‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 28 sur 53 · CONCLUSION DU LIVRE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DU LIVRE

pose la foi de rhumanité? Mais cette foi débute par une pétition de principe, puisqu'elle suppose l'existence de ces trois choses.

En supposant qu'elle ait raison, encore faut-il qu'en y réfléchissant elle se comprenne. Elle a donc le droit, le devoir même, de se demander co qu'elle entend par ces trois choses : quelles idées elle s'en forme véritablement, et quelle peut en être la valeur objective. C'est ce que fait la philosophie.

Or, pour répondre à cette question, la raison doit, comme en toutes choses, procéder du connu à l'inconnu.

Le connu c'est nos divers états. Parmi ces états, il en est qui ont un caractère intellectuel, et qui, tout subjectifs qu'ils sont nécessairement, s'offrent à l'esprit avec une apparence objective. Ce sont les conceptions ou notions de la raison pure.

Mais ce n'est là qu'une apparence : l'objectivité des notions n'a rien de commun avec la réalité même des choses; autrement la réalité ne serait qu'idée, notion, ou la notion serait réalité. Ce qui est la négation la plus radicale de toute réalité ou de toute notion.

Si cependant les réalités sont distinctes des notions, il faut reconnaître deux choses : la première, que l'on ne sait plus du tout ce que peuvent être ces réalités en soi, en elles-mêmes, indépendamment des notions ; la seconde, que l'objectivité de la presque totalité des notions, tranchons le mot, de toutes les notions, moins peut-être celles des nou mènes déterminés, n'est visiblement qu'un caractère purement intelligible; telles sont toutes les notions tant qualitatives que quantitatives ou de rapport.

Ce caractère n'est pas moins négatif que positif, en ce sens qu'il ne s'explique point par la sensibilité,

quoique la sensibilité, affective ou perceptive, soit une condition de la formation des notions de la raison pure dans Tesprit.

Toute connaissance est donc nécessairement subjective, alors même, alors surtout qu'elle a un caractère objectif. Jamais en effet elle n'est plus évidemment un produit de l'esprit humain.

L'homme a beau faire, il ne peut sortir de soi, et saisir les réalités, les connaître en elles-mêmes. Considérée dans son âme, et en distinguant, comme on doit le faire, l'âme du moi, la connaissance du principe qui anime le corps n'est pas plus connue que le principe corporel lui-même.

Tout n'est ici que manifestations de forces inconnues; et la notion même de force n'est pas plus intelligible, au fond, n'exprime pas une idée ontologique plus claire objectivement, que celles de substance et de cause, auxquelles, du reste, elle revient par les notions à' être fort et d'agent.

C'est là , dira-t-on , la négation de la métaphysique, ou de la connaissance des choses proprement dite ; bien plus qu'une métaphysique ou une théorie de la connaissance. — Peut-être; mais qu'importe, si c'est là tout ce qu'il est donné à l'esprit humain de savoir? N'est-ce donc rien de s'être affranchi d'une multitude d'illusions, et d'avoir montré que la métaphysique vulgaire, ou métaphysique de sens commun, c'est-à-dire les opinions sans critique, puisque le sens commun ne fait pas de science, n'est qu'un ensemble d'hallucinations intellectueiles?

Je ne m'en dédis point : la métaphysique n'a été jusqu'à Kant, et depuis lui, en dehors de son école, qu'un perpétuel mirage.

Qu'on crie à l'idéalisme, au scepticisme tant qu'on

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