‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 29 sur 53 · CONCLUSION DU LIVRE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DU LIVRE

voudra; il suffit qu'il soit démontré par l'analyse de rintelligence humaine et de ses produits, que nous ne connaissons, que nous ne pouvons connaître absolument que nos propres états comme phénomènes, les notions qui s'y appliquent, et les notions qui se rattachent synthétiquement et a priori les unes aux autres, ou qui dérivent analytiquement les unes des autres.

Si c'est là ce qu'on appelle idéalisme, nous sommes idéalistes sans contredit. Mais si par idéalisme on entend de plus la négation de toute réalité en dehors des idées, nous ne sommes point idéalistes en ce sens, puisque nous professons une parfaite ignorance de toute réalité distincte, en dehors de son idée, ou considérée en soi. Nous n'avons donc aucune raison de nier une pareille réalité, et nous ne pouvons pas plus la nier que nous ne pouvons l'affirmer : Tun et Tautre sont également dépourvus de sens et de raison à nos yeux, quoique nous restions soumis à l'empire de Tillusion universelle, et que notre langage soit ordinairement celui de tout le monde.

Nous avons donc le droit de répondre à l'accusation d'idéalisme par celle de réalisme, et d'accuser nos adversaires de prendre des abstractions réalisées pour des choses. Cette erreur en vaut une autre. Et comme elle est beaucoup plus ordinaire, que l'esprit humain y est particulièrenûient porté, elle a dû naturellement causer plus de ravages dans le monde spéculatif et pratique que l'idéalisme. 11 serait curieux de faire l'histoire de toutes les chimères accréditées par le réalisme, en métaphysique, en physique et dans les autres sciences de la nature, en mathématiques même. Mais l'ouvrage serait long. Les plus grandes aberrations de l'esprit humain, et quelques-unes au moins des plus sanglantes, pourraient bien avoir là leurs secrètes et plus fortes racines.

Quant à raccusalion de scepticisme, le moment ne peut être venu d'y répondre qu'autant que nous aurons vu ce qu'il conYÎent d'appeler erreur et vérité, certitude et incertitude, et ce qui peut être considéré comme vrai ou comme faux, comme certain ou comme incertain, en conséquence de la théorie de la connaissance qui vient d'être exposée. Peut-être alors Terrons-nous que le criticisme est le seul dogmatisme raisonnable, que le réalisme positif n'est qu'un dogmatisme excessif et faux dont l'imagination fait tous les frais.

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