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la connaissance ou ‘de la probabilité; c'est, dit ce vrai philosophe, lPargument «d Judicium, le seul qui SGit accompagné d'une véritable instruc tion, et qui nous avance dans le chemin de la connaissance.”
M. de St. Albin ne cite pas moins à propos à la page ‘le, la division que donne Bentham des sophismes en ’ sophismes d'autorité, de péril, dilatoires et particulièrement de confusion, consistant dans des généralités vagues et indéfinies: le but est de produire dans les esprits une telle confusion, «w’on ne puisse avoir aucune idée nette sur le sujet en délibération.
* Chacune de ces classes de sophisme peut encore se
subdiviser, selon qu'ils s'adressent aux passions, au juge ment et à l’imagination. Dans ces subdivisions, pour ètre plus clair et plus bref, nous emploïerons, à l'exemple de Locke, des dénominations latines, et nous aurons tous les sophismes rangées sous les formules suivantes : sophismes, 19 «ad verecundiam, 2% ad superstitionem, 3% ad amicitiom, 49 ad metum, 5° ad odium, 64 ad invideutium (invidiam), 7 ad quietem, 8° ad socordiam, 94 | ad superbiam, 10° ad judicium, 11° ad ünaginationem."
“ Pour mieux faire comprendre la pensée de Bentham, dit M. de St. Albin, nous ajouterons qu’il entend en général par sophisme tout argument qui fait appel à un préjugé ou à une passion, Ses dénominations latines Î pourraient se traduire: Appel, 1° à la fausse modestie, 20 à la ape rstion, 3° à Pamitié, 4° à la crainte, 59 à la haine, 69 à l'envie, 79 à l’ordre, () 80 à la paresse, 10 à l'or œucil, 109 au jugement, 119 à limagination."
PLe spirituel et savant publiciste consacre ensuite un chapitre aux intérêts coupables dans lesquels le sophisme prend sa source; il démontre que ce faux raisonnement est à l’usage de toutes les classes, de toutes les profes sions, au service de toutes les passions.”
(1) J'hésite à croire que Bentham, quelque hardi qu'il fût, ai voulu appeler sophisme l'appel à l'ordre, et je doute, en const quence, qu'on doive traduire quies par respect de l’ordre,
On doit savoir gré à M. de St. Albin de ces judicieux
extraits, sinon de fournir des armes contre ses propres
idées au sujet des lieux communs, et de présenter 1e comme un sophisme avec Bentham largument ad judicum qu'il venait d'offrir comme l’unique source de la connaissance avec Locke.
Bentham n’est pas le seul qui ait méprisé les lieux communs.
La philosophie de Toul déjà citée, s'exprime de la sorte :
& Loci dialectici (\ aurait mieux valu dire oratoires) sunt promptuaria quaedam ex quibus oriuntur momenta rei quilibet probandue idoneu. Ab üs referendis abstinemus; sunt quippe parum utiles et mullo satius est uberiore rerum cognilione aninum locupletare et merñoriam, unde postmoduim valida rationum pondera depromantur, quaum lusoriis locorum dialecticorum mirutiix diutius iminorari perdiscendis.”(")
Il n’est pas plus parlé des lieux dans les [nstitutions Philosophiques de Bouvier, que jai vues au collège de Montréal.
Enfin, il n’en est fait aucune mention dans un cours tout morderne de leçons de philosophie faites sur un plan assez vaste, et comme Popuscule de M. de St. Albin, d’une certaine prétention littéraire malgré la sécheresse du sujet. J’en ai fait assez de cas pour en prendre une
(1) Blair, dans son “ Précepteur Universel,” me parait avoir donné les meille ‘ures dénominations aux argumens. “The argr mentiun ad verecundian is drawn from authority we are ashamell to dispute, The argumentun ad hominen is an appeal to the protessed principles of the adversary. The argumentun a ignoranticn is founded upon insufficient principles which the opponent has not skill to refute. The argrmentum ad judiciui is un appeal to the common sense of mankind. Il mentionne encore l'argument ex concessu et l'argument ad passions ; l’'ar ument wd fi den et l'argument ad popul un où appel à la foi, au peuple, ete. Mais il ne dit pas assez quels sont ceux qu’il
regarue comme de vrais argumuens, €t quels comme sophismes b2
copie, le livre étant rare ici, mais j'ai oublié le noi de lauteur, que je n'ai pas eu soin de mettre en tét du manuscrit, non plus que la date de a publication.
