DE LA PENSÉE PAR PAPPORT A SON OBJET
Les connaissances sont spécifiquement aussi nombreuses que les espèces d'objets qu'on croit connaître.
Ce n'est même que par la diversité des connaissances qu'on juge de la diversité des objets.
On ne connaît pas en effet les objets indépendamment des connaissances qu'on en a : le contraire implique contradiction.
Les objets, en tant qu'ils sont connus, et la connaissance qu'on en a ne sont donc pas deux choses. Cette proposition est capitale.
Mais l'objet en soi et l'objet connu sont essentiellement dififérents, aussi différents que peuvent l'être un état de l'âme et ce qui n'est pas cet état.
D'oîi vient, si nous ne connaissons pas l'objet en soi, que nous l'affirmons, que nous y croyons?
C'est en vertu du prin^ip^e de çausaliLéx fortifié par l'habitude. Dans des circonstances déterminées nous éprouvons fatalement certains états intellectuels qui ne sont point le fait de notre activité libre. En vertu d'une loi constitutivede notre intelligence, nous mettons hors de nous, horsîiT moi, hors de l'âme, des agents qui passent ànos yeux pour la cause, occasionnelle au moins, de ces états : autant d'états divers, autant de causes diverses.
Si notre âme était montée de telle sorte qu'elle pût spontanément déployer son activité, comme elle le fait maintenant sous l'action des agents étrangers, les événements intellectuels seraient exactement ce qu'ils sont ; nous pourrions <;roire à une multitude d'objets de nos connaissances, et ces objets pourraient parfaitement n'exister pas, sans qu'il y eût le plus léger changement dans notre manière d'être.