‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 20 sur 53 · DE LA PENSÉE PAR RAPPORT A SON OBJET · texte numérisé non relu

DE LA PENSÉE PAR RAPPORT A SON OBJET

sances de raisonnement que nous admettons sur la parole de ceux qui les proclament, lorsque nous ne pouvons, ou que le pouvant nous ne voulons pas vérifier le fait ou la démonstration, et que nous avons d ailleurs des raisons suffisantes de nous en rapporter aux lumières et à la bonne foi de ceux qui nous font connaître ces faits ou ces idées. Mais ces connaissances historiques ou testimoniales rentrent dans les précédentes par leur objet comme par leurs moyens.

Mais il n'y a connaissance proprement dite qu'autant qu'il y a objet connu, distinct et indépendant de la connaissance.

Connaître c'est donc être modifié intellectuellement de telle ou telle manière, à l'occasion de quelque chose qui stimule notre force ou faculté pensante, et qui est ainsi la cause médiate de notre état intellectuel du moment. Toute connaissance sans objet propre ne mérite ce nom que par extension.

La connaissance , si passive qu'elle puisse paraître, quand on la considère par rapport à l'activité volontaire ou réfléchie, est cependant le produit immédiat d'une force interne particulière, de la force pensante ou spirituelle qu'on appelle âme.

L'âme a donc une activité intellectuelle antérieure à l'activité volontaire, à plus forte raison à l'activité libre, — dont le jeu est fatal, en ce triple sens qu'il est soumis à l'action des choses, qu'il s'accomplit suivant une certaine loi et produit tel ou tel état cognitif. )

L'âme est donc passive, fatalement passive dans sa primitive action même.

Elle ne conçoit ce mode d'agir que rétrospectivement : elle a le sentiment d'un état nouveau; elle le sent naître, grandir et passer. Elle lui conçoit une cause et un commencement. Elle l'attribue d'aboi * ' '

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téricur qui la stimule, comme à sa cause immédiate. Elle se croit donc passive, entièremeDt passive, parce que sa volonté n'est pour rien dans la production du phénomène. Mais la réflexion lui fait reconnaître eusuite, pour peu qu'elle soit profonde et juste, que dans les phénomènes spirituels de ce genre, comme dans tous ceux où il y a un agent et un patient, la réaction est nécessaire au produit de l'action, et que l'âme ne pourrait être impressionnée sans une certaine résistance de sa part. Bien plus; il est évident qu'un phénomène tout spirituel, comme Test déjà la sensation elle-même, ne peut absolument pas s'expliquer par des mouvements organiques ou mécaniques, qui ne sont et ne peuvent être que des déplacements de corps ou de parties corporelles dans l'espace.

La connaissance n'a aucun rapport d'identité, de similitude ou même d'analogie avec son objet. Il est aussi impossible qu'un pareil rapport existe qu'il l'est qu'un état de l'âme soit une chose extérieure ou une qualité de cette chose.

Le rapport entre la connaissance et son objet est un rapport de causalité occasionnelle ou de moyen ; ce n'est pas un rapport de causalité efficiente ou immédiate; puisque nous venons de voir que c'est l'action même de l'âme qui fait naître l'étal de cognilion.

Il suit de là que si l'âme pouvait agir comme elle fait quand elle réagit dans le connaître, elle se donnerait spontanément les états intellectuels qu'elle se donne par excitation.

Suivant que l'âme est excitée d'une manière ou d'une autre pftr tel agent ou par tel autre, elle réagit fatalement elle-même de telle ou telle façon. C'est la diversité môme de cette réaction qui fait la diversité des connaissances.

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