PRÉFACE. XIII
scrupuleux, voici ce que j'aurais à leur dire : Veuillez ne point méjuger sans m'entendra, et si vous me rendez cette première justice, soyez assez équitables pour m'en accorder une seconde, celle de mettre de côté toute prévention personnelle, tout préjugé doctrinal ou autre, afin de mieux comprendre. Cela fait, si vous me trouvez en défaut, c'est que vous ou moi, tous peut-être, aurons mal vu, mal observé, mal analysé, mal raisonné. De quel droit vous constitueriez-vous infaillibles? Quant à moi j'avoue sans peine que j'ai pu me tromper, mais j'affirme en même temps avec la plus entière sincérité que j'ai fait tout ce qu'il a dépendu de moi pour éviter l'erreur.
Est-on sensualiste quand on admet des idées rationnelles pures, l'activité d'une raison essentiellement productrice d'idées?
Est-on idéaliste en professant avec l'humanité la croyance à la distinction des choses et de leurs idées, tout en soutenant que nous ne connaissons des premières que les secondes elles-mêmes ?
Est-on sceptique pour nier qu'il y ait connaissance certaine en des matières où les meilleurs esprits n'ont pu tomber d'accord, et quand on prouve par l'analyse même des opérations de l'intelligence et de leurs produits la nécessité de cette ignorance? N'est-ce pas, au contraire, parce que cette partie du champ de la spéculation devait rester inculte pour la science, que la fantaisie, mère des systèmes, y fait si aisément lever et grandir tant de chimériques conceptions?
Nous nions que Dieu tombe sous les sens, qu'il s'imagine même, qu'il ne soit qu'une idée et qu'il puisse