‹ Essai de logique objective; ou, Théorie de la connaissance de la vérité et de la certitudeChapitre 9 sur 53 · PRÉFACE. XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XV

puisqu'ils sonl purement concevables et que cependant ils sont susceptibles d'être perçus.

Il ne serait pas plus difficile de montrer que c'est donner la main au matérialisme le plus grossier que de se faire avec lui ces fausses idées, à savoir que l'étendue — idée pure — est l'essence des corps ; que la matière organisée peut sentir, ou que les animaux n'ont pas d'âme ou ne sentent pas ; que les plantes elles-mêmes n'ont pas de pricipe de vie ou d'organisation, qu'il n'y a en elles que matière et forces pures !

On prouverait avec la même facilité que l'athéisme consiste moins à laisser Dieu dans l'obscurité mystérieuse, impénétrable oîi il se trouve pour nous, qu'à mettre en sa place une de ces mille idoles que l'imagination n'a jamais manqué de fabriquer, en prenant toujours l'homme pour modèle, à quelque degré que ce fût. L'esprit humain est naturellement idolâtre sans doute ; mais il est essentiellement religieux, et nous le sommes avec lui. Nous le sommes instinctivement, spontanément, de sentiment plulôt que d'idée et de réflexion. Nous disons donc avec lui, sans pouvoir donner la raison de cette foi, sans pouvoir l'élever à la dignité d'une idée certaine, déterminée, scientifique : Jovis omnia plena. Aussi, qu'arrive-t-il quand on veut aller plus avant? Ou l'on se perd dans le panthéisme, et alors les forces matérielles, comme les principes spirituels euxmêmes, les âmes, n'ont plus de raison d'être ; - ou bien, au contraire. Dieu disparaît en se résolvant pour ainsi dire en une multitude infinie de forces et de principes éternels et divins.

Ainsi, partage naturel de l'esprit humain entre le

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monothéisme et le polythéisme. S*il est monothéiste et qu'il réfléchisse, il exclut volontiers les principes animateurs divers, ou bien il les réduit à rien comme l'ont fait les panthéistes et les partisans des causes occasionnelles. S'il est polythéiste, les principes vivifiants deviennent eux-mêmes comme autant de dieux, et Dieu luimême ou disparaît, ou n'est plus que le souverain, sans égal possible, d'une monarchie spirituelle infinie.

Telle est donc Talternative offerte par l'histoire de l'idée de Dieu, alors même que la logique ne l'imposerait pas rigoureusement: ou un nombre infini de forces essentiellement occultes, et par là même toutes purement intelligibles, sinon spirituelles à des degrés divers, se limitant respectivement dans leurs efforts pour se déployer toutes suivant les lois propres à chaque espèce, à chacune d'elles, et toutes entre elles se stimulant, se soutenant, se coordonnant suivant les rapports inévitables des énei^ies, et formant ainsi un tout harmonique;— ou une force spirituelle unique avec autant de manifestations diverses qu'il y a de réalités individuelles dans lesquelles cette force unique semble se manifester par sa cooitlination avec toutes les autœs.

Une troisième hypothèse absolument possible, est celle d*une force suprême qui commande à une inanité d^autres forces dont elle serait le principe commun, qui se les subordonne, qui leur donne à chaque instant de leur durée l'être > le mouvement et la vie. Cette hypothèse, qui fait de ce qu'elle appelle des émanations ou des enflures, moins même que des instruments à Té^rd du principe supérieur, seul être pour ejavllence^ ne semble pas aussi naturelle que la pre-

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