X PRÉFACE
Ce genre de réalisme est donc comme une hallucination d*un troisième et dernier degré.
Ainsi trois espèces d'hallucination: celle dont la médecine s'occupe et qui fait partie de l'aliénation mentale; — celle des mystiques ordinaires, ou visionnaires dévots; — celle des métaphysiciens, dont Pythagore et Platon sont comme les premiers parents, et qui ont eu pour lignée les néoplatoniciens, les réalistes du moyen âge, les cartésiens malebranchistes et spinozistes, les leibniziens monadistes, les philosophes naturalistes qui ont pris les notions de la raison pour des intuilions, et les philosophes spiritualistes qui ont pris ces notions pour les entités absolues elles-mêmes.
En général, l'enseignement philosophique en France en est encore à ce réalisme cartésien, qui a beaucoup plus de rapport avec celui du moyen âge qu'on ne le croit ou qu'on ne veut bien le dire.
Ce rapport de ressemblance tient à deux choses : à ce phénomène psychologique, qui consiste à essayer de trouver ou de créer à toute idée un objet ; à une doctrine traditionnelle oîi l'on a voulu, à tort ou à droit, que les croyances religieuses fussent essentiellement intéressées. De là une métaphysique qui ne peut plus être orthodoxe sans être réaliste. De là, comme classiques obligés en philosophie, des docteurs bien pensants, des théologiens ou des philosophes qui n'ont rompu que pour la forme avec la scolastique, et qui ne conçoivent encore d'autre mission à la philosophie que d'établir rationnellement avec plus ou moins d'apparence de vérité, des thèses toutes fournies par une autorité qui s'inspire peu ou point de la raison, l'autorité traditionnelle, et