VU
Connaissances absolues, connaissances relatives.
La distinctioD du subjectif et de Tobjectif n*empêcb< point de distinguer les connaissances; et par suite le vérités, en absolues et en relatives : les connaissance expérimentales, qui sont excellemment objecti^^es^ son par là même relatives à Tobjet et au sujet donn^. Lé connaissances purement rationnelles, par cela mêïDi qu'elles n'ont pas d*objèts, ne peuvent être relatives à ci point de vue; elles sont absolues à cet égard. Mais, tou absolues qu'idfes. sont, et quoiqu'elles semblent s'imposer à toute intelligence existante ou possible, elles son cependant le produit de la constitution de respril humain; elles dépendent donc des lois qui la régissent elles s'y rapportent, elles y sont relatives.
Elles sont tellement sous la dépendance de ces lois, qu'elles semblent affranchies de toutes celles qui ré gissent les choses réelles , expérimentales. Elles sont, par ce côté-là, les connaissances les plus subjectives, les moins objectives qu'il soit donné de concevoir,
D'où l'on voit que les connaissances objectives soni les plus relatives , les moins absolues, et que les connaissances subjectives par excellence sont les plus absolues.
D'où il suit enfin que la distinction des connaissances en objectives et en subjectives est tout autre que celle eu absolues et en relatives, malgré la confusion qu'on en f;iit quelquefois.
vni.
L'indÎTidael et le subjectif dans les connaissances.
Une autre confusion fort commune est celle qui consisteà identifier l'individualité et la subjectivité des con-
naissances. Le subjectif est l'opposé do Tobjectif, l'individuel est Topposé du collectif. Le subjectif peut donc être général, commun à toute Tespèce; Tindividuel ne le peut pas. Une connaissance subjective peut être commune à tous les hommes ; une connaissance individuelle est propre à un seul.
Le personnel et Timpersonnel en fait de connaissances.
Une distinction qui se rapporte aux précédentes, mais dont les termes manquent peut-fttre de clarté, est celle des connaissances en impersonnelles et en personnelles, suivant qu'elles sont absolues ou relatives, rationnelles ou expérimentales. Toute connaissance accompagnée de conscience est personnelle; toute connaissance sans conscience n'est qu'une fausse hypothèse, une hypothèse impossible.
Si par personnalité et impersonnalilé de la connaissance on veut signifier l'action volontaire ou spontanée, fatale même, de l'intelligence dans le fait de connaître, ces expressions sont impropres, puisque tout acte immédiat de connaissance est étranger à la volonté; l'action volontaire dans le connaître ne peut avoir lieu que dans les opérations préliminaires , telles que l'attention , la comparaison, etc.
II ne dépend pas plus de nous, dans des circonstances données, d'avoir des connaissances d'une espèce ou d'une autre, à volonté, que d'en avoir ou de n'en avoir pas absolument. Je ne suis pas libre de sentir, de percevoir, de concevoir, de juger autrement qu'il est de ma nature de le faire dans une situation déterminée. Je puis bien changer la situation de mon esprit, mais je ne puis en changer les lois, qui font que cette situation détermine en moi tel état sensitif ou intellectuel.
Le nécessaire et le contingent. — L'universel, le particulier et l'indiTiduel
en fait de connaissances.
On distingue encore les connaissances en nécessaires et universelles, en conlingeules et particulières. Ces expressions sont équivoques : dans un sens, en effet, toute connaissance, nous venons de le voir, est nécessaire ; dans un autre sens toute connaissance est également contingente, puisqu'il n'en est pas une seule qui ne naisse dans un moment donné, qui ne disparaisse rinstant d'après, et qu'il n'y a rien de nécessaire à ce que l'esprit se trouve ou se place dans des circonstances propres h les faire naître.
D'un autre côté, toutes les connaissances sont universelles ou particulières , indifféremment , puisque toutes ont une sphère propre, et comprennent ainsi une universalité plus ou moins étendue, en comparaison de laquelle d'autres universalités sont plus ou moins restreintes, depuis la notion d'être, ou mieux encore , de quelque chose^ jusqu'à la perception d'un individu déterminé, ou d'une de ses qualités. La notion de quelque chose est seule universelle , puisqu'elle comprend tout. Encore a-l-elle à côté d'elle sa négative, celle de rien qui la limite. Et si le rien n'était pas l'objet d'une connaissance, il y aurait toujours à côté de la notion d'être la sphère des notions de raison pure, qui sont aussi des connaissances, quoique improprement dites.
La générahlé d'une connaissance n'a donc jamais qu'une sphère déterminée , qui exclut d'autres sphères du même ordre, comme elle en est exclue.
L'universalité n'est donc le caractère d'aucune connaissance, et la généralité se renconirc dans chacune;
à tel point qu'en logique Tindividnel passe pour universel, c'est-fi-dire pour quelque chose de plus nellement clos que le particulier, que le général proprement dit.
11 est un sens néanmoins suivant lequel ou peut dire que les connaissances se divisent en nécessaires et en contingentes : c/est lorsqu'on les considère, non plus à l'état d'idées pures et simples, mais àj'état de jugement. Alors, en réalité, il y a des idées qunîénnenr nécessairement h d'autres ou s'en distinguent de même, soit absolument soit hypothétiquement d'ailleurs, et des idées qui s'unissent entre elles ou se séparent, sans que cette union ou celte séparation ait aucun caractère de nécessité : c'est un fait pur et simple. Le rapport est donc nécessaire dans le premier cas, et contingent dans le second.
Mais, qu'on le remarque bien, c'est le rapport qui a l'un ou l'autre de ces caractères, ce ne sont pas les termes qui l'engendrent; ou, si les termes étaient dans ce cas, c'est qu'ils seraient eux-mêmes des expressions d'un pareil rapport.
