‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 19 sur 53 · DE LA PENSÉE PAR RAPPORT A SON OBJET · texte numérisé non relu

DE LA PENSÉE PAR RAPPORT A SON OBJET

straction des phénomènes, la pensée géométrique en un mot, n'est plus perception, mais conceptionow notion. Elle est cependant toujours connaissance, et connaissance scientifique môme.

La pensée qui s'applique à la matière phénoménale, non plus pour la percevoir seulement , mais pour concevoir les lois qui président à sa production , les divers rapports qu'elle soutient, celui de causalité en particulier, est une autre connaissance de l'externe encore. De là les sciences physiques, chimiques, naturelles et dynamiques, qui comprennent toutes celles du monde extérieur.

La pensée qui a pour objet les phénomènes internes, ceux que le moi rapporte à lui-même, soit qu'il les localise dans quelque partie de l'organisme corporel qu'il anime, soit qu'il les rapporte immédiatement et d'une manière exclusive à lui-môme , est encore une pensée perceptive, une pensée avec objet. C'est la perception interne, ou, en un seul mot, \ intuition.

La pensée qui s'applique à la forme des phénomènes internes, de tous les phénomènes en général, au temps, qui le considère en lui-même ou dans ses rapports avec l'espace et le mouvement de la matière, avec le nombre dont il est la condition , est également une connaissance.

Nous n'entendons point par là préjuger la question de savoir si le temps, l'espace, le mouvement , le nombre, etc., sont des réalités substantielles, ou s'il ne faut y voir que des idées sans objets propres, immédiatement adéquats. Nous constatons seulement un fait, une habitude de l'esprit humain, celle de reRarder les phénomènes externes et les inte) de ces phénomènes, comme de»

La pensée conçoit i

OU interne, un sujet et une cause, ou plutôt un sujet eausafeur, une force. Cette conception passe également ^pouTTïïïé'connaissance, mais c'est une conception métaphysique.

La contingence de la pensée et celle de la phénoménalité externe, font présumer celle du sujet pensant el du sujet matériel. Mais ce n'est là qu'une présomption. Le sujet pensant et le sujet matériel fussent-ils éternels, incréés, les formes qu'ils revêtent seraient encore jugées par analogie avec les formes que l'art humain donne à la matière. C'est ce qui porte l'esprit humainà concevoir à l'un et à l'autre, sinon une cause créatrice, du moins une cause formatrice. La notion d'une cause substantielle, unique ou multiple, éternelle, qui contienne virtuellement ou en puissance tout ce qui est et qui arrive dans le double monde de la matière et de Tesprit, qui en soit du moins le législateur et le gouverneur; cette notion, appelée aussi connaissance, est la base de la théologie rationnelle ou philosophique.

Les conceptions diverses d'utilité, de beauté , de justice, de bonté, de vérité, dont le caractère commun est Tordre, et qui sont la matière d'autant de sciences distinctes, sont encore appelées connaissances.

Ce n'est pas tout : l'esprit humain travaille ses pe^ ceptions, il les décompose, en abstrait les éléments, les classe et les généralise. Il observe les circonstances où ces perceptions s'ofiTi-ent à son esprit, et s'élève à une plus haute généralisation encore par Yanalogie et Yinductiofi.

D'autres fois, au contraire, il redescend des hauteurs des idées générales pour en faire l'application par voie de synthèse ou de déduction à des idées d'un ordre inférieur qu'il leur subordonne.

Enfin, il y a des connaissances de fait et des connais-

Page 1