‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 3 sur 53 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

en soi, objectif, existant comme entité distincte, sous une forme ou sous une autre.

Suivant une théorie que nous croyons incomparablement plus près de la vérité, si elle n'est pas en cet ordre de choses la vérité même, les conceptions ou notions pures de la raison ne sont qu'un produit de cette faculté, un produit de l'âme par conséquent, mais un produit spontané, fatal même par rapport au moi, qui, étranger d'abord à ces notions qu'il ne connaît pas encore» ne peut absolument en avoir la pensée, l'idée, ni par conséquent les vouloir, ou vouloir les produire; il ignore d'ailleurs s'il le peut, et comment il devrait s'y prendre.

La production de ces notions est d'abord spontanée^ à l'égard du moi , puisqu'il est en ce point sans idée et sans volonté, puisqu'il n'agit ni ne veut agir en ce sens. Mais plus tard, lorsqu'il a la connaissance de ces notions, il peut vouloir les reproduire, et leur réapparition est alors volontaire. Qu'on ne s'y trompe pas cependant: ce qu'il y a de volontaire ici c'est plutôt encore la contemplation de la notion, la réflexion qui s'y applique, que la notion même et son apparition à l'esprit; car pour avoir la pensée de la reproduire, il faut déjà, non seulement la connaître, en avoir eu autrefois l'idée, mais l'avoir actuellement, dans le moment même. Et comment l'a-t-on ainsi au premier instant, avant de vouloir la faire reparaître dans tout son éclat, si ce n'est spontanément, ou fortuitement, ou fatalement?

Je dis fatalement, car cette autre manière de concevoir ou d'avoir des conceptions est incontestable, puisque nous les avons alors même que nous ne voudrions

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pm le* a^oir, quand nous sommes dans les circonstances voulues pour que notre raison, notre âme les produise.

C'est sans doute sur cette fatalité que se fondent^ sans trop qu'ils s'en aperçoivent du reste, les réalistes dont nous parlons pour affirmer Texistence de réalités purement intelligibles.

Rien n'est cependant moins concluant s'il est vrai que l'âme est une force pensante, comme elle est une force sentante et voulante. Sa pensée, comme ses passions et sa volonté, peut bien n'être qu'une réaction à la suite d'influences subies, mais à coup sûr cette pensée, dans la perception même et jusque dans la sensation, n'est qu'un état de l'âme, résultant de l'énergie propre du principe pensant. Pourquoi n'en serait-il pas ainsi, à plus forte raison, dans les simples notions de raison pure? Pourquoi, si nous pouvons abstraire, comparer, généraliser, induire, déduire, concevoir une multitude de notions de rapports qui sont sans réalité objective correspondante, ne pourrions-nous avoir encore d'autres notions également sans objet ?

Faut-il donc en revenir aux eccéùés, et autres chimères ontologiques du moyen âge? Il n'y a cependant pas do milieu : ou toutes les idées rationnelles ont un objet, et le réalisme le plus absolu a raison; ou il y a dos idées de ce genre qui n'en ont pas, et qui diffèrent essentiellement d'autres idées du même genre qui auraiont des objets. Qu'on donne la caractéristique de iM>lto prétendue différence, ou qu'on reconnaisse avec nous que lo réalisme est une pure fantaisie.

Comment encore les notions négatives, ou qu'on estime telles, notious tout aussi rationnelles que leurs

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contraires, seraient-elles possibles sans objets propres, telles, par exemple, que celles de fini, de contingent, de faux, de laid, de mal, de néant, de privation, etc., etc., tandis que les notions contraires ne le seraient pas?

Mais j'anticiperais sur Touvrage même, et je reproduirais inutilement ce que je crois avoir suffisamment établi ailleurs (1), si j'insistais plus longuement sur ce point. '

Je crois donc pouvoir dire qu'il y a pour l'esprit, pour l'entendement comme pour les sens, une véritable hallucination qu'on peut appeler métaphysique^ et dont la matière est également fournie par l'imagination, mais par une imagination impuissante à donner une forme et des couleurs à ce qui n'est susceptible d'en revêtir aucune. Ces fantômes métaphysiques diffèrent donc des autres en ce qu'ils sont incomparablement moins déterminés. Us sont au contraire comme les fantômes d'autres fantômes plus sensibles, qui sont le partage des mystiques d'une raison moins puissante. Ainsi les mystiques forts en imagination et faibles en raison se créent des entités nettement visibles à l'imagination. De là leurs visions. Les mystiques d'uno raison assez forte ou assez exercée pour ne donner ni forme ni couleurs à leurs fantômes intelligibles purs, se contentent de les concevoir sans ces déterminations, mais comme des réalités distinctes de leurs idées, et flottant nébuleuses dans je ne sais quel espace ou milieu, qui est lui-même une de ces entités.

(l) Dans noire ouvrage : La vie dans Vhomme, ses manifestations^ etc.

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