Je conclus que les lieux de Ta topique ne sont pas d'une grande utilité en logique, s'ils ne doivent pas être entièrement abandonnés aux rhéteurs, et relégués dans leurs traités.
“En eftot, dit Bentham, toujours cité par M. de St. Albin, le but avoué de ces traités sur Part oratoire est d'enseigner les lecons suivantes : Quelles sont les phrases les plus propres à gagner votre cause? Quelles sont les idées où combinaisons d'idées les plus propres s à faire impression sur ceux qui vous écoutent, et à leur donner des dispositions favorables à leurs projets, quels que soient d’ailleurs ces projets?
“Mais quant à la moralité de là question, quant à savoir si cette impression est Juste où erronée, si ces dis positions sont par rapport à certains individus où à la société, favorables, indifférentes ou funestes, cest là ee qui, dans aucun as, ne semble avoir occupé les auteurs. Ni dans [6 cours de leurs méditations, une question pareille s'était présentée, ils l'auraiont aussitôt mise de edté comme étranvère au sujet, absolume ni comme si, dans un traité sur Part de la guerre, quelqu'un s'avisai de penser à la justice de la guerre.”
* Aprés tant de siècles passés à enseigner avec une complaisance et une indifférence égales Part de la vérirable éloquence et l’art de la déception, l’art de produire . bons etlets et l’art de produire des effets funestes, l’art
, Fhonnète homme et l’art du fripon, après tant de siècles écoulés pendant lesquels l'on a confondu dans les mèmes leçons le bien et le mal avec la plus déplorable partialité, 11 n’est certes pas trop tôt au dix-neuvième siècle, de faire intervenir la question d'honneteté, d'inviter la morale commune à prendre sa place, et à se faire notre juge”?
L'art du rhéteur 4 éte pernicieux jusque dans l'église,
Bossuet, du haut de la chaire, donnait pour des hommes } parfaits, et fesait paraitre tels, des hommes remplis de défauts, conme le grand Condé et le chancelier Le Tellier, Voici sur l’usare qu'on a fait des lieux au barreau un extrait d’un livre fort curieux, pub a à Paris en 1849, sous ce titre: Le monde tel qu’il sers Un des acteurs de cette critique fine des vices de Î:4 | société, entre au parquet. Il y rencontre d’abord les stagiaires qui entouraient de vieux praticiens chargés de Jeur enseigner les limites rigoureuses de Ja loi, La démonstration était facilitée par un immense tableau synoptique renfermant la législation entière de la république des intérêts unis, Des lignes colorites, semblables à celles qui marquent sur nos cartes géographiques les conquêtes d'Alexandre ou Pinvasion des barbares, indiquaient la marche de la probité. On vovait figurer les routes de traverse au moyen desquels on tournait
les articles trop formidables, les passages mal gardés, qui permettaient d'échapper à la poursuite, les gorges peu fréquentées où l’on pouvait attendre un adversaire ct l’assassiner légalement.
Une autre carte réglait l'honneur de lavocat par numéro d'ordre, Il y apprenait comment il pouvait injurer et qui injurier, quand il pouvi ait mentir et pour qui mentir; à quel prix il devait s’échautter, à quel plus haut prix S'irriter, à quel plus haut prix s’attendrir:
Il y avait ensuite les formules de défense.
S'avissait- il d'un cas de médecine légale? on parlait de l'incertitude des sciences, Fallait-il justifier un voleur ! on le présentait comme une victime de la police! Voulaiton sauver un assassin ? on le prockunait atteint de folie !
Quant aux mouvemens d’éloquence, ils étaient invariables.
