conjonctif se présente ici dans les mots quoique et cependant. Ils y lient les deux sens exprimés par les deux phrases : de

ion ou Cette

le lieu ibution, hoses y

sens ne jent son une des le sien.

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n’ont là l’attri-

pendant.

ses : de

manière que l’une a rapport À l’autre et qu'il en résulte un sens complet, qui fait celui de la période.

L'adjonctif est dans :e premier membre de la période, Monsieur, dans le second ces deux mots chose étrange. Car peu essentiels à la proposition, ils ne sont là que par forme d'accompagnement : l’un pour appuyer par un tour d’apostrophe : l'autre pour joindre a l'expression de la pensée celle d’un mouvement de surprise et de blâme.

Cette méthode, uniquement fondée sur la nature des services que rendent les mots dans la construction de la phrase, a l’avantage sur celle de nos grammairiens, qui s’obatinent à ne vouloir faire l’analyse de la phrase française qu’en y cherchant un nominatif et autres cas qui n'existent pas dans notre langue. Comment feraient-ils l'analyse grammaticale de cette phrase ? Précher sans cesse ne contribue en aucune façon à convertir, ou de cetie phrase latine, tantis impediri occupationibus te presente solet esse molestum.

Le subjectif de la première phrase est précher, puisque ce mot sert à désigner ja chose à laquelle on attribue une action. L’attributif est ne contribue, qui content une attribution négative. Le terminatif est à convertir, qui est le terme ou se porte l’attribution. Sans cesse et en aucune façon, sont deux circonstanciels. Dans la seconde phrase le subjectif est impediri, l’atiributif est solet, l’objeetif est esse molestum, tantis occupationibus est un circonstanciel, et te presente, en est un autre. Daas ces deux phrases on voit que ces circonstanciels sont en régim: libre, et que l'écrivain les a piacés de la manière qu'il a jugé la plus propre à modifier les mots conformement à sa pensée. Ou comment feraient-ils l’analyse de cette autre phrase, une infinité de personnes ont résolu de se liguer. Ils trouveraient un nowinatif dans une infinité et se mettraient l’esprit à la torture pour lui faire régir le verbe ont résolu qui est au pluriel, tandisque ce prétendu nominatif est au singulier : au lieu que s'ils considéraient que les mots une infinilé de personnes forment ensemble le membre subjectif de la phrase, ils trouveraient 1out naturel de lui faire répir son attributif, ont résolu au pluriel. Autre exemple. Bien des gens sont venus me voir. Une inflnilé de monde a péri dans cette altaque. Il est aussi évident que dans ces deux phrases bien des gens, composent un subjectif pluriel qui régit son attributif, sont venus au pluriel, et que ces quatre mots, une infinité de sonde, forment ensemble un subjectif singulier qui régit son atiributif, a péri, au singulier,

CHAPITRE II.—Des parties constructives qui doivent nécessairement se rencontrer dans une phrase pour former un sens,

On voit par les exemples précédens, qu'il n'est pas essentiel à la phrase de renfermer tous ces membres désignés sous le nom de parties constructives: l'adjonctifs’y trouvant rarement, le conjonctifn'y ayant lieu que lorsqu'elle fait partie d’une période et pouvant même n’y être pas énoncé. Souvent il n'y « pas de terminatif non plus que de circonstanciel, comme dans cette phrase, les dieux aiment le nombre impair. D'autres fois on n’a dessein que d’exprimer la simple action du sujet, sans lui donner ni terme ni objet et sans l’accompagner de quelques circonstances. Ex, Titus aime. Les ennemis craignent. Nous sommes perdus.

