‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 49 sur 53 · VI · texte numérisé non relu

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Que faut-il entendre par les mots phytiqve et métajJtygiqae , et quelles sont en conséquence les sciences [ihyifiques. quelles sont les sciencffi* métaphysiques?

Le mot physique, pris dans un sens large, indique tout ce qui esl naturel, c'est-à-dire tout ce qui se révèle ou peut se révéler à la perception ou h Tintuilion , tout ce que nous connaissons et tout ce que nous ne connaissons pas. mais qui est absolument susceptible d'être connu. Par ce dernier caractère, les choses invisibles. Dieu lui-même, comme objet de connaissance pour soi et peut-être aussi pour les esprits purs, rentrent dans le domaine de la physique. Mais c'est là. comme on voit, l'extension la plus large qu'il soit possible de donner à ce mot. Aussi n'entend-fin ordinairement par le mol physique, que le phénoménal ; c'est à peine même si l'on fait entrer dans cette catégorie le phénoménal interne. Et cependant, pourquoi n'y entrerait-il pas? Notre nature et les phénomènes qui la déterminent, qui lui donnent sa forme sensible, qui l'expriment, tout cela est-il donc mom^ naiure/ que la pliénoménalité externe? Non certainement. Aussi est-il convenable de considérer les phénomènes internes comme du domaine des connaissances empiriques, des connaissances expérimentales. C'est donc à tort qu'on les rangeait autrefois parmi les connaissances métaphysiques. Cette faute était la conséquence du défaut de distinction approfondie et critique de nos facultés, des espèces de connaissances dont elles sont capables, et des divers caractères de ces connaissances. Le mot physique était aflFecté, comme il l'est encore du reste assez généralement, aux seuls faits ex-

ternes. Mais si l'on substitue les mots : expérimental, empirique^ a posteriori, de fait ^ etc., au mot physique, dont ils ne sont pourtant que des équivalents, sinon des synonymes, non seulement on ne voit plus de raison pour ne pas les appliquer aux faits internes comme aux faits externes ; au contraire, on comprend qu'il en doit être ainsi. Notre répugnance à étendre le mot physique jusqu'aux phénomènes internes ne provient donc que d'une vieille habitude, d'un usage qui était non seulement sans raison, mais à certains égards contraire même à la raison. Le mot physique a donc précisément la même extension que le mot phénoménal. Si , de plus, Ton entend par phénomène , non seulement le phénomène proprement dit, mais encore l'intuition spirituelle par laquelle des philosophes croient qu'on prend et qu'on peut prendre connaissance immédiate du principe pensant , des esprits purs , de Dieu , alors le mot physique acquiert la même extension que celui à' ontologie (particulière). Mais cette espèce d'intuition est, selon nous, chimérique, dans l'état actuel de l'humanité. Par conséquent le mot métaphysique aura la même extension aussi que le mot rationnel pur. L'extension de ces deux mots est réciproque ; ce qui fait qu'ayant déterminé celle de l'un, on a par le fait déterminé celle de l'autre.

Maintenant comme les sciences ne se font qu'avec des connaissances, il est évident que les premières doivent se distinguer exactement de la même manière que les se; coudes. Seront donc sciences physiques celles dont la matière se composera de connaissances physiques; sciences métaphysiques, celles dont la matière se forme de connaissances métaphysiques.

Or, en fait , Y astronomie et toutes les sciences mécaniques, la physique, la chimie^ la géologie^ V histoire natu-

relie, et toutes les espèces et sous-espèces de ces principaux membres de division constituent les sciences physiques dans le sens ordinaire du mot. Si par science physique on entend aussi la psychologie empirique, alors le mot physique est pris dans une acception extraordinaire et plus large. Pris dans un degré d'extension supérieur encore, il comprend aussi, comme nous Tavons dit, les sciences métaphysiques pures, par la double raison qu'elles sont susceptibles d'application aux phénomènes, et qu'elles se font par la construction de leurs conceptions, c'est-à-dire par le moyen de symboles, surtout la géométrie.

Mais cette classification doit , à notre avis , être rejetée, moins, il est vrai, parce qu elle s'écarte beaucoup trop de celle qui est généralement admise , que parce qu'elle n'est point d'accord avec les caractères que nous avons donnés du phénoménal ou physique, et du rationnel ou métaphysique. Nous ne voyons donc pas la nécessité d'admettre la classification suivant laquelle les sciences mathématiques pures seraient comme un premier intermédiaire entre les sciences physiques et les sciences métaphysiques.

Nous pensons donc qu'il serait convenable de n'appeler sciences physiques que celles qui ont pour objet des connaissances phénoménales , et sciences métaphysiques, celles dont l'objet, quoique supposé réel, ne se manifeste point considéré en lui-même (telles sont la psychologie, la cosmologie et la théologie rationnelle), et celles qui sont sans objet, aux yeux même des intelligences vulgaires , c'est-à-dire les sciences mathématiques pures, et les sciences qui traitent des notions que nous avons appelées logiques.

Ces dernières ne sont pas ordinairement appelées sciences métaphysiques; mais on ne les appelle pas non

plus sciences physiques. Aussi n'ont-elles pas été classées du tout, ou bien elles Tout été d'une manière irrationnelle , sous le litre vague et pourtant spécial de sciences morales^ titre qui ne conviendrait tout au plus qu'à quelques-unes, mais qui ne dispenserait pourtant pas de répondre à cette question : les sciences morales ^oiii'Q\\Q% physiques ou métaphysiques! Car cette classification est la plus générale, et comme elle est disjonctive, il n'y a pas lieu d'y insinuer un troisième membre. Les sciences morales , considérées comme sciences de principes^ ne sont donc qu'une partie des sciences métaphysiques. Mais si on les considère comme sciences à^ faits, elles appartiennent alors aux sciences physiques.

Telle est la division que nous croyons la plus convenable en fait de sciences, par conséquent la ligne de démarcation qu'il est possible et qu'il conviendrait de tracer entre la métaphysique et la philosophie naturelle.

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