Ni la cause exigeait de l’onction, on s’écriait :
Mon client n'a rien à craindre, messieurs, car il b'
eutré ici enveloppé de son innocence comme d’une auréole,
(Un geste indiquait la tête de l'accusé, qui croyait qu'on lui reprochait son bonet, et se découvrait.)
I a franchi le sanctuaire de la loi, gardé par l’humanité et la justice.
(La main de l'avocat montrait les deux gendarmes placés à la porte.)
[ a entin devant lui, la croix du Dieu de vérité, mort pour sauver tous les hommes.
de avocat-général s'inclinait avec respect.)
Cherchait-on au contraire le dramatique ?
Oui, mon client peut braver toutes les preuves! S'il est vrai que sa main ait frappé, que le mort se lève pour l’aceuser !
(lei une pose; le mort ne paraissait pas.)
Qu'il se lève et qu'il crie :— Voilà mon assassin.
(L'avocat se rasseyait, et les bonnes se regardaient, convaincues de l’innocence du prévenu.)
Fallait-il de l'audace ?
Que si malgré tant de preuves, la calomnie et la haïne persistaient à poursuivre mon client, il ne résisterait point davantage! sûr du jugement de la postérité, il présenterait tr: quilleme nt sa tète à ses ennemis |
(Les écoliers qui fesaient partie de l'auditoire, approuvalent par un geste.)
ue at-on du Pi athétique ?
aprés avoir CONVAINCU VOS esprits, messieurs, J'en 1h me rai à vos cœurs, Songez au père de l'accusé, noble vietlard, dont vous ne voudrez pas souiller les cheveux blanes!..
(Tous les jurés chauves s'attendrissaient.)
À sa mére qui a veillé si longtems sur son berceau!
Les péres de famille se mouchaient.)
A ses enfans surtout, innocentes créatures auxquelles
vous ne laisserez point pour seul héritage, le déshonneur! (Emotion générale.)
Voilà apparemment les argumens ou les preuves dont M. de St, Albin veut être content, quand il dit: Et cependant, il ne touchera pas moins le cœur des juges. (°)
L’antiquité nous offre l'exemple d’un grand homme dédaignant de tels moyens, même dans sa propre cause. Lorsque Socrate allait comparaître devant ses juges, l’'orateur Lysias lui présenta un discours qu’il avait composé pour sa défense. Socrate, après l'avoir lu, le lui remit en disant: Il est fort beau, mais il n'est pas fait pour moi, donnant à entendre qu’il était trop oratoire, et par cela mème, indigne d'un philosophe. Platon, qui était présent au Jugemeni, nous apprend que bien loin de chercher à toucher ies juges, il leur déclara que si on o promettait de l’absoudre à condition qu’il renoncât à la philosophie, il n’y consentirait jamais, et qu'il aimait mieux mourir mille fois que de rien changer à sa façon de vivre.—Kocrate, en négligeant les moyens oratoires, alla probablement au devant d’une condamnation qu'il aurait sans doute évitée en parlant en rhéteur. Mais il ne perdit qu'une vie à laquelle il était peu attaché; et la vérité s'éleva à de bien plus grands eftets que les moyens oratoires, car les Athéniens, comme Socrate le leur avait prédit dans sa défense mâle et noble, se repentirent de son assassinat légal: le peuple prit des habits de deuil, et lui érigea des statues !
(1) J'ai cité dans ma lecture sur le svstème judiciaire, ses lacunes et ses vices, devant la société des étudians en Droit, un autre passage du méme livre, qui est dans son entier, une critique aussi exacte que fine du sophisme en tout genre.
On me dira: mais si vous excluez entièrement les lieux, où lone prenez-vous vos argumens? J'exelue les lieux qu’on appelle ob ement et par mépris Heux communs, J’admets avec Locke
a raison €t nos connaissances exactes comme lieu des argumens, sans faire avec M. de St. Albin, un lieu de l'argument ad judicium Jui-méme, L'autorité ct la loi, quand elles sont justes, sont aussi un lieu d’ argumens,
bi
If.