CHAPITRE VII.—Le régime constructif cxpliqué en dix règles
Première règle. Ds la forme expositive le subjectif marche ordinairement avant .attrbutif: celui-ci y précède à son tour l'objectif et le terminatif, lorsqu’iis sont énoncés par des expres-
sions formelles et non simplement désignés par des pronoms personnels ou relatifs, Ex. Le médecin a retranché la nourriture au malade. On ne saurait changer cet ordre sans renverser entièrement le sens : au lieu qu’un le peut en latin, et dire la même chose de cette façon, iufirmo cibum ademit medicus. La raison de cette différence est qu’en latin la terminaison marque la fonction que certains mots remplissent dans la construction de la phrase, et qu’en français la piace qu’ils occupent en décide seule, leur terminaison étant toujours la même.
Cette règle s’observe également dans la forme impérative qui n’admet de subjectif qu’en troisième personne. Ex. Que tout suit soumis à la loi divine. Il n'en est pas de même dans la forme interrogative. Cet arrangement n'y ayant lieu que lorsque le subjectif est annoncé par le pronom qui ou par une dénomination accompagnée de l’adjecti® pronominal quel. Ex. Qui trouvera le vrai système du monde ? Quelle vérité est connue ? et quelle raison triomphe du préjugé? Lorsque dans cette forme le subjectif est énoncé par un autre pronom que qui, ou que l’adjectif quel ne s’y trouve point, alors il ne se place qu'après le verbe qui sert à énoncer l’attributif. Si néanmoins ce verbe était une
formation composée de l’auxiliaire et du participe, le subjectif énoncé par un pronom personnel ou par on, ne se mettiait pas après toutc la formation, mais seulement après l’auxiliaire et avant le participe. Ex. J1 quoi sert le mérite sans protection ? Quel honneur lui ont fait tant de folles dépenses? Connaissezvous assez les intérêts des princes ? Avez-vous pénétré dans le secret du cabinet ? Jl-t-on suivi les muximes d'équité dans tous les jugements ? Lorsqu'on joint dans linterrogation un subjectif surnuméraire au pronom personnel, celui-ci se transpose, et l’autre reste en tête: Ex. L’essence de l'homme consiste-t-elle dans la raison ou dans les passions? L’amour-propre a-t-il jamais cédé à la pure vertu ?
Seconde règle. Le subjectif des petiies phrases, faites cn formules de citation et placées comme membres adjonctifs pour ap-
uyer ce qu’on dit, doit néces:airement marcher après son attribuy ou du moins se placer entre l’auxiliaire et le participe, quand il est énoncé par un pronom persuunel ou par l’indéfini on. Ex. Enfin, disait ce bon roi, je ne me croirai heureux qu'autant que je ferai le bonheur de mes peuples. Tous les hommes sont fous, a dit Boueau, et ne diffèrent entre eux que du plus ou du moins. Messieurs les courtisans, leur avons-nous dent vous ne faites attention qu'aux plaisirs et non à la gloire du prince.
Troisième règle. Il y a dans la forme expositive une autre occasion où le subjectif peut se placer après l’attributif, et quelquefois même avec plus de grâce que devant, C'est lorsque le sens exclud tout objectif, ou que du moins il n’est énoncé que par un de ces pronoms se, que, le, ou par l’adjectif tel, Ex, D'abord paraït un salon immense ; après lequel sont en enfilade une salle de compagnies une belle chambre, des garderobes, et des cabinets : à côté de tout cela règne une galerie très ornée : à notre arrivée se présenta un écuyer pour nous-conduire ; et de distaice en distance se montrèrent divers domestiques. jusqu’à la dernière pièce de l'appartement, où se fit enfin voir le maître de l'habitation. Ce que pense le philosophe n’est pas toujours ce que dicte la raison. C'est ainsi que le voulut la providenee et que le souhaitent tous les honnètes gens. Tel purut à ses yeux l'éclat de sa beauté, et tel fut sur son cœur de pouvoir de ses charmes. T'elle est sa façon d'agir.
L’adjectil autre composant avec le substantif chose un objectif de simple différence, se place avant l’attributif et renvoye le subjectif après. Ex. Autre chose est promettre, autre chose est tenir. Autre chose était chez les Romains la qualité de praticien, et autre chose étant la noblesse. Autre chose veut le mari autre chose veut la femme. - Ce changement d’ordre dans ces occasions ne produit aucune obseurité : parce qu’alors il ne peut y avoir de
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confusion entre le subjectif et l'objectif, ce dernier n'y devant pas être ou y étant énoncé par des mots impropres à un subjectif, comme il sera expliqué à la syntaxe des pronoms.
