XIV PREFACE
à titre d'idée être déduit, ou qu'il soit réellemeut s'il n'est qu'en idée, ou bien enfin qu'il puisse s'induire avec certitude si on ne prouve pas démonstrativement, et non en simple apparence, que la nature et ses forces ne peuvent être éternelles, et que les arrangements passagers qu'elle forme dans le monde ne peuvent être le produit de ces forces, ou de principes étemels capables d'agir avec une certaine régularité typique sur la matière.
Quoi ! on nierait Dieu parce qu'on nie que ces produits de la fantaisie qui partout en ont usurpé la place soient dignes de l'adoration des mortels! On nierait Dieu parce qu'on nie que les arguments par lesquels des métaphysiciens croient en prouver l'existence aient une valeur démonstrative ! On nierait Dieu parce qu'on soutient que les déterminations qui lui sont données sous le nom d'attributs sont ou inintelligibles, ou contradictoires, ou indignes de leur objet ! C'est là pourtant la seule chose que je nie en fait de théologie rationnelle. Mais ce que je ne pourrais nier sans donner un éclatant démenti à l'histoire des préjugés et des passions ennemies, c'est que la superstition, le fanatisme, l'ignorance et la mauvaise foi ont toujours taxé d'athéisme toute conception théologique qui tendait à briser leurs idoles.
Combien il nous serait aisé de rétorquer les accusations d'autres adversaires plus sérieux, et de prouver que ce n'est que par suite d'un sensualisme occulte qu'ils méconnaissent l'activité productrice de la raison, qu'ils supposent cette faculté passive, perceptive ou intuitive, impressionnable à je ne sais quels objets purement intelligibles , objets vraiment contradictoires comme la faculté même a laquelle ils correspondent.