CHAPITRE II
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eu chapUre préeédenl.
Des divers degrés possibles d'assurance*
il résulte de ce qui précède que l'esprit peut être, à l'égard d'une proposition donnée, ou dans Yignorance absolue, ou dans Yignorance relative^ ou dans le doute absolu, ou dans le doute relatif, ou dans la certitude relative, ou dans la certitude absolue.
L'ignorance est absolue lorsque, sur une question donnée, l'esprit est pour ainsi dire vide d'idées, n'ayant absolument aucune raison ^opiner.
L'ignorance est relative, ou le doute absolu, lorsque des raisons d'opiner existent, mais qu'elles sont ou paraissent être d'une force égale de part et d'autre. Alors on peut se décider indififéremment pour ou contre, avec chance égale de vérité ou d'erreur.
Le doute est relatif lorsque les raisons de nier ne sont ou ne semblent pas égales aux raisons de nier ou d'affirmer, et qu'ainsi l'esprit incline soit à la négation, soit à l'affirmation.
Cette disposition peut avoir des degrés en nombre indéfini, depuis la différence la moins sensible avec le doute absolu jusqu'à la différence la plus légère avec la certitude absolue.
Si ces degrés ne peuvent s'estimer mathématiquement,
au moins par hypothèse, la croyance qui en résulte est vraisemblable. La vraisemblance, comme on voit, est susceptible de degrés, mais ces degrés ne se distinguBDt pas nettement les uns des autres.
Quand les degrés dont la croyance est susceptible peuvent au contraire s'estimer mathématiquement, la croyance est probable : on peut en prouver Je degré.
La probabilité se distingue donc du doute en ce que les raisons pour ou contre sont plus fortes que les raisons contre ou pour. Elle se distingue de la vraisemblance en ce qu'on sait au juste le quantum de cette différence. Elle se distingue de la certitude, en ce que, si faible que soit la différence qui l'en sépare, elle est toujours assez forte pour que le fait ou l'événement puisse s'y trouver conforme.
Je dis le fait ou l'événement, parce que la probabilité n'a lieu qu'en matière expérimentale, par exemple dans le raisonnement par analogie ou par induction. En matière purement rationnelle, c'est l'ignorance, le doute, la vraisemblance ou la certitude. Ce qui ne veut point dire que la certitude, la vraisemblance, le doute ou l'ignorance ne se rencontrent pas également dans les choses de fait.
Sans être d'une certitude absolue ou dont le contraire implique contradiction (car il implique que ce qui est ou ce qui est nécessaire ne soit pas), la probabilité peut être telle qu'on parierait l'infini contre un que la chose est ou qu'elle sera. 11 n'y a presque plus alors contre la probabilité que la simple possibilité. Aussi appelle-t-on cet état de l'esprit certitude probable. Il serait plus exact de l'appeler probabilité certaine.
Quand le pour et le contre sont dans un tel rapport que l'un est à l'égard de l'autre comme le fini à l'infini, on ne tient plus compte du premier de ces termes. La
certitude est considérée comme absolue. Elle Test encore si Tun des termes, sans être infini, est sans raisons contraires.
De ce qui précède il résulte que la certitude proprement dite est l'assurance joar/aeV^ et absolument fondée de l'esprit qu'il est dans le vrai, soit qu'il affirme ou qu'il nie, en un mot, quand il juge.
Je dis l'assurance parfaite et absolument fondée, parce que si elle n'était que parfaite elle pourrait bien n'être que subjective, individuelle; elle serait bien un état personnel, mais qui pourrait être trompeur au point de vue logique. De là en effet tant de convictions qui ne devraient-être tout au plus que Ae% présomptions , des opinions^ des croyances, puisqu'elles sont souvent erronées, ou qu'elles peuvent l'être.
Pour qu'il y ait certitude absolue, objective, il faut donc que la certitude soit fondée sur des raisons d'une valeur absolue^ c'est-à-dire telles qu'elles soient de nature à forcer l'assentiment de l'esprit le plus circonspect absolument possible.
Mais cet esprit d'une parfaite circonspection n'est qu'un idéal; et, sans vouloir nier la certitude des connaissances humaines régulièrement acquises et contrôlées, on peut raisonnablement penser que bon nombre d'esprits sont convaincus trop légèrement.
Il y a toutefois trois cas oti la certitude semble absolue : 1° quand il s'agit d'un fait et qu'il est bien constaté; 2* quand le contraire de ce qui est assuré implique contradiction; 3" quand il y a corrélation ou synthèse nécessaire a priori. Ces trois cas répondent : r aux jugements synthétiques a posteriori bien établis; 2** aux jugements analytiques ou a priori; 3° aux jugements synthétiques a priori légitimement portés. La certitude
déduclive rentre dans le troisième cas. il n*y a pas de certitude inductive absolue.