Quatrième règle. L’attributil ne marche jamais à la tête de la phrase dans la forme expositive : mais il s'y trouve assez ordinairement dans la forme impérative et dans l'interrogative. Ex. Règle ta propre conduite avant que de gloser sur celle d'autrui. Gagne-t-on le ciel en tourmentant les hommes ?
inquième règle. Les pronoms relatifs, que, qui, dont, quoi, lequel, servant à énoncer, soit en entier, soit en partie, l’objectif ou le terminatif, obligent l’un commune l’autre de ces membres à ge mettre à la tête de sa propre phrase, qui est souvent subordina tive : et alors le subjectif ne paraît que dans le rang suivant. Ex. Le livre que vous lisez avec tant de plaisir ennuie beaucoup d’autres gens. Qui voit-on de sincère à la cour? La personne à qui elle donne sa on ses ne mérite pas cette distinction. Le plan dont on à fait choix ne peut s’exécuter. A quoi nous déterminerons-nous ? Le quel préférez-vous? Iles aisé de remaruer ici l’effet de la règle, et de voir qu’elle & lieu dans les deux ormes de phrase où ces pronoms peuvent avoir place ; car l’impérative ne les admet pas, à moins que ce ne svit en commun avec une autre phrase. Ex. Jitachez-vous à qui vous aime. Prenez lequel vous voudrez.
Sixième règle. Lorsque l'objectif et le terminatif sont énoncés par des pronoms personnels non accompagnés de prépositions ou par des relatifs autres que qui, que, ils se placent entre le subjeetif et l’attributif dans la forme expositive, et toujours avant l’attributif dans l’interrogative. Ex. Les passions nous tourmentent lus qu'elles ne nous satisfont. La fortune lui a tourné latète. L'incertitude me déplait. Dieu vous a-t-il mis au monde
{ pour en être le censeur ? Ne leur promettez-vous pas plus que vous
ne pouvez leur donner. Quand ces pronoms concourent, c’est-à-
4 dire quand l’un exprime l'objectif et l’autre le terminatif, voici ! l’ordre de la marche.
Les pronoms me, nous, vous, se, affectent toujours de paraître les premiers et les plus éloignés de l’attributit, ensuite le, La, les, après ceux-ci lui et leur, enfin le pronom en se présente le dernier, se tenant dans le plus proche voisinage de l’attributif. Ex. S'ils me refusent ; peut-être qu'ils se le repro-
À cheront dans la suite : je ne le leur demanderai plus, et je m'en
passerai sans leur en fuire plus mauvaise mine. On suit cette
1 même règle dans la forme impérative pour la troisième personne,
et même pour la seconde et la première si le tour y est négatif,
Î Ex. Qu'onme le pardonne si je suis un peu prolixe. JNe leur
épargnez pas la peine. Je nousen inquiètons point. Si le tour est affirmatif dans le PATES fait en seconde et en pre-
mière personne; tout change. Ces membres énoncés par ces pronoms vont alors se placer immédiatement après l’attribuuf; et de façon que le, la, les s'emparent de la première place faisant reculer les autres, et que le pronom en qui jouissait du voisinage de l’atizibutif s'en trouve le plus éloigné. Ex. Renvoyez-le moi demain. Présentez les leur de bonne grâce. Punissez-les en rigoureusement. D Lot re em en avec respect.
Septième règle. L'objectif énoncé par le cullectif tout se place après l’attributif quand celui-es est énoncé par un verbe simple.
x. Ilengloutit tout. Mais quand le verbe est à une formation composée de l’auxiliaire et du participe ; cet vbjectif se met entse les deux. Ex. Il a tout englouti.
Huitième règle. Le circunstanciel énoncé par un adverbe exige le voisinage de l’attributif et se place pour l'ordinaire immédiatement après lui dans la forme expositive, ou quand le ces y échoit entre l’auxiliaire et le participe. Ex. Il fait assidument se cour au prince, el voit rarement ses amis. Il a beaucoup aimé le jeu: id s'y est entièrement ruiné. Cette règle soutire une exception pour certaines conjonctions, qui venant à la suite de l'attributif ne peuvent absolument s’en éloigner, et même pour d'autres circonstanciels de temps et d'habitude, qui, quoique énoncés par plusieurs mots, précèdent néanmoins ceux de manière énoncés par un sui adverbe, Ex, Vous vous rendez donc promptement où les plaisirs vous attendent. Il inange et boit pour l'ordinaire copieusement, et dort unie heure après très profondément. Dons la forme inter:ogative ce circonstanciel énoncé par un adverbe ne se met qü après le s:bjectif transposé. Ex. Aimera-t-elle constamment ? JNos amis arriveront ils aujourd'hui? Avez-vous beaucoup gagné ? Dans la forme impérative il est renvoyé après tous les pronoms personnels ou relatifs qui, n'étant pas accompagnés de préposition, suivent l’attributif pour faire fonction d'objectif ou de terminatif. Ex JMoquez-vons en hardiment. Offrons-la lui galamment, Si ces deux membres objectif et terminauf se trouvaient énoncés dans le commaudement, l’un, ainsi que Je viens de le dire, par le pronom personnel ou relatif sans préposition, l’autre avec accompagnement de préposition ou par quelque autre mot : alors l’adverbe faisant fonction de circonstanciel de phrase pourrait marcher avant le membre énoncé de ’a dernière façon en se plaçant entre les deux, gelon que la netteté du sens ou la beauté de l’härmonie l’exigerait, Ex. Faisons lui respectueusement nos remontrances. Adressrz-vous immédiatement au maitre. Sacrifiez leur plutôt celle-ci. Pré. sente-toi humblement à lui. Détourne-les adroitement de nous. Détache-la de lui finement.
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.Veuvième Règle. La netteté du sens décide de la place que doit nccuper le circonstaneiel et l’adjonetif énon:és par plusieurs mots. Ex. Avec tout son esprit Ü commet de grandes fautes. Onne saurait placer le circonstanciel ailleu ‘8 qu'a la tête ; car au milieu ou à la fin de la phrase il rendrait le sens luuche, en ce que la preposition avec semblerait indiquer l'instrument où le mnyen, au lieu quelle ne dait indiquer que l’accompagnement, Lors que la netteté du sens n’en souffre pas ; 1l est arbitraire de placer le circonstanciel au commencement, au milieu ou à la fin de la phrase. Si quelque chose en décidait alors: ce serait l’agrément du style et aun la règle de grammarre. x. En peu de temps il a fait beaucoup de chemin. Il a fait en peu de temps beaucoup de chemin. Il a fai beaucoup de chemin en peu de lemps. Quelque préférence que je dunne au second de ces arrangemens, je ne me crois pas fondé à blâmer les autres comme mauvais. 1Îl faut ajouter que ces sortes de circonstanciels énoncés par plusieurs mots ne doivent point dans le bon style, se placer entre l’auxilaire et le participe : je parle de ia prose; car il faut bien donner à la poésie cette liberté ; pourvû qu’elle n’en abuse pas. C'est pareillement par la netteté du sens qu'on décide du rang que doivent garéer entre eux l'objectif et le terminatif formellement énoncés par d’autres expressions que par des pronoms personnels ou relatifs, dont la sixième règle constate le régime. On dirait très bien, j’envoie mes lettres à la poste : mais on dirait mal, fenvoie les leltres que vous m’avez prié d'écrire à la poste. Il faudrait alors faire passer le terminatif avant l'objectif, j’envoie à la poste les lettres que vous m'avez prié d'écrire,
Dirième Règle. La place du conjonctif énoncé par de simples conjonctions dépend du gout de ces &onjonctions : les unes voulant être à la tête dela phrase, comme mais, car, ainsi ; les autres ne devant paraitre qu’à l’abri d’autres mots, comme donc, pourtant ; et quelques autres pouvant être placées indifféremment, telles que cependant, néanmoins. De sorte qu'il n'est point nécessaire d’en traiter ici puisque nous en uevons parler à la syntaxe des conjonctione. Îl en est de même de l’adjonciif énoncé par de simples particules, nous traiterons à la syntaxe de cette partie d’oraison, Quant au conjonctifénoncé par des expressions composées de plusieurs mots, il occupe le premier rang de la phrase qu’il lie. Ex. On parle beaucoup de son bon caractère ; c’est à dire L ne faut point s’arrèter à la figure. Ila voulu vivre comme es oppulens : de sorte que d’aisé il est devenu gueux.