Telle n'est pas cependant la manière dont on envisage ordinairement les idées, quand on les appelle les unes nécessaires, les autres contingentes. Aussi les idées ordinaires sur ce point sont-elles insoutenables.
Des jugements a priori et des jugements a posteriori; des jugements analytiques et des jugements synthétiques.
Le rapport des connaissances entre elles, qu'il soit nécessaire ou contingent, nous conduit à parler des jugements et de ses espèces. Mais il importe de remarquer, avant d'aller plus loin, que ce qu'on va dire du juge-
ment, comme ce qui a été dit déjà de la vérité et de la certitude, nous sort de la connaissance proprement dite, puisque une idée de rapport n'est pas un objet , n'est pas une connaissance de quelque chose. Par extension ccpendani toute proposition vraie est appelée une connaissance. Kanl appelle aussi tout jugement une pensée. Il ne voit même de pensée que dans le jugement.
Les jugements a priori sont ceux dont Tatlribut, positif ou négatif, s'affirme ou se nie avec certitude du sujet, indépendamment de Texpérience.
On en distingue de deux sortes, suivant qu'ils sont analytiques ou synthétiques : ils sont analytiques quand lattribut est conçu par l'esprit comme nécessairement contenu dans le sujet ; ils sont synthétiques quand l'attribut se trouve nécessairement uni au sujet sans y être contenu. Dans le premier cas il y a identité totale ou partielle entre lattribut et le sujet; dans le second cas, corrélation. Qi^ii^. corrélation est telle que Tun des termes, sans être l'autre, ne peut se constituer ni se concevoir sans l'autre. Ils forment, dans leur union, un tout systématique, comme les pôles opposés d'une sphère.
Ce sujet n'est qu'indiqué ici , comme beaucoup d'autres; il sera approfondi par la suite. Mais on s'aperçoit déjà qu'en ce qui regarde les jugements synthétiques a priori, notre théorie diffère un peu de celle de Kant.
Les jugements synthétiques a posteriori ^oui ainsi appelés parce qu'ils sont toujours le fruit de rexpérience. C'est elle qui les dicte. Tous les jugements d'expérience ont ce caractère parce qu'aucune détermination empirique, aucune quahlé sensible n'est nécessaire d'une nécessité a /?non dans un sujet donné.
Vérité et certitude a priori; vérité et certitude a posteriori,
La distinction que nous venons de faire des jugements s'élend à la vérité et à la certitude. Cela doit être puisqu'il n'y a de vérité ni de certitude qu'à la condition du jugement, que c'est le jugement qui, à proprement parler, est vrai ou faux, certain ou incertain.
Il y a donc une vérité et une certitude a priori, comme il y a une vérité et une certitude a posteriori. Ces nominations n'ont pas besoin d'être expliquées.
Ces considérations préliminaires s'étendent h tout ce qui doit suivre, c'est-à-dire à toute la logique objective, et la dominent. Il nous reste à dire comment se divise la matière que nous allons étudier, et l'ordre suivant lequel nous en disposerons les parties.
xui.
Marche à suivre dans Tétude des différentes parties de la logique objective.
En donnant ci-dessus (p. 9) les grandes divisions de la logique objective, nous n'avons pas fait mention de la méthode à suivre pour acquérir des connaissances proprement dites. Ce n'est pas qu'il n'y ait une méthode appropriée à cette fin, la méthode expérimentale; mais c'est qu'on est dans l'usage de rattacher tout ce qui concerne la méthode en général à la logique subjective, la seule qu'on ait connu, sinon pratiqué, d'abord. Cette considération ne nous aurait cependant pas semblé suffisante pour détacher de la logique objective la méthode qui est de son ressort, la méthode expérimentale, si nous n'avions été reténu par la crainte de donner à cet ouvrage une étendue démesurée.
Quant a Tordre suivant lequel il convient d'étudier les différentes parties de la logique objective, c'est l'ordre môme où nous en avons fait Ténuméralion : on ferait sans profit une élude historique des systèmes si on la faisait sans critique ; elle serait nécessairement sans critique, sans crilique sûre du moins, si elle précédait la théorie, qui doit fournir les principes servant à la critique. 11 faut donc que la théorie précède l'histoire.
Quant aux parties de la théorie, il est naturel de commencer par se faire une idée aussi exacte que possible de l'objet qu'on va étudier; ce n'est qu'fl cette condition qu'on est sûr de l'embrasser tout entier, et de ne pas le confondre avec un autre. L'objet de l'étude une fois déterminé, il reste à le diviser. On approfondit ensuite chaque partie, en recherchant ce qu'elle peut contenir de vérité certaine. En dehors de celte analyse il n'y a plus rien à chercher, autrement on sortirait de son sujet. Et quand ce sujet est celui de la connaissance même, conçue dans sa plus grande généralité, tracer les limites de l'un, c'est poser celles de l'autre. Mais comme la connaissance en général a des espèces, et que la méthode à suivre dans chacune d'elles doit différer, suivant la différence même des parties de la connaissance totale ou de la science, on ne peut convenablement traiter de la méthode à suivre dans les différentes sciences qu'à la condition de bien connaître l'objet même de ces sciences.
On voit par là que notre entreprise est une sorte de préparation à des études ultérieures, une étude disciplinaire ou de propédeutique, en un mol une véritable logique.
Puisque cette logique a pour objet la connaissance considérée dans sa nature, dans ses espèces, dans ses rapports positif ou négatif avec les réalités, il est clair
que c'est une science expérimentale, d observation interne, d'analyse et de raisonnement. C'est donc aussi une science psychologique. Elle ne prend le caractère de science métaphysique que par voie de conséquence.