De cette première observation suit nécessairement celle-ci : que les membres sans les quels on peut absolument construire une phrase, sont les cinq derniers : mais qu’elle ne saurait se passer’ de subjectif ni d’attributif ex ressément énoncés ou du moins sous entendus : parcequ'il n’y a point de discours sans un sujet dont on parle et sans attribution pour qu'on en parle. Ce subjectif est toujours énoncé dans les langues anelogues par quelques mots destinés à ce service et distingué de ce qui énonce l’attributif : au lieu que dans les langues transpositives un seul et même mot remplit ces deux fonctions, lorsque le subjectif doit être exprimé par l’un des trois pronoms personnels ; le génie de ces langues ayant établi que l’attributif par sa terminaison ferait connaitre la personne, et serait alors suffisant pour énoncer le sujet et l’attribution. Le latin dit donc en un seul mot ce que le français dit en LE Ambulat, il marche. Times, vous craignez. Odimus, nous 1aissons.

CHAPITRE III.—Les membres de la phrase peuvent être simples ou composés.

Il faut encore observer que les membres de phrases peuvent être

simples on composés. Lis sont simples lorsqu'ils sont formés d’un seul mot, ainsi que dans cet exemple : César fut toujours victorieur. [ls sons composés lorsqu'ils sont formés de plusieurs mots réunis : el cette réunion peut se faire de trois manières.

10. La première se fait par le régime : il dispose et unit tous ces mots de façon qu’ils ne concourent qu’à un seul point : le subjecuf ne renfermant qu’un sujet, l’attributif qu’une attribution, et ainsi des autres membres, comme la phrase suivante. Le plus profond des physiciens ne connait pas avec une certitude évidente le motndre des ressorts secrets de la nature. Le subjectif y présente un

ci : que ire une isser' de ns SOU“ dont on ctif est es mots utif : au me mot exprimé langues aitre la autribudit en jus, NOUS

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vent être nés d’un rs victours mots

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sujet unique par les cinq premiers mots: l'attributif une attribution négative par les trois mots suivans : le circonstanciel de même une seule circonstance par les quatre qui viennent après : :nfin l'objectif qu'un objet par les huit derniers mots.

20. La seconde manière dont les mots se réunissent pour former un membre de phrase est par jonction : la pluralité des mots s’y trouve pour marquer la pluralité des chsses qui font le caractère du membre ; c'est que le subjectif renferme plus d’un sujet, l'attributif plus d'un attribut ou plus d’une action, l'objectif plus d’un objet, le circonstanciel plus d’une circonstance et les autres membres pareillement, Ex. Hélas, madame, votre et votre fille sont et seront toujours sans inquiétude la cause de vos maux et la source de vos L On voit bien que chaque membre a une double énonciation, l’adjonctif présente un mouvement d'ame par hélas et une apostrophe par me. Le subjectif comprend deux suiss votre fils et votre file. L’attributif énonce par sont et seront une attribution présente et une future. Le circonstanciel exprime deux circonstances, l’une de temps par toujours, et l’autre de manière par sans inguiéfude. Enfin l'objectif renferme deux objets, la cause de vos maux ét la source de vos ins,

80. La troisième manière de réunion est par cohérence de phrase. Alors le membre composé est lui-même une phrase construite de ses membres particuliers, mais subalterne d'une autre dont elle fait portion. Ex. Qui cherche trop la satisfaction des sens, trouve souvent ce qui le fait cruellement souffnr. Le sujet auquel on attribue l’action de trouver et l’objet qui spécifie ce qu’on trouve, sont énoncés chacun par une phrase construite de quatre membres ; chacune cependant ne fait qu'une portion de phrase à l'égard du tota), savoir: un auljectif et un objectif, qui avec l'attributif trouve et le circonstaneïel souvent forment le sens le plus parfait de ce qu'on veut dire.

CHAPITRE IV.—Classifications de toutes les différentes espèces de phases simples.

Il ne s’agit pas ici de la période a à proprement parler, regarde plus particulièrement le style que le régime, ainsi que nous l’avons vu plus haut. Ce n’est que de la phrase simple dont il est ici question. On peut la considérer par quatre points de vue : par le sens, par le nombre de ses membres, par l’énoncistion de ses membres et par la forme de sa structure.

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