VI PRÉFACE
dent à des entités propres, qu'elles sont des espèces d'intuition ou de perception qui ont des objets immédiats, de même que les intuitions et les perceptions sensibles ont ou semblent avoir les leurs dans les qualités sensibles des choses.
Cette erreur a sa raison principale dans la fausse hypothèse qu'il n'y a pas d'idées sans objets, laquelle tient à cette autre erreur qui consiste à croire que nous sommes passifs partout oîi il n'y a pas volonté^ liberté même, ou activité accompagnée de conscience et jusqu'à un certain point de réflexion .
Cette seconde erreur dépend d'une troisième plus profonde, par laquelle on confond Vâme et le moi. On méconnaît ainsi l'activité première, propre, indélibérée et inconsciente de l'âme, et l'on regarde par conséquent comme passifs, comme dus à des agents étrangers à l'âme tous ceux de nos états, de nos mouvements internes que nous ne voulons pas d'une volonté délibérée, ou tout au moins spontanée.
Or, toutes les notions de raison pure ou conceptions se trouvent primitivement dans ce cas : elles apparaissent fatalement à l'esprit lorsqu'il est dans les conditions voulues pour qu'il en soit illuminé.
Suivant les réalistes mystiques, qui confondent l'âme et le moi, qui n'admettent qu'une activité volontaire et réfléchie ou délibérée, qui méconnaissent par conséquent le travail antérieur, profond, primitif et fondamental de l'âme, ces notions sont donc des perceptions ; ces perceptions, par analogie avec celles des sens, ont leurs objets propres; c'est, suivant eux, l'intelligible pur