‹ Essai de logique judiciaire [microforme]Chapitre 5 sur 35 · DE LEUR PEU D'UTILITÉ EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LEUR PEU D'UTILITÉ EN GÉNÉRAL

M. de St. Albin remarque qu'avant de pouvoir faire des arguimens, il est nécessaire de connaitre ce que les logiciens et les rhéteurs appellent leux-communs, parce que ces lieux sont en quelque sorte les assises des argumens. Cum pervestigare arguinentum aliquod volumus locos nosse debemus. Sic ent appellatue ab Aristotele sunt, hae quasi sedes equibus argumenta promuntur ; itaque licet definire locum esse argumenti sedemn dit Civcéron.

“ [1] y a deux sortes de lieux:

“ Les uns intrinsèques, parce qu’ils sont renfermés dans le sujet qu’on traite, qui in eo ipso do quo agitur haerent.”

“ Et les autres extrinsèques, parce qu’ils sont pris hors du sujet, ali assuruntur extrinsecus.

‘“ Les lieux intrinseques se tirent de la personne de Îa chose et du tems.”?

“ La considération de la personne peut être relative à la naissance, à la nation, à la patrie, au sexe, à Pâge. à l'éducation, à la forme et à la constitution du corps, à la fortune, à la condition, au naturel et aux imclinations, à la manière de vivre, à la profession, à ce qu ’on affecte de paraitre, aux actions et aux mœurs qui ont précédé. (Quintilien, L 5, cap. 10.)

“ Dans la considération de la chose on comprend actions, les causes qui les ont produites, le lieu et le tems où elles se sont accomplies, les moyens qu’on a mis en œuvre, le plus ou moins d'avantage qu'on en a recueilli.”

“ Quant aux lieux extrinsèques ils résultent des lois, des arrêts et jugemens, des dépositions des témoins, des régistres publiés (publics probablement), des procès ver baux.”

M. de St, Albin, en se contentant de nous donner un passage des partitions oratoires de Cicéron, où il dit que les lieux sont le siége des argumens, ne nous à pus expliqué clairement ce que c’est qu’un lieu.

Le lieu parait être le motif suffisant ou insuflisant du jugement que lon porte,

“ Dans le langage technique, dit en substance Le Batteux, les lieux communs sont les divers aspects sous lesquels un orateur peut envisager son sujet et le présenter.??

Ces lieux sont extrinsèques quand le motif est l’évi dence (si évidence 1l peut y avoir) résultant des autorités. Ainsi les Anglais ont appelé leur loi de la preuve Law of evidence. Mais des jurisconsultes ont remarqué avec raison que les preuves judiciaires n’étaient le plus souvent que des présomptions plus ou moiïns fortes. * La preuve littérale, non plus que toute autre preuve (judiciaire) ne conduit pas nécessairement à la vérité,” dit un des collaborateurs de la Revue de Wollowski.

Les lieux intrinsèques nous semblent venir du senti ment, du moins eu partie (car la topique en mentionne

un grand nombre, tels que la définition, lénumératicn des parties, la comparé ison, le genre et Pespèce, les contraires, qui n’ont rien à faire avec le se atiment) : et le passage de Quintilien cité par M. de St. Albin, vient à notre appui.

* Si, par exemple, dit- il lui-même, un avocat recommande à la clémence et à la miséricorde des juges Île client qui lui a confié sa défense; s'il représente la famille de Paccusé appelant cette pitié de ses vœux et de ses larmes, il fera usage de ce qu’on nomme les lieux communs, ef ses paroles ne toucheront pas inoins Ceperdant de cœur des JUes

Et après avoir invoqué ce passage de la logique judiclaire pour prouver que les Jicux intrinsèques viennent ordinairement du sentiment ou des passions, 1] reste à ie entiquer. Le passage suit immédiatement la deseription latine des lieux donnée par Cicéron. Pourquoi done ces mots “et ses paroles ne toucheront pas moins cependant le cœur des juges?” Quel est là propos du mot cependant, S'il n'indique pas qu'il venait à la pensée de l'écrivain que les lieux communs ne sont pas universellement regardés comme dun grand poids 7— Néanmoins l'on sent qu'il se déclare vivement en leur faveur, où en faveur de l'appel aux passions; et non satisfait encore d’un passage si hasardé, 1! se livre à une vaine iiéologie,

‘ Les lieux communs, ditl, ne sont amsi désignés (comme le sens commun) que parce qu'il sont l'expre $sion reconnue ét constatée du bon sens public, sens qui est aussi appelé commun, parce que, à ces titres, il est devenu commun à tous les bons esprits. Comme on peut vulgairement Se tromper sur cette qualité de commun (bien différent de trivial), Juvénal à dit: Rarus enim ferme sensus communis. Ne sont-ce pas des lieux comnuns que ces aphorismes dont la sc 1ene ‘e et la raison ne cessent de faire un usage si profitable ?

Ce passage et deux ou trois autres pourraient faire

soupeonner M, de St Albin d’être un homme singulier et

ù ami du paradoxe, À Assurément, le jurisconsulte qui confondra les lieux

hi “ommuns et le sens commun, ou qui leur trouvera de l'a W

É nalogie, ne sera jamais un magistrat bien en état de décider du mérite d’une cause, surtout au criminel, \

: [ny a aucune relation entre sens commun et lieux |

h | communs ; il y à n ème une espèce d'opposition, et

A sont précisément ceux qui ont du sens commun qui

: ve font point cas des lieux communs,

; “ On les appelle lieux communs, dit Le Batteux, pare que ce sont des espèces de magasins ouverts à tous cenx qui veulent y puiser. On leur donne Pépithète de con.

t ; muns parce qu'ils peuvent fournir des matériaux pour

! tous les sujets indistinctement.”

À à Aïinsi M, de St. Albin est bien loin d’avoir senti l: Ë portée des mots lieux communs.

s [ n’y à pas que le vulgaire qui regarde les lieux coni- 8 niuns comme une chose louche, Le même précepteur A jue nous avons déjà cité deux fois, dit à l'article de a la réfutation dans le genre judiciuire: “s'il a donné pour £ elair ce qui est douteux, pour avoué ce qu'on Jui von r teste, pour propre à la cause ce qui n'est que propos : vaoues et lieuxecommuns.” e Mais si l’auteur de la logique judiciaire conçoit dan cette page de si fausses idées au sujet des lieux communs. $ le remède au mal se trouve dans son livre même, ; A la page 39e, après avoir rangé, avec peu de droit. au nombre des lieux communs largument “ad verecur t dium qui émane du respect pour les personnes ou leurs l opinions, l'argument ad ignorantiam tiré de limpuis- 1 sance de l'adversaire de détruire une preuve ou d’en pro: : duire une meilleure, et l'argument «d hominem” 1} ajoute:

4° Celui qui provient de la droite raison, des lumiere naturelles communes à tous les hommes sensés, ou sui vant l'expression de Locke, de quelqu'une des sources di bi

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