Espèces de certitude quant à la matière.
Nous avons déjà parlé des différentes espèces de certitude, au point de vue formel, ou subjectif; il nous reste à considérer la certitude et ses espèces au point de vue matériel ou objectif. On la distingue en trois espèces suivant la matière des connaissances qui en sont Tobjet. Elle est alors ou physique, ou métaphysique, ou morale»
La certitude physique s'entend de tous les faits et de toutes les lois qui les régissent, considérés comme faits encore, que les faits soient de Tordre corporel ou de Tordre spirituel.
La certitude métaphysique comprend des jugements de Tordre rationnel pur, qu'ils soient en matière métaphysique, mathématique, logique, ou morale pure.
La certitude morale n'a pas pour objet les faits psychologiques ou pratiques de cet ordre, puisqu'ils rentrent dans la physique : elle ne comprend donc qu'une certaine classe de faits, ceux qui ne nous sont connus que par le témoignage d'autrui, et ce témoignage lui-même.
On divise enfin la certitude en immédiate ou intuitive, et en médiate ou discursive, de raisonnement.
Un mot sur chacune des espèces dont nous n'avons pas encore suffisamment parlé.
1° 11 y a certitude physique lorsque des faits sont bien constatés. La méthode apprend la manière de s'y prendre pour atteindre ce but, comme aussi pour acquérir des connaissances certaines de toute autre espèce.
2° La certitude métaphysique serait peut-être mieux
appelée certitude mathématique en général. Ce qui veut dire que la métaphysique n'est qu'une science d'idées pures considérées entre elles, et nullement une science de réalités hyperphysiques ; ce qui serait une sorte de physique transcendantale, une contradiction.
.3" La certitude morale comprend deux choses : lobjet du témoignage et le témoignage lui-même. Mais dès que le témoignage est assuré, le fait qui en est Tobjet se trouve par là même certain. Toute la critique se porte donc, en général, sur le témoignage lui-même. Cependant, si ce qui est donné comme fait était de nature à ne pouvoir être constaté, ou à ne pouvoir être, le prétendu témoignage ne serait plus qu'une illusion.
4" La certitude immédiate ou intuitive comprend aussi les sensations et les notions premières, et dès lors elle est mieux appelée immédiate qu'intuitive. La certitude n'est médiate qu'en comparant les termes extrêmes d'un raisonnement ou d'une série de raisonnements, car si l'on prend successivement chaque proposition du raisonnement ou d'une série de raisonnements, la certitude sera immédiate. En sorte que la certitude médiate se compose de certitudes immédiates, ou plutôt d'une suite de propositions immédiatement certaines.
Motif â de certitude.
Les sensations, les perceptions, les idées simples ou abstraites et primitives, les notions primitives, sont immédiatement éprouvées , données , formées , conçues , dans les circonstances propres à mettre en jeu les facultés de l'âme, à faire naître ces états; elles n'ont donc pas de motifs; elles n'ont que des conditions. — Or l'examen de ces conditions, leur rapport légitime avec les états
i88 CERTITUDE DE NOS CONNAISSANCES.
affectifs ou intellectuels dont il s'agit, est Taffaire de la méthode expérimentale.
Les idées et les notions ultérieures n'ont d'autres motifs que les prémisses qui les engendrent, et la théorie des motifs rentre alors dans celle du raisonnement ou de la logique subjective.
Si les idées ultérieures ne résultent ni de l'analogie, ni de l'induction, ni de la déduction, mais de l'analyse descriptive en matière expérimentale, de l'abstractiou, de la comparaison, ou du simple rapprochement des idées et des notions, il n'y a pas là de motifs; il n'y a que simple et immédiate illumination de l'esprit. Cette illumination est ou n'est pas, elle est vraie ou trompeuse, suivant les dispositions et les habitudes mêmes de l'esprit de chacun.
Lès motifs de l'application légitime des idées et des notions aux sensations et aux phénomènes, sont pris de l'expérience et rentrent dans la méthode expérimentale, en supposant les idées et les notions légitimes d'ailleurs, et l'esprit droit.
Les motifs des jugements par lesquels les idées et les notions se combinent entre elles, idées avec idées, idées avec notions, notions avec notions, appartiennent à la théorie des jugements et de leur légitimité, suivant qu'ils sont analytiques ou synthétiques.
On voit par ce qui vient d'être dit que la théorie des motifs rentre souvent dans celle de la marche à suivre pour acquérir des